Hausse des droits d'inscription à l'université : un choix de société

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Olivier Bos est maître de conférences en économie à l'université Panthéon-Assas.

David Cameron pourra s'en vanter : sous sa mandature, les étudiants se seront mobilisés et organisés. Outre-Manche, le Premier ministre a su, il est vrai, inciter à la manifestation, en proposant un triplement du plafond des droits universitaires. Plus modestement, la Cour constitutionnelle allemande a délégué en 2005 la régulation des droits d'inscription à l'université aux régions.

Si certaines universités, comme à Mannheim dans le Bade-Wurtemberg ou encore à Cologne dans la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en ont profité modérément, le débat public reste vif. Le SPD a même fait du retour aux frais d'inscription passés une promesse électorale. Victorieux en Rhénanie-du-Nord-Westphalie en 2010, la promesse est tenue. L'accès à l'éducation supérieure et les frais de scolarité associés sont devenus un sujet récurrent dans de nombreux pays européens dont la France ne fait pas exception. Récemment, deux think tanks ont suggéré une augmentation des frais de scolarité dans les universités françaises.

Les opposants à ce type de réforme avancent habituellement un argument qu'ils pensent être de justice sociale : la hausse des frais de scolarité conduit les plus modestes à recourir à l'endettement, voire à renoncer à leur projet d'études. Or l'égalité face aux droits d'entrée à l'université n'implique pas toujours l'équité.

L'Observatoire des inégalités relève que, pour l'année 2008, les bacheliers issus de classes sociales privilégiées (cadres et professions libérales), qui représentent 15 % des emplois, occupent plus de 30 % des bancs universitaires et 48 % de ceux des écoles d'ingénieurs.

Autrement dit, les étudiants issus de catégories sociales privilégiées sont surreprésentés dans l'éducation supérieure. Des frais d'inscription faibles et identiques pour tous sont ici une source d'injustice sociale, les impôts des catégories sociales défavorisées finançant les études de ceux issus de catégories sociales plus favorisées. La justice sociale conduirait-elle donc à augmenter les droits de scolarité dans l'éducation supérieure ? Cette hausse pourrait être uniforme, l'accès à l'éducation supérieure devenant coûteuse pour tous, ou encore progressive. Dans ce cas, les droits de scolarité ressembleraient alors à l'impôt sur le revenu. Il est facile d'imaginer un schéma progressif, et non seulement proportionnel, où les classes sociales favorisées, surreprésentées dans l'éducation supérieure, financeraient les études des moins aisés. Il s'agirait d'un complément à l'impôt sur le revenu actuel, qui, dans sa globalité, n'est que peu ou pas progressif.

Il est naturel de penser que des droits de scolarité conséquents facilitent les étudiants à internaliser le coût de leurs études.

Dans une France au taux d'échec non négligeable en premier cycle (seuls 45,5 % des étudiants ont obtenu leur premier cycle universitaire, Deug, en 2001 sans redoubler), l'argument mérite qu'on y prête attention. Supporter le coût financier d'une formation induit une réflexion en amont sur les choix d'orientation, l'effort à fournir, le risque d'échec, mais aussi sur l'utilité sociale des études entreprises ; réflexion qui pourrait ainsi améliorer cette statistique.

Malheureusement, la hausse des frais de scolarité s'accompagne aussi d'effet pervers, non désirés et, il me semble, non désirables. L'objectif des études supérieures ne réside pas en le seul apprentissage de compétences en vue d'exercer un métier hautement qualifié. Il s'agit tout autant, sinon plus, d'éveiller la curiosité intellectuelle, de donner envie à l'étudiant d'accéder à toujours plus de connaissances, d'en vivre et d'en devenir un acteur au quotidien.

L'accès à la connaissance et à une éducation de qualité nécessite du temps, une dimension temporelle difficilement conciliable avec un coût d'accès élevé. La marchandisation des diplômes conduit, par essence, à un rendement espéré quantifiable sur le marché du travail. Bien au contraire, la motivation à compléter une formation initiale par une seconde plus courte, par exemple un master d'économie et une licence de philosophie, réside dans la quête d'un savoir pour une meilleure réflexion, compétence additionnelle non rémunératrice. Une telle quête semble difficile, sinon impossible, à assouvir dans un système éducatif onéreux, pour ne pas dire de valeur marchande.

Conserver un système éducatif dont l'accès au savoir pour tous demeure la pierre angulaire ou adopter une éducation à valeur marchande demeure un choix de société qu'il nous faut prudemment garder à l'esprit.

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a écrit le 05/01/2012 à 7:53 :
Les frais universitaires restent un problème récurrent pour les pouvoirs publics parce qu'il s'agit principalement d'investissement immatériel dont les résultats sont malheureusement peu certains, en termes de prospective, et très lointains, en termes de temps.
Un pays qui décide d'augmenter les frais de scolarité de ses écoles supérieures, fussent-ils justifiés, est un pays en déclin parce qu'une partie importante de la population susceptible d'accéder à ce niveau se détournera de cette formation pour des raisons évidentes de coût, essentiellement.
La France est seulement à la quarantième place (chacun connaît la source de cette information, en principe) en termes de rang universitaire au niveau mondial ! Un prétendu pays des Droits de l'Homme tombé si bas, quand on pense que la notion même de droits de l'homme suppose, d'abord, de croire en l'être humain, est à blâmer... Les autres pays qui ne sont pas vraiment des pays égalitaires peuvent se permettre de se montrer gourmand en termes de frais scolaires...
En effet, croire en l'être humain signifie, d'abord, croire en sa construction (par opposition à destruction), donc, en son besoin d'information, de formation, de reconversion, bref, d'éducation aussi bien fondamentale (école primaire et maternelle) que spécialisée (grandes écoles et autres universités). Croire en l'être humain signifie, ensuite, vouloir s'investir pour son perfectionnement en termes d'évolutivité, donc, promouvoir l'amélioration de son cadre de vie et l'amélioration de sa perception de son environnement (le monde qui l'entoure et son évolution), favoriser sa capacité à mieux cerner les problématiques susceptibles d'influencer son avenir. Enfin, croire en l'être humain implique aussi croire en sa capacité à se remettre en cause au nom d'un idéal ou suite à l'apparition de nouvelles technologies, cela grâce à une méthodologie en adéquation avec l'ère du temps et grâce à des rencontres inter-culturelles dans des milieux de préférence multiculturels.
Quand un être humain, en plus de son savoir-faire acquis à l'université, par exemple, décide de suivre une formation dans un domaine qui lui est étranger et qu'il en est capable, rien ne doit s'y opposer : à niveaux de vie comparables, un pays très instruit est théoriquement toujours plus fort qu'un pays peu instruit.
Quant aux parents qui refuseraient de payer pour la formation de leur progéniture, il est un peu léger de s'imaginer que les parents auraient inéluctablement quelque chose à se reprocher comme semblent sous-entendre certains... Mais, les relations familiales, fussent-elles un facteur important dans l'accès à la formation, en général, et de l'accès aux études supérieures, en particulier, restent du domaine du privé où l'école n'a pas à s'immiscer...
Ainsi, en guise de semblant de conclusion, un investissement dans des institutions universitaires de qualité devrait permettre de promouvoir, par l'accès à de nouveaux savoirs, l'innovation et la maîtrise technologique seules capables de maintenir durablement un pays sur l'échiquier géostratégique et géopolitique des décisions importantes sur l'avenir de l'être humain. Le choix du financement de cet investissement est laissé à la libre appréciation du peuple ou de ses représentants choisis en connaissance de cause... Pour de nombreux pays, le problème de financement est le problème principal : rien que pour les infrastructures, un audit des besoins requiert un financement conséquent. Pour la France, sans pour autant nier le problème de financement, le problème est structurel. La qualité même de l'enseignement fondamental est décrié à juste titre : dans un pays moderne où l'école est obligatoire, il est anormal que les autochtones soient surclassés par des étrangers venant d'un pays où l'école est facultative !
La France, si prétentieuse, si imbue d'elle-même et si infatuée d'elle-même quant à ses devoirs en matière de vulgarisation des droits de l'homme, ferait mieux de songer à l'avenir de son peuple, surtout de ses franchouillards, au lieu de chanter sur tous les toits son attachement aux droits humains qu'elle ne respecte que quand cela l'arrange (Chacun regarda sur son téléviseur la venue de certaines personnalités notoirement connues pour être des dictateurs). Ces franchouillards passéistes et nostalgiques de gloires d'un passé entièrement révolu ne font qu'enfoncer ce pays, surtout dans l'éducation, plus que les immigrés (dont je faisais partie parce que je ne crois plus en ce pays depuis cette fameuse circulaire du 31 mai 2011) qui ont une image plus orientée vers le futur de la France.
Si la France n'a pas encore compris que le monde a changé depuis des lustres et qu'elle n'est plus en position de dicter ses prérogatives en matière d'enseignement supérieur, alors, il est sans complaisance recommandé d'enseigner à nos enfants de parler l'Anglais au détriment du Français de sorte qu'ils intégreront de préférence des universités anglo-saxonnes de qualité orientées vers le futur. Seul le futur compte : l'avenir de l'humanité. Le reste n'est que marivaudage de salons pour complexés de l'échec...
I've made my choice since that scandalous May 31st, 2011 note: no more French language taught in my house, the English language only would be required for my children education. I do not wish them to complain against the french red tape instead of caring about their future. I can't see something wrong in what I've decided for my children...
That's the reason why, if some future immigrants wished to come in France, I would tell them to choose another country preferably an English-speaking one, with, obviously, one of the best training all over the world. Best wishes and good luck!
a écrit le 03/01/2012 à 11:26 :
Le système universitaire français est des plus inéquitables d'abord par ce qu'il offre un service à un prix symbolique pour les plus aisés qui bénécient déjà d'une fiscalité avantageuse au travers des demi parts accordées au titre des enfants à charge.
Il s'ensuit un manque de moyens évident pour les universités qui offrent des conditions de travail au étudiants bien éloignées de ce qui existe dans les universités anglosaxones. Dans ces conditions si on veut que l'ascenseur social redémarre, on aura du mal à échapper à une augmentation des frais de scolarité proportionnelle aux moyens fianciers des parents, assortie d'un système de bourses pour les plus démunis et de prêts pour les autres, remboursables à partir du moment où les diplômés disposeront d'un certain niveau de revenu.
Après tout, même si ce sujet est tabou en France et sans aller jusqu'au niveau des frais de scolarité prévus au Royaume uni, il ne paraît pas inéquitable de faire payer à ceux qui le peuvent un service qui contrairement à l'enseignement secondaire ne concerne jamais tous les jeunes gens et le jeunes filles d'une classe d'âge.
L'inéquité peut par contre se retrouver dans le fait qu'un élève apprenti qui obtient son diplôme de niveau 5 à 17 ans se retrouve dans la vie active et lorsqu'il a 22 ans etsi les choses vont bien pour lui(par exemple s'il est agent de maîtrise), il va payer des impôts d'un montant non négligeable, pour financer les études supérieures de ses anciens camarades de collège, études dont il lui ne bénéficera jamais personnellement..
Enfin sortons de cette opposition surannée que l'auteur de l'article n'évite pas, entre l'acccès à l'emploi et l'élévation de l'esprit. Il convient de quitter les années 50 pour considérer que les jeunes aspirent aujourd'hui à vivre confortablement et qu'ils doivent donc gagner suffisamment d'argent pour s'offrir l'écran plat, l'ordinateur et l'ipad, autant d'objets qui peuvent aussi servir à ouvrir l'esprit de l'homme et de la femme modernes
Réponse de le 03/01/2012 à 12:17 :
Je suis assez d'accord sur le principe, le problème c'est de faire en fonction du revenu des parents. Quand j'étais étudiant, certains de mes amis ne pouvait pas être boursier à cause des revenus suffisamment élevés de leurs parents, sauf que leurs parents ne voulaient pas leur payer leurs études. Ils devaient donc concilier jobs et études et dans ce cas ce n'est pas simple.
a écrit le 03/01/2012 à 7:30 :
@indignée: Je crains que vous n'ayez pas fini de vous indigner puisque très probablement votre fille pourrait avoir du mal à décrocher un emploi à la hauteur de ses espérances. Certes, tout dépend des études qu'elle a suivies, me diriez-vous. Néanmoins, il est probable que votre fille cherche à émigrer, compte tenu de l'atmosphère peu propice à des recrutements et fort propice à des délocalisations... Félicitations pour votre réussite (Lettres et Droit).
Quant à la hausse des prix universitaires, il serait plus judicieux, pour des raisons évidentes d'équité et de justice, de moduler les frais universitaires en fonction des revenus des personnes chargées de les financer (parents, tuteurs, familles). Reste à savoir de quelle façon : cela supposerait un débat démocratique qui risquerait d'enflammer pour très longtemps le parlement...
a écrit le 02/01/2012 à 21:34 :
Je ne cache pas le bonheur que j'ai de savoir que ma fille a terminé ses études universitaires dans un autre type de société en voie de disparition ... Quant à moi j'ai pu cumuler des études de lettres suivies d'un 3ème cycle en droit ! lol ! et tout ça avec des frais d'inscription de quelques centaines de francs.
Il n'est plus judicieux de faire des enfants ...Un jour seuls les riches voteront ! on a déjà connu ça dans l'histoire (suffrage censitaire) . Quelle immense régression.
Réponse de le 03/01/2012 à 9:24 :
Je suis d'accord avec indignée :

Enfant de classe sociale supérieure, j'ai fait les meilleures écoles sans rien payer, mon père a payé les formations et stages complémentaires nécessaires à ma formaion, j'ai trouvé un super métier grâce aux relatinos de mon père, et sans rien payer !! quel système fabuleux pour les pauvres comme moi !!!
Réponse de le 03/01/2012 à 12:12 :
Les derniers paragraphes du "billet" l'Oliver Bos, sont totalement farfeluts !
La démocratie devra reprendre ses droits et cela passera fatalement par une révolution ! Le problème est quand ? Lorsqu'il n'y aura plus d'espoir et que notre pays sombrera totalement ?

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