Le « mai 1968 » rampant et le DRH

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Bernie Sanders, le "socialiste" qui a séduit une partie de l'Amérique
Bernie Sanders, le "socialiste" qui a séduit une partie de l'Amérique (Crédits : LUCAS JACKSON)
Nous vivons une sorte de mai 1968 nouveau, un « mai 1968 » rampant.

En 1968, dans le monde libre - non communiste -, la jeunesse protestait contre la société de consommation. L'emploi était surabondant. Aujourd'hui, l'emploi est décalé. Nous vivons ce « mai 1968 » depuis plusieurs années.C'est le déclencheur du printemps arabe, en 2010. Il est l'expression d'un profond malaise, dû à la hausse massive mondiale du niveau d'éducation. Chaque semaine, une université ouvre dans le monde.

Mais la croissance de l'emploi et son offre ne sont pas en rapport avec les attentes des diplômés. Les diplômes sont dévalués. Dans ce monde relativement ouvert, chacun peut tenter sa chance dans un autre pays. Même les États-Unis, l'Allemagne et d'autres, avec un chômage au plus bas, connaissent ce « mai 1968 » nouveau.

Nous vivons quotidiennement cette protestation d'une partie de la jeunesse.

Elle porte sur deux aspects principaux : soit elle recherche une société égalitariste, soit elle prend une position nationaliste.

Mêmes constatations pour les primaires américaines

Aux primaires américaines, face à Hillary Clinton, le démocrate Bernie Sanders a le soutien des jeunes (70 à 80% des moins de 30 ans, égalitaristes et plutôt diplômés) ; Donald Trump a celui des nationalistes peu diplômés. En Autriche, après l'élimination des partis traditionnels, c'est un indépendant écolo-socialiste qui a battu un candidat d'extrême droite sur ces mêmes profils. En Espagne, c'est Podemos qui a les voix des jeunes égalitaristes.

En France, les nationalistes du FN emportaient 34% des voix des 18-30 ans aux dernières élections régionales. Le FN était aussi le premier parti chez les sans-diplômes et les CSP les plus modestes.

Les égalitaristes ont un électorat « jeune » plus âgé. L'âge moyen des participants à Nuit Debout était de 33 ans, la majorité était composée de diplômés du supérieur, et les chômeurs représentaient 20%.

Et l'entreprise, dans tout cela ? Elle tente d'échapper aux crispations politiques, mais elle est confrontée à la complexité de la génération Y, née entre 1980 et 1995.

D'un côté, cette génération forme ses parents aux nouvelles technologies et a donc le sentiment d'être en pointe ; de l'autre, l'entreprise, en surabondance de demandes, développe une exigence que le candidat admet mal. Le DRH devra écouter le ressentiment. Même si cette génération vote peu, dans l'année qui vient, les tensions politiques et sociales vont rejaillir dans l'entreprise, à l'image des grèves de ces dernières semaines. Les DRH se doivent d'être de fins observateurs.

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013

À découvrir aussi sa contribution à l'ouvrage collectif Rupture, vous avez dit disrupture ? Le futur est déjà derrière nous, Éditions Kawa, 2015 ; et le nouvel ouvrage, Notre futur anticipé pas les signaux faibles, Éditions Kawa, 2016.

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