Europe, année zéro

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Mardi 22 mars, en hommage aux victimes des attentats terroristes qui ont frappé la capitale belge, la Commission européenne a mis tous ses drapeaux en berne.
Mardi 22 mars, en hommage aux victimes des attentats terroristes qui ont frappé la capitale belge, la Commission européenne a mis tous ses drapeaux en berne. (Crédits : Reuters)
En perpétrant leurs attentats à Bruxelles, capitale de la Belgique, les terroristes de Daech ont aussi frappé le coeur d'une Union européenne, qui, après la crise grecque et celle des réfugiés, doute de plus en plus d'elle-même.

13 novembre 2015 à Paris ; 22 mars 2016 à Bruxelles. Pour la deuxième fois en quatre mois, l'Europe vient de subir une attaque aveugle visant sa population civile. Revendiqués par l'Etat islamique, ces deux massacres ont pour point commun d'avoir été perpétrés par des jeunes islamistes radicalisés au cœur de nos sociétés, constituant une inquiétante armée de l'ombre difficile à identifier. En visant Bruxelles en début de journée, son aéroport international et son quartier européen, les terroristes n'ont pas frappé au hasard : après Paris et sa jeunesse fan de concerts, de football et de terrasses de café nocturnes, c'est le symbole même de l'Europe que Daesh a ciblé, comme pour signifier que la confrontation est totale avec notre projet de civilisation, dont l'idéal européen est l'expression la plus aboutie.

Guerre globale

Sans doute préparées de longue date, les attaques de Bruxelles, dont Salah Abdeslam, l'un des auteurs des attentats de Paris, arrêté à Molenbeeck, serait l'un des organisateurs, est une réplique, parmi la multitude de celles qui ont heureusement pu être déjouées, d'une guerre globale, hélas sans doute pas la dernière. Cette attaque, par son mode opératoire - des commandos-suicide -, montre que tous les plans « Vigipirate » du monde ne peuvent empêcher que le pire se produise. Nos sociétés libres et démocratiques pourront-elles le rester en vivant avec cette menace redoutable et permanente sur leur sol ? Faudra-t-il se résoudre à réguler l'accès aux halls des aéroports et des gares, et de tous les lieux publics ? Au-delà du constat de l'extrême fragilité de notre mode de vie et de la vulnérabilité de nos métropoles, c'est l'avenir même de l'Europe qui se joue avec cette crise.

Née au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l'Europe s'est bâtie sur trois promesses : la paix entre les nations ; la croissance économique et sociale ; et la liberté de circulation, des hommes comme des marchandises. Or, ces trois fondements sont en recul alors que la crise des réfugiés et le risque terroriste érigent des barbelés entre les pays de l'Union.

La pression des opinions

La paix et la libre circulation ? Les autorités politiques ont de plus en plus de mal à résister à la pression des opinions, qui ont complètement changé d'attitude à l'égard des réfugiés, à l'image de l'Allemagne. Plébiscitée au départ, la « générosité » calculée d'Angela Merkel s'est retournée contre elle, et a fait monter l'extrême-droite lors des dernières élections régionales. L'attitude de l'Autriche et des pays des Balkans à l'égard de la Grèce, menacée de devenir un gigantesque « hotspot » sur la frontière sud de l'Europe, est contraire aux traités, sans que Bruxelles ne prenne la moindre sanction. La seule chose que les Etats-membres ont su faire, c'est de suspendre le droit d'asile qui est pourtant une obligation internationale. En projetant de renvoyer les réfugiés vers la Turquie dans l'accord signé la semaine dernière, l'Europe n'a en rien réglé le problème, mais a renforcé le pouvoir du président turc, Recep Tayyip Erdogan, en position de force avec les 3,1 millions de migrants réfugiés sur son sol, qui n'espèrent qu'une chose, venir en Europe.

Déverser l'argent depuis un hélicoptère

La croissance et l'emploi ? Malgré une timide reprise, le fait qu'un responsable aussi sérieux que Mario Draghi, le président de la BCE, juge « intéressante » la théorie de Milton Friedman selon laquelle il serait plus efficace pour ranimer l'économie de déverser de l'argent depuis un hélicoptère en dit long sur l'état d'impuissance des autorités monétaire face à la déflation. En arriver là, ce n'est pas vraiment un signe de confiance dans la capacité de l'Europe de sortir de la trappe dans laquelle elle se débat.

2016 sera donc une année décisive pour l'Europe. Sans vision commune, sans solidarité financière et sans projet politique, l'Union pourrait éclater si rien n'est fait pour la relancer. Dans le long entretien qu'il a accordé dans la nouvelle formule de notre confrère l'Express, publié le 9 mars, Emmanuel Macron le dit sans ciller : « Si les gens ne croient plus en l'Europe et en la zone euro, il faut les démanteler. Sans les contraintes européennes sur le plan budgétaire, notre rééquilibrage économique serait plus fort et plus rapide. A mon avis moins pérenne, mais, si c'est pour avoir la souffrance du court terme sans la solidité du long terme, il vaut mieux tout détricoter ». Propos incroyables de la part de cet européen convaincu, qui en disent long sur l'état d'esprit des dirigeants face aux défis que l'Europe affronte.

Bien sûr, Macron préférerait que 2017, année où coïncideront l'élection présidentielle en France et les élections générales en Allemagne, soit l'occasion d'un sursaut, et d'une adaptation des traités européens. Mais qui croit que l'Europe soit en état de le faire, à trois mois d'un possible Brexit qui donnerait le signal du délitement. Il est donc temps de nous souvenir, à l'heure où Bruxelles est endeuillée, que l'Union européenne, le projet dans lequel nous avons vécu sans jamais nous poser la question de sa pérennité, est elle-aussi mortelle.

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Commentaires
a écrit le 23/03/2016 à 21:28 :
Les faits et les contraintes politico-juridiques de l’usine à gaz européenne sont tels qu’il n’y a pas d’autre alternative que celle que décrit l’UPR depuis sa création,

– soit l’on reste dans l’UE, telle qu’elle avance, de compromis bancals en oxymores absurdes, jusqu’au désastre final, sous l’effet des contraintes contradictoires de ses 27 États-membres,

– soit l’on en sort, par l’application de l’article 50 du traité sur l’Union européenne, comme le propose l’UPR.

En tout cas, merci Mme Merkel.
a écrit le 23/03/2016 à 19:50 :
Triste à dire, mais l'Europe a un peu beaucoup cherché ce qui lui arrive en se voulant, comme on dit, plus catholique que le pape, en termes d'humanisme, de droitdelhommisme, de bienpensance, de progressisme angélique. Elle réalise avec ces attentats en son sein, que le monde n'est pas, comme elle se forçait à vouloir le croire, complètement pacifié et que tout le monde n'est pas fin, gentil et intégrable dans ses valeurs, il s'en faut!
a écrit le 23/03/2016 à 15:35 :
C est normal nous sommes dans l Europe de ceux qui ne servent a rien : les fonctionnaires !!!!
Les entreprises et en particulier les petits producteurs y crevent pour plaire a ces fonctionnaires !!
Si deja on faisait une europe des entreprises ???? Cela pourrait servir !!!
a écrit le 23/03/2016 à 15:29 :
Je réclame un état de droit à deux vitesses au niveau Européen :

- Un droit spécifique pour les suspects de sympathie islamiste, conforme à la sharia chrétienne (l'inquisition)

- Un droit conforme aux droits de l'homme pour les autres
a écrit le 23/03/2016 à 14:02 :
L'UE doit se réformer, être moins technocratique et plus démocratique. Il est urgent d'harmoniser le droit du travail, la fiscalité et les charges sociales entre les États.
Devant la menace terroriste, renforcer la coopération judiciaire et policière, faire en sorte
que les frontières soient contrôlées et plus une passoire comme actuellement.
Pour l'économie, cesser cette politique qui empêche la création de groupes européens
de taille mondiale pour des raisons de concurrence. Permettre une relance par l'investissement et mieux protéger nos producteurs qui subissent une concurrence déloyale venant de pays ne payant pas de charges sociales.
a écrit le 23/03/2016 à 13:51 :
L'UE est dirigée par une technostructure omniprésente qui produit des textes paralysant
l'économie. Avant de faire l'euro, il aurait mieux fallu s'occuper d'harmoniser la fiscalité,
le droit du travail et les charges sociales si différentes d'un pays à l'autre.
Cette Europe est bancale et peu démocratique. On peut espérer une réaction vigoureuse
des politiciens europhiles mais le temps presse, la population est exaspérée par le laxisme
concernant la sécurité, l'immigration et la politique économique menée depuis 20 ans.
a écrit le 23/03/2016 à 13:30 :
Nos bonnes manières européennes, et la lecture pointilleuse des commentaires par notre modérateur, font que mon dernier commentaire n'apparaît point. Pour faire plus civilisé, la Charia'h n'indique t'elle pas qu'il faut rendre coup pour coup ? Si les Croisés se comportaient donc de même en terre d'Allah (je m'arrête là dans mon commentaire, mais transposons ce qu'ils nous on fait - Twin towers, Bataclan etc...) cela ferait il prendre conscience aux musulmans de la barbarie de leurs actes?
a écrit le 23/03/2016 à 10:11 :
En même temps si l'Europe ne traversait aucune crise cela serait suspect. Clairement le monde subit un glissement avec plus de tensions, plus de conflits, plus de clivages depuis 2007. Croire que l'on peut sortir indemne de cela est illusoire, c'est d'ailleurs une leçon intéressante a tirer qui devrait nous motiver a essayer de régler les problèmes et sortir par le haut.
L'Europe a des ressources incroyables : humaines, sociales, patrimoniales, économiques, créatives. Il est certain que nous ne les mobilisons pas suffisamment et pas toujours vers ce qui compte vraiment. Mais nous avons la capacité et les ressources de surmonter cela.
Réponse de le 23/03/2016 à 15:45 :
Sur ???
a écrit le 23/03/2016 à 9:07 :
Aéroport de Charleroi Bruxelles Sud 13 mars, un vol en provenance de Fès débarque( Maroc), pas un policier pas un douanier pour contrôler 90 marocains les bras lourdement chargés de sac en nylon rayés. .. Ils s'engouffrent tous dans une noriat de taxi noir au vitre fumées pilotés aussi par des arabes..

Cet aéroport est la plaque tournante du trafic entre le Maroc et la Belgique, et de la mafia du Rif qui contrôle Bruxelles.

Bruxelles est ainsi la plaque tournante du trafic de drogue issu de l'est du Maroc, premier producteur mondial avec 3000 tonnes estimées...

C'est pourquoi Bruxelles est la deuxième ville marocaine après Casablanca.

La Belgique est la parfaite vitrine de l'Europe : pas de police, pas de douane, pas de diplomatie, pas de frontière, pas d'armée, pas de justice, le mensonge idéal.

Assemblée parlement de Bruxelles Capitale 84 élus dont 32 musulmans, encore une dizaines d'années et le président de la région Bruxelles Capitale sera un musulman ou une musulmane, accessoirement capitale de l'Europe .


Il est normal que ce pays invertébré, sans âme , sans nation récolte le résultat de ses petites combines politiciennes, sans lequel il n'existerait pas.
a écrit le 23/03/2016 à 8:39 :
Depuis sa création, l'UE est dans le doute et rien ne c'est amélioré, bien au contraire!
Réponse de le 23/03/2016 à 13:59 :
Si, quelque chose a changé... On ne doute plus... On sait que l'Europe n'est pas ce qu'on nous a promis, qu'il y a eu duperie. Que l'Europe des peuples est devenue celle de la finance et des lobbies. Que ses dirigeants sont acquis non au bien être collectif, mais au profit (ex : OGM, scandale WW et pollution aérienne, Monsanto/Bayer et Roundup...) de quelques privilégiés qui s'assoient sur les valeurs collectives.
a écrit le 23/03/2016 à 7:43 :
Pour bien comprendre ce qu'il se passe il faut regarder ce qu'il est advenu de l'URSS...
a écrit le 22/03/2016 à 23:15 :
Leur hope ! leur hope !
a écrit le 22/03/2016 à 22:31 :
Beaucoup plus terre à terre que cela : les terroristes frappent là où la faiblesse des autorités politiques a laissé se constituer des zones de non-droit : trafic de drogue, encadrement des quartiers laissé aux barbus, mosquées salafistes non fermées... Là où on a cru possibles des accommodements raisonnables, on a en fait laissé se mettre en place la gangrène islamiste. Europe ou pas.
a écrit le 22/03/2016 à 21:08 :
Non, nous ne sommes pas en guerre. Si nous étions en guerre, nous aurions un fusil entre les mains pour nous défendre et résister. Là on nous assassine d'autant plus facilement que nous sommes désarmés, et sans même qu'on puisse nommer le racisme qui nous accable, sauf à nous faire accuser de racistes nous-mêmes par des dirigeants au logiciel dépassé qui préfèrent se voiler la face...
Réponse de le 23/03/2016 à 15:49 :
Que ferions nous d un fusil face a notre television ??? Nous sommes tellement pleutre que nous paniquons a la moindre coupure !!!!
a écrit le 22/03/2016 à 20:38 :
Les principaux responsables de la crise de confiance en l'Europe sont les politiques "à la langue qui tire plus vite que leur ombre" comme Macron et les journalistes "commentateurs & spécialistes auto-proclamés" comme vous! Il serait bon que les uns et les autres prennent conscience du fait que nous citoyens attendons 1. de l'action et non pas des paroles irresponsables de la part des premiers 2. des faits et non pas des commentaires défaitistes de la part des seconds. A bon entendeur salut!
a écrit le 22/03/2016 à 20:01 :
c'est cuit pour l'Europe , les peuples n'en veulent plus, seul les élus et fonctionnaires européens s'accrochent encore à leurs privilèges ; s'il fallait encore une nouvelle preuve de son incompétence nous l'avons malheureusement aujourd'hui
a écrit le 22/03/2016 à 19:52 :
Il faut se débarrasser de la chienlit socialiste. Avoir des états forts et courageux. Personne ne pouvait faire parler Abdeslam bon sang ??? Au nom de principes dépassés et lâches, on préfère assurer son bien-être plutôt que de sauver la vie de dizaines d'innocents. La lâcheté des "bisounours" qui gouvernent est responsable de ces meurtres.

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