Trump le pragmatique

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Donald Trump.
Donald Trump. (Crédits : Reuters)
Dans ses habits neufs de président des Etats-Unis, le businessman milliardaire prend ses distances avec les outrances du candidat.

« Les promesses des hommes politiques n'engagent que ceux qui les reçoivent», aimait à dire l'ancien ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua. L'adage se vérifie à chaque élection, les engagements pris dans le feu de la campagne subissent après la victoire l'application du principe de réalité.

Le fantasque Donald Trump s'y plie à son tour. Alors qu'il est toujours en train de composer l'équipe qui dirigera son administration, il a fait quelques mises au point intéressantes hier.

"Hillary Clinton la malhonnête"

Ainsi, après avoir martelé à chaque meeting de campagne qu'il traînerait en prison « Hillary Clinton la malhonnête » s'il était élu, il a écarté, dans une geste magnanime, toute poursuite judiciaire à son encontre. Des soupçons pesaient sur l'utilisation de sa messagerie personnelle lorsqu'elle était secrétaire d'Etat et sur le financement de la fondation Clinton. Surtout, ils avaient nourri une campagne de haine contre elle et motivé nombre d'électeurs à voter Trump. Les soutiens de ce dernier issus des milieux conservateurs ne décoléraient pas hier, hurlant à la trahison.

D'autant que c'est dans ces mêmes milieux que l'on trouve nombre de climato-sceptiques qui en sont, eux aussi aujourd'hui, pour leurs frais. Trump ne considère plus en effet le rôle de l'action humaine dans le réchauffement climatique comme un « canular » mais a découvert depuis son élection « un certaine degré de connexion » entre eux. L'application de l'accord international de la COP21, qui semblait un temps mis en danger - les Etats-Unis étant l'un des pays les plus pollueurs de la terre -, est donc sauvé.

Trump et le camp républicain voulaient également démanteler l'Obamacare, un programme de santé publique considéré comme « socialiste ». Le nouveau président considère désormais que « l'assurance santé universelle » a des vertus qu'il ignorait. Son principe ne sera donc pas remis en cause, mais ses imperfections seront corrigées.

"America first"

En revanche, sur le plan économique, Trump compte bien s'en tenir à son protectionnisme, persuadé qu'il s'agit de la solution pour créer de la croissance et des jobs sur le sol américain. « America First » est donc plus qu'un symbole, une priorité face au « One World » de la mondialisation.

Et Trump a pris des décisions concrètes. Il a annoncé qu'il engagerait le retrait unilatéral du Partenariat transpacifique (TPP), un traité de libre-échange signé par 12 pays d'Amérique et d'Asie. Il a par ailleurs menacé l'Alena, l'accord de libre-échange nord-américain (Canada, Etats-Unis et... Mexique). La « démondialisation » est bien en marche.

Par ailleurs, il a levé toutes les restrictions en matière de forages pétroliers, une mauvaise nouvelle pour les pays membres de l'Opep qui martèlent sans conviction avoir bientôt trouvé un accord sur le plafonnement de leur production pour soutenir le cours du baril.

On attend maintenant que Donald Trump en dise davantage sur la relance de l'investissement public pour favoriser l'investissement privé, notamment dans les infrastructures du pays.

Les marchés financiers battent des records historiques

Si nombre de républicains, qui voient d'un mauvais œil un accroissement du déficit public, restent à convaincre, en revanche, les marchés financiers se réjouissent. Les indices de la Bourse à New York ont battu mardi des records historiques, avec un Dow Jones qui a passé la barre symbolique des 19.000 points.

Enfin, comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, Donald Trump a rappelé que, « en théorie », c'est-à-dire légalement, il pourrait « parfaitement gérer ses affaires tout en dirigeant parfaitement le pays ». Il avait pourtant assuré le contraire durant sa campagne pour éviter les conflits d'intérêts. Il attend de voir les réactions pour statuer. Trump est d'abord un pragmatique.

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Commentaires
a écrit le 24/11/2016 à 9:59 :
Il faut avouer que cette électorat débordant de ressentiments est tellement facile à manipuler...

C'est ce que fait Poutine en Russie, il s'appuie les ressentiments des gens pour gouverner et ça marche depuis 20ans, il est devenu multimilliardaire grâce à la naïveté de son électorat.

Tout ces nationalistes convaincus, ces militants souverainistes feraient bien de voir comme la moitié de l'électorat en moyenne maintenant que les élections ne sont que des pièges à gonds.

L'avantage du ressentiment c'est que ça permet de ramener des gens dans les urnes afin de ne pas se contenter des quelques millions d'électeurs conservateurs qui font les présidents de la république puisque les élections étant de plus en plus désertées ou bien seulement un choix entre le mal et le pire.

En France par exemple admettons que ce soit fillon face à le pen, tout ceux qui voteront fillon pensant virer le pire ne feront qu'installer durablement le pire et dans les deux cas.

Tout ces fanatiques de Poutine quand même, de la part de politiciens français traditionalistes c'est franchement agaçant, on est français ou russes bon sang !?

Toujours ce besoin de la part de gens qui nous font croire que ce sont des durs, de se soumettre à un guide, à un prophète quelconque, bref de se soumettre.

Fantasmes tsaristes certainement...
a écrit le 24/11/2016 à 6:59 :
Pragmatique ? Moi je dirais menteur. Reste que les marchés financiers, qui adorent les dérivés fondés sur les situations instables comme un endettement excessif, nous préparent la prochaine crise, et le mieux serait de ne pas leur fournir les munitions. Les états, au premier rang desquels les USA, doivent juguler leurs déficits et prendre résolument la voie du désendettement pour leur couper l'herbe sous le pied.

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