La Tribune

Quand les candidats américains pratiquent "le commerce des bestiaux"

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par Pierre Lemieux  |   -  506  mots
Pierre Lemieux est professeur associé à l'université du Québec en Outaouais, auteur de « Une crise peut en cacher une autre » (Les Belles Lettres, 2010)

La montée de Rick Santorum marque un tournant dans la campagne pour l'investiture républicaine. Il sera plus facile, après les primaires ce mardi 28 février dans le Michigan et l'Arizona, de déterminer si l'ancien sénateur représente une menace pour Mitt Romney même si des sondages récents suggèrent qu?il l?emporte maintenant au niveau national..

Cette lutte nous rappelle quelques vérités sur la nature des processus politiques. Prenez le débat concernant l'établissement, sous le président républicain George W. Bush, de conditions de qualité de l'enseignement public pour que les États continuent de recevoir des subventions fédérales à ce chapitre. Dans un pays où l'autonomie et la démocratie locales représentent des valeurs historiques, l'opposition à l'intervention du gouvernement fédéral dans l'enseignement public, qui est ordonné localement selon les lois de chaque État, soulève des passions bien compréhensibles. « Il faut, disait si bien Montesquieu, que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

Or, Rick Santorum avait voté pour l'intervention fédérale en question. À Mitt Romney qui le lui reprochait, il a déclaré que la loi violait ses principes mais que, « quand on fait partie d'une équipe, on doit parfois encaisser un coup pour elle. » Pour la même raison, M. Santorum n'a pas manifesté d'opposition aux subventions fédérales au planning familial, qu'il dit pourtant condamner pour des raisons morales.

Marchandages politiques

Rick Santorum s'est ainsi adonné à ce que tous les politiciens pratiquent et que les économistes des choix publics appellent « marchandage politique », « commerce des bestiaux » (horse trading) ou « échange des votes ». Le politicien vend son appui à certaines propositions de ses collèges en retour ce quoi ceux-ci appuieront ses propres projets. Les politiciens font commerce de leurs voix : « Je vous donne mon vote aujourd'hui, vous me donnez le vôtre demain. »

Mitt Romney a péché de la même manière quand il était gouverneur du Massachusetts, avalisant des mesures « non conservatrices » afin d'en faire adopter d'autres auxquelles il attachait une grande importance.

Un seul objectif, être élu

On peut démontrer que ce marchandage politique mène souvent à l'adoption de politiques dont les avantages sont bien inférieurs aux coûts, lesquels sont dissimulés par leur répartition sur un grand nombre d'individus. Quand on fait la somme des politiques adoptées, on s'aperçoit que personne n'aurait voté pour le panier complet. En d'autres termes, la concurrence politique n'a pas l'efficacité de la concurrence économique. C'est une banalité qu'il faut parfois rappeler.

Ni Mitt Romney, ni Rick Sartorum, ni du reste Newt Gingrich ne s'en inquiètent, car le seul objectif de chacun est d'être élu. Un rapport d'un think tank indépendant estime que le programme de l'un ou l'autre de ces trois candidats creuserait le déficit budgétaire. Ron Paul, quant à lui, sait qu'il ne sera pas élu, ce qui lui permet de ne pas trop jouer à ces jeux politiciens dangereux.

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Commentaires

Bartg  a écrit le 28/02/2012 à 11:51 :

Un modele du genre : La France

Patrickb  a écrit le 27/02/2012 à 15:23 :

@La Tribune: "associate professor" se traduit par "professeur agrégé", professeur associé ne voulant rien dire :-) Un conseil: changez de traducteur :-)

nickl  a répondu le 28/02/2012 à 5:24:

Toi ta job tu la traduis comme tu veux...

amnesique  a répondu le 28/02/2012 à 10:09:

Pas de chance patrickb ... encore une fois.
Il est trés difficile de traduire les grades universitaire, mais pierre lemieux himself se définit comme professeur associé: http://www.pierrelemieux.org/SiteFrames/fs-biobook.html. Il ne s'agit donc pas d'une traduction de la tribune.

Pour aller plus loin il faudrai savoir s'il est effectivement professeur assistant, professeur adjoint , professeur ou le plus haut grade: professeur titulaire.

On traduit aussi par maitre de conférence ... sans d'autre éléments ... mais encore une fois la tribune a repris le titre sans traduire.

PL  a répondu le 29/02/2012 à 2:43:

Mon titre officiel à l'Université du Québec en Outaouais est bel et bien "professeur associé".

amnesique  a répondu le 01/03/2012 à 12:29:

ce qui importe, dans vos ouvrages et articles est l'angle d'approche et votre vision aiguisée.
Continuez ^^