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La Chine est un pays incroyablement fascinant, et la rapidité de son évolution contribue beaucoup à cette attractivité. Prenons un exemple : peu de pays tablent autant que la Chine sur les technologies vertes pour développer leurs infrastructures. Il y a quelques jours, une liaison électrique y a été mise en service, qui détient deux records : celui de la longueur et celui de l'efficacité énergétique. Cette autoroute de l'énergie relie des centrales hydroélectriques de l'intérieur du pays aux centres industriels de la côte sud-ouest du pays, sur une longueur totale de 1 500 km. L'électricité propre qu'elle transporte permet d'éviter le rejet de plus de 30 millions de tonnes de CO2 par an. Cet exemple montre que le développement de la Chine est positif et essentiel, non seulement pour l'économie mais également pour l'environnement et pour la population.
Quel est l'impact de la croissance chinoise sur Siemens ?
Au cours de la crise financière, la forte croissance de la Chine a contribué à stabiliser la croissance du chiffre d'affaires de notre Groupe. L'an dernier, notre chiffre d'affaires en Chine a augmenté de 7 %, pour atteindre 5,2 milliards d'euros. Nos activités liées aux technologies vertes ont connu un essor particulièrement prononcé sur le marché chinois. Ainsi, dans le cadre de la préparation de l'exposition universelle, nous avons fourni des infrastructures pour un montant total de plus d'un milliard d'euros, dont près de 90 % de produits verts. Nous avons notamment fourni près de 50 000 LED pour l'éclairage extérieur du Pavillon de la Chine et des technologies vertes pour les trains destinés à amener à Shanghai les 70 millions de visiteurs attendus.
Quel rôle la Chine joue-t-elle pour les entreprises européennes en général et pour Siemens en particulier ?
La Chine est, derrière les Etats-Unis, le deuxième partenaire commercial de l'Europe et l'une des principales régions où Siemens est présent. Les relations avec nos clients chinois représentent 7 % de notre chiffre d'affaires global. Près de 90 % des produits que nous y vendons relèvent des hautes technologies. Ces produits innovants viennent en grande partie d'Europe. Mais pour Siemens, la Chine n'est pas uniquement un marché : c'est aussi un lieu de recherche. L'un de nos principaux centres de recherche se trouve là-bas ; nous y développons notamment des produits pour les pays émergents. Le scanner Somatom Spirit, par exemple, est produit là-bas. C'est l'un de nos plus grands succès à l'exportation, y compris vers les pays industrialisés. C'est même le scanner que nous vendons le plus.
Quelles opportunités offre la Chine aux entreprises européennes pour l'avenir ?
1,3 milliard de personnes vivent en Chine, dont une sur deux en zone urbaine. 170 villes chinoises ont déjà dépassé le seuil du million d'habitants. Et l'urbanisation est loin d'être terminée. Les experts estiment que d'ici 2050, près de 75 % de la population chinoise habitera en zone urbaine. Une estimation qui laisse présager des défis de taille pour les infrastructures locales. La population a besoin de transports publics, d'hôpitaux, d'eau potable, et d'une alimentation électrique fiable. Autant de domaines qui constituent notre cœur d'activité. Cette situation est donc une chance pour nous ! Un autre exemple d'opportunité : les villes chinoises sont reliées entre elles par un réseau ferroviaire qui s'étend aujourd'hui sur plus de 75 000 km de long et devrait atteindre les 120 000 km de long au cours de la décennie à venir. Près de la moitié de ces projets d'extension devraient être des lignes à grande vitesse prévues pour des trains tels que ceux que nous construisons. Nous ne pouvons donc que tirer parti de ces investissements !
Quels sont les secteurs qui seront les plus favorisés, en particulier chez Siemens ?
La Chine est un marché immense, en particulier pour les entreprises qui fournissent des solutions d'infrastructures. Je vais vous donner quelques exemples qui concernent les activités de notre Secteur Energy : la consommation d'électricité de la Chine devrait plus que doubler d'ici 2030. Pour répondre à cet immense besoin d'énergie sans nuire à l'environnement, le pays a besoin de centrales éoliennes, hydroélectriques et solaires. La part des énergies renouvelables devrait ainsi passer de 9 à 15 % d'ici 2020. Pour les entreprises leaders sur le marché de ces technologies, les opportunités sont nombreuses. La Chine a toutefois également besoin de centrales au charbon : ce carburant fossile couvre aujourd'hui 75 % de la demande en électricité et occupe ainsi la première place au rang des ressources énergétiques en Chine. Une situation qui devrait perdurer de nombreuses années tant le sol chinois recèle de charbon. Pour tirer parti efficacement de cette ressource qui n'est cependant pas inépuisable, la Chine investit de plus en plus dans des centrales qui nécessitent la combustion d'une quantité de charbon moins importante tout en produisant plus d'électricité. Siemens a ainsi construit, aux portes de Shanghai, la centrale au charbon la plus performante du monde. Cette centrale permet de réduire les émissions de CO2 de près de 3 millions de tonnes par an, et brûle plus d'un million de tonnes de charbon de moins que les centrales traditionnelles. Ca, c'est du développement durable !
L'industrie européenne peut-elle survivre malgré l'avancée de la Chine ? Si oui, comment ?
Je répondrai ici par une autre question : que serait l'industrie européenne sans la croissance chinoise ? Au cours des 30 dernières années, les échanges commerciaux entre l'Europe et la Chine se sont multipliés par plus de 30. Nos deux régions ont besoin l'une de l'autre. Accueillant près de 20 % des exportations chinoises, l'Europe est aujourd'hui le principal partenaire commercial et fournisseur de technologies de la Chine. Afin de préserver cette collaboration, nous devons maintenir notre avance technologique et investir massivement dans la recherche et la formation. Au cours de son dernier exercice, Siemens a investi environ 4 milliards d'euros dans le développement de nouveaux produits. Rien qu'en France, nous possédons 7 sites de production et 10 centres de recherche et développement. Six d'entre eux contribuent directement à notre force d'innovation à l'échelle internationale, notamment pour les métros sans conducteurs ou les systèmes de protection contre les incendies, des innovations qui sont également mises en œuvre en Chine. Les innovations sont et restent notre principale force.
Quels obstacles et quelles difficultés les entreprises européennes rencontrent-elles aujourd'hui en Chine ?
La Chine a déjà fait beaucoup pour faciliter l'accès des entreprises européennes à son marché et améliorer les conditions de cet accès. Ainsi, les actionnaires ont aujourd'hui un droit à l'information beaucoup plus développé, les activités de crédit sont devenues plus transparentes et la législation en matière de protection de la propriété intellectuelle est aujourd'hui bien plus appliquée qu'il y a quelques années. Avec une conséquence plutôt remarquable d'ailleurs : la Chine est aujourd'hui le pays où l'on dépose le plus de demandes de brevets. Travailler en collaboration avec la Chine, c'est se donner les moyens de relever ensemble les défis à venir.
A quelles adaptations une entreprise européenne doit-elle procéder pour rester compétitive en Chine ? Pourriez-vous nous donner un exemple qui s'applique à Siemens ?
En Chine, il existe un marché immense demandeur de produits d'entrée de gamme, à savoir des produits dotés uniquement des fonctionnalités de base et donc plus économiques. Rien qu'en Chine et en Inde, nous estimons le potentiel de ce segment de marché à 70 milliards d'euros. Les produits haute technologie venus d'Europe ne répondent pas suffisamment à la demande spécifique à ce marché. Il nous faut développer et fabriquer ces produits sur place, car ce sont les personnes présentes localement qui savent le mieux ce dont leurs clients ont besoin. Siemens compte actuellement une vingtaine de produits d'entrée de gamme en Chine. Une cinquantaine d'autres produits sont en projet, dans tous nos domaines d'activité. Prenons un exemple : en Chine, nous avons développé un boîtier électronique de commande qui assure la régulation de la climatisation de la ligne 10 du métro pékinois. Le modèle avancé fabriqué en Allemagne peut être programmé dans plusieurs langues, tandis que la variante chinoise ne peut l'être qu'en chinois. Ce produit ne peut donc pas être exporté en Europe, mais répond amplement aux exigences du marché chinois.
Les entreprises solidement implantées en Chine sont-elles avantagées par rapport à celles qui ne sont présentes que depuis peu ?
Effectivement, une solide implantation est un avantage indéniable, qui permet d'être plus proche des événements et du client et de réagir rapidement. Dans un pays aussi dynamique que la Chine, la réactivité et la qualité du réseau sont déterminants. En l'occurrence, Siemens a une longueur d'avance sur la plupart de ses concurrents : nous sommes présents en Chine depuis 1872. Et le président Wen Jiabao a même déclaré, lorsqu'il a visité l'une de nos usines à Tianjin il y a quelques semaines, que nous étions une entreprise chinoise !
La croissance de la Chine se poursuivra-t-elle au cours de la prochaine décennie ? Quelles sont les perspectives de développement économique de la Chine ?
La Chine continuera à être un moteur de l'économie mondiale. Les pays BRIC et le Proche-Orient devraient être à l'origine de la moitié de la croissance mondiale entre 2008 et 2014. Ces pays émergents, et la Chine en particulier, seront donc particulièrement attractifs pour les investisseurs étrangers. De nombreuses entreprises internationales travaillent aujourd'hui activement à l'extension de leurs capacités de production et de recherche en Chine afin de consolider leur part de marché. Au cours des derniers mois, Siemens a investi plusieurs centaines de millions d'euros en Chine afin d'intensifier la création de valeur locale. Une stratégie que nous entendons poursuivre.
Ne craignez-vous pas que l'économie mondiale se limite à l'avenir à un dialogue entre la Chine et les Etats-Unis ? Comment l'Europe peut-elle éviter un dialogue purement bilatéral ?
L'Europe ne sert pas seulement d'intermédiaire géographique entre les Etats-Unis et l'Asie. Sur le plan économique également, nous sommes un trait d'union entre les deux régions. En effet, nous possédons les technologies et le savoir-faire dont les gouvernements américain et chinois ont besoin pour mettre en place des infrastructures durables. Si nous conservons notre longueur d'avance en matière d'innovation, nous resterons indispensables !
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