iPhone et photographie : les caméras de smartphones ne sont pas si « smart » que ça

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Le lancement de l'iPhone et l'arrivée par la suite de l'App Store, à l'été 2008, ont marqué un changement fondamental dans le domaine de la photographie. Depuis, les photos prises avec un smartphone et celles prises avec un appareil photo numérique ont commencé à se ressembler.
Le lancement de l'iPhone et l'arrivée par la suite de l'App Store, à l'été 2008, ont marqué un changement fondamental dans le domaine de la photographie. Depuis, les photos prises avec un smartphone et celles prises avec un appareil photo numérique ont commencé à se ressembler. (Crédits : © Kevin Lamarque / Reuters)
Au cours de l'histoire, plusieurs mouvements et avancées technologiques ont cherché à rendre plus accessible la photographie en tant que médium artistique. Mais avec la caméra de smartphone et les applications de retouche d'images, cela ne va-t-il pas trop loin ?

En 1888, George Eastman révolutionne la photographie en inventant le premier appareil photographique portable, le Kodak. Tout d'un coup, presque tout le monde pouvait prendre des photographies, horrifiant ainsi de nombreux photographes sérieux qui avaient l'impression que le public général, dénué de talent, était en train de s'approprier cette forme d'art. 25 ans plus tard, en 1913, Oskar Barnack, au Ernst Leitz Optische Werke, créé un appareil photo léger et de petit format en adaptant le format de film à 35 mm : la Leica. Oskar Barnack voulait rendre la photographie accessible à un public encore plus large et donner à ces personnes la possibilité de prendre des photos sans devoir utiliser des matériels coûteux et encombrants.

Son idée était qu'ils puissent prendre des photos naturelles de leur propre vie ; un changement radical par rapport aux portraits rigides et formels de l'époque. Il a conçu son appareil photographique comme étant « une partie intégrante de l'œil » ou encore « l'extension de la main ».

Ces avancements n'ont fait qu'intensifier le débat autour de la photographie en tant qu'art : si n'importe qui pouvait prendre des photos, alors il n'était pas question que cette activité puisse être considérée comme forme d'art. 94 ans plus tard, l'iPhone lance une nouvelle révolution qui n'a pas seulement changé la façon dont nous prenons et observons les photographies, mais également la façon dont nous voyons le monde.

L'iPhone : renaissance ou destruction ?

L'introduction de l'iPhone en 2007 ne représente pas seulement un changement irrévocable dans le fonctionnement du téléphone portable et des communications par iInternet. Le lancement de l'iPhone et l'arrivée par la suite de l'App Store, à l'été 2008, ont marqué un changement fondamental dans le domaine de la photographie. Depuis, les photos prises avec un smartphone et celles prises avec un appareil photo numérique ont commencé à se ressembler. Cela s'explique surtout par l'appareil utilisé pour regarder les photos ; aujourd'hui, nous visualisons la plupart des photos sur nos smartphones ou tablettes, via des applications telles que Pinterest, Facebook, Google+, Flipboard, et surtout, Instagram. Après tout, quelle est la différence lorsque la résolution est de 1024 x 1024 pixels ?

Lors d'une interview avec The Guardian en 2013, Antonio Olmos, un photojournaliste, éditeur et photographe portraitiste mexicain, qui vit et travaille à Londres, a dit craindre que « la photographie n'a jamais été aussi à la mode, mais que nous sommes en train de la détruire. Jamais auparavant autant de photographies ont été prises, pourtant, la photographie est en train de s'éteindre. »

Comme dans tous les métiers, les avancements technologiques permettent aux journaux et magazines de réduire leurs coûts en employant des photographes amateurs capables de produire des photographies impressionnantes en utilisant seulement leur smartphone. Antonio Olmos souligne que la montée de la photographie dans les années 1850 avait, à l'époque, remplacé les peintres qui gagnaient leur vie grâce aux portraits de familles, et affirme qu'aujourd'hui c'est au tour des photographes professionnels d'être remplacés :

« La montée des iPhones a détruit le métier de photographe. Les photographes professionnels qui auparavant gagnaient 1.000 £ pour des photos de mariage pendant un weekend sont ceux qui sont le plus exposés à cette pression. Nous n'avons plus besoin de photographes, puisqu'aujourd'hui chacun peut prendre des photos. »

Néanmoins, les avancements technologiques ont également leurs avantages : plus besoin de passer des heures et de dépenser trop d'argent pour prendre, développer et tirer des photos ou de classer, retoucher et imprimer des photos numériques. Les photographes professionnels peuvent désormais partager leurs photographies instantanément et ainsi raconter leurs histoires de façon unique et saisissante.

La démocratie à l'œuvre : photographe versus photographie

En effet, le déclin du photographe n'est pas synonyme du déclin de la photographie. L'iPhone et son choix infini d'applications photographiques ont fondamentalement changé notre perception commune de la photographie en tant qu'art, rendant l'acte de prendre des photos synonyme de celui de regarder et partager des photos. On n'a plus besoin d'être équipé d'un grand nombre d'appareils photos et de matériel d'éclairage : on peut viser un sujet et prendre, développer, partager, visualiser, « liker » et commenter une photographie à partir d'un même appareil. Ainsi, l'iPhone sert de catalyseur, introduisant le public général à une gamme éclectique d'applications photographiques telles que Instagram, Google+, Flickr, Pinterest et Tumblr pour commencer une conversation.

La technologie numérique ouvre-t-elle ainsi la voie à la photographie en tant que forme d'art plus démocratique ?

« Oui, d'une certaine façon. J'ai souvent été envoyé en mission en Irak et en Afghanistan, pour photographier les mouvements d'opposition populaires — surtout car il n'y avait pas de photographes locaux. Maintenant, grâce à la technologie numérique, la population locale peut prendre des photos aussi bien que moi. Ne me mécomprenez pas, j'aime beaucoup les iPhones et Instagram, dit Antonio Olmos, mais ce qui m'inquiète, c'est que Kodak employait auparavant 40.000 personnes et par qui ont-ils été remplacé ? 12 personnes sur Instagram. »

Nick Knight, décoré de l'Ordre de l'Empire britannique, est photographe de mode, photographe documentaire et éditeur web. Il a réalisé deux longs travaux avec pour seul outil son iPhone : un livre de 60 photographies qui célèbre l'œuvre de la défunte journaliste de mode Isabella Blow ainsi qu'une campagne pour la marque de vêtements Diesel.

« Je travaille souvent avec l'iPhone, c'est presque devenu mon appareil photo de prédilection » a raconté Nick Knight au Guardian lors de l'interview de 2013. Il est intéressé par la façon dont la photographie est devenue une forme d'art complètement démocratique :

« Quand j'étais petit, il n'y avait qu'un appareil photo par famille, et encore... Maintenant tout le monde en a un et l'utilise tout le temps. [...] Je trouve cela fantastique — ce nouveau médium est beaucoup plus démocratique. »

En effet, Nick Knight compare cette révolution déclenchée par des caméras de smartphone améliorées au moment où le photographe de mode David Bailey s'est débarrassé de son trépied et a commencé à utiliser un appareil photo portable dans les années 1960 :

« Cela lui a donné de la liberté et a changé la photographie d'un point de vue artistique. C'est la même chose pour moi et l'iPhone : pendant des années je prenais mes photos avec un appareil photo 8×10 qui ne pouvait pas bouger lors de la prise de photo. Maintenant je suis plus libre lorsque je prends des photos. »

Talent versus technologie

Les dernières années ont témoigné d'un véritable bouleversement au niveau de la photographie. Le réalisme quotidien est devenu bien plus important que la qualité technique. À propos des arguments  selon lesquels l'objectif de l'appareil photo d'un iPhone ne peut pas être comparé à celui d'un appareil photo numérique ou à film, Nick Knight a sa propre réponse révolutionnaire :

« On s'en fiche ! L'image n'est pas nette ? Ce n'est pas grave ! L'un de mes photographes préférés est Robert Capa, dont les photos sont parfois un peu floues, mais je les aime parce qu'il arrive à capturer un instant.

Ce qui m'attire, c'est le contact visuel avec le sujet, ce n'est pas la précision de la photo. Il est absurde de penser que les photos doivent être de haute résolution ; ce qui importe, d'un point de vue artistique, ce n'est pas le nombre de pixels, mais de savoir si la photo produit l'effet recherché. En photographie, plus qu'avec d'autres médiums, les gens ont tendance à s'attacher à la technologie.

À part les maniaques de pinceaux, personne se demande quel type de pinceau utilisent les frères Chapman. Le type de machine qu'on utilise pour créer notre art n'est pas pertinent. Je peux rajouter un cadre à la photo, je peux corriger les valeurs noir et blanc d'une photo. Je ne peux pas vous dire comment cela fonctionne exactement, mais c'est cela que je trouve génial avec la photo. »

En effet, les hashtags d'Instagram tels que #nofilter, qui reviennent dans plus de 115 millions publications et #iPhoneonly, qui apparaissent dans plus de 91 millions publications sont très vite devenus des signes de fierté, snobant ainsi ceux qui osent encore utiliser un appareil photo numérique ordinaire pour prendre leurs photos. Même avec un choix infini d'applications et de filtres, la caméra de smartphone est toujours perçu comme l'appareil le plus honnête.

La popularité croissante des concours de photographies prises avec l'iPhone traduit une nouvelle reconnaissance pour ce type de photos. En effet, la huitième édition des iPhone Photography Awards a établi que « toutes les photos doivent être prises avec un iPhone, iPod ou iPad. Les photos n'ont pas le droit d'être retouchées à l'aide de programmes graphiques tel que Photoshop, mais il est possible d'utiliser les applications IOS. »

On s'efforce, de plus en plus, d'inclure des termes tels que « iPhoneographie », « iPhonographe » et « art iPhone » dans le vocabulaire artistique. Les premiers artistes-iPhone incluent notamment Miltos Manetas et Memo Akten qui ont créé l'application theJacksonPollock ; Theo Watson qui a créé Fat Tag ; Scott Snibbe qui a lancé Gravilux et Bubble Harp ainsi que Golan Levin, le créateur de Yellowtail. De plus, des artistes tels que David Hockney et Corliss Blakely ont organisé des expositions artistiques présentant de l'art réalisé exclusivement avec leur iPad.

L'art de l'iPhone peut ainsi menacer les galeries traditionnelles qui représentent des artistes de l'art numérique, les artistes pouvant désormais eux-mêmes proposer leurs applications directement au public général sans forcément passer par une galerie. Que ce soit pour faire progresser votre carrière ou simplement pour pousser les limites de ces outils, l'iPhone demeure une plateforme unique qui permet aux artistes des médias d'interpeller un public international.

Que nous réserve l'avenir ?

Malgré de nombreux avancements qui ont eu lieu jusqu'à ce jour, ceci n'est que le début de la révolution. Seulement six mois après le lancement du dixième iPhone, l'iPhone 6, le monde est déjà en train de se préparer à la sortie de son successeur. DaringFireballs.net, un blog qui accueille les opinions de John Gruber, écrivain, éditeur de blog, designer d'interface graphique et l'inventeur du format de publication Markdown, a récemment publié un podcast dans lequel John Gruber révèle que selon sa source, la caméra de l'iPhone 7 serait dotée d'un système de double objectif qui permettrait à ses utilisateurs de profiter d'une image de « qualité de reflex numérique ».

Une double lentille offre de nombreux avantages par rapport aux paramètres de caméra du dernier iPhone, certes très populaire, y compris l'option d'ajouter un zoom optique. Il a également été suggéré que les futures caméras d'iPhone auront une meilleure performance dans des conditions de très faible luminosité, le HTC One M8 ayant déjà une caméra arrière dotée d'un système de double lentille. Par ailleurs, les nouvelles technologies telles que Google Glass, qui, avec leur caméra de 5 mégapixels et leur capacité d'enregistrer une vidéo en 720p HD, ne font qu'accélérer le processus de transformation de la photographie.

Ainsi, nous nous trouvons au cœur d'une époque de démocratisation technologique de la photographie. Ce n'est plus notre matériel qui nous définit, mais seulement nos photos. C'est bien sûr la créativité derrière la photographie qui mérite d'être étudiée, non pas l'appareil photo qui a été utilisé. Une belle photographie est belle, même si elle a été prise avec une caméra de smartphone. L'art véritable réside dans la façon dont un instant, une vue ou un sentiment a été traduit par une image particulière, quel que soit l'outil utilisé. Après tout, seul un mauvais artisan met la faute sur ses outils de travail.

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Commentaires
a écrit le 03/05/2015 à 14:52 :
tout est bon pour abrutir les masses, la photo est un prétexte de communication stérile et une nouvelle gène sur les trottoirs
a écrit le 03/05/2015 à 7:49 :
27 fois "iphone" dans l'article...overdose
Un article pour nous dire que l'outil ne compte pas, et vous nous lobotomisez avec votre marque.
a écrit le 02/05/2015 à 8:35 :
remplacez iPhone par smartphone rendrait l article un peu lus digeste.... je n y ai vu qu' une publicité à peine cachée ! Horrible !
Réponse de le 02/05/2015 à 8:59 :
Art Media Agency a une appli sur apple store, mais c'est surement le fait du hasard...
Réponse de le 02/05/2015 à 18:37 :
C'est clair, Pékinois. Et comme écrit plus bas, ces appareils font "tout", mais ... mal.
a écrit le 02/05/2015 à 6:21 :
Ca corrige le manque de talent et ça permet au premier toquard venu de vous photographier discrètement et de balancer votre vie privée sur le net.
Internet est devenu un fléau mondial qui fait la fortune de flibustiers qui s'approprient "notre vie".
a écrit le 01/05/2015 à 22:18 :
Prétendre que les photos d'Iphone ou autres mini appareils photos sont des outils aussi performants que des appareils sophistiqués pour alimenter l'art photographique n'est pas sérieux. Les photos floues de Capa ne sont pas des photos d'art. Ce sont des photos de reportage que l'ont excuse d'être floues , sinon on n'aurait pas de reportage du tout ! Pour une belle photo, l'Iphone (que de pub pour de truc à tout faire, surtout l'inutile), il faut un bon photographe (pas uniquement un possesseur du dernier gadget à la mode qui ne pense qu'aux selfies), talentueux sur les compositions, sur les choix des sujets, sur la technique et un bon appareil (qualité des optiques, de la conversion numérique, equilibres des couleurs ...) ... L'Iphone n'est plus qu'un gadget.
Réponse de le 03/05/2015 à 7:52 :
Les photos de Capa sont de l'art tout comme celles de Rainman. Arrêtons avec cette vision élitiste de la photographie, comme c'est assez bien exprimé dans l'article. Jacob Holdt est un artiste majeur, et pourtant la technique n'est pas sa priorité.

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