Présidentielle  : pour les partis, c'est mal parti

 |   |  881  mots
Marine Le Pen et Emmanuel Macron, en tête des sondages sur les intentions de votes.
Marine Le Pen et Emmanuel Macron, en tête des sondages sur les intentions de votes. (Crédits : Reuters)
Les deux partis qui ont dominé la vie politique française ces dernières années sont pour le moment les grands perdants de cette campagne présidentielle. Le phénomène n'est pas exceptionnel, on le retrouve dans d'autres pays européens.

Les derniers sondages - avec toutes les précautions qu'il convient de prendre en la matière - font apparaître que les deux candidats qui se situent largement en tête : Marine Le Pen (à 27%) (*) et Emmanuel Macron (26%) tendent à renforcer leurs positions.

Cette configuration peut encore évoluer. Une partie importante de l'électorat n'a pas encore fait un choix définitif. Et les débats télévisés d'avant premier tour à venir - une nouveauté pour la Ve république - pourraient invalider ces pronostics, notamment sur les questions économiques. Rappelons-nous que de tels débats avaient joué en faveur des challengers dans les primaires des deux camps : François Fillon et Benoit Hamon.

L'électorat a évolué

En attendant, si les choses restaient en l'état, cela signifierait qu'au soir du premier tour, aucun des deux grands partis qui ont dominé la vie politique et dirigé le pays ces dernières années ne serait présent au second tour. Ce serait une première. D'une part, un parti isolé par ses positions contre l'immigration ou encore contre l'Europe arriverait en tête, et d'autre part une formation constituée en moins d'un an dirigée par un ex-ministre jamais élu s'imposerait. Il y a là de quoi mesurer combien l'électorat a évolué face aux partis classiques.

Dans le cas Les Républicains, c'est le candidat François Fillon (largement distancé avec 17,5%), qui, avec sa mise en examen  - et en attendant celle de son épouse Pénélope -, a essentiellement détourné une partie de l'électorat de droite. Au fur et à mesure des révélations, l'ancien Premier ministre qui se voulait exemplaire en matière de morale publique s'est vu soupçonné d'avoir un rapport à l'argent public pour le moins léger surtout s'il est à son profit personnel. De quoi ruiner une réputation. Et s'il conserve encore un socle solide de soutien, il le doit dans une large part à la mobilisation du réseau bien structuré du mouvement Sens Commun, et ce point est intéressant à souligner, issu de la mouvance catholique de la société civile qui s'est retrouvée dans la « Manif pour tous » et a cherché un débouché politique pour peser sur les choix de l'État.

Contestation mise en sourdine

Et si chez Les Républicains, la contestation ouverte du candidat a été mise en sourdine à moins de 40 jours du premier tour de scrutin, les profondes divisions apparues dans la formation de droite surgiront si François Fillon ne se qualifie pas pour le deuxième tour. Avec le risque d'un éclatement pour une formation qui a déjà traversé de graves crises. On se rappellera comment Jean-François Copé avait été élu à la présidence de l'UMP contre... François Fillon. Il avait fallu tout le poids de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, pour que le parti retrouve une unité en vue de gagner cette élection de 2017 qui s'annonçait impossible à perdre.

Quant au Parti socialiste, il se décompose. Le choix de Benoît Hamon (12,5%), désormais talonné par Jean-Luc Mélenchon (11,5%) de passer un accord électoral très avantageux pour EELV pour les législatives en échange d'un retrait de la candidature de Yannick Jadot a donné un prétexte à Manuel Valls - et d'autres élus dans son sillage - pour refuser son soutien au gagnant de « la primaire citoyenne de la Belle Alliance Populaire », malgré son engagement initial de respecter les règles. Sans compter nombre de poids lourds socialistes du gouvernement - comme par exemple Jean-Yves Le Drian - qui ont d'ores et déjà annoncé leur ralliement à Emmanuel Macron.

Les socialistes, grands perdants en Europe

D'une façon générale, les socialistes en Europe sont les grands perdants de la recomposition en cours, comme on a pu le voir en Grèce, en Espagne, et cette semaine aux Pays-Bas.

Même le système électoral au scrutin majoritaire qui caractérise la vie politique française pourrait être remis en cause. Les deux candidats en tête des sondages ont inscrit dans leurs programmes respectifs un plus large recours à la proportionnelle dans les élections. Pour Marine Le Pen, c'est « un scrutin proportionnel généralisé avec 300 députés et 200 sénateurs ». Pour Emmanuel Macron, ce serait « l'introduction d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée », sans préciser le niveau de cette dose.

L'affaiblissement des partis est déjà un enseignement majeur de cette présidentielle. Ce phénomène n'est pas nouveau, la France s'inscrit dans un mouvement général en Europe. Au Royaume-Uni (Ukip), en Grèce (Syriza), aux Pays-Bas (PVV), en Espagne (Podemos), la multiplication des formations qualifiées de "populistes" a marginalisé les grands partis classiques et obligé à composer des coalitions.

Pour la France, il faudra attendre les élections législatives - les 11 et 18 juin - pour voir si cette décomposition/recomposition s'accélère. Dans ce cas, cela signifierait une évolution majeure de la Ve République, caractérisée par son régime présidentiel, une « exception française » dans l'ensemble des régimes parlementaires des démocraties européennes. Mais serait-ce véritablement un mal ?

(*) Selon un sondage Ipsos SopraSteria pour Le Monde et le Cevipof publié vendredi 17 mars 2017.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/03/2017 à 19:05 :
Logique que les sociaux démocrates, les partis qui ont, et de loin, le plus trahis leur électorat, soit en chute libre un peu partout.

On comprend pourquoi cette fébrilité au sein de l'oligarchie les gens ne réagissent plus aussi bien à leurs influences et manipulations multiples et variées.

"Fin de cycle pour la social-démocratie: Pour la république sociale" https://www.monde-diplomatique.fr/2016/03/LORDON/54925 (article gratuit)
a écrit le 18/03/2017 à 16:55 :
Macron porte une coalition, tout comme il en existe dans d'autres pays, comme celle qui a remporté les élections aux Pays Bas.

Les socialistes européens sont un peu les victimes du manque de projets sociaux au niveau de l'UE. On ne sait pour quelle raison, ce sont les partis traditionnels qui portent ce fardeau ?
C'est injuste et rempli de faux semblants, car contrairement à l'image de libéralisme qu'on en donne parfois, quoi de plus normatif et réglementé que l'Europe ? C'en est presque devenu contre productif et anti-économique, mais rien d’irréparable.

Tout comme les gens peu informés, ou cyniques, reprochent aux écologistes de ne pas suffisamment défendre l'environnement, tout en approuvant tous les projets les plus polluants. Cela tient du même manque de raisonnement.

C'est un raccourci facile, mais actuellement on assiste à des dérives politiques autrement plus simplistes, sinon simplettes et qui amènent des partis extrêmes aux portes du pouvoir. Là aussi il y a une contradiction, car les partis en question drainent toutes les opinions et leur contraires, tout en avançant masqués. Il ne faut pas oublier les origines de ces groupuscules et que leurs idées menacent directement les démocraties.

On peut considérer Macron comme un centriste et non comme un extra parti. C'est seulement que la "voix du milieu" n’était pas suffisamment représentée en France.
Réponse de le 18/03/2017 à 18:21 :
Je souscris globalement à vos propos, mais (forcément... :-)

Peut être que si les partis socialistes sont à la peine c'est parce qu'ils ont oublié de faire du socialisme en devenant sociaux-démocrates. Le PS français illustre à merveille la mutation qui a coupé le parti des 2/3 de sa base électorale.

Pour ce qui est de M. macron, je reste sceptique devant la cohésion réelle d'un mouvement qui séduit à la fois Alain Madelin et Robert Hue.

Le gouvernement du centre m'apparaît comme une illusion d'autant plus facile que l'union de toutes les bonnes volontés est un vieux fantasme populaire.

Sauf que le génie français consiste à rendre partisan même ce qui ne l'est pas et je ne vois pas nos parlementaires s'associer ou se dissocier en coalitions au gré des projets de M. Macron. C'est totalement opposé à notre tradition et je prends les paris que les électeurs eux-mêmes ne s'y retrouveraient pas.
N'y voyez aucune critique de ma part, mais j'ai bien peur que nous ne manquions collectivement de cette maturité politique qui est indispensable au centrisme.

Dernier point, le problème du centrisme c'est que s'il échoue c'est un extrême qui prend la suite.
Réponse de le 19/03/2017 à 19:36 :
Oui, beaucoup on vécu la politique de Hollande comme une trahison. Non pas que ce soit une politique réellement de droite, mais les concessions (ou les maladresses) qu'il a fait n'étaient pas prévues au programme. Le pire, c'est que le "patronat" ne lui en fut pas très reconnaissant. Comme quoi, on reste en effet englués dans une caricature de clivage droite/gauche. Alors que l’économie ne s’arrête plus à ces carcans.
Sans parler des problèmes de sécurité auxquels Hollande a du faire face. Avec Manuel Valls, qui n'est pas homme à faire des compromis avec les valeurs républicaines et il n'a fait aucune concession sur la sécurité. Malgré cela on a droit, de la part d'une partie de la droite, à des procès d'intention. Là, ce n'est plus du clivage, c’est de la démagogie.

Côté droit, depuis les quelques surenchères et postures du Sarkozysme, cela à créé une zone un peu floue entre droite et extrême droite, ce qui a contribué à dédiaboliser le discours extrême. En adoptant des thématiques communes, j’ai bien peur que beaucoup de citoyens aient maintenant du mal à faire la distinction entre le parti républicain et le parti groupusculaire.
D'ailleurs Fillon aurait du clairement rappeler la frontière, au lieu d’user des mêmes artifices que Le Pen.
Il est évident que si Macron échoue, c'est l’extrême droite qui arrive au pouvoir et ce serait un retour en arrière d'un demi-siècle. Mais avant cette catastrophe, je suis convaincu que l'ensemble des démocrates et des républicains se mobiliseraient pour faire barrage.

Finalement le candidat Macron, même s'il est hors "parti pris" et s'il a une étiquette "économique" ou financière, représente également des valeurs progressistes et d’ouverture.
Et surtout le maintien et l’amélioration du projet européen. Je suis convaincu que si on sort de l'Euro Group, ce sera le début de la fin.
a écrit le 18/03/2017 à 15:36 :
Le cas Argenteuil.
P.DOUCET député de cette circonscription,porte parole de M.Valls,est incapable de parrainer!!!!
Cette circonscription est dans un bourbier DETTES innommable,qui fait constater que les habitants écrasés par les taxes habitat,foncière,ne sont plus capables de payer les charges de copropriété!! ou le loyer!!!Cela n’empêche pas l'office HLM de proposer la rénovation de 2500 logements HLM sur 5 ans,sans définir la provenance du budget!!
devant autant d’incohérence,nous avons un renfort abstentionnistes et aussi une défiance des élus en place envers ce collègue encombrant.
Exemple à méditer,sur l'incurie des Elus en place.
a écrit le 18/03/2017 à 14:16 :
Nos amis Belges sont bien restés sans gouvernement plus d'une année et le pays ne s'est pas effondré pour autant .....
a écrit le 18/03/2017 à 13:24 :
Il faut une dose de proportionnelle. L'élection de Macron nécessitera un compromis entre la droite et la gauche. Cela ne durera peut être pas longtemps, mais devrait permettre de maintenir ce compromis suffisamment longtemps pour trouver une solution.
a écrit le 18/03/2017 à 12:53 :
On ne va quand même pas avoir Macron comme président ? Ce serait fou, suicidaire !
Réponse de le 18/03/2017 à 19:31 :
Plutôt Macron que la blonde qui vire au brun.
Réponse de le 19/03/2017 à 11:18 :
Mais, si, vous aurez micron.
C'est cela ou la blonde. Le filou, le menteur est carbonise. Il ne passera pas le 1er tour. Seront alors qualifies, le petit bonimenteur et sa concurente la poujadiste bon tain.
Faudra alors faire votre choix. Ce sera donc le micron.CQFD.
a écrit le 18/03/2017 à 11:06 :
Du mécontentement généralisé devrait s'ensuivre un chaos généralisé. Que ce soit Macron ou LePen, la France sera ingouvernable. Aucune chance qu'il y ait pour l'un au l'autre une majorité claire à l'Assemblée Nationale. Vues les rancunes tenaces qui ne manqueront pas de s'exprimer, retour à la "belle époque" de la IV° République et au régime des partis. Le "dégagisme" de Mélenchon et d'autres pour évoluer vers une VI° République donnera juste à l'effet inverse. Renverser la table est toujours possible, mais ensuite, il faut un jour la redresser, remettre les couverts et apporter les aliments, les boissons pour calmer la faim... Et serait-ce trop demander pour un petit dessert?
Réponse de le 18/03/2017 à 13:32 :
Ingouvernable? Quand une proposition allèchante est offerte à nos politiques, les barrières s'effondrent.
a écrit le 18/03/2017 à 10:42 :
Pas étonnant que les partis habituels soient à la ramasse.
Les carriéristes de la politique, nationale ou locale, car il ne faut pas faire des saints des élus locaux, ceux qu'on voit depuis des quarantaines d'années gérer leurs mandats comme tout citoyen gère ses moyens de subsistance à savoir atteindre un certain niveau pour faire face à ses dépenses.
Ils essaient de nous faire croire qu'ils sont indispensables, mais il faut savoir que la fonction publique par son organisation, c'est elle qui est prévue pour assurer la continuité courante du fonctionnement de l'Etat et permet à tout nouvel élu d'accomplir sa tâche et d'impulser ce pourquoi il est élu.
La limitation du nombre de mandats et du cumul de mandats est devenue indispensable.
La déclaration et la transparence des gains des élus doit être publique dès que vous accédez aux fonctions et pendant l'exercice.
Une bonne cure d'amaigrissement pour les parlementaires, véritables entreprises d'influence, de 1 attaché parlementaire ils sont passés à 2,3 ou 4.
Le nombre de députés est également pléthorique.
Vive le renouvellement dans la paix civile
a écrit le 18/03/2017 à 10:17 :
Attention, le 23 avril ne te découvre pas d'un fil, le 7 mai fait ce qu'il te plait. Le 11 juin sélectionne avec soin et le 18 juin appelle au secours le grand Charles !
a écrit le 18/03/2017 à 8:22 :
ca devient marrant
la gauche fait tout pour que fillon ne soit pas elu, et croit naivement que macron va sortir..........
a titre exceptionnel je regarderai quand meme la tele le jour du deuxieme tour, quand le pen aura ete elue grace a ses allies par objectif socialistes!
il y aura de la tronche d'enterrement sur les plateaux, et des concours de larmes, de gemissements, et d'appels au ' sursaut republicain' (!!!! oui, vaut mieux en rire qu'en pleurer!!)
a écrit le 17/03/2017 à 21:46 :
Allez, pour les jeunes fâchés avec l'histoire, on va revenir dans le passé .On va se replonger dans les délices de la quatrième république, gouvernements qui se succèdent
dans un tourbillon incroyable, majorité introuvable, compromis boiteux etc...
Macron avec Bayrou puis avec Baroin puis avec Valls , ou autre situation. Le seul avantage finalement , c'est que cette impuissance politique , peut paradoxalement permettre de procurer une certaine tranquillité aux français. En gros , ils vont peut-être lâcher les baskets des citoyens , se quereller entre-eux et bien sûr , continuer à se partager le gâteau républicain qui, est bien protégé par la constitution.
Réponse de le 18/03/2017 à 10:46 :
"ils vont peut-être lâcher les baskets des citoyens ..."
On en rêve !
La France peut fort bien survivre sans les politiques.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :