« Le scandale, c'est l'émigration massive des Africains » (Philippe Douste-Blazy)

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Philippe Douste-Blazy, ex-ministre français et ancien président-fondateur de l'Unitaid.
Philippe Douste-Blazy, ex-ministre français et ancien président-fondateur de l'Unitaid. (Crédits : Reuters)
La troisième édition du Crans Montana Forum, à Dakhla - dont le Maroc veut faire sa vitrine au Sahara -, vient de réunir d'autant plus de personnalités politiques et économiques internationales qu'elle était précisément consacrée au nouvel axe stratégique du royaume : la renforcement de la coopération Sud-Sud, désormais quasi unanimement considérée comme la pierre angulaire indispensable au développement de l'Afrique. Un développement seul susceptible d'amoindrir le mouvement d'émigration massive des Africains...

« Le Continent est une priorité pour le Maroc en matière de politique étrangère et la coopération Sud-Sud, fondée sur la solidarité et le partage, est l'outil pour mieux développer le marché et exploiter les opportunités économiques », telle est la conviction maintes fois affirmée de Mohammed VI. Et le souverain chérifien ne perd pas de temps : au lendemain du retour historique du Maroc au sein de l'Union africaine (avalisé par le sommet d'Addis Abeba, le 30 janvier dernier), le roi du Maroc a fait acte de candidature pour que son pays rejoigne la CEDEAO (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest) où les hommes d'affaires et investisseurs marocains sont de plus en plus présents.

Une « diplomatie économique » pour changer le visage de l'Afrique

« La demande d'adhésion du Maroc à la CEDEAO est la preuve concrète de la nécessité de vivre ensemble et de partager des objectifs pour arriver à un marché commun », a d'ailleurs souligné à Dakhla le Sénégalais Moustapha Cissé Lô, président du Parlement de la CEDEAO, alors que l'ambassadeur Jean-Paul Carteron, président et organisateur du Forum, abondait dans le même sens en jugeant « normal que le Maroc trouve la place qu'il mérite au sein de la CEDEAO ». D'où l'accent mis par le Maroc - hôte de ce Sommet - sur sa « diplomatie économique » pour changer le visage de l'Afrique par des initiatives concrètes et une véritable synergie des énergies.

Premier volet de cette offensive à la fois diplomatique et économique : l'invitation à Dakhla d'un certain nombre de personnalités dont la seule présence contribue de fait à la promotion du royaume.

« Que l'Afrique prenne son destin en mains »

Et tandis que le Maroc met les moyens pour soigner son image, nombre de personnalités se montrent au diapason de la vision africaine du Royaume. Par exemple le révérend Jesse Jackson, vedette de la scène politique américaine, qui revient en Afrique et profite de cette tribune du Forum de Dakhla pour appeler tous les Africains à « ne jamais cesser de se battre » pour un monde meilleur car « l'Afrique est riche et le monde a besoin de l'Afrique ». À son exemple, de grandes voix de l'Afrique - comme le chanteur malien Salif Keita - appellent les Africains à se mobiliser pour « que l'Afrique prenne son destin en mains » et n'attende pas toujours son salut des pays du Nord.

L'ex-Premier ministre de Guinée Conakry, Lansana Kouyate (qui présida un temps aux destinées de la CEDEAO) se plaît quant à lui à souligner que « l'Afrique a aujourd'hui d'extraordinaires potentialités », réalité démentissent ceux qui affirmaient, il y a un demi-siècle, que « l'Afrique noire est mal partie ».

Sécurité alimentaire et coopération énergétique

Reste que « l'exode rural est en marche » en Afrique comme ailleurs et qu'il est urgent de trouver des solutions pour passer dans de nombreux pays d'une agriculture familiale de subsistance à une « autonomie agricole » permettant de nourrir toute la population et à une forme d'agro-business générant des profits pour ceux qui investissent dans ce secteur vital. Président du Conseil général du Développement agricole du Maroc, Mohamed Ait Kadi donne ainsi en exemple la nouvelle stratégie agricole mise en place depuis 2010 avec le « Plan Maroc Vert ».

Profitant de la dynamique créée par la COP 22, qui s'est tenue en novembre dernier à Marrakech, le Maroc veut désormais que le secteur énergétique soit au centre de la coopération Sud-Sud, ainsi d'ailleurs que le roi le redit à chacun de ses nombreux déplacements en Afrique subsaharienne.

« Le scandale, c'est l'émigration massive des Africains »

« Le moment est venu pour que l'Afrique se lève », martèle le président du Sénat du Nigeria, Abubakar Bukola Saraki, qui préfère mettre l'accent sur l'extraordinaire richesse que constitue la jeunesse du continent, où l'âge moyen est aujourd'hui de 20 ans, contre 45 ans en Europe, Vieux Continent... de plus en plus vieillissant !

« L'Afrique, c'est la population la plus jeune du monde », renchérit Philippe Douste-Blazy. « D'où viendra la croissance demain en Europe, si ce n'est de l'Afrique ? », s'interroge l'ex-ministre français et ancien président-fondateur de l'Unitaid, en invitant les pays occidentaux nantis à faire davantage pour les pays du Sud, afin d'y fixer les populations et d'y tarir si possible les sources de l'immigration clandestine. Avec cette formule choc : « Le scandale, ce n'est pas l'immigration incontrôlée chez nous, mais l'émigration massive des Africains ».

« L'Afrique est un paradoxe », observe-t-il en effet, soulignant que le continent représente à la fois « une chance mondiale » pour devenir le moteur du XXIe siècle, mais va également se retrouver confronté à des « défis considérables » (comme les problèmes sanitaires et d'éducation) et porte donc en germe « un grand risque de déstabilisation ». Et l'ancien président d'Unitaid, qui prêche toujours contre vents et marées pour des solutions et financements innovants, d'inviter les pays africains à faire quant à eux beaucoup plus pour le secteur de la Santé, qui ne représente en moyenne que 6 % de leurs budgets, alors que les Africains s'étaient eux-mêmes donné pour objectif - il y a plus de dix ans à Abuja (Nigeria) - d'atteindre les 15 %. On en est encore très loin.

Ministre marocaine de l'Environnement, Mme Hakima El Haite en a profité pour lancer un appel solennel aux Nations unies et à la communauté internationale pour faire plus pour la Santé et l'Environnement. Et développer en ces domaines aussi l'indispensable coopération Sud-Sud. C'est l'appel de Dakhla.

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Commentaires
a écrit le 27/03/2017 à 8:54 :
C'est une façon de voir les choses qui permet en effet de bien mieux cerner le problème.

Mais l'UE avec ses octogénaires allemands à sa tête n'est pas prête de le voir sous cette forme le problème.

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