Investir en technologie : choisir sa vague

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Cyril Demaria
Cyril Demaria (Crédits : DR)
Les opportunités d'investir dans les jeunes pousses technologiques n'ont jamais été si nombreuses. Deux ou trois choses à savoir avant de se lancer.

Apparemment, il n'a jamais été aussi simple d'investir en technologie. Le cabinet Massolution dénombrait ainsi 1.250 plateformes de financement participatif (crowdfunding) actives dans le monde en 2014, pour l'essentiel basées aux Etats-Unis et en Europe. Les investisseurs providentiels (business angels) ont accès à un nombre croissant d'opportunités, notamment grâce aux réseaux informatiques et sociaux.

Investir en technologie semble même être à la mode dans les pays développés : d'après Pitchbook, 114 jeunes pousses étaient valorisées plus de 1 milliard de dollars en mai 2015 (71% sont basées aux Etats-Unis, 18% en Asie et 10% en Europe, 1% en Israël). Onze étaient valorisées plus de 10 milliards (sept aux Etats-Unis, deux en Chine, une en Inde et une en Russie).

Les jeunes pousses (startups) des technologies de l'information attirent des volumes de capital impressionnants, notamment de la part d'investisseurs non spécialistes, ce qui n'est pas sans rappeler le haut de cycle des années 1999-2000.

Néanmoins, il est important de garder à l'esprit qu'investir en technologie n'est pas équivalent à financer des jeunes pousses informatiques. Trois distinctions doivent être opérées.

Tout d'abord, technologie n'est pas synonyme d'informatique. Il existe bien des secteurs qui offrent des opportunités d'investissement hors des technologies de l'information, tels que les technologies médicales, les sciences de la vie ou les technologies environnementales. Ces secteurs sont souvent attractifs en termes d'investissement, mais requièrent une solide expertise, ce qui les place hors de portée de la masses des investisseurs.

Ensuite, technologie n'est pas synonyme de bouleversement économique (disruption). Les vagues d'innovation sont particulièrement visibles et tendent à monopoliser l'attention. Elles reflètent l'adoption par l'économie d'une masse critique de nouvelles technologies. Certaines sont financées par une forte concentration d'investissements - dont certains sont extrêmement profitables, ce qui accentue l'impression générale produite par la vague d'innovations. Néanmoins, d'autres secteurs moins visibles de l'économie innovent régulièrement, par incréments plus ou moins rapides. L'industrie aéronautique, le transport ferroviaire, l'ingénierie civile mais aussi l'informatique quantique sont largement portés par des groupes industriels établis

Enfin, technologie n'est pas synonyme d'innovation. Il existe de nombreuses technologies arrivées à maturité ou en déclin. Le fac-similé et l'impression matricielle en font partie. Les systèmes centralisés informatiques (mainframes) et leurs applications logicielles en font partie. Ce sont des sources d'opportunités d'investissement : les fabricants de matériels utilisant ces technologies, mais aussi les opérateurs de maintenance de ces technologies sont des cibles intéressantes d'investissement pour opérer des acquisitions (leveraged buy-out).

Les économies développées doivent alimenter leurs gains de productivité pour demeurer compétitives. La technologie est un outil pour découvrir des sources de productivité, pour les exploiter ou pour simplement maintenir un certain niveau de productivité. Investir en technologie consiste donc à choisir sa vague d'innovation et à la maîtriser. L'investisseur en technologie est donc, à certains égards, un surfeur, choisissant son niveau de risque et donc la mesure de son propre succès.

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Cyril Demaria est Executive Director, Private Markets Analyst au Chief Investment Office de UBS (Zurich). Il est l'auteur de Introduction au private equity (RB Editeur, 4ème éd.), Introduction to private equity (Wiley, 2nd ed.) et de Private equity fund investing (Palgrave, 2015).

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