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En quelques années, la Chine est passée du statut d'économie émergente à celui de superpuissance. Est-ce aussi vrai sur le plan médical ?
Il est clair que la Chine se modernise sur le plan médical : elle utilise autant que possible les équipements de dernière génération, fait revenir les chirurgiens chinois issus de la diaspora et formés aux Etats-Unis ou en Europe, et qui ont le même niveau que les nôtres. Mais cela ne recouvre pas toute la réalité médicale chinoise. Il y a aussi les médecins chinois formés sur place par les nouvelles générations de professeurs, souvent étrangers, mais qui n'ont pas atteint le même niveau de technicité. Il y a surtout l'immense majorité des médecins, qui font une passerelle entre médecine traditionnelle chinoise et médecine occidentale. Mais surtout, il y a une grande différence avec l'Europe, c'est qu'il n'existe pas la même éthique médicale en Chine -on greffera sans mal le rein d'un condamné à mort-, ni même la même notion de la mort que chez nous : combien de personnes meurent parce qu'ils n'ont pas les moyens d'être soignés ? Si la notion de droit au traitement, d'accès aux soins commence à émerger, nous n'en sommes qu'aux balbutiements : il reste très disparate. Il faut souvent l'aval du représentant du parti dans l'hôpital pour pouvoir être opéré.
Mais il y a une autre différence, dans la relation entre le médecin et son patient : en Chine, le malade n'est pas un boulimique de médicaments, il se méfie des prescriptions, se montre prêt à refuser certains examens... Il faut dire qu'il se méfie des médecins chinois et de l'éthique d'une profession qui a un grand attrait pour l'argent. En revanche, le médecin occidental bénéficie d'une grande considération.
Comment voyez vous le monde médical chinois évoluer ?
Si la Chine n'a pas encore, sur ce plan, de production scientifique, cela va changer : leurs médecins circulent beaucoup, vont à des réunions scientifiques, et commencent à acquérir une certaine technique au contact des étrangers. Dans cinq ans, ils seront les premiers en termes de production scientifique. Ne serait-ce que parce que n'ayant pas la même éthique du patient que chez nous, ils peuvent tester des médicaments sur un grand nombre de malades. De même, on commence à voir des centres de recherche sur la génétique. Pour avancer sur le génome, sur le clonage, la fécondation in vitro, la manipulation des cellules souches, ils font venir les meilleurs chercheurs du monde entier. Il est clair qu'ils veulent absolument décrocher un prix Nobel chinois, qui aura mener ses travaux de recherche en Chine et non dans une université américaine ou européenne, et ils mettent tous les moyens pour avoir les meilleurs chercheurs, y compris les chercheurs étrangers. En génétique, ils seront les premiers, car ils n'ont pas de limites d'argent, ni d'états d'âme. Résultats : à Shanghai, ils font en cinq mois ce que nous développons en deux ans. Ils veulent prouver au monde entier qu'ils sont les meilleurs, ils veulent également gagner de l'argent en exploitant les fruits de leur recherche.
Travaillent-ils à la convergence de la médecine traditionnelle chinoise et de la médecine occidentale ? Qu'avons-nous à apprendre d'eux ?
Alors que les médecines occidentales sont issues dans 90% des cas de la phytothérapie, il est clair que les Chinois, qui ont une avancée millénaire mais empirique sur le sujet, peuvent beaucoup nous apporter. Le laboratoire Pierre Fabre, a développé à Shanghai un centre de recherche pour connaître les principes actifs de ces plantes. Les Chinois sont convaincus qu'ils vont trouver de nouveaux produits ayant un impact révolutionnaire. Nous avons beaucoup de choses à apprendre de leurs traditions, et de leurs soins spécifiques, comme l'acuponcture, le massage et la relaxation, qui ont démontré leur efficacité. Mais ils sont entrain de passer de la phytothérapie à la médication moderne ;
Compte tenu de l'importance du marché intérieur chinois, pensez vous que la Chine, qui est l'atelier du monde, finira pas fixer les normes mondiales en matière de médicaments ?
Aujourd'hui, la Chine a une production de masse en dehors des normes occidentales, avec des défauts en matière de sécurité sanitaire qui lui ont valu le renvoi de millions de produits. Mais comme ils veulent massivement exporter, ils vont progressivement se mettre aux normes occidentales. Plus ils seront technologiquement évolués, plus ils seront exigeants à notre égard. Ils savent que c'est leur retard technologique qui, au dix-neuvième siècle, a été à l'origine de la guerre des boxers, de la guerre de l'opium et des traités inégaux. Aujourd'hui, ils veulent leur revanche. Dans les cinq ans qui viennent, ils auront encore besoin de nous. Dans dix ans, ils auront fait toutes les recherches véritablement innovantes, et enverront leurs médecins chez nous.
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