Financer l'innovation : le capital-risque européen au banc d'essai

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Le capital-risque finance en moyenne de 0,5% des jeunes pousses créées chaque année en Suisse et 0,1% en France. Ces pourcentages reflètent la mission du capital-risque : appuyer de jeunes sociétés avec de forts besoins en capital.
Le capital-risque finance en moyenne de 0,5% des jeunes pousses créées chaque année en Suisse et 0,1% en France. Ces pourcentages reflètent la mission du capital-risque : appuyer de jeunes sociétés avec de forts besoins en capital. (Crédits : © Dado Ruvic / Reuters)
Le manque supposé de capital-risque en Europe fait craindre pour les politiques d'innovation européennes. Mais pas sûr que cette hypothèse souffre la comparaison avec d'autres pays du monde...

Nous avons conclu en avril dernier que l'Europe et la Suisse ne souffrent pas de pénurie de capital-risque. Une lectrice nous a contacté pour plus de détails. Nous proposons une réponse en deux temps, en mettant en perspective le montant de capital-risque disponible et le nombre de sociétés créées ; puis prochainement, nous étudierons les signaux venant du marché.

Peu de lien entre capital-risque et PNB

Les participants au Global Entrepreneurship Monitor se plaignent quasi-unanimement d'un manque supposé de capital-risque, à l'exception notable des Etats-Unis. Ce contraste questionne inévitablement le cadre de référence adéquat pour analyser le financement des startups. Les associations professionnelles souhaitant analyser la situation du financement des jeunes pousses ont établi un ratio entre montants levés par les fonds de capital-risque et le produit national brut (PNB). Toutefois, ce ratio n'a pas de réelle portée analytique : le capital-risque n'a qu'une vague relation avec la richesse nationale.

Nous proposons une méthode alternative : comparer les montants alloués au capital-risque avec le nombre de sociétés créées chaque année et la population active (potentiellement entrepreneuriale). De manière surprenante, cela ne semble pas avoir été fait jusqu'à présent.

Des modèles différents de financement de l'innovation

Le montant moyen levé annuellement au cours de la dernière décennie par les fonds de capital-risque représente potentiellement 26.260 dollars par start-up en Suisse et 1.470 en France (voir tableau ci-contre). Les Etats-Unis enregistrent 42.378 dollars par jeune pousse. Bien que très innovants, Israël, le Japon ou la Corée du Sud ont un ratio plus faible, illustrant des modèles différents de financement de l'innovation par des organisation publiques (l'armée en Israël) ou des conglomérats privés (Japon et Corée du Sud).

La France est-elle dans un modèle mixte ou bien manque-t-elle de capital-risque ? Ou bien les statistiques françaises capturent-elles mieux les créations d'entreprises (faisant baisser le ratio) ? Pour éliminer ce biais, nous examinons le financement par millions d'entrepreneurs potentiels. La Suisse se place première avec 107,8 dollars par millions d'individus en âge d'entreprendre, devant les Etats-Unis (96,6) et Israël (90,5). La France se classe entre ce groupe et un autre formé par le Japon (6,0) et la Corée du Sud (9,6), avec 15,6 dollars.

La France, une situation relative

Le capital-risque finance en moyenne de 0,5% des jeunes pousses créées chaque année en Suisse et 0,1% en France. Ces pourcentages reflètent la mission du capital-risque : appuyer de jeunes sociétés avec de forts besoins en capital (non financés par ailleurs), caractérisées par des risques élevés et générant potentiellement des profits importants. Ces chiffres ne prennent en compte que les fonds nationaux, à l'exclusion d'autres sources de capital et des fonds étrangers.

La Suisse est comparativement bien dotée en capital-risque. Le cas de la France est moins clair. Toutefois, le capital-risque n'a pas vocation à être un canal de financement habituel pour la création d'entreprises. Les fonds ne sont qu'une partie de l'écosystème de financement des jeunes pousses,  à côté du financement participatif (crowdfunding), des investisseurs providentiels, des family offices, du corporate venture capital et d'autres sources de financement publics ou privés. S'il n'y a pas de statistiques complètes capturant l'activité de ces sources de financement, leur impact peut être étudié via la valorisation des jeunes pousses. Ce sera l'objet de notre prochaine chronique et cela devrait nous permettre d'approfondir la question de la situation relative de la France.

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Commentaires
a écrit le 20/09/2015 à 21:58 :
Le texte est clair et malgré tout il manque quelques précisions pour savoir si l'on ne compare pas des choux et des carottes.
En effet, quand Cyril Demaria d'USB parle du capital-risque et de ces montants, est-ce qu'elle prends le chiffre de capital-risque investi avant la création d'entreprise... Autrement ce n'est plus du capital-risque... c'est du capital développement, même pour le deuxième tour de table... ce n'est déjà pas le même risque et pas les mêmes opérateurs et encore moins pour le 3 ème tour de table...
Connait-elle le montant de ce vrai capital-risque réalisé par an par les sociétés, les particuliers et aussi par les investisseurs providentiels en France déjà (en langue étrangère "business-angels")... ?
Autrement c'est du Gloubi-boulga... On mélange tout et on écrit quelque-chose...
et cela alors poserait la question de son poste à USB...

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