Andrea Enria, le croisé des « bad loans »

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(Crédits : DR)
Au menu des ministres européens des finances qui se retrouvent à Malte le 7 avril, le plat de résistance se nomme « bad loans ».

En moyenne dans l'Union européenne, plus de 5 % des prêts bancaires sont considérés comme « non performants », autrement dit susceptibles de ne pas être remboursés, ou dont le paiement a plus de 90 jours de retard, selon la définition de l'Autorité bancaire européenne (ABE). Un ratio « trois fois plus important que dans les autres grandes régions du monde », expliquait récemment son président Andrea Enria. Le fléau touche bien sûr plus particulièrement la Grèce (47 %). Mais dans huit autres pays - Portugal, Chypre, Finlande, Hongrie, Slovénie, Roumanie, Bulgarie et Irlande -, il se situe entre 10 % et 20 %.

Accélérer la libération du capital bancaire

Ici et là, le problème a été résolu par des solutions « ad hoc », assainissement direct des bilans, ou « bad banks » nationales, comme en Espagne, en Irlande ou en Allemagne. Mais il persiste et est désormais considéré comme un problème non bancaire ou national, mais macroéconomique pour toute la zone euro. C'est comme cela qu'il faut comprendre le soutien univoque apporté fin janvier par Klaus Regling - le directeur général du Mécanisme européen de stabilité, le bras armé de l'Eurogroupe - à l'idée lancée par Andrea Enria d'un pool européen de mauvaises créances bénéficiant d'un financement public, pour une partie au moins du fardeau. Le but n'est pas tant d'éviter des risques de faillite (l'essentiel des mauvaises créances est provisionné ou collatéralisé) que d'accélérer la libération du capital bancaire.

« Travailler à des solutions »

Les avantages d'une « AMC » (Asset Management Company) paneuropéenne sont multiples : soulager les pays les plus fragiles ou incapables de monter leur propre structure, limiter les risques de corruption inhérents à ce genre d'opération (vente de prêts sousévalués à des « amis »), créer, pour les investisseurs, un « guichet unique ». Surtout, insiste Andrea Enria, un « droit de reprise » (« clawback clause ») protégerait l'argent public investi dans la « bad bank » : si le prix de vente de la créance est inférieur au prix de transfert à la « bad bank », celle-ci est remboursée. Un système qui permet d'éviter toute mutualisation des risques en conservant les avantages de l'effet de taille. Cela n'a pas suffi à convaincre Berlin qui entretient l'idée que le contribuable allemand pourrait y perdre des plumes... et refuse de considérer les gains d'une gestion commune de ce legs de la crise. La Commission européenne assure de son côté « travailler à des solutions », selon son viceprésident, et estime, par la voix d'un haut fonctionnaire, que la proposition de l'ABE « n'est pas non pertinente ».

À Malte, les ministres des finances pèseront donc le pour et le contre

« Le problème est que l'on bute assez vite sur les différences de droit de faillite », explique une source européenne, « or les ministres des finances ne sont pas compétents. C'est une affaire pour les ministres de la justice. »

Déjà en 2008 et 2009, les gouvernements européens avaient préféré procéder en ordre dispersé pour sauver leur secteur bancaire, au détriment de toute rationalité économique. Ils pourraient bien refaire la même chose pour solder l'héritage des années de crise. L'histoire repasse parfois les plats... même les moins bons.

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Commentaires
a écrit le 17/03/2017 à 10:38 :
Et vous êtes sûr que les dirigeants sont toujours vivants ? Quelqu'un est allé essayer d'en secouer un pour voir ?

Parce que c'est loin d'être une idée révolutionnaire, on voit bien que ceux qui l'ont eu se sont cassés la tête afin de rentrer au sein du dogme néolibéral européen et les allemands refusent quand même ?

Vite un frexit, très vite.

"Les premiers pays à partir de l'UE seront ceux qui s'en sortiront le mieux" Stiglitz

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