L'Europe veut remonter le prix du carbone

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(Crédits : © Arnd Wiegmann / Reuters)
Ceux qui disent que le libéralisme va de pair avec moins d'État feraient bien de regarder de plus près ce qui se passera ce mardi entre les ministres européens des Vingt-Huit à Bruxelles. Au menu de leur réunion : la réforme de l'ETS, l'European Trading Scheme.

L'ETS repose sur l'idée que pour réduire les émissions des industriels, plutôt que de les taxer, mieux vaut « inventer » un nouveau facteur de production : le carbone. Cela fait, il ne reste plus qu'à gérer cette ressource en distribuant des « quotas »... dans une quantité de plus en plus limitée, de façon à faire monter les prix.

La pollution coûtant de plus en plus cher, les industriels qui doivent - par force de loi - se procurer une quantité de « quotas » proportionnelle à leurs émissions, seront incités à émettre de moins en moins de CO2. Une magnifique construction intellectuelle mise sur pied à la fin des années 1960 par des économistes américains.

Mais n'est pas démiurge qui veut...

La « phase 1 » de l'ETS, lancée en 2005, fut une catastrophe. Deux ans après son lancement, le prix du carbone était tombé à... zéro. L'Union européenne avait mis sur le marché au moins 200 millions de tonnes de CO2 de trop (10% du total du marché), soit entre 2 et 4 fois la valeur estimée des baisses d'émission annuelle, estimèrent les experts a posteriori. Le seul effet de cette expérimentation de politique environnementale fondée sur un mécanisme de marché fut de créer un marché hautement spéculatif et peu liquide, et d'engraisser quelques très grandes entreprises et banques d'affaires.

Après des années de négociations on s'entendit donc pour retirer un gros paquet de 900 millions de quotas et revoir leurs règles d'allocation, 43% des quotas étant distribués gratuitement (en raison des risques de « fuite de carbone », autrement dit de fuite de la production dans des usines extra-européennes n'ayant pas à acheter le droit de polluer) et 57 % aux enchères. Résultat : le prix est remonté. Mais à 5 euros, la tonne de carbone fait toujours les délices les financiers, mais ne permet toujours pas de créer une vraie « incitation » à investir dans des équipements plus verts.

En 2015, Bruxelles a donc remis le couvert pour préparer la « phase 3 », après 2020.

« Un des objectifs de notre réforme est bien de faire remonter les prix pour faciliter les investissements bas carbone », explique la vice-présidente du Parlement Françoise Grossetête qui reconnaît qu'à 5 euros, l'ETS n'envoie pas actuellement les « bons signaux ».

800 millions de quotas supplémentaires

Le compromis scellé par les députés mi-février par les députés est toutefois jugé « très favorable à l'industrie » par Milan Elkerbout, chercheur au CEPS à Bruxelles.

Les députés ont certes décidé de soutenir le retrait de 800 millions de quotas supplémentaires et appuyé la proposition de la Commission européenne de retirer chaque année 2,2 % des quotas sur le marché (au lieu de 1,74%) actuellement.

Mais sous la pression des industriels, ils ont également rendu possible la conversion de quotas actuellement vendus aux enchères en quotas alloués gratuitement. Ils ont enfin approuvé l'adjonction, dans cette subtile mécanique, de mesures de subvention pure et simple avec la création de deux fonds ad hoc. Le député écossais Ian Duncan a comparé son rapport à une « tour Kapla ». On verra le 28 février si les ministres décident de la laisser debout ou courent le risque de retirer une plaquette de bois ici ou là.

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Commentaires
a écrit le 01/03/2017 à 9:06 :
La lecture des commentaires est très instructive. Il faut en fait utiliser un double raisonnement. D'abord répartir les prélèvements sur la production (les entreprises) et sur la consommation (les ménages); et les répartir sur le travail et sur l'énergie. D'où l'idée de basculer la fiscalité du travail (charges sociales) sur la fiscalité énergétique (contribution climat-énergie). C'est une idée exprimée par Nicolas Hulot et présentée dans la note n°6 du CAE. Il faut essayer progressivement jusqu'à un point d'équilibre correspondant à un optimum de croissance de l'économie. Qu'en pensez vous?
a écrit le 01/03/2017 à 5:57 :
Réhausser progressivement le prix du CO2 est une excellente mesure dont on peut voir les résultats positifs notamment en Suède qui dispose d'un prix du CO2 beaucoup plus fort. Le modèle se développe également avec succès dans d'autres pays. On ne peut pas attendre que les industriels fassent des progrès par eux-mêmes comme on l'a constaté et c'est donc un bon moyen de financer la transition et l'efficacité énergétique comme l'a fait la Suède avec le succès que l'on peut vérifier : moins de pollution, plus d'indépendance énergétique etc Cà n'est pas une marchandisation de l'atmosphère ou de la nature mais au contraire sa délivrance des pollutions de toutes sortes en commençant par l'air jusqu'au microparticules de plastiques dans les océans en passant par l'obsolescence programmée etc En bref tous ces abus dont les industriels doivent tenir compte et intégrer dans leur production que nous payons pour un développement harmonieux qui ne nuit pas à la population.
Réponse de le 01/03/2017 à 9:23 :
Techno. Vous avez raison. Un raisonnement économique donnerait le même résultat; mais le raisonnement écologique est plus facile à mettre en avant. Mais attention; Trump, aux USA, va utiliser l'argument économique pour assurer sa suprématie économique. C'est un autre problème. Merci.
a écrit le 28/02/2017 à 14:50 :
Comment ne pas répéter encore une fois, que, la plupart des mesures prises depuis 15 ans et particulièrement les taxes liées au CO2 soit disant anthropique, ne sont qu’une immense fumisterie qui a abouti à une financiarisation spéculative, qui ne profite même pas aux pays qui devraient en être affectataires. Car ce qui se cache derrière ce système complexe aux visées prétendument vertes, c’est ni plus ni moins que la marchandisation de l’atmosphère. Il s’agit d’un problème d’ordre moral qui nous concerne toutes et tous. C’est pourquoi il faut à tout prix éviter que les termes de ce débat soient monopolisés par les experts tous azimuts. Il faut refuser ce système qui, en se généralisant et s’étendant à la biodiversité, à l’eau et aux services écosystémiques, accentue de manière exponentielle la privatisation de la nature. Spéculer sur la nature pour la sauver est une fausse bonne idée.
En plus des désastres sociaux bien réels, ce modèle inefficace fait office d’écran de fumée. En nous faisant croire que les mécanismes du marché peuvent régler la crise écologique, il retarde la prise de conscience collective à l’effet que notre système économique actuel est incompatible avec un monde viable et qu’il faut le modifier en profondeur. Il en va de la survie de l’humanité.
Réponse de le 01/03/2017 à 6:04 :
@Charly10 : vous critiquez un modèle qui après ses erreurs de jeunesse a fait ses preuves notamment en Suède où le prix de CO2 est plus élevé et qui n'est en rien une "marchandisation de l'atmosphère ou de la biodiversité" mais bien au contraire de la pollution et des abus sur cette biodiversité (produits polluants, non recyclables etc). Réformer tout le système et une gageure, on travaille là au plan mondial donc pas simple, on évolue donc par étapes, vous ne proposez d'ailleurs strictement rien et alors que cela concerne bien tous les pays du monde. La taxation du CO2 se développe partout est c'est une bonne chose vus les résultats obtenus quand le prix du C02 est à un certain seuil comme notamment en Suède et autres. C'est quand il est trop bas que les choses n'évoluent pas dans le bons sens.
Réponse de le 01/03/2017 à 11:47 :
@techno
Désolé mais je ne propose rien, parce que je ne suis pas du tout en accord avec la doxa.
La théorie du changement climatique due essentiellement à l’augmentation du CO2 n’est pas validée.
Il y a dans les forums traitant de ce sujet, tout et son contraire. Allez fouiller, vous constaterez que rien n’est clairement défini, que même au sein des scientifiques qui travaillent avec le GIEC il existe des désaccords.
Je maintiens que le doute est permis dans cette affaire du réchauffement lié au CO2 anthropique.
Je suis plutôt partisan d’une modification naturelle du climat, peut être liée aux cycle solaires.
Toutes les méthodes de mesure des températures, du CO2, du niveau des mers, de la fonte des glaces, des phénomènes météorologiques tels que les cyclones, sont décrits dans le rapport « livre blanc sur le réchauffement climatique » www.scmsa.eu édité en aout 2015.A lire absolument.
Enfin quelle que soit l’évolution future des températures, le monde du vivant s’adaptera comme il l’a toujours fait depuis des millénaires.
Alors ce débat sur le climat et CO2 anthropique est certes nécessaire et bien loin de moi l’idée de persister dans l’hyperconsommation ; des réajustements dans notre mode de vie sont nécessaires mais sans catastrophisme extrême et surtout sans se relancer dans le système pervers de l’hyperconsommation verte : Car le vrai problème est la ; ce que j’appelle l’écologie mercantile. L’écologie, la vraie devrait au contraire nous amener à faire d’importantes économies au sein de chaque famille et surtout pas d’être surtaxés.
a écrit le 28/02/2017 à 10:42 :
Ben oui mais au lieu de demander aux actionnaires milliardaires d'investir massivement pour renouveler toute notre industrie on préfère utiliser des méthodes indirectes non contraignantes ce qui fait que la pollution est toujours majeure et qu'on n'est pas prêt d'en voir la fin.

"Ceux qui disent que le libéralisme va de pair avec moins d'État"

Étrange phrase, je ne vois aucun libéralisme économique, ce n'est que du néolibéralisme à savoir individualisation des gains et socialisations des pertes, pour les riches bien entendu et que pour eux. Le dogme étant que le riche doit devenir toujours plus riche à n'importe quel prix.
a écrit le 28/02/2017 à 8:01 :
Nos économistes sont incapables de comprendre la relation entre le cout du travail et le prix de l'énergie. L'énergie remplace le travail en utilisant l'outillage (le capital). Il faut répartir les charges sociales sur le travail et sur l'énergie. Est ce vraiment si difficile que ça à comprendre?

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