Un robot à l'Élysée, vite... !

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(Crédits : © Ruben Sprich / Reuters)
En attendant d'élire un jour peut-être à la présidence de la République un algoriSme (pardon, un algorytme, euh... un... algorithme), bref, un robot intelligent genre AlphaGo de Google, celui qui domine Lee Sedol, le champion du monde coréen du jeu de Go, intéressons-nous aux rapports qu'entretient notre classe politique avec la révolution numérique.

Il n'y a pas de raison que la transformation digitale, qui bouleverse l'économie et la société, n'ait pas un effet disruptif similaire sur la façon dont se fait, ou plutôt d'ailleurs ne se fait pas, la politique aujourd'hui.

Par construction, le pouvoir se conçoit par sa verticalité, là où les nouvelles technologies, Internet et les réseaux sociaux engendrent de l'horizontalité. Va-t-on vers une démocratie numérique, où le citizen 2.0 reprendra peu à peu le pouvoir, de la même manière que le consom'acteur change le rapport de forces entre l'individu et les marques ? Oui, c'est certain, à « l'âge de la multitude », selon la définition qu'en ont donnée Nicolas Colin et Henri Verdier, l'individu, ayant accès via Internet à toute la connaissance, à toute l'information, est, en théorie, mieux armé que jamais pour peser sur la politique. Et il ne s'en prive pas, en général surtout pour exprimer son mécontentement, son opposition, en jouant sur la vitalité et l'effet de masse des réseaux sociaux. La démocratie participative dans les grandes villes se développe, et le citoyen connecté ne se prive plus de donner son avis, s'il le faut bruyamment. La pétition #loitravailnonmerci et le blog #onvautmieuxqueça ont réussi en quelques jours à faire reculer le gouvernement Valls sur la loi El Khomri, là où dans le monde d'hier, il aurait fallu attendre des manifestations de plus de 1 million de personnes dans la rue avant que le pouvoir ne réagisse (et en général renonce).

D'un certain point de vue, c'est un gain de temps et d'énergie : on peut imaginer ainsi de nouveaux rapports entre gouvernants et gouvernés, plus directs, permettant de corriger le tir sur des réformes trop autoritaires ou technocratiques. Dans un sens plus positif, la loi Lemaire sur le numérique, première du genre à avoir été élaborée avec les citoyens, auxquels le texte a été soumis en consultation publique sur Internet, a été un bon exemple de la façon dont le monde politique peut tirer parti de l'intelligence collective. Cette méthode de cocréation inédite a permis, sinon de mettre tout le monde d'accord, du moins de chercher le plus petit commun dénominateur et même des idées nouvelles issues des utilisateurs de la loi.

À un an de la future élection présidentielle en France, on peut donc s'attendre à vivre en 2016 et 2017 la première véritable campagne électorale numérique. Certes, la classe politique est aujourd'hui très en retard sur les citoyens et les entreprises. Mais les enjeux du numérique sont de plus en plus présents dans le débat public, même s'ils ne sont pas toujours bien appréhendés par nos élites. Tout le monde a bien compris par exemple ce que veut dire le mot « ubérisation », inventé par Maurice Lévy pour décrire l'irruption de la société californienne Uber dans le monde du transport. Au départ, ce concept flou visait surtout à avertir les grands patrons que même les modèles les mieux établis étaient vulnérables, à l'heure des grandes plateformes Internet.

Mais le terme « ubériser » s'applique aussi désormais à un sujet beaucoup plus politique, le travail. « Nous » serions ainsi tous menacés de « nous faire ubériser », lit-on dans des tracts syndicaux. En clair, la révolution numérique se politise : pour la gauche de la gauche, elle incarne une vision ultralibérale, une pression pour déréglementer tous les marchés, à commencer par celui du travail, et a pour synonymes la précarité et la destruction d'emplois.

Mais, a contrario, on peut aussi avoir de la révolution technologique une lecture de gauche, parce qu'elle libère et s'attaque aux rentes de situation et aux conservatismes. Alors, de droite ou de gauche, le numérique ? Dans la Silicon Valley, qui a choisi son camp, c'est l'approche libertarienne qui s'impose, avec dans sa version la plus radicale un rejet de l'État qu'incarne bien le combat d'Apple qui, contre l'attente du FBI, refuse le déchiffrement des iPhones des terroristes de San Bernardino.

Aux États-Unis, il semble d'ores et déjà évident que le big data, les données massives, seront le juge de paix des primaires et de l'élection de novembre. Et chacun de se demander qui, de Google ou de Facebook, influera le plus sur le scrutin (et annoncera le premier le vainqueur). Cette révolution traversera l'Atlantique. Même Alain Juppé, le doyen des candidats pour 2017, est devenu féru des réseaux sociaux. Le vainqueur du match de 2017 en France sera sans doute celui qui saura le mieux se servir du numérique pour faire partager ses idées.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2016 à 21:23 :
@ BONSOIR : POURQUOI UN SECOND ROBOT A L'ELYS2ES ... UN SEUL NE SUFFIT PAS ?
a écrit le 15/03/2016 à 21:15 :
@ BONSOIR : pourquoi un autre robot ? ... à l'Elysées, un seul ...... ne suffit pas ?
a écrit le 15/03/2016 à 18:00 :
La numérisation de la politique et ultimement le remplacement des politiques, des syndicalistes, et de nombre de fonctionnaires par des robots apportera un jour, un indéniable progrès dans la gestion calamiteuse de notre Etat, et de notre société. Le problème sera d'occuper tous ces gens qui ne servent déjà pas à grand chose, mais gageons que les robots sauront les faire s'amuser, pour qu'ils nous fichent la paix.
a écrit le 15/03/2016 à 15:05 :
Un robot serait sûrement plus intelligent et in aurais pas à payer pour Trierweiller Gayet et autres poufs !
a écrit le 15/03/2016 à 12:39 :
un robot programmè sur < reformes et reduction du train de vie de l'etat> a la place de
<voyages,gueuletons et enrichissement personel>
vivement demain!
a écrit le 15/03/2016 à 9:56 :
Le numérique devrait aussi permettre au peuple d'exprimer ses idées, mais les politiques n'ont pas le temps de lire les suggestions exprimées dans les réseaux sociaux, ni de les comprendre.

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