20 ans d'endettement : l'Etat, les ménages, les entreprises

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, retour sur 20 ans d'endettement français

La dette de la France n'est pas uniquement constituée par la dette publique. C'est aussi celle des ménages et des sociétés non financières. L'exercice consiste donc à additionner ces trois dettes pour prendre la pleine mesure de l'endettement global. Cette agrégation a en outre le mérite d'établir un lien entre deux blocs : la dette publique et sa face cachée, la dette privée.

En 1996, un endettement à 139% du PIB constituait un record

L'histoire débute en 1996. Le taux d'endettement global est alors inférieur à 140% du PIB. La dette publique s'élève à 58%. C'est alors un record. Rien d'étonnant à cela puisque le dernier budget en équilibre date de 1974. Cette accumulation de déficits a pesé tout comme le changement radical dans le pilotage des finances publiques avec la mise en marché de la dette publique. Au prix fort, car les taux sont hauts et deviennent nettement plus élevés que le total « taux de croissance + taux d'inflation », de sorte que la dette publique fait boule de neige.

À 49% du PIB, le taux d'endettement des sociétés non-financières est élevé mais en phase de recul. Après s'être terriblement endettées à la fin des années 80, les entreprises se sont retrouvées dans une situation intenable dès les premiers signes de retournement de l'activité en 1990. Les frais financiers absorbent la marge opérationnelle et le mot d'ordre est qu'il est urgent de se désendetter.

Idem pour les ménages. À 32% du PIB, ils sont aussi dans une phase de désendettement avec le retournement du marché immobilier.

Début 2000, la bulle gonfle l'endettement privé

L'endettement global évolue peu jusqu'en 2001, où il atteint 147% du PIB. Cette faible progression masque néanmoins un passage de témoin : côté public, l'endettement est stable. C'est la conséquence du long épisode de consolidation budgétaire pour se conformer aux critères de Maastricht et se qualifier à l'euro.

Côté privé, la tendance est à la hausse, aussi bien pour les entreprises que pour les ménages. Pour les sociétés financières, c'est le reflet d'un besoin de financement d'investissements en forte croissance, dopés par l'euphorie la nouvelle économie et la multiplication des fusions-acquisitions. Pour les ménages, c'est la conséquence du début du nouvel âge d'or de la pierre qui fait s'envoler les transactions, les prix et les crédits. Le tout dans un contexte de faibles taux d'intérêt.

Avant crise, c'est la flambée de l'endettement immobilier

Après une courte pause entre 2001 et 2002, le taux d'endettement global s'élève à nouveau et atteint avant la grande récession 163% du PIB. L'ascension est rapide : 3,2 points de plus en moyenne par an, contre 1,6 sur la période précédente. Une accélération dont les principaux moteurs sont les particuliers. L'immobilier flambe et les banques prêtent à tour de bras, propulsant le taux d'endettement des ménages à 45% du PIB. 
La dette publique prend également du poids, la faute à la baisse ciblée de la fiscalité, non financée par des baisses de dépense, via la fameuse loi TEPA qui maintient le déficit à proximité de 3%. Elle grimpe à 66%.

Le taux d'endettement des entreprises est à contre-courant et revient à 53%, conséquence de la purge après l'éclatement de la bulle internet.

Après 2008, la dette explose pour atteindre un record de 225% du PIB en 2016

C'est alors que survient la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale. En quatre ans seulement, le poids de l'endettement global passe à 200%, soit un rythme de plus de 9 points l'an. La dette des administrations s'échappe : elle gagne 18 points pour atteindre quasiment 85% du PIB. C'est la suite logique des interventions de soutien public qui ont fait alors exploser les déficits. C'est également la conséquence de l'affaissement de la croissance et puis d'une reprise en forme de tôle ondulée.

Après 2011, l'endettement global continue d'augmenter de près de 5 points en moyenne par an pour atteindre près de 225%, record absolu. Si l'endettement public continue de s'alourdir, la tendance est au ralentissement grâce à un nouvel épisode de consolidation budgétaire, un léger souffle de croissance et bien entendu des taux exceptionnellement bas conséquence de la politique ultra-accommodante de la BCE.

La dette privée a plus contribué à la hausse que la dette publique

En revanche, à rebours de ce qui est constaté partout en Europe, le taux d'endettement du secteur privé continue de s'alourdir. Pour les ménages la tendance à la hausse s'explique par la très bonne résistance du marché immobilier, puis par sa nouvelle accélération dans un contexte de faible taux et d'allongement de la durée des prêts qui renforce la capacité d'endettement.

Pour les entreprises, la dégradation continue des marges, donc de leur capacité d'autofinancement, jusqu'à fin 2013, les poussent plus qu'ailleurs à avoir recours aux crédits bancaires pour financer l'activité et les investissements. Certes, les marges se sont restaurées depuis, mais l'effort d'investissement s'est renforcé lui aussi.

L'endettement de la France s'est considérablement alourdi depuis 20 ans. Mais il n'a rien d'exceptionnel parmi les pays développés et, contrairement à une idée reçue, la dette privée a tout autant, et même plus, participé au mouvement de hausse générale.

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