Europe : 2016, l'année de tous les dangers

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Manuel Valls au Forum de Davos 2016.
Manuel Valls au Forum de Davos 2016. (Crédits : DR)
"L'Europe peut sortir de l'histoire, se disloquer si nous ne sommes pas capables de relever le défi de la sécurité", a averti Manuel Valls à Davos ce jeudi. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble, affirme que l'Allemagne ne pourra pas accueillir un nouveau flux de réfugiés et plaide pour un "plan Marshall" à destination des pays d'origine.

Sans surprise, l'Europe est à nouveau dans l'oeil du cyclone à l'occasion du forum de Davos. L'an dernier, c'était la crise grecque et le risque de Grexit, de décomposition de l'euro qui tenait la vedette. Pour cette édition 2016, alors que la Grèce semble au moins provisoirement sortie d'affaire, l'Europe reste l'épicentre de toutes les crises et inquiète au moins autant que la chute des prix du pétrole ou le krach rampant des bourses mondiales sur fond d'atterrissage brutal de l'économie chinoise.

Lors d'un débat sur le "futur de l'Europe", le Premier ministre français, Manuel Valls, pour la première venue d'un Premier ministre d'un gouvernement socialiste dans le temple maudit du capitalisme mondialisé qu'incarne pour la gauche française Davos, n'y est pas allé par quatre chemins. "L'Europe peut sortir de l'histoire, se disloquer dans les mois qui viennent si elle ne se montre pas capable de relever le défi de la sécurité, du terrorisme et des réfugiés"... Un avertissement entendu dans un silence de mort, devant une salle pleine à craquer de patrons et d'investisseurs du monde entier. La réponse à ce défi, auquel s'ajoute le risque de Brexit, de sortie du Royaume-Uni est claire et a recueilli l'assentiment de tous, de Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des finances, à Alexis Tsipras, le Premier ministre grec présents sur la même scène : "il faut plus d'Europe", "partager le fardeau des réfugiés" et réformer Schengen qui est l'un des éléments constitutifs du projet européen, dont dépend en grande partie notre croissance, parce que nos frontières sont ouvertes.

Alexis Tsipras, dont le pays est en première ligne dans l'arrivée du flot de réfugiés (près d'1 million ont traversé l'an dernier la méditerranée sur des embarcations de fortune), n'a lui non plus pas caché sa colère : même si, en réalité, la Grèce n'est qu'un pays de transit vers le nord de l'Europe, notamment l'Allemagne, là où sont les emplois, "ce serait une honte que l'Europe se transforme en forteresse". La solution, que chacun a en tête mais que l'opposition de certains Etats rend pour l'heure impossible, serait de se mettre d'accord sur un mécanisme de répartition équitable des réfugiés dans tous les pays. Et une action forte de Frontex pour protéger la frontière extérieure de l'Europe et lutter contre les trafiquants qui prospèrent sur la misère humaine. Et Tsipras de rappeler que son pays et la Turquie entretiennent à grand frais une armée pour se surveiller mutuellement, là où l'argent serait mieux employé pour contrôler la vague migratoire actuelle. D'autant que celle-ci ne fait que commencer. Avec le printemps, l'Europe s'attend à une seconde vague au moins aussi importante que 2015, en provenance non seulement de Syrie et d'Irak, mais aussi de Lybie où Daech a pris pied.

Interrogé pour savoir si l'Allemagne est préparée à voir affluer un deuxième million de réfugiés, Wolfgang Schaüble, fidèle à sa réputation, a opposé un "Nein" très clair, se désolidarisant de la position prise en 2015 de la Chancelière Angela Merkel, qui a annulé cette année sa participation à Davos, consciente de l'impact désastreux dans l'opinion allemande des agressions sexuelles dont ont été victimes des centaines de jeunes femmes à Cologne au Nouvel An.

Pour Schaüble, c'est désormais un problème d'argent. "Il faut distribuer des milliards d'euros dans les pays d'origine des réfugiés pour sortir de cette crise", car elle est mortelle pour l'Europe. L'Europe ne peut pas devenir une "forteresse" car cela va à rebours de ses valeurs et de son modèle économique, ouvert. Le mot "Plan Marshall" a donc été prononcé, inhabituel dans la bouche du grand argentier allemand, qui n'est pas du genre à plaisanter avec l'argent du contribuable. "Il faut instituer une coalition des bienveillances" pour réduire la pression sur les frontières extérieures de l'Europe. Et cette action doit être mise en oeuvre d'urgence a dit le ministre allemand qui s'est récemment prononcé en faveur d'une taxe sur les carburants pour financer la crise de réfugiés.

"La fragmentation de l'Europe est une menace pour l'intégration économique européenne" a surenchérit l'italienne Emma Marcegaglia, qui dirige Eni. "Les réponses nationales ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il faut une réponse européenne d'ensemble".

A ce plan Marshall dont on peut douter qu'il soit mis en place rapidement s'ajoute deux autres défis. Le premier est de prendre une nouvelle initiative européenne pour la croissance, en accélérant l'unification du marché européen dans les secteurs encore non ouverts. "Il faut une Europe du numérique, une Europe de l'Energie, ouvrir l'accès aux professions fermées" s'est emporté Manuel Valls. Il faut surtout "que chaque pays participe" à l'effort commun a tempéré Schaüble, et appliquer les règles communes, car "c'est en s'aidant soi-même aussi que l'on aide les autres" a-t-il lancé comme par défi à Alexis Tsipras. De fait, revenir devant le Bundestag pour une nouvelle aide à la Grèce serait selon le ministre allemand comme "entrer dans une salle remplie de dynamite avec une bougie" allumée ! Ce à quoi Tsipras, avec l'air sûr de lui du débiteur qui sait bien qu'il ne pourra pas rembourser son banquier, a répondu que "le plus raisonnable serait de nous débarrasser de la dynamite (i.e de la dette grecque) avant d'allumer la bougie" !!!

Dernier sujet européen d'importance, le Brexit. Avant d'entendre David Cameron intervenir quelques heures plus tard sur la place de la Grande Bretagne dans le monde d'aujourd'hui, tous les dirigeants présents ont jugé qu'une sortie de ce pays de l'Union européenne par référendu serait "un drame", comme l'a dit Manuel Valls. Un drame encore évitable à condition que chacun fasse un pas vers un compromis acceptable. Certes, ce ne serait pas "mortel", comme l'eut été une sortie de la Grèce de l'euro, mais ce serait un "signal désastreux" au moment où justement l'Europe tente d'éviter de voir se déliter son projet, a résumé Manuel Valls. Tout dépendra du caractère raisonnable ou pas des revendications de David Cameron dans la négociation qui doit avoir lieu en février. S'il s'agit "de simplifier l'Europe, de la rendre plus efficace", ce sera dans l'intérêt commun a reconnu Manuel Valls. Mais la Grande Bretagne doit aussi tenir compte du fait que l'Europe, sur le continent, est désormais de plus en plus intégrée par le biais de la zone euro, et que cela induit, à terme, un renforcement des liens politiques, avec une plus grande convergence fiscale et sociale.

 C'est justement ce dont ne veut pas, selon Cameron, le peuple britannique, cette dissolution dans une Europe politique. Le Premier ministre britannique a plaidé pour que l'Europe fasse le choix de la diversité, du "meilleur des deux mondes", celui de l'Europe continentale, et celui d'un Royaume-Uni partie intégrante du grand marché, mais avec un accord pour un opt-out permanent. Si la négociation aboutit à un "bon deal", Cameron s'est engagé à faire campagne pour le oui au référendum. Dans le cas contraire..., alors le risque est réel, car David Cameron a été très clair, il respectera le mandat sur lequel il a été élu: renégocier la place du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Si une UE réformée se montre bénéfique pour l'emploi, la croissance et efficace pour lutter contre les défis du moment, parmi lesquels l'immigration est la question cruciale et prioritaire, alors, la croisade de David Cameron n'aura pas été vaine.

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Commentaires
a écrit le 21/01/2016 à 17:32 :
L'Europe oui.., mais pas celle des banksters américains. Non a l'Europe de Goldman Sachs. Oui a l'Europe des peuples et nations européennes. Si les Anglais veulent d'une Europe-Mac Do, qu'ils restent sur leur ile.
a écrit le 21/01/2016 à 16:07 :
L’Europe disloquée, n’est-on pas interloqués ? Des avocats seraient moins bien considérés, la justice ne pourrait donc être rendue correctement comme on a des difficultés à trouver des employés, existe-t-il des professions maltraitées et des conditions trop dures ? Par exemple, on pourrait imaginer une indemnité pour une peine reconnue injuste. Si les fonctionnaires sont mieux payés sur critère de diplôme est-ce valable pour l’ensemble des professions ? Pourquoi tout français ne pourrait pas accéder à une justice en cas d’impayés ? On pourrait cotiser sur des cagnottes en compensation des talents gâchés et indemniser des salariés taillables et corvéables à merci à qui on fait subir des traitements inacceptables ou qu’on subirait dans le futur. Si le stress au travail n’est pas reconnu ou bien la fatigue, ne peut-on apporter une compensation ? N’est-ce pas une exécution de type cruelle lorsqu’un salarié est poussé au suicide, on pourrait imaginer une alerte en application pour que des enfants de 7 ans puissent faire fortune à dénoncer des abus ? Europe est-ce de la cruauté au travail, on entend parler d’usines à gaz…
un réseau diplômé pourrait s'interroger sur le sens des mots croissance, emploi et préservation de l'existence
a écrit le 21/01/2016 à 15:38 :
Messieurs les dirigeants européens, nos valeurs ne sont pas les votres !! Le rétablissement des frontières, la sortie de la GB sont d'excellentes nouvelles !! Il faut raser Bruxelles et repartir de zéro !! Ce sera long, il pourrait y avoir du sang et des larmes, mais l'alternative est pire: se faire dépecer par les US et la Chine !!! on pourra alors pleurer sur nos valeurs disparues !!!!!
Quant aux immigrés, c'est un problème mondial qui doit être pris en charge par l'ONU (répartition géographique et financement).
Enfin, Valls je ne te dis pas ce que je pense de toi...je serais censuré !
Réponse de le 21/01/2016 à 17:19 :
Je suis d'accord avec vous ! Le projet d'UE était français, lancé par De gaulle pour créer une puissance européenne capable de contrebalancer la mainmise des anglo-saxons sur le monde et sur l'Europe. Ce projet a été cassé par Pompidou qui a trahi son pays en faisant rentrer l'Angleterre dans l'UE ! Idem trahison des énarques les uns après les autres : Giscard fait rentrer la France dans l'OTAN, Chirac supprime le service militaire et ouvre les frontières, Hollande enfonce le clou atlantiste et lance la guerre contre la Syrie !
Je propose donc la suppression de l'ENA, afin d'ouvrir les postes de dirigeants à la société civile (comme en Allemagne) et arrêter ce détournement par des milieux aisés de cette structure. Il faudra passer par les Universités (à renforcer pour cela)
Ces gens, comme Sarkozy, ne respectent pas du tout la population française, son histoire, son opinion, son vote ! Nous devons recréer une UE qui convienne aux intérêts stratégiques de long terme de la France, donc avec les pays de l'ouest européen qui sont proches de nous et en cohérence culturelle.
Arrêtons avec la Pologne, Etats baltes, Roumanie, etc.. . qui ne sont que des freins à notre développement et des relais de l'Angleterre et des USA au sein de l'UE.
a écrit le 21/01/2016 à 15:22 :
Je me posais la question du rôle de la Grèce et de M. Tsipras au regard des boat people venant de Turquie, sachant que la Grèce a une Armée solide et se méfie depuis des lustres de son voisin Turc. Si elle dispose des moyens militaires/maritimes que l'on suppose, pourquoi n'a t'elle tout simplement pas protégé ses/nos frontières en maintenant les futurs "migrants" dans les eaux internationales turques ? M. Tsipras avait menacé l'Europe de l'invasion des déplacés si la politique UE n'était pas suffisamment souple envers la Grèce. D'autant que l'UE s'est engagée à payer aux Turcs pour plusieurs milliards d'euros un soutien aux déplacés syriens ou africains en Turquie. La Grèce a t'elle vraiment mis en place tous les moyens dont elle disposait pour sécuriser sa frontière !
Réponse de le 21/01/2016 à 15:43 :
"....tout simplement pas protégé ses/nos frontières en maintenant les futurs "migrants" dans les eaux internationales turques.."
Vous n'avez rien compris au dessein que nous réservent nos élites bruxelloises...l'universalisme...la disparition des nations. Les immigrés sont une aubaine pour eux !!

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