Être sûrs que les banques seront sûres

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Faites un test. Prenez rendez-vous dans votre agence bancaire et demandez à votre conseiller clientèle de vous convaincre que votre argent est en sécurité. Après un court, mais éloquent silence, il vous répondra dans la plupart des cas que, de toute façon, il ne faut pas s'inquiéter, car si une banque saute, toutes les banques sauteront aussi, ainsi que toute l'économie. La France sera alors en faillite. Conclusion : c'est tout simplement... impossible. Certes! Mais bon, comment être sûrs que nos banques sont sûres et le resteront? Voilà la seule raison pour laquelle il ne faut pas se satisfaire du projet de loi sur la séparation et la régulation bancaire présenté par Pierre Moscovici au Parlement. Une loi pour rien? En tout cas pour pas grand-chose, même si elle fait un pas dans la bonne direction.

Car il en va de la sécurité bancaire comme de la sûreté nucléaire. Un seul Fukushima et cela oblige toute l'industrie nucléaire mondiale à repenser ses modes d'organisation et de communication auprès du public. Cela ne veut pas dire qu'il faut arrêter le nucléaire, mais que sa régulation, qui relève du seul pouvoir politique, doit être renforcée. L'industrie bancaire mondiale a connu son Fukushima avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cet accident a démontré que les liens d'interdépendance des banques entre elles faisaient courir au monde un risque systémique. Même des banques bien gérées, ce dont personne ne doute s'agissant de la plupart des banques françaises, ont été contaminées et il a fallu que Nicolas Sarkozy décide de mettre sur la table 360 milliards d'euros de garanties publiques pour éviter la panique.
Alors bien sûr, ce genre de drames a coûté assez cher pour que personne n'ait envie de recommencer. Mais c'est le principe même de l'aléa que d'être imprévisible. Nul ne peut savoir si une nouvelle catastrophe financière n'est pas en train de couver, quelque part. En Chine? Dans les pays émergents? En Europe? L'incendie ne demande qu'à repartir d'un coup de vent venu de Chypre (bientôt le cinquième pays sous programme d'aide), de Grèce (où la Troïka se rend fin février), d'Espagne (en pleine crise politique) ou d'Italie (où les élections des 24 et 25 février tournent à la pantalonnade berlusconienne).

FAUTE D'UNION BANCAIRE, encore dans les limbes, le lien entre les dettes souveraines et les banques européennes est encore loin d'être rompu. Au contraire, les banques sont parmi les premiers acheteurs de dettes publiques, et comme elles sont elles-mêmes financées par les assureurs, qui placent l'assurance-vie en titres d'État ou de banques, le tout crée une gigantesque pyramide à la Ponzi sur laquelle repose, en bout de chaîne, l'intégrité de notre épargne. Autant confier à un ivrogne le volant de sa voiture... On comprend bien que les banques universelles souhaitent le rester, parce que cela leur permet d'offrir un profil de risque plus diversifié qu'une banque coupée en deux, soit dans le crédit, soit sur les marchés. C'est possible, mais ce schéma repose sur un non-dit qui commence à devenir bruyant : la garantie explicite et gratuite de l'État sur les dépôts. Les banques universelles ne payent pas le coût de cet avantage, tout simplement parce qu'il n'a pas de prix. Cela s'appelle une rente. Elle ne se justifie que parce que le métier de la collecte et de la gestion des dépôts des particuliers et des entreprises est considéré comme un service public.

Dans la bataille qui vient de se jouer, les banques se sont battues avec succès pour maintenir cette rente. Pourquoi ont-elles réussi? Parce qu'on est en France et que le pouvoir d'influence des banquiers, leur imbrication étroite avec la haute administration et la politique y sont très puissants. Une autre raison est que nos grands banquiers sont au fond d'eux-mêmes absolument persuadés d'être dans le vrai et que, comme ils sont plus intelligents que tout le monde, toute contestation leur est insupportable. Pour eux, le modèle de banque universelle, qui a permis de construire des géants européens, est un atout au service de l'économie française. C'est possible. Mais alors disons clairement que c'est au nom d'une politique de puissance économique que l'on n'a pas séparé les banques, ce sera plus honnête, à défaut d'être convaincant.

Aux banques de démontrer maintenant que le mini-cantonnement de leurs opérations de spéculation pour compte propre, prévu par la loi Moscovici, assurera bien l'étanchéité pour les clients. Le niveau des écluses est encore en débat. La nouveauté de la loi, c'est que désormais les actionnaires des banques sont en première ligne en cas de « paumes ». C'est simple justice. Mais si un jour le contribuable était à nouveau sollicité à cause de pertes d'une banque sur les marchés, c'est alors que l'on nous aura vraiment pris pour des pommes!

 

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Commentaires
a écrit le 13/02/2013 à 14:57 :
pretendre à la demonstration au motif qu'un conseiller bancaire de base serait incapable de donner des elements de reponse qui echappent à beaucoup ,à commencer par des journalistes dits specialisés ,c'est derisoire ...
a écrit le 12/02/2013 à 19:07 :
Quand les mots n'ont plus aucun sens, on peut aisément écrire n'importe quoi et raisonner comme un tambour percé. Rente, spéculation, pertes socialisées... Ouh-la-la, plein de gros mots soigneusement choisis pour faire mouche dans les esprits faibles socialistes ! Une seule question : pourquoi les banques devrait payer pour la garantie publique sur les dépôts puisque cette garantie leur est imposée ? Si vraiment ça vous démange, il n'y a qu'une solution logique et honnête : réclamez la suppression de la garantie sur les dépôts ! Non ? Chiche ! Ce qui met les banques en danger, c'est plutôt qu'elles sont obligées par la loi de posséder des dettes publiques sans aucune valeur, qui ne rapportent rien et que l'Etat peut à tout instant décider de ne pas rembourser selon le fait du prince. Voilà le prix de la garantie des dépôts pour les banques : l'obligation d'acheter des dettes publiques pourries. Le vrai danger pour les dépôts des Français, c'est la dette publique. Certainement pas les banques, universelles ou non. Le système bancaire n'est pas un service public. Si les actionnaires des banques doivent prendre leur pertes, ce qu'ils font déjà, quand l'Etat se décidera-t-il à prendre les siennes, lui qui est totalement incapable de rembourser ses dettes pourries accumulées sans faire de la cavalerie (grâce aux banques, d'ailleurs) ? Quand l'Etat se décidera-t-il à tirer les conséquences de son impéritie totale (plans de licenciement dans la fonction publique, suppression des aides sociales, retraites par répartition forcée déclarées en faillite, etc.) ?
a écrit le 12/02/2013 à 15:22 :
Moi ça me fait faire de la bille tout ça, je crains de retrouver mes noisettes....vides
a écrit le 11/02/2013 à 17:54 :
Que les actionnaires soient en première ligne n'est évidemment pas une nouveauté: les banques américaines qui sont parties au tapis (les actionnaires ont tout perdu) banques type Citigroup, RBS, Fortis, Dexia lesquelles les états ont pris des participations temporaires: les cours ont été divises par dix! Alors, les actionnaires ont toujours été en première ligne!
a écrit le 11/02/2013 à 17:37 :
Article inutile, les banques profitent d'une rente ... Oui et non, elle profite du fait que l'économie française soit relativement importante et puissante. Quelques mois en arriÚre.., être une banque française n'était pas un avantage en soit, au contraire les marches attaquaient les banques françaises !! Ensuite des sociétés ou des secteurs qui bénéficient ... Lol j'en vois quand même beaucoup dans l'économie française et je ne mettrais pas les banques en premier sur le banc des accuses ! De façon générale, je regarde en Angleterre, au Portugal, en Espagne, en Irlande et en Allemagne ... Ce fut la catastrophe et en France cela s'est relativement bien passé et on est toujours la à vouloir tout réglementé alors que cela n est pas si mal !!!
a écrit le 11/02/2013 à 16:08 :
Le vrai problème est le triomphe du court-terme sur le long-terme : si les banques arrêtaient d'acheter et revendre des actifs plusieurs centaines de fois par jour et investissaient à la place dans des projets solides en donnant le temps au temps, le monde se porterait mieux. L'avarice a tué la finance en transformant la bourse - dont le but était au départ de financer l'industrie - en un gigantesque casino où des algorithmes hors-de-contrôle font la loi, et où le seul horizon est la fin de l'année courante et ses bonus. La taxation de ces activités sans utilité publique me semble un élément de solution, même si les établissements vont hurler comme un ivrogne à qui on confisque sa bouteille.
a écrit le 11/02/2013 à 15:21 :
il est devant nous bien ! mais en se retournant il est aussi derrière nous alors.. au milieu guère la choix mr le journaliste , sauf à sauter seul ou ensemble , nos destins sont intimement liés à cause de la hauteur du saut . seuls les spectateurs ( ceux sans le sou .. )attendent le plongeon fatal !
a écrit le 11/02/2013 à 15:12 :
Pourquoi la separation des activités des banques est sans interets voire dangereuse :
http://www.contrepoints.org/2013/02/05/113801-la-confusion-entre-banque-universelle-et-too-big-to-fail
Ceci est un article construit avec des sources et de l'interet. La Tribune et les autres journaux "commerciaux" Français devraient s'en inspirer...
a écrit le 11/02/2013 à 14:07 :
Un peu simpliste : les 2 banques à avoir "sauté" avec le plus de retentissement en début de crise étaient 2 "pure players" ! L'une, banque d'affaire américaine, l'autre banque de dépôts anglaise... Alors, l'argument de la séparation...
Réponse de le 11/02/2013 à 15:36 :
Et la compagnie d'assurance AIG fait aussi partie du tableau. Ce sont bien les relations financières étroites et surtout disproportionnées des banques de dépôts/crédit avec les opérateurs de marché et les compagnies d'assurance qui sont source d'instabilité : crédit aux opérateurs de marché, assurance crédit, titrisation des risque bancaires et tous risques d'exploitation. Chaque opération financière est sensée être couverte par une autre, sauf que...
A l'image de la baleine de Londres sensée couvrir le risque bancaire des crédits de JPMorgan-Chase, cela fini par couler.
a écrit le 11/02/2013 à 13:41 :
De toute façon, ce débat est biaisé par un tabou : une banque ne peut pas faire faillite, et ce tabou est bidon.
Une banque, c'est fait pour sauter, en fait. Parce que c'est par construction une structure fragile : ses actifs, ce sont des créances, de l'argent dehors.
Tout ce qui compte, c'est qu'une banque, quand elle saute, fasse le moins de dégâts possibles : avec la garantie de la place pour les dépôts, et une taille humaine qui rende sa liquidation facile.
On est tellement loin de tout çà que çà fiche la trouille : les banquiers ont non seulement vraiment pété les plombs, mais en plus ils imposent leurs vues aux gouvernements.
C'est très dangereux.
a écrit le 11/02/2013 à 12:30 :
Mon banquier qui me fait crédit et connaît bien mes affaires a vite fait de créer une oportunité dans le but de : soit m'obliger à racheter un de ses clients en difficulté avec ses crédits bancaires, soit m'obliger à vendre mon entreprise à un groupe plus puissant et plus rémunérateur pour la banque.
La Banque universelle dirige l'univers économique.
a écrit le 11/02/2013 à 11:46 :
merci pour l'article mais vous n?évoquez pas le passage à la trappe de Bâle III... c'est peut un peu hors sujet enfin ..on avance d'un coté et on recule de l'autre... voir le lien de BFM en début d'année...http://www.youtube.com/watch?v=hJeocEGOf9k
a écrit le 11/02/2013 à 11:33 :
Faut se calmer, cet article est tendancieux. Et pourquoi les banques devraient elles d'ailleurs rémunérer la garantie des dépôts qui bénéficie aux déposants (et est également limitée). Rappelons aussi qu'en France la rémunération des dépôts à vue est interdite mais existe de fait, encore un archaïsme bien français, avec en contrepartie l'absence de frais de tenue de compte (nécessairement facturés par un autre biais) et que les taux de rémunération de l'épargne sont largement régulés par les pouvoirs publics etc... Une crise systémique est toujours possible, une guerre nucléaire aussi, et scinder les banques en deux ne servira à rien dans de telles occurrences, c'est une fausse bonne solution en cas de cataclysme planétaire.
Réponse de le 11/02/2013 à 13:32 :
Dixit le banquier !
a écrit le 10/02/2013 à 8:47 :
Faut-il s'acheter un coffre ?
Réponse de le 10/02/2013 à 12:32 :
Même enfoui au fond de votre jardin votre argent et qui plus est votre or est mieux en sécurité que dans les banques... ou converti en assurance-vie !
a écrit le 10/02/2013 à 6:15 :
D'ou la nécessité d'avoir un peu d'or dans sa besace !

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