L'Italie, talon d'Achille de l'Europe

 |   |  693  mots
Beppe Grillo.
Beppe Grillo. (Crédits : Reuters)
Le 4 décembre, les Italiens se prononceront par référendum sur un projet de réforme de la Constitution visant à donner plus de stabilité à la vie politique du pays. Les sondages donnent le "non" gagnant, faisant planer le risque d'une crise qui pèserait sur l'UE.

L'élection présidentielle en France en 2017 sera-t-elle la prochaine étape de la montée du populisme, avec une victoire de Marine Le Pen? Rien n'est moins sûr. Et puis il y a d'abord le référendum du 4 décembre en Italie, où le parti anti-système de Beppe Grillo, le Mouvement 5 étoiles, a le vent en poupe.

Ce jour-là, les Italiens doivent se prononcer sur le projet de réforme de la Constitution. Présenté par le président du Conseil, Matteo Renzi, ce projet vise à remodeler les règles qui régissent la vie politique de la Péninsule, en supprimant le paritarisme dans les deux chambres, en réduisant le nombre de sénateurs de 315 à 100, et en baissant le coût du fonctionnement des institutions. En outre, une nouvelle loi électorale doit être mise en place pour assurer davantage de stabilité à une majorité et éviter les « combinazioni » qui ont caractérisé durant des années la vie politique italienne et fragilisé les gouvernements.

L'engagement de Renzi

Matteo Renzi, en poste depuis 2014, se dit prêt à démissionner en cas de rejet, faisant de la consultation un vote en faveur de son action. Or, aujourd'hui, selon les sondages, le « non » l'emporterait largement avec plus de 10 points d'avance, montrant que les Italiens sont sceptiques sinon mécontents de la politique menée depuis 2 ans.

Il n'est pas sûr que Matteo Renzi puisse inverser la vapeur en si peu de temps. D'autant qu'il doit composer avec Bruxelles qui lui a mis le bonnet d'âne de la zone euro pour son projet de budget 2017. Il ne respecte pas, par exemple, les engagements en matière de déficit public (2,3% du PIB pour un objectif de 1,8% maximum). La Commission, impatiente, a annoncé qu'il n'y aurait pas de nouvelle dérogation, et lui a demandé de revoir sa copie.

Une aubaine pour le "Mouvement 5 étoiles"

La chute de Renzi pourrait donc être une aubaine pour le « Mouvement 5 étoiles », taxé de parti populiste. Mais ce dernier est-il prêt à gouverner ? Et avec qui ? Les vieilles règles perdurant, la composition d'un nouveau gouvernement risque d'être compliquée. Paradoxalement, la faiblesse du président du conseil pourrait être demain sa force. Faute de mieux, la classe politique italienne pourrait reconduire le sortant, comme on l'a vu en Espagne, sur fond de crise rampante.

La réticence populaire à l'égard du projet Renzi est liée également à l'économie. La croissance reste poussive, inférieure à 1%, le chômage élevé, supérieur à 11%, avec un taux pour les moins de 25 ans qui frôle les 50%. Et même l'excédent budgétaire primaire est prévu de se réduire, de 2,8% du PIB prévu en 2016 à 2,1% en 2018. Quand au déficit public, il reste plombé par le poids d'une dette souveraine qui représente 133% du PIB, la plus élevée de l'UE après celle de la Grèce.

Or cette situation perdure depuis le début de la crise de la dette dans la zone euro. Les Italiens ont vu défiler nombre de présidents de Conseil qui devaient relancer l'économie, notamment grâce à la mise en place de « réformes structurelles » réclamées par Bruxelles, selon le mantra habituel. D'où leur scepticisme qui ne date pas d'hier.

Les Italiens méfiants à l'égard de Bruxelles

Car contrairement aux Espagnols, aux Grecs ou au Portugais, il est vrai avant la crise, les Italiens sont toujours restés méfiants à l'égard de l'UE, comme a pu l'illustrer leur choix régulier en faveur d'un Silvio Berlusconi. Selon le dernier Eurobaromètre, ils ne sont aujourd'hui que 38 % à avoir une image positive de l'UE et sont 25% à en avoir une image négative, un des taux les plus élevés (21% pour la France et 17% pour l'Allemagne) du Vieux continent.

Le risque d'une montée importante du mécontentement à l'égard de l'Union européenne au  sein de la troisième puissance économique de la zone euro est réel et doit être bien mesuré par les leaders européens. Après le Brexit, il n'est pas sûr que l'UE y survivrait en l'état.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/11/2016 à 15:44 :
Le titre de l'article n'est nullement pertinent. Le "talon d'Achille"désigne le point faible d'un ensemble très puissant. Or, l'Union Européenne n'est qu'un organisme moribond, tétanisé par la rigidité allemande qui continue à survivre grâce à la force de l'inertie...
a écrit le 26/11/2016 à 8:46 :
L'Europe n'est-elle pas déjà son propre talon d'Achille quand on voit la bande d'incapables de la commission européenne en diplomatie, en particulier vis à vis de la Russie. Elle a oublié que Moscou était plus proche de nous que Washington.
a écrit le 25/11/2016 à 18:40 :
L'Europe fédérale a toujours beaucoup été critiquée sans exister, ni même avoir eu sa chance et elle n'existera jamais, puisque nous préférons en faire un bouc émissaire plutôt qu'un grand projet humain. Nous le paierons entre autres économiquement et par la perte de nos valeurs, sans nous en rendre compte. Nous préférons nous retourner plutôt que proposer autre chose que le Conseil de l'Europe qui n'est autre qu'un ensemble de nationalismes. C'est dommage, c'est triste. La vie continue. Heureusement, il reste les arts, les rencontres, les voyages... la Politique avec un grand P, c'est fini.
Réponse de le 26/11/2016 à 15:53 :
Le projet de l'Europe fédérale fut dévoyé et détourné par les eurocrates devenus incontrôlables en raison du déficit démocratique inhérent -malheureusement- à cette construction, ainsi que par l'économisme qui a prévalu, laissant de côté la convergence sociale et politique du continent. Il ne faut pas non plus oublier la volonté d'hégémonie de l'Allemagne. Donc, on dissout de manière ordonnée l'UE (avant qu'elle ne s'effondre sur nos têtes) et on recommence ce projet de zéro, ayant tiré des lecons et espérant qu'il n'est pas trop tard...
Réponse de le 27/11/2016 à 4:36 :
Alors qu'il y a tout à faire, vous voulez détruire, comme la majorité, sans probablement, rien proposer... c'est malheureusement ce qu'il s'est passé après le référendum de 2005 et ce qui se reproduira. J'espère me tromper, mais je ne serai pas surpris que vous soyez au mieux pour une Europe qui correspond à vos idées politiques alors qu'il faudrait une Europe dans laquelle on vote pour des idées politiques. Ca éviterait de faire 74 groupes de 0,02 à 0,9% pour défendre une certaine Europe. Ce serait la démoncratie européenne. Je n'entends presque personne pour construire. Donc ce sera vive la France, ou vive la Catalogne, ou vive mon village!... Une petite France sans grand moyen. Projet parfaitement cohérent si on accepte de décliner et de se faire ballotter par les autres.
Pour info, les Allemands, au moins, eux, ils sont fédéralistes, ça nous dépasse. La France est responsable de plusieurs échecs majeurs et ça a commencé avec le défense européenne. Il n'y a pas que le Nord qui méprise et le Sud qui souffre. Il n'y a pas non plus que le Nord qui travaille et le Sud qui dépense. Disons que les torts sont partagés.
Il est probablement vain de vouloir défendre des idées en quelques lignes, et utopique d'epérer ce genre de projet, donc, je vais me remettre au boulot.
Il n'y avait à votre sujet que des hypothèses et non un procès d'intention.
Bonne journée, si vous me lisez
a écrit le 25/11/2016 à 13:44 :
L'Europe fédérale a toujours beaucoup été critiquée sans exister, ni même avoir eu sa chance et elle n'existera jamais, puisque nous préférons en faire un bouc émissaire plutôt qu'un grand projet humain. Nous le paierons entre autres économiquement et par la perte de nos valeurs, sans nous en rendre compte. Nous préférons nous retourner plutôt que proposer autre chose que le Conseil de l'Europe qui n'est autre qu'un ensemble de nationalismes. C'est dommage, c'est triste. La vie continue. Heureusement, il reste les arts, les rencontres, les voyages... la Politique avec un grand P, c'est fini.
a écrit le 25/11/2016 à 12:01 :
Les Italiens sont plus rusés que les Français en sortant en 1 er ils vont nous griller tout les marchés, voila ou mène ce dogme de l'Europe qui pour nous va etre un calvaire, nos politiques ont encore 40 ans de retard avec ce(machin)...merçi l'europe... lamentable...stop ou encore.
a écrit le 25/11/2016 à 10:33 :
suite au séïsme des subprimes américains , en Europe , seul deux chefs d'état surent sauver leur Pays Mme Merkel , M. Sarkozy , contrairement aux socialos : Papandréou : Socratés : Zapatéro etc...etc...et la liste s'allonge avec Tsipras , voici Renzi , sans parler du nôtre !! Quand le QI des peuples permettra-t-il d'éradiquer la nuisance de cette idéologie socialo-marxiste ??
a écrit le 25/11/2016 à 8:50 :
Que les pays du sud, méprisés par l'allemagne, aient envie de partir de cette UE sous hégémonie allemande semble naturel, c'est bien d'être maso mais quand on est à la limite d'y passer à un moment faut arrêter.

Cette europe oligarchique au dogme néolibéral est une impasse.
Réponse de le 25/11/2016 à 17:44 :
D'accord sur l'essentiel !!!
Réponse de le 25/11/2016 à 17:45 :
D'accord sur l'essentiel !!!
a écrit le 25/11/2016 à 8:46 :
desinformation apres tout le responsable et bel et bien l'allemagne
qui impose sa vision extreme
et a son seul profit.
au point qu'il suffit d'un composant en provenance d'allemagne dans un produit
pour que dit produit soit interdit a l'exportation
sans oublier la triche organise et couverte par les tres haut dirigeants
et avec encore des dérogations sur certain objet
exemple les moteurs qui devais etre limite au plus a trois litre
et bien mme Merkel a mis son veto
pour se proteger
a écrit le 25/11/2016 à 3:57 :
Le "populisme" est une accusation dont se servent les politiciens au pouvoir (et ceux qui les soutiennent) contre ceux qui leur reprochent de ne pas se servir de leur pouvoir dans l'intérêt général.
a écrit le 24/11/2016 à 18:12 :
on pourrait s'en inspirer : baisser le cout des institutions et réduire ou supprimer le sénat ; voilà un beau projet politique mais les candidats sont étrangement silencieux sur le sujet
Réponse de le 25/11/2016 à 4:01 :
supprimer le Sénat, oui, mais pas que; réduire drastiquement le nombre de communes, réduire de moitié le nombre de députés, supprimer les commités, instituts et autres placards à pantouflage.
Réponse de le 25/11/2016 à 9:09 :
Et pourquoi pas tripler le nombre de deputes. ... au moins on serait mieux représenté. ... plus on va diminuer le nombre de député et plus on va concentrer le pouvoir dans les mains de ceux qui restent. (Par contre on les oblige à bosser)
Réponse de le 25/11/2016 à 9:26 :
" supprimer le sénat"

Quand , le sénat est passé à gauche sur une courte période ( 2011-2014) ce qui était une premiere depuis sa création, la droite voulait le supprimé maintenant qu'il est de nouveau à droite ,plus question, comme quoi

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :