La Tribune

« Made in France » : et si l'avenir de l'industrie passait par Internet ?

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Renaud Edouard-Baraud, Directeur de la veille de l'Atelier BNP  |   -  815  mots
En se frottant à l'écosystème issu du web, la production de biens pourrait devenir un des principaux générateurs d'innovation.

Ré-in-dus-tri-a-li-ser. C?est un des rares points sur lesquels s?accordent les grandes formations politiques à quelques mois des élections présidentielles. Autre consensus, l?impact du numérique, des magnats du web et des startups, comme facteur de croissance en France et en Europe. Et si l?on mélangeait les deux ?

C?est le créneau d?entreprises comme myfab, Cosyforyou, IDbyME qui proposent de personnaliser des vêtements, des accessoires de cuisine, ou de décoration. L?innovation de chacun de ces sites de e-commerce européens porte principalement sur la personnalisation de ces produits de masse grâce à l?accès presque direct au système de production. Avec IDbyME, il est ainsi possible de « customiser » très profondément des chaussures, des vêtements, et de se faire livrer en moins d?un mois. Une des clefs de leur réussite est la proximité des dirigeants de la start-up avec les systèmes de production basés en Asie.

Mais ces réussites mêlant numérique et objets ne se trouvent pas qu?en Asie. Plus près de chez nous, par exemple, Seb, Somfy ou encore Atol les Opticiens, trois groupes bien hexagonaux qui assurent en France une grande partie de leur production pour le marché domestique, travaillent également dans cette direction. Si leurs innovations se concentrent encore surtout sur les produits, elles portent néanmoins de plus en plus sur de nouvelles façons de toucher leurs clients.

Les fondements de ces approches reposent sur le numérique. Le spécialiste de l?électroménager tente ainsi de séduire les amateurs de cuisine non plus seulement avec ses ustensiles, mais également au moyen d'un livre électronique qui agrège des recettes. À terme, les stratèges de l?entreprise de la région lyonnaise imaginent que ce livre sera potentiellement capable de communiquer avec l?électroménager de la marque. De son côté, Somfy, bien connue pour ses automatismes pour stores, à l?origine spécialisée dans les petits moteurs, s?essaie aussi à cette architecture d'innovation. Également issue des environs de Lyon, l?entreprise s?est lancée depuis 2011 dans le pilotage des systèmes mécaniques depuis une interface web. Oui, c?est de la domotique, mais offrant désormais pour le service après-vente un accès direct au client, même si ce sera au prix de relations à reconstruire avec son circuit de distribution. Quant à Atol, dont des ateliers se trouvent dans le Jura, il se détache aussi sur des projets de personnalisation partielle des montures de lunettes pilotée par l?internaute. Cette innovation se fait certes en ligne, mais c?est également un moyen de faire revenir les internautes dans les boutiques de la coopérative. La livraison des objets personnalisés, pour être gratuite, se fait en effet en magasin.

La force de tous ces acteurs est de savoir mêler soit des technologies web et du pilotage de la fabrication, soit des technologies web et du pilotage des objets. Pas étonnant que dans des pays partiellement désindustrialisés comme la France, des initiatives de type Fab Lab (soit des laboratoires mêlant fabrication d?objet et projets web) se multiplient, encouragées par la multiplication d?imprimantes capables de reproduire des objets en trois dimensions.

En Chine, où l?appareil de production commence doucement à se délocaliser dans des pays à plus faibles coûts, le mouvement est également en marche. Shanghai, dont certaines rues hébergent encore des micro industries, possède maintenant ses Fab Lab, dont le hackerspace ???, XinCheJian, soit littéralement "zinguerie". Dans celui-ci, des Chinois, des Français, ou des Nord-Américains « bidouillent » des composants électroniques fabriqués à quelques centaines de kilomètres. De ces manipulations sortiront des dispositifs souvent pilotés à distance par des téléphones. Faut-il y voir un hasard si ce laboratoire de fabrication est lié très étroitement à un espace de travail partagé où se retrouvent de nombreuses jeunes pousses agissant dans le web ?

C?est le mélange entre accès rapide à la production de biens de bas niveau et maîtrise des outils web ou mobile qui crée l?innovation. Le gouvernement à Beijing l'a compris et s?empare toujours plus du thème de l?internet des objets ? ou objets connectés sans fil à des services sur le web : récemment, la Chine a confirmé vouloir mettre en place dix zones spéciales consacrées au sujet pour 2015. Certains industriels français l?ont également bien compris. On aimerait maintenant que des exemples adaptés à l?écosystème français se multiplient dans les incubateurs, accélérateurs ou pépinières en Europe, et qu'ainsi, par exemple, les entrepreneurs du web aillent se frotter aux lycées techniques et aux industriels de leur région dont les unités de fabrication sont encore rapidement accessibles.

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Commentaires

rocco  a écrit le 25/04/2012 à 0:13 :

C FRANCE , un site de vente dynamique qui intégre les fabricants Français innovants et pour certains centenaires.
A Découvrir et faire savoir.

ssb  a écrit le 23/04/2012 à 15:09 :

l'autre jour, j'ai été faire un tour chez lero merlin et je demande au vendeur que je voudrais un moteur de volet roulant fabriqué en France ou dans EU. Il me répond, comme un ane, que il n'y a que du produit chinois et que de toute façón si j'achète francçais cela me coûtera 10 fois plus cher. JE N'ACHÈTE PAS car 2 volets roulant chez moi, pièce d'origine du fabricant, sont tombés en panne au bout de 2 ans sans pratiquemment aucun usage de ma part. Evidemment, c'était du produit chinois.
Je vais chez CASTO et je trouve du produit Italien 10 euro de plus que le chinois et je n'hésite pas un instant. je suis très satisfait de mon achat et du choix européen . Quand on cherche on trouve et ce n'est pas vrai que nos produits sont plus cher.. dans le prix il faut calculer le sav, la durabilité et le sérieux. www.diagral.fr

Paul62580  a écrit le 22/04/2012 à 14:27 :

Je fume, tu fumes, il fume grave ce monsieur ...

Et la marmotte...  a écrit le 22/04/2012 à 12:13 :

Réindustrialiser ? Soyons réalistes, dans le contexte actuel (appartenance à l'UE qui nous prive de choix essentiels tels que le modèle économique et la politique monétaire), cela ne sera possible qu'en abaissant le coût du travail et en taillant dans le modèle social. Les français ne sont prêts pour ça, ils ne seront jamais des allemands. Il faut donc sortir de l'UE, purement et simplement.

monoursamoi.com  a écrit le 22/04/2012 à 10:03 :

La réindustrialisation, elle passe par la rééducation de tous les acteurs économiques, à commencer par leur façon de consommer. Nous avons supermachisé notre société, seulement nous arrivons à la fin d'un cycle. Chacun d'entre nous se doit de réfléchir sur sa façon d'user de son pouvoir d'achat.

churchill  a écrit le 21/04/2012 à 20:23 :

"Ré-in-dus-tri-a-li-ser.", la tribune a de la mer... dans les yeux ou quoi? en 2007, c'etait la croissance par l'innovation ! tres bien ( ca colle avec schumpeter et consors)... vue par royal : on fait de la croissance par l'innovation; mesure phare: on augmente les minimas sociaux; vue par sarkozy : on cree un fsi qui rachete les parts de la boite reliant uk et france, sachant qu'elle est en faillite ( grace a ses syndicalistes)......... c'est tres tres mal barre!

Plus rien  a répondu le 22/04/2012 à 7:56:

Depuis quand c'est les syndicalistes qui dirigent les boites, ils ont déjà fort à faire avec un syndicat. Non la faillite des boites revient au patron qui s'y connaisse plus en vin qu'en relations humaines.

mat  a répondu le 22/04/2012 à 9:58:

Mais les syndicat peuvent tuer une entreprise par des grèves trop répétées qui coûtent énormément d'argent à la boîte.

Ahbon  a répondu le 22/04/2012 à 10:24:

Dans le privé ?? .... Il n'y a quasiment pas de greves sauf quand l'outil de production risque d'être delocalisé ....

toccata  a écrit le 21/04/2012 à 19:18 :

Le coût de la main d'oeuvre est supérieur en France. La réindustrialisation ne peut passer que par une meilleure productivité. Cela passe par davantage de services (valeur ajoutée au produit). Cela passe également par la robotisation (la plupart des usines chinoises de high tech ne font rien d'autre que de l'assemblage!). Mais cela demande de l'investissement et parfois, malheureusement aussi, des plans sociaux. A faire du statu quo la règle de la protection sociale et à décrirer et décourager les plus riches, on aboutit logiquement à la désindustrialisation.

Sergent  a écrit le 21/04/2012 à 15:15 :

La reindustrialisation de la France ne peut que passer par la qualité et la pérennité des produits manufacturés pour son usage locatif et non de la consommation-déchet!