Conjoncture

France : fluctuat et - non etiam - mergitur

Romaric Godin | 14/08/2012, 12:23 - 780 mots

L'économie française stagne, mais est sous la menace d'une récession à l'italienne. Et la stratégie du nouveau président est lourdement responsable de cette situation.

Zéro, zéro, zéro. Trois fois zéro. Trois trimestres de stagnation du PIB : l'économie française n'avance plus. Peu importe qu'elle évite ou non la « récession » et ses deux trimestres de contraction. Quelle différence au fond entre deux trimestres à - 0,1 % et deux trimestre sans croissance ? La réalité est la même : l'économie française ne parvient plus à créer de la richesse.

La France au milieu du gué
Alors que l'économie allemande reste encore sur la berge du fleuve de la crise et que celles de l'Europe du sud se noient dans les tourbillons de la récession. La France, elle, flotte encore et ne coule toujours pas. Du moins pour l'instant. Mais pour combien de temps ? Toute la tâche du nouveau gouvernement français tient à ceci : maintenir la tête de l'économie française hors de l'eau. Car il n'est pas d'autre question que celle-ci : comment éviter que cette stagnation ne devienne une vraie récession ? Comment éviter un scénario à l'italienne pour l'économie française ? La réponse semble évidente : en n'ayant pas recours aux méthodes utilisées par Rome, autrement dit en ne se lançant pas dans une politique de dévaluation interne forcenée par la coupe des revenus des ménages et des dépenses publiques.

La spirale infernale
Certes, sur le plan théorique, cette politique doit mener à une « épuration » de l'économie qui, débarrassée de sa « mauvaise graisse », repartira sur des bases saines, celle d'une croissance par les exportations qui irriguent ensuite le reste de l'économie. L'ennui de cette politique, c'est que lorsque tous les moteurs de l'économie sont au point mort, son effet récessif est immense. Et qu'elle peut créer une spirale déflationniste comparable à celle qu'a connu l'Europe dans les années 1930 : la rigueur budgétaire presse la demande intérieure, les profits des entreprises s'effondrent, le chômage s'accroît, les revenus des ménages et de l'Etat s'effondrent, ce qui entraîne un nouveau cycle récessif. Il est alors très difficile de sortir d'une telle spirale et l'effet positif de l'amélioration de la compétitivité externe devient anecdotique et illusoire. L'exemple italien le prouve. Depuis trois trimestres, la contribution extérieure au PIB est considérable : de 80 à 90 points de base. Et pourtant, la contraction de la richesse nationale a reculé de 0,7 % à 0,8 %.

Pas de réduction des déficits sans croissance
Si personne ne nie qu'une réforme des économies du sud de l'Europe ne soit nécessaire, le remède de cheval prôné par Bruxelles et Berlin semble atteindre désormais ses limites et prouver son échec. Les réformes doivent donc être modérées afin de ménager la croissance et permettre, à terme, la consolidation budgétaire. Car, François Hollande l'a répété durant sa campagne avec raison : sans croissance, il ne peut y avoir de réduction des déficits.

Le piège du pacte budgétaire
Pourtant, le président français a décidé le 29 juin de faire voter le pacte budgétaire pour le plat de lentille d'un plan de relance illusoire et il reste attaché à l'objectif de plus en plus irréaliste de revenir à un déficit de 3 % du PIB l'an prochain. Si sa majorité le suit - et il n'est pas pensable dans notre système politique qu'il n'en soit pas ainsi - il devra donc couper rapidement et largement dans la dépense publique. Or, l'Etat est le seul agent qui a apporté une contribution positive au cours des quatre derniers trimestres à l'économie française. Le gouvernement risque alors de s'engager dans la spirale décrite ci-dessus. Car la consommation des ménages ne résistera pas longtemps à l'austérité et il faudra en revanche, compte tenu de l'état de l'industrie française, attendre longtemps avant que l'amélioration progressive de la compétitivité porte ses fruits sur le commerce extérieur français. Quant à l'effet du « plan de relance » décidé le 29 juin par le conseil européen, chacun sait qu'il sera nul sur l'économie française.

L'échec d'une stratégie
François Hollande perdrait alors sur tous les tableaux : la récession, la vraie, deviendrait réalité et la consolidation budgétaire ne serait plus qu'un lointain souvenir. Sa stratégie d'accepter le pacte budgétaire contraignant contre un plan de relance assez virtuel était si erronée qu'il s'agit en fait d'un piège qui se referme sur lui. Comment annoncer à Berlin, à Bruxelles et aux marchés qu'on ne peut finalement accepter le pacte budgétaire ?
C'est pourtant la seule voie possible pour éviter le basculement de la France dans la récession. Une voie qui n'empêche pas les réformes, notamment celle du marché du travail, pas plus qu'une meilleure utilisation, plus axée sur la croissance, des moyens publics. Il est temps pour le nouveau gouvernement français de faire preuve de ce qui a manqué à ses prédécesseurs : de courage et d'intelligence.

Commentaires

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réaliste a écrit le 31/08/2012 à 09:51 :

alors qu'on commence à peine a s'effondrer en raison de cette politique qui nous a submergé de dettes,alors qu'on a dejà jeté 500 milliards en 5 ans par la fenetre il y en a encore qui veulent aller plus avant (voir calone en 1789, ça a mal fini). le déni et l'aveuglement, avec pour seule loi , "si j'ai survecu jusqu'ici, çà continuera toujours" Ca me rappelle le regard effaré de Ceaucescu a son pseudo-procès, il était évident qu'il allait etre executé dans quelques instants et il se croyait encore le maitre et le constructeur du socialisme! Ce genre d'article est pathetique!

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Les guignols de l'économie a écrit le 29/08/2012 à 12:11 :

"Etat est le seul agent qui a apporté une contribution positive au cours des quatre derniers trimestres à l'économie française" : LOL, quoi ! Un guignol d'or pour cette déclaration en forme d'aveu (de parfaite incompréhension de ce qu'est l'économie). Quelques rappels pour corriger le tir : l'Etat n'est pas, ne peut pas être, un agent économique ; l'Etat détruit toujours plus de richesses qu'il n'en crée ; quand on confie plus de la moitié des richesses à l'Etat, on est certain d'entrer en récession tôt ou tard ; la baisse des dépenses publiques n'est pas récessive mais est au contraire la condition nécessaire de la prospérité économique ; la récession, le chômage, l'hyper-dette publique, la pauvreté ne sont pas inéluctables mais sont les conséquences logiques, décrites et prévues de longue date, de la collectivisation des économies et de l'interventionnisme étatique hors de tout contrôle ; cette crise est la crise des Etats providentiels obèses parasitaires qui tentent désespérément de survivre au prix de la pauvreté des populations, mais ils finiront quand même par disparaître, comme tous les systèmes collectivistes liberticides avant eux (l'URSS étant le dernier exemple en date). Plus on retardera l'échéance de la fin des systèmes providentiels, plus ce sera douloureux et catastrophique.

realiste a répondu le 31/08/2012 à 09:55:

je vote pour le guignol d'or

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capitalismetliberte a écrit le 26/08/2012 à 14:50 :

enfin une grande décision de notre président, la France entière était haletante dans l'attente de cette nouvelle initiative fondamentale pour notre avenir, l'important étant de défaire ce qui a été fait par le précédent président, courage il l'a fait : destituer john Galiano de sa légion d'honneur. L'honneur est sauf

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décroissant a écrit le 19/08/2012 à 12:53 :

"l'économie française ne parvient plus à créer de la richesse." grosse nuance : la France ne parvient plus à créer davantage de richesse. Ce n'est pas vraiment la même chose et le PIB reste une manière discutable et remise sen cause de mesurer la création de valeur (pas de prise en compte de la production domestique par exemple). De plus, a-t-on vraiment besoin de croissance ? Ne pourrait-on pas mieux répartir ce qui est déjà produit ? Mettre en place une véritable progressivité de l'impôt pour améliorer la solidarité et relancer la consommation "par le bas"? Oui il est temps que le gouvernement fasse preuve de courage et d'intelligence mais surtout d'inventivité ! Non au tout pour la croissance et oui à des politiques de grands travaux à l'échelle européenne et à davantage de solidarité ! Le leadership mondial dans de nombreux secteurs à un horizon moyen long terme est loin d'être illusoire comme le prétendent les éternels pessimistes qui ne pensent qu'à la fin de la zone euro et à un repli nationaliste aussi dangereux qu'inefficace économiquement.

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Whatha a écrit le 17/08/2012 à 10:10 :

Bizarre, bizarre : le titre "la stratégie du nouveau président est lourdement responsable de cette situation" ne correspond pas au contenu de l'article. Bizarre, bizarre : les trois trimestres de non-croissance en référence sont des trimestres Sarkozy, ce qui n'est relevé nulle part. On a le droit d'être dans la nouvelle opposition; on n'est pas obligé d'être aussi caricatural !

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nadirub a écrit le 16/08/2012 à 13:20 :

Le bateau France va tel le Titanic sur l'iceberg -A la dette publique -1717 milliards d'Euros -partie immergente que l'on voit , s'ajoute la partie immergée " la dette retraite que l'on ne voit pas - à savoir une estimation de10.000 milliards deuros Et pendant ce temps , que fait le capitaine ( et toute son équipe issue du domaine public , ) il surcharge le navire, c'est contraire au simple bon sens d'un homme normal ( chercher l'erreur -) Le naufrage risque d'étre TERRIBLE

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john galt a écrit le 16/08/2012 à 09:52 :

Sauf que nos hommes politiques clientélistes ne feront jamais de réformes qu'au pied du mur. Et seul une forte récession peut les mettre suffisamment au pied du mur pour qu'ils fassent les réformes (libérales) nécessaires. Donc, par quelque bout que l'on prenne la chose, il y aura une forte récession en France, comme une personne surrendettée par 40 ans de vie dissolue doit vivre maintenant très en dessous de son niveau de ie précédent pour rembourser, où même juste vivre en rapport avec ses moyens ...

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tedy a écrit le 14/08/2012 à 15:13 :

ce que cache cet article, il veut dire il faut se servir du déficit public comme un levier pour faire de la croissance la croissance n'est plus basé sur l?économie, mais un besoin factice l?apport de capitaux dans l'économie par l'emprunt. En oubliant qu'un jour, il faut rembourser. quand la France a un déficit qui frise les 90 % du PIB , on ne peut pas alourdir le déficit, il faut réduire l'endettement. Pour instaurer la confiance dans notre économie auprès des marchés. cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas utiliser la dépense public pour faire de la croissance en période de contraction de l'économie. cette dépense publique doit être basée sur des recettes et non des emprunts. en période de contraction de l'économie, les recettes sont moins nombreuses car lié à l'activité économique. exemple plus on vend plus l'état perçoit de TVA. Si on augmente indéfiniment les impôts, l?impôt n'a plus de rendement. l?impôt tue l?impôt. l?impôt doit redevenir neutre dans l'économie, c'est a dire ne plus avoir de conséquence sur l'économie. les mécanismes economiques en période de récession s?ajustent d'eux-mêmes. la primauté aujourd'hui est de résorber le déficit ou du moins freiner sa croissance. en période de récession, il faut rembourser les emprunts avec des recettes moins importantes. d?où un risque de défaut de l'état et de paralysie du système financier. la masse monétaire qui est placé dans les emprunts d?états n'est pas dans le systéme économique pour financer l'investissement ou l'achat de biens par les particuliers. le déficit public est castrant de la croissance.

rinert a répondu le 14/08/2012 à 17:56:

+1

daralmat a répondu le 17/08/2012 à 07:10:

Que ce commentaire intelligent nous change des habituelles billevesées que nous trouvons dans les commentaires

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