Cette insurrection qui vient !

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Lors d'une assemblée générale du mouvement Nuit debout, place de la République à Paris, le 8 avril 2016, soit une dizaine de jours après le début du mouvement.
Lors d'une assemblée générale du mouvement Nuit debout, place de la République à Paris, le 8 avril 2016, soit une dizaine de jours après le début du mouvement. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
Bernie Sanders, #Nuit Debout, Podemos… Une insurrection semble poindre, contre un système, contre les élites dirigeantes, et surtout contre des modes de gouvernance jugés dépassés. Jusqu’où et pour quoi changer, telle est la question. Par Jérôme Cohen, fondateur d’Engage.

L'histoire est moqueuse. Au Brésil, la droite conservatrice, corrompue et mafieuse, veut renverser Dilma Roussef, certainement pas exempte de tout reproche, mais symbole de la revanche des classes populaires brésiliennes.

Au même moment, un vent nouveau souffle dans le monde. Même sans projet de société lisible, le mouvement #NuitDebout, tient et grandit, jour après jour et se mondialise dans un #GlobalDebout qui rassemble tous les mécontentements de la jeunesse. Aux Etats-Unis, face au phénomène Trump, la poussée de Bernie Sanders, le sénateur du Vermont a redonné au « socialisme » le droit de cité au pays du maccarthysme. Et ce, malgré sa défaite annoncée face à Hillary Clinton dans le camp démocrate.

Un formidable laboratoire démocratique

Pour revenir en France, on voit les primaires citoyennes se multiplier - primaire.org, La primaire des Français, et de nouveaux mouvements politiques issus de la société civile bourgeonnent, à l'image des Zèbres d'Alexandre Jardin, de #MAVOIX (@mavoix2017), ou de Baztille, tous aidés par de nouveaux outils qui facilitent la participation et l'intelligence collective, comme par exemple Stig.

Pour quels résultats ? Là n'est pas la question. Ces initiatives sont un formidable laboratoire démocratique. Ils préparent l'avenir et annoncent l'obsolescence des modes de fonctionnement de notre vieux système politique, mettent un pied dans la porte. Surtout ils revendiquent une nouvelle façon de gouverner, participative, ascendante et montrent les vertus possibles d'un web collaboratif politique. Leur rôle est en cela fondamental.

Analysant cette vague de contestation et de remise en cause de nos vieux partis politiques, Jacques Attali pronostique dans l'Express l'élection à la présidentielle 2017 d'un inconnu sorti du web ! Sans vouloir jouer aux oracles, un point de bascule apparaît à l'horizon. Les contours d'une nouvelle société se dessinent chaque jour plus clairement qui nécessite et induit un changement de nos modes de gouvernance.

Un système qui renforce ses travers

Cette perspective désirable se heurte pourtant à deux écueils qu'il s'agit de regarder en face. Tout d'abord, le système résiste. Les politiques se protègent en votant des lois qui retardent leur chute et étouffent le changement : loi dite de « modernisation des règles applicables à l'élection présidentielle » qui réduit le temps de parole des petits candidats ; loi sur la surveillance internationale, abondamment commentée et critiquée, notamment sur la Quadrature du net.

Le système, loin de programmer son autodestruction, renforce ses travers pour continuer à exister. Le constat est souvent similaire dans le monde de l'entreprise. Les évolutions sont longues, se heurtent de toute part à la résistance au changement et sont souvent fragiles car dépendantes de la volonté de son leader, par essence révocable.

Ensuite, il ne suffit pas d'exprimer son mécontentement, même si ce cri libérateur constitue une étape. Il s'agit d'échanger puis de proposer pour construire dans une démarche inclusive. Les choses se compliquent bien sûr. Comment inspirer et rassembler autour de solutions complexes pour trouver un consensus qui ne soit pas mou ?

La nécessité d'une insurrection citoyenne collective, pragmatique et positive

C'est là précisément que débute le vrai combat. Et il n'est pas facile, comme le montre le blocage institutionnel en Espagne avec Podemos, où de nouvelles élections sont convoquées. Loin des idéologies qui divisent et des anciens modes de gouvernance qui clivent, cette « insurrection » citoyenne (*) ne réussira que si elle est collective, pragmatique et positive.

Continuons à discuter et à nous tenir droit, jour et nuit, pour bâtir sans exclure et surtout engageons-nous concrètement et pacifiquement dans la construction d'un nouveau modèle que nous jugerions plus efficace et plus juste.

C'est l'ambition des Engage Days qui se tiendront du 3 au 5 juin sur le thème des nouvelles gouvernances individuelles et collectives. Rencontrer et débattre avec ceux qui pensent les nouveaux modes de gouvernances, aider ceux qui les mettent concrètement en œuvre. Découvrir aussi les nouvelles pratiques de développement de soi, car aucun changement durable ne se fera sans une remise en question de notre propre relation à nous-même et aux autres.

Tenons-nous debout pour profiter du vent qui se lève.

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Par Jérôme Cohen, fondateur d'Engage.

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(*) La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 énonce en son article 35, supprimé dans la déclaration de 95 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

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Commentaires
a écrit le 09/05/2016 à 14:59 :
L'insurrection qui vient depuis 50 ans... C'est là, c'est imminent, on y est, encore un tout petit peu de patience, je la vois, je la sens... On y est !... Faut vraiment avoir 20 ans et zéro culture pour croire à ces galèjades...
a écrit le 02/05/2016 à 16:47 :
Difficile de globaliser quand même...ces mouvements concernent quelques pays riches d'Occident qui vivent un lent déclassement. Rien de tel dans les pays en croissance d'Asie par exemple, qui regroupent une belle proportion de la population mondiale...
Ne nous emballons pas non plus sur le web participatif politique : au niveau local il existe déjà (à Paris par exemple, les parisiens ont la main sur une partie du budget), au niveau national nos dirigeants sont a priori les mieux formés pour appréhender toutes les complexités et les enjeux du monde qui nous entoure...et les élections sont le moyen le plus efficace et le plus démocratique pour montrer notre mécontentement.
Ces mouvements sont plutôt le symptôme de pays qui s'appauvrissent et qui n'offrent plus d'ascenseur social. Les temps sont difficiles, les perspectives sont moroses.
Dans ces pays, et dans d'autres aussi, un vent se lève certes, mais dans une autre direction que celle évoquée ci-dessus...cf. Autriche, Hongrie, Pologne, Scandinavie, GB, France...on assiste plutôt à un retour des frontières qui marque progressivement la fin du libre marché Schengenien. La fin, provisoire sans doute, du rêve Bruxellois d'une Europe totalement intégrée.
Pour le reste, en 2017, chacun aura une voix, pas plus, pas moins.
Réponse de le 03/05/2016 à 1:37 :
" La fin, provisoire sans doute, du rêve Bruxellois d'une Europe totalement intégrée." : En même temps, quand on met en place une "union" monétaire où les banques privées peuvent se goinfrer d'intérêt sur le dos des pays les plus faibles, on est loin d'une "union" qui permettrait le rêve : Un taux fixe, fixé par la BCE, prêté directement aux états. Ce n'est pas en conduisant les peuples à voter pour qui leurs donne du pain qu'on forme une union.
Ensuite, plus grave : La démocratie est effacée dans la mesure où Bruxelles est loin de faire de la transparence absolue quand les lobbies n'y dépensent pas leurs frics pour le bien être des citoyens.
Enfin, quand on met en place la libre circulation des capitaux et des personnes sans le moindre garde fou entre des pays hétérogènes, il ne faut pas s'étonner que l'Europe vire à la concurrence fratricide avant de former une "union" pour affronter d'autres marchés.
Les premiers nostalgiques du XX ième doivent être ces ploutocrates : Ils ne manqueront pas de faire monter des extrêmes dans tous les pays affaiblis.
Dans une union, on attendrait des peuples solidaires : Ils sont indifférents à la souffrance des plus faibles pendant qu'ils défendent les gains bien mérités des financiers... Retour aux années 30!
a écrit le 29/04/2016 à 22:18 :
Votre introduction, avec le Brésil en référence, est un amalgame malvenu pour une théorie globalisant une nouvelle conscience planétaire actuelle
On ne peut pas mettre un brésilien et un français ou un européen dans le même sac.
Faut faire la différence entre les endormis et les excités; et surtout des espaces dont ils disposent pour vivre à leur rythme.
Notre Europe se ferme, par nécessité presque vitale; faut serrer les boulons pour penser l'avenir.
Venez voir l’Amérique du sud, c'est un désert humain; tout est à faire, et chaque brésilien, chacun avec ses moyens, construit son lendemain, au pire avec une pelle à la main. http://photos-non-retouchees.over-blog.com/article-pauvres-gens-43042188.html
a écrit le 28/04/2016 à 19:19 :
Le monde des communistes ( Stalinisme, Maoisme et même Castrisme) est mort. Il reste bien la Corée du Nord, une exception qui tombera un jour. Le monde des capitalistes, adossé ultra-libéraux et qui a supplanté les communisme est lui aussi en train de mourir, la question est de savoir par quoi il sera remplacé, parce qu'inévitablement il sera remplacé, l'Histoire est là pour en témoigner. Ce pourrait être en bien, en mieux, pour des relations humaines, sociales apaisées. Un jour peut-être, mais dans un futur plus proche, la dictature me semble en première ligne pour empocher la mise. La Russie et la Chine sont ouvertement sur ce chemin, les US, sans trop le dire et sous couvert de "démocratie" l'ont emprunté depuis fort longtemps. Un nouveau grand affrontement se prépare et une présidence Trump devrait en accélérer le commencement.
Réponse de le 29/04/2016 à 1:37 :
"la question est de savoir par quoi il sera remplacé" : Un mix des deux? Du communisme pour les biens de premières nécessités (logement, nourriture, santé, éducation, grand âge) et du libéralisme pour le reste (loisir, voyage, divertissement, etc.).
Après, ne pas rêvez : Ce monde n'existera pas. Il se résumerait à supprimer le libéralisme là où il permet l'exploitation de l'homme par les détenteurs de capitaux qui se battent pour conserver la planche à billet.
On s'arrangera plutôt pour créer des bulles immobilières afin que les anciens défendent le libéralisme...
Réponse de le 02/05/2016 à 9:01 :
Ce monde va etre remplacé par le capitalisme.
Ce que nous avons aujourd'hui, n'est pas du capitalisme, mais une copinocratie.
Ca a toujours existé et à toujours finit par s'éffondrer.
a écrit le 28/04/2016 à 19:14 :
"Quand des millions de personnes se rendront compte que l'on ne peut plus vivre comme par le passé, la Révolution sera logique et inévitable" D'après love story "les corps indécents". Deux jeunes gens en révolte contre la société actuelle, société de consommations à outrance, qui fait que l'on passe à côté de la vie . On est peut-être en train de prendre conscience de cette situation ?
a écrit le 28/04/2016 à 18:31 :
Au-delà de la nullité de nos politiques vivant hors sol, quel blabla verbeux plein de termes ronflants, mais sans aucune prise avec le monde réel.
a écrit le 28/04/2016 à 17:42 :
Wow! Pre-formulated conclusions based on astonishingly inaccurate premises...intellectually impotent. This is pure propaganda. Keep your day job.
Réponse de le 28/04/2016 à 19:20 :
Merci pour votre propos mesuré.
Si vous pensez que tout cela ne représente rien. Je vous en laisse le droit. Je ne partage pas votre point.
a écrit le 28/04/2016 à 16:37 :
"Une insurrection semble poindre"

Le ventre plein ?
a écrit le 28/04/2016 à 16:37 :
"Une insurrection semble poindre"

Le ventre plein ?
a écrit le 28/04/2016 à 16:35 :
Une blague... ces mouvements (parlons des mouvements en France) sont évidemment une réalité, mais ils ne représentent personne.. Il faudrait sortir de la Place de la République, la France est grande, Monsieur Jérome...
Réponse de le 28/04/2016 à 19:17 :
Pourquoi personne?
Sanders ne représente rien? Podemos rien? Je ne saisis pas votre point.
De plus les changements de société sont rarement le fait d'une majorité.
a écrit le 28/04/2016 à 15:02 :
Quand j'entends des gauchistes parler de démocratie, je me marre :) Pour eux, l'expression démocratique doit être cadrer par les contraintes de leur idéologie liberticide, d'où leur amour de la république, qui limite l'action des pouvoirs publics, en faveur des minorités et au détriment des opinions majoritaires.

Les gauchistes n'aiment pas la démocratie, qu'ils considèrent comme la dictature de la majorité.
Réponse de le 29/04/2016 à 1:44 :
"Les gauchistes n'aiment pas la démocratie, qu'ils considèrent comme la dictature de la majorité. " : C'est marrant, mais en 81, bien des gens de droite était à gauche... Maintenant qu'ils sont bénéficiaires d'une bulle immobilières, ils se battent étrangement contre les impôts et pour le droit à siphonner les revenus des enfants des autres sans modération.
Puis, quels libéraux : Quand les prix baissent, ils demandent l'intervention de l'état (Robiens, Scellier, Pinel, PTZ, etc.).
Ne parlons même pas de leur libéralisme pour les retraites : Là, ils sont communistes! Pour sur, ils veulent des caisses qui ne proposeraient pas le travail jusqu'à 70 ans, des pensions plus faible et des dettes pour les seules générations futures!!!
Des libéraux de circonstance! C'est ça qui conduira la jeunesse dans les bras de l'extrême droite ou l'extrême gauche!
a écrit le 28/04/2016 à 14:51 :
Les modes de gouvernance sont peut-être dépassés, mais l'insurrection dans la rue aussi... Les citoyens ont compris que la défiance et le blocage de la consommation est nettement plus efficace que de vociférer sa colère. C'est l'argent qui a le pouvoir dans ce monde, et c'est par leur statut de consommateur que les citoyens peuvent changer les choses.
Réponse de le 28/04/2016 à 18:27 :
Je vous l'accorde. La consommation est un bon moyen de faire pression et de changer des pratiques. Je ne sois pas certain que cela soit suffisant cependant.
Les nouvelles gouvernances sont au coeur des enjeux de réinvention, je crois
Réponse de le 29/04/2016 à 8:37 :
Il n'y a pas une "nouvelle gouvernance", mais un retour aux gouvernances féodales dont la finance est devenu l'aristocratie... L'insurrection moderne, c'est celle des lanceurs d'alertes. C'est cette nouvelle insurrection qui a des chances de changer le monde. C'est pourquoi des lois sont votées aujourd'hui pour les empêcher d'agir. Les défilés dans la rue n'ont fait qu'aboutir au système nauséabond actuel.
Réponse de le 29/04/2016 à 11:16 :
D'ailleurs, je n'ai pas vu de syndicats défendre les salariés lanceurs d'alertes. C'est pourtant le meilleur moyen aujourd'hui de faire pression sur les patrons indélicats...
a écrit le 28/04/2016 à 13:36 :
Tout ça parce qu'on oublie le role de l'énergie dans le développement de l'économie. L'énergie remplace le travail en assurant des gains de productivité. Il faut répartir les prélèvements sociaux sur le travail et sur l'énergie.
a écrit le 28/04/2016 à 12:58 :
La spontanéité n'est qu'illusoire tout est sous contrôle! Seul l'action individuelle a quelque chance mais ne sera pas reconnue en tant que tel!
Réponse de le 28/04/2016 à 18:28 :
Oui, individuelle. Mais il faut se regrouper pour avoir un quelconque impact.
a écrit le 28/04/2016 à 11:53 :
Une insurrection qui adule macron et va voter Juppé...la bonne blague.

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