La Tribune

Les marchés sont-ils bêtes et méchants ?

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Marc Fiorentino, de Monfinancier.com  |   -  756  mots
La dénonciation de la finance est à coup sûr à la mode. Elle donne lieu à de multiples amalgames. Cette diabolisation est détestable. Si les financiers quittent la France, qui financera les entreprises, l'économie ? De même, si l'on fait fuir les riches, qui créera des PME, les nombreuses entreprises de taille intermédiaire que François Hollande appelle de ses vœux ? Tout cela est affligeant.

C'est le titre de la couverture de Philosophie Magazine. Un dossier, de qualité, intéressant, argumenté est publié dans cette revue. La forme interrogative et le point d'exclamation étaient superflus car c'est un dossier à charge ; pour les rédacteurs du dossier, il n'y a pas de doute : les marchés sont bêtes et méchants. Quels marchés ? Les marchés financiers. Quels marchés financiers ? Tous. Sans distinction. Le diable n'est plus dans les détails, le diable c'est le "marché financier". C'est quoi le "marché financier" ? Un monstre sans visage, ou plutôt un monde composé de traders vampires sans foi ni loi dont le seul objectif est de mettre le monde à feu et à sang pour pouvoir gagner de l'argent. Pour que les arguments portent, l'amalgame est la règle : les millions de ménages français qui possèdent des PEA, des assurances-vie, et même des livrets A sont le "marché financier", les investisseurs qui financent les entreprises, les investisseurs qui prêtent aux Etats qui se sont trop endettés, tous coupables. Tous sont assimilés aux gérants de fonds spéculatifs et aux utilisateurs du trading à haute fréquence. On ne dénonce pas la spéculation, on dénonce le "marché financier". C'est plus simple.

François Hollande va même plus loin. Il veut faire la guerre au monde de la finance. Pas à la spéculation, même pas au marché financier qui est bête et méchant. Non. A toute la finance. Là encore aucune distinction entre le conseiller en gestion de patrimoine indépendant qui fait son travail de proximité en région et le trader fou d'un "hedge fund" domicilié aux îles Caïmans. Tous dans le même bateau. Ou plutôt tous dans des charters pour Londres qui a compris sa chance d'ailleurs et ouvre à nouveau les bras à tous les talents de la "finance".

Je déteste les amalgames.
Je déteste la diabolisation.
Je déteste la chasse aux sorcières.

Y a-t-il eu des excès sur les marchés financiers ? Bien sûr. Des excès qu'aucun gouvernement de gauche comme de droite n'a cru bon de contrôler. Le trading à haute fréquence est-il une dérive dangereuse du système ? Oui. Il doit être interdit. Les produits ultra-spéculatifs sont-ils à mettre dans toutes les mains ? Non bien sûr. Certains doivent être interdits, d'autres réglementés sévèrement. Mais doit-on condamner la "finance", les "marchés financiers" en général pour quelques moutons noirs ?

La finance est-elle responsable du fait que les gouvernements français successifs ont accumulé 1.700 milliards d'euros de dettes, une dette financée... par le marché !La finance est-elle responsable du fait que la Grèce ait institutionnalisé la corruption et la fraude fiscale ? La finance est-elle responsable de la faillite du modèle social à la française qui repose sur l'endettement de l'Etat ?

Je cite souvent le sketch de Fernand Raynaud. "Moi j'aime pas les étrangers... Ils mangent le pain des Français." L'étranger est parti. Le problème c'est... que c'était le boulanger. François Hollande et les élites politiquement correctes nous jouent une adaptation moderne de ce sketch : "moi j'aime pas les financiers... Ils volent l'argent des Français." Les financiers qui sont encore en France vont partir... Mais qui va financer la dette française ? Qui financera les entreprises ? Qui financera l'économie ?... L'Etat ? En prenant l'argent des riches ?

"Moi j'aime pas les riches... Ils volent l'argent des pauvres." Les riches qui sont encore en France vont partir ou vont se mettre aux RTT, travailler du mardi au jeudi. Mais qui créera des PME ou des entreprises de taille intermédiaire qui sont les seules à créer des emplois ? L'Etat ?... Tout cela est affligeant.

A l'heure où l'Allemagne prône le consensus social, tous les camps politiques en France prônent le clivage. Et la diabolisation. Salauds de patrons, même s'ils ont cinq employés et ne font pas partie du CAC 40, salauds de riches, même si l'on gagne 4.000 euros par mois, salauds de financiers, même quand on ne fait que financer l'économie.

Nous revoilà en 1981, voire en 1789. Il faut dire que le dernier gouvernement a donné une image caricaturale de l'entreprise, de la réussite et de l'argent. Ce n'est donc que justice. Égalité, égalité, égalité. Tout cela rimera avec médiocrité. Dans un monde tiré vers le haut, nous avons choisi de niveler par le bas.

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Commentaires

jiji  a écrit le 09/02/2012 à 14:29 :

" "Moi j'aime pas les riches... Ils volent l'argent des pauvres." Les riches qui sont encore en France vont partir ou vont se mettre aux RTT, travailler du mardi au jeudi. Mais qui créera des PME ou des entreprises de taille intermédiaire qui sont les seules à créer des emplois ? L'Etat ?... Tout cela est affligeant."
Ce qui est affligeant c'est de colporter ce genre d'idées reçues! Ce ne sont pas les riches qui financent les PME. Les investisseurs privés ne sont pas représentatifs dans les sources de financement des PME. Une grande majorité de leur financement provient des banques et de financements publics...
http://www.oecd.org/dataoecd/40/50/38104127.pdf
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=atf2010

Les riches sont un amas résiduel de personnes immorales plus ou moins épargnées de 1789... On les tolère, mais il serait bon ton d'arrêter de les défendre sans "commune" mesure! On se targue d'avoir des millionnaires, des milliardaires, etc. dans notre pays, et on oublie trop rapidement tous les entrepreneurs qui, eux, créent des PME ou PTE et par conséquence de la richesse et plus de 80% de l'emploi en France. Même s'il y a une grande disparité dans les salaires annuels de ces personnes (notamment en fonction de la taille de leur entreprise), le salaire annuel moyen des dirigeants de PME se trouve autour de 51 k?. Autrement dit, 80% de l'emploi en France sont créés par des personnes de classe moyenne (++ certes, mais quand même). En comparaison, le salaire annuel moyen des dirigeants des entreprises du CAC 40 se situe autour de 2,5 millions... Leurs salaires seraient d'une très grande utilité pour des entrepreneurs de PME ou de TPE!!!

Delphin  a écrit le 08/02/2012 à 12:45 :

"La finance est-elle responsable du fait que les gouvernements français successifs ont accumulé 1.700 milliards d'euros de dettes, une dette financée... par le marché !La finance est-elle responsable du fait que la Grèce ait institutionnalisé la corruption et la fraude fiscale ? La finance est-elle responsable de la faillite du modèle social à la française qui repose sur l'endettement de l'Etat ?"
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Internet et l'ordinateur ont permis l'explosion d'une puissante industrie de la dette mondialisée qui y a aliéné entreprises , états (Goldman Sachs conseiller du gouvernement grecque d'avant "crise") et particuliers (subprimes).

Le monde financier international échappe à tout contrôle (shadow banking) et investit les états eux-mêmes (cf. en particulier les USA avec le monde financier aux commandes).

Le fait même que personne n'échappe à la mégadette (dont l'Allemagne), montre qu'il n'était pas possible d'y échapper.

Delphin

johnstparr  a écrit le 08/02/2012 à 10:12 :

alors question, ce sont les riches qui créent les PME ?
ou qui les financent ?

Michel P.  a écrit le 07/02/2012 à 9:52 :

MrFIORANTINO et demain on mangera les Chiens, les Chats et les Rats et pour finir on taillera des steaks dans la croupe de l'Eléphant du Jardin des Plantes.? Je ne crois pas à cette théorie. Et j'oubliais "les Chars de qui dans les Rues de Paris".? Sûr que la vie va être très dure mais pas à ce point là sinon où serait l'alternance et de même où serait la Démocratie.?

Photo73  a écrit le 05/02/2012 à 19:25 :

Il faudrait se méfier du vocabulaire lors des allocutions. Si les gens se mettent à confondre finance et spéculation délirante, c'est mal parti. Surtout si ça vient de "haut".
Placer de l'argent sur le livret A, c'est de la finance, on récupère de l'argent en prêtant le nôtre. Supprimons la finance, plus d'intérêts servis sur les livrets, ni les assurances vie. Ni de prêts pour acheter une voiture, un appartement, faudra mettre de côté avant, sous le matelas !

campi_angelo  a écrit le 05/02/2012 à 17:06 :

Mr Fiorentino a tout à fait raison. Mais nos politique sont tellement tributaires de leur arrogance qu'ils croient tout savoir et tout pouvoir résoudre. Ils ne comprennent pas que la dette souveraine est une composante forte de cette crise et qu'une dépense publique de plus de 50% de la richesse créée est intenable. Ils continuent à augmenter les impôts, à diaboliser les marchés financiers de manière superficielle sans jamais rien faire de concret, cela ne nous amenera à rien. On verra le résultat, mais tout ce qu'ils sont en traine de faire un de ces jours tournera très mal et la zone Euro implosera. Je ne donne pas plus de 5 ans à l'Euro: tout cela finira dans une inflation comme l'Amérique Latine a connu. On remerciera mitterand Chirac Sarkozy De Villepin Martine Aubry etc. qui ont mené le pays à la ruine

STONE1  a écrit le 03/02/2012 à 21:52 :

L'ange saint Marc passe pour défendre la finance, les honnêtes banquiers qui ne sont pour rien dans la crise actuelle . Goldman Sachs n'a pas truqué les comptes de la Grèce,c'est une vue de l'esprit,d'ailleurs tout va très bien Mr le Marquis!!

Pierrot  a écrit le 02/02/2012 à 7:26 :

Le problème c'est que cela fait très longtemps que nous sommes tirés vers le bas.

Truf  a écrit le 31/01/2012 à 19:17 :

"La Crise " ... ça veut dire quoi en fait ?? j'ai 32 ans j'ai toujours connu la crise, toujours le chômage de masse.... Cette crise était écrite depuis que l'économie a pris le tournant ultra libéral (qui plus est depuis la chute du Mur) elle n'est pas due a un dysfonctionnement du système, elle est la suite logique mathématique du système. La croissance infinie n'existe pas dans un monde fini, elle ne se fait qu'en consommant quelque chose (une matière première par exemple) ou quelqu'un (délocalisation etc...) mais c'est une course à l?échalote sans fin. Nous voulons concurrencer Allemagne grande exportatrice du haut de gamme ou l'Italie du nord dans le moyenne gamme, si jamais nous y arrivions que se passerait il pour les Allemands ou les Italiens ? ce que nous vivons actuellement, nous aurions l'argent et eux les dettes... Leurs excédents sont nos dettes, tout se tient c'est au mieux un jeu a somme nulle mais avec l?effet des intérêts de la dette le jeu est plutôt a somme négative, insoluble. La Grèce en est l'exemple mais ce n'est qu'un symptôme et pas une maladie.

Hélène Marcy  a écrit le 31/01/2012 à 16:35 :

Entièrement d'accord avec vous sur la problématique des amalgames, de la diabolisation des uns ou des autres. En effet, c'est bien une réglementation saine et réelle qu'il faut mettre en place (rien n'a été fait de sérieux sur les paradis fiscaux malgré les belles promesses) pour que les différents acteurs du marché puissent jouer leur rôle dans un monde civilisé, et non dans la jungle actuelle.

Il est sans doute temps aussi que chacun, du citoyen à nos "élites" politiques, révise un peu sa culture économique, et se donne la peine de penser "collectif", et pour le moyen long terme. Pas seulement pour le profit du prochain trimestre, qu'il soit financier ou électoral...

Decrauze  a écrit le 31/01/2012 à 15:28 :

Je me satisferais bien de quelque bouc émissaire. Petit tour humiliant sur la sellette avant l?appel à neutralisation physique. Facile à faire croître, à entretenir chez des peuples aux espoirs en fonte vertigineuse. Foutre son poing dans la tronche de ces banquiers joueurs de casino-bourse ; dynamiter les agences de notation, délétère dopant du panurgisme financier ; écharper les spéculateurs sans foi et aux lois d?exception? Faciles responsables de notre bord du gouffre.
Des décennies de complaisance démocratique ont laissé filer les déficits : la fin des Trente Dispendieuses passe par la mise forcée de notre système redistributif à l?aune de nos moyens réels. La douloureuse affaire est collective et ne peut se résumer à la mise au ban de la société d?une fraction d?elle. Cf. http://pamphletaire.blogspot.com/2011/08/camp-creveras-tu.html

Lefrançois  a écrit le 31/01/2012 à 15:25 :

sans idéologie que penser des hedge funds qui ont ramassé les obligations pourries grecques pour profiter du défaut grec et ramasser le montant des CDS alors même que les banques américaines qui en détiennent 80% n'ont pas passé de provisions suffisantes pour couvrir ce risque, vous aimez le risque systémique, la levée de fonds à partir du marché financier classique, vous allez être servi, pire que Lehmann Brothers.

Ditil  a écrit le 31/01/2012 à 14:25 :

Nombreux sont ceux qui écrivent, victimes de lobotomie du gouvernement, que le modèle social Français est payé par le dette. Il serait plus sensé et juste de reconnaître que se sont les exonérations de charges qui sont faites à crédit.

Ellinggton  a écrit le 31/01/2012 à 11:20 :

les marchés sont bêtes ? Non, ils cherchent seulement plus d'argent... Ah mais attendez un instant... N'est-ce pas l'humain qui créé la richesse, et l'argent ? Donc si on pense à préserver la source de l'argent, on en aura toujours... Que font les marchés ? ils détruisent de l'humain pour avoir encore plus d'argent. La poule aux oeufs d'or ca vous rappelle quelque chose ? Donc les marchés sont bêtes.

Les marchés sont-ils méchants ? Non, ils pensent à se protéger, parce que s'ils disparaissent, ils savent qu'une autre forme d'économie prendra leur place, il faut donc tuer la contestation, la reflexion, les idées naissantes d'un monde sans eux... Ah mais oui, les marchés sont méchants.

Donner la question ET la réponse en une seule phrase, j'avoue, vous êtes un brillant économiste monsieur. Mes respects.