Politique économique : il faut en finir avec les mesurettes !

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il faut bien caractériser le bilan économique du quinquennat qui s'achève, et dont l'un des prétendants à l'élection présidentielle, Emmanuel Macron, doit être tenu comptable : désastreux
"il faut bien caractériser le bilan économique du quinquennat qui s'achève, et dont l'un des prétendants à l'élection présidentielle, Emmanuel Macron, doit être tenu comptable : désastreux" (Crédits : Reuters)
Il faut mettre fin aux trois travers qui minent la politique économique: le règne des effets d'annonce, le gouvernement par les mesurettes, et l'incapacité à penser le temps long. par Les Arvernes

 Au jeu de la rencontre du peuple et d'un homme, au jeu du « regardons vers l'avenir », on en oublie, selon l'adage, que le meilleur moyen de connaître le futur c'est de regarder le passé. A cette aune, il faut bien caractériser le bilan économique du quinquennat qui s'achève, et dont l'un des prétendants à l'élection présidentielle, Emmanuel Macron, doit être tenu comptable : désastreux.

Désastreux, à l'évidence, dans les performances économiques. Est-il permis de rappeler que le chômage reste en France près de deux fois supérieur à ce qu'il est en Allemagne et au Royaume-Uni ? Fallait-il que dix ans après le premier rapport Pébereau, un deuxième rapport vienne confirmer ce que la Commission européenne s'ingénie à ne pas voir : que les finances publiques françaises, avec une dette de près de 100% du PIB, un déficit supérieur à 3% du PIB, sont celles d'une économie qui n'a pas été réformée ? En dépit d'une dépréciation substantielle de l'euro, notre déficit extérieur, qui signe le manque de compétitivité de notre pays, ne se maintient-il pas à un niveau très élevé (48 milliards en 2016) ? Et que dire de nos hôpitaux, dans un état déplorable, de notre administration territoriale, réformée en dépit du bon sens, etc.?

 Les occasions ratées de réformer le pays

Désastreux également, non pas dans les chiffres, dont les tenants de la « post-vérité » contestent l'objectivité, mais plutôt, pour paraphraser Frédéric Bastiat, dans ce que ces chiffres ne disent pas. L'on touche ici aux immenses occasions ratées de réformer notre pays. Certes, en la matière, le quinquennat de François Hollande s'inscrit dans une tradition bien établie. Le début du deuxième septennat de François Mitterrand avait coïncidé avec un retournement du cycle économique qui avait donné à la France des marges de manœuvre entièrement dilapidées entre 1988 (4,7% de croissance) et 1993 (-0,7%), pour s'achever par la chambre bleue horizon de 1993.

De même, alors que la prévision de croissance pour 1997 était si basse qu'elle avait suscité la dissolution de l'Assemblée nationale, 1998 s'achevait avec un taux de croissance de 3,4%, le plus élevé de la décennie, marquant là encore la chance insolente d'un pouvoir socialiste qui, entre 1997 et 2002, a préféré dilapider les marges de la croissance (35 heures, non-réforme des retraites), plutôt que de réformer le pays. Le même schéma s'est tristement répété au cours du dernier quinquennat, au cours duquel la politique économique n'a pas mis à profit la fameuse « conjonction d'astres » : dépréciation de l'euro, réduction mécanique de la charge de la dette en raison de la politique accommodante de la BCE, baisse brutale du prix des matières premières et énergétiques.

 En finir avec les effets d'annonce...

Pourtant, si l'on cesse de scruter le rétroviseur, il y a sans doute plus. Et à ce titre, gauche et droite de gouvernement sont largement co responsables des travers qui caractérisent la conduite des politiques économiques.

Premier travers de politique économique, céder en permanence aux effets d'annonce, et en économie comme en politique, faire sien l'adage du Cardinal de Retz « un ministre est plus jugé à ce qu'il dit qu'à ce qu'il fait ». Certes, depuis l'époque classique, la science économique a démontré combien la politique économique joue effectivement au chat et à la souris avec les agents économiques, ces derniers agissants en fonctions d'« anticipations », tantôt « adaptatives », tantôt  « rationnelles ». Pourtant, entre le pilotage subtil du policy mix budgétaro-monétaire et la furieuse tendance à gouverner pour la presse, il y a une différence essentielle, dans laquelle gauche et droite se sont engouffrées. L'exemple le moindre n'est pas le manque absolu de recul avec lequel la presse s'est laissée convaincre par le soi-disant tournant vers une politique de l'offre, en réalité inexistante.

 ... et les mesurettes

Deuxième travers de politique économique, en lien avec le précédent, gouverner par mesurettes. En fait de mesures structurantes, la politique économique se contente de petites mesures, présentées comme des réformes d'ampleur, et vendues à la presse et à l'opinion comme telles. A ce jeu, rien n'égale les débats sur la fiscalité ou sur les charges sociales, véritable jeu de culbuto, qui vise à faire oublier l'essentiel : le niveau excessif de la fiscalité, les effets délétères de sa complexité, la nécessité absolue de réduire les dépenses publiques.

Dans le domaine social, dans le quotidien des Français, au lieu de prendre à bras le corps la réforme, le gouvernement a accumulé les micros mesures, en réalité plus de nature à agacer les Français qu'à traiter les problèmes. L'année qui commence en est riche, avec sa réforme du Code de la route, qui rend plus facile l'imposition d'amendes, l'entrée en vigueur du paquet neutre de cigarettes, largement inefficace, mais tellement vexatoire, un cortège de mesures qui nous incitent à nous couvrir quand il fait froid ou à cesser de manger telle ou telle chose, etc.

 Penser enfin le temps long

Troisième travers, l'incapacité à penser le temps long. Il n'est nullement question de militer ici pour la résurrection du Commissariat au Plan. Il s'agit cependant de s'évader du mantra keynésien et de prendre acte du fait que le développement économique résulte largement de facteurs qui exigent une action de long terme, pour partie décorélée du cycle politique. Dans les domaines militaire, énergétique, industriel, parmi d'autres, la puissance publique doit être capable de tracer des perspectives, de se projeter dans le temps long. Or que voit-on ? Une filière nucléaire civile en déshérence. Une industrie dont les problèmes se traitent par à-coups comme dans l'affaire Alstom. Une approche des questions militaires très étroitement budgétaire, négligeant les effets sur la recherche et l'industrie de l'innovation dans le domaine militaire, contrairement à ce que les Américains ont compris depuis longtemps.

 Les défis seront immenses pour le prochain gouvernement. Le moindre ne sera pas d'en finir avec les gadgets et les fausses martingales, et de se donner les moyens de mener une politique économique sérieuse.

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d'économistes, de professeurs d'université et de chefs d'entreprise

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Commentaires
a écrit le 20/03/2017 à 8:09 :
Tout se ramène à un problème de connaissance en matière de sciences économiques. L'Europe du nord, soumise à une influence protestante est plus développée que l'Europe du sud catholique. Cela ne date pas d'aujourd'hui.
a écrit le 16/03/2017 à 11:18 :
un beau discours captieux de technocrates.
leur programme : il faut faire de la poudre aux yeux à l'anglo-saxonne, à la teutonne, à l'asiatique ou autre.
a écrit le 16/03/2017 à 11:12 :
Quand on est pas maître de son destin et assujettie a une "politique" imposée par une zone administrative qu'est l'UE de Bruxelles, on ne peut que gouverner a vue, par mesurettes et par effets d'annonces pour en voir les réactions, généralement négative!
Réponse de le 16/03/2017 à 15:03 :
on n'est pas maître de son destin parce qu'on se coltine une dette à cause de déficits accumulés qui nous retirent toute marge de manoeuvre. Et d'ailleurs même si "Bruxelles" faisait sauter le verrou des 3% (qui de fait n'existe plus depuis longtemps...) ce n'est pas pour autant qu'il faudrait se gaver de nouveaux déficits et de dette, au risque de voir la situation nous échapper totalement.
Réponse de le 16/03/2017 à 15:52 :
De plus on n'est pas propriétaire de notre monnaie mais simple "locataire" que l'on nous fait payer bien cher!
Réponse de le 17/03/2017 à 11:34 :
@Non mais : "bien cher" ? La France emprunte à 10 ans à 1,1%. Avec une monnaie nationale, soit elle se déprécierait à grande vitesse (si on finançait le nouvel endettement par création monétaire) soit on aurait des taux plus élevés. Pour info c'est 2,5% aux USA, 1,8% au Canada, 2,2% en Corée du Sud, 3,7% en Hongrie et Pologne , 1% en Norvège, 1,25% au Royaume-Uni Donc non, l'€ ne nous coûte pas cher, et non, nous n'en sommes pas "locataires" mais copropriétaires.
a écrit le 16/03/2017 à 10:55 :
Oui finissons en avec les mesurettes : pour rester compétitifs suivons l'Allemagne en euthanasiant in tiers de notre jeunesse et l'Angleterre en sortant de l'Euro et de la CE !
a écrit le 16/03/2017 à 10:51 :
article plein de yaka faukon. IL faut baisser les impots et cotisations sociales ? a la bonne heure!
Mais si par ex vous taillez dans les cotisations sociales il faut aussi tailler dans les depenses -> vous allez vous mettre a dos les professions de santé (le deficit c ets leur chiffre d affaire) et les vieux (gros consommateurs de soins qui en plus verront leurs retraites rabotées)
UN vrai plan de reduction des depenses n a ete presente par AUCUN candidat (Fillon par ex a reculé sur la securite sociale). alors penser qu un candidat le fasse une fois elu alors qu il n en a pas parle avant ...
Réponse de le 16/03/2017 à 14:06 :
"Il faut baisser les impots et cotisations sociales" ...en les reportant sur la consommation (TVA sociales et CSG) et sur une fiscalité énergétique. Certains ont évoqué cette possibilité; écoutons les. Merci.
a écrit le 16/03/2017 à 10:22 :
Tout le monde se pose la même question: que faire? Réponse, il faut appliquer la note n°6 du CAE. Mais qui le comprendra?
a écrit le 16/03/2017 à 10:14 :
Pour compléter:il faut trouver le moyen pour que la finance serve l'économie réelle, la production de biens de consommations nouveaux,l'investissement dans de grands projets industriels concrets et l'augmentation des salaires,et cesse de s'autoalimenter dans une bulle captant le pouvoir d'achat qui ne crée que de la valeur virtuelle sans rapport avec le quotidien et n'enrichit que quelques uns sur le papier:(pour ma part il serait plus utile d'être propriétaire d'une grosse usine que de subprimes ) car ces "assets" n'ont aucune valeur tangible,juste un prix qui peut s'effondrer à tout moment.
a écrit le 16/03/2017 à 9:47 :
C'est tout le problème de cette élection. Seul Fillon propose les mesures susceptibles de corriger notre trajectoire infernale. Mais la nomenklatura socialiste veille et l'affaire est sortie en temps en heure pour essayer de plomber sa candidature. Il faut bien préserver ses privilèges.

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