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Pascal de Lima est économiste en chef de Financial Services and Government, et enseignant à Sciences-po Paris. | 24/05/2012, 17:06 - 652 mots
Le Portugal est le prochain pays de la liste et il inquiète à juste titre. Les taux d'intérêt à 10 ans avaient augmenté un peu partout avant le second plan de sauvetage grec, puis ces taux ont de nouveau diminué après. Les rendements du 10 ans italiens sont passés de 7,2% à 5%. En Espagne, ils sont passés de 6,7% à 5,4%. En Irlande de 9,7% à 6,9%. L'exception a été le Portugal. Les bonds portugais ont dépassé les 11% en moyenne au cours des 4 derniers mois et ont touché plusieurs fois le seuil des 13% pour finir à 14% en mars. Plus que cela, les projections du gouvernement portugais s'établissent à -3,3% pour l'année 2012. Certes le Portugal a assez d'argent jusqu'en 2013 malgré la hausse brutale des taux et la récession économique mais pour plusieurs raisons il semble que l'on s'achemine tout droit vers un second défaut souverain. Pourquoi ?
1. La dette totale du Portugal est en fait supérieure à celle de la Grèce. Si la Grèce détient essentiellement une dette publique élevée, par contraste, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande ont beaucoup d'endettement privé. Alors que la dette gouvernementale au Portugal rapportée au PIB est moins élevée que celle de la Grèce, la dette totale qui inclut l'endettement des sociétés non financières et des ménages est beaucoup plus élevée. Du fait de cette dette privée, les entreprises portugaises vont se mettre à faire défaut. Défauts des entreprises, défaut d'un Etat, il s'agit là du principe des vases communicants. Si les entreprises se mettent à faire défaut, comment expliquer que les finances d'un Etat redeviendront soutenable ?
2. Comme la Grèce, le Portugal souffre de fraude fiscale et d'un dysfonctionnement bureaucratique colossal.
3. Il faut ajouter à cela le fait que la plupart des emprunts de l'économie portugaise a été financé par des banques espagnoles. Cela crée la possibilité d'un nouvel effet domino ou la faillite possible du Portugal entrainerait un crash en Espagne.
4. Enfin, l'idéologie et le déni de réalité qui consiste à continuer dans un système de ni-Europe, ni-défaut qui nous conduit à des mécanismes de pare-feux insuffisamment dotés. C'est la théorie du puits sans fond.
Bien sûr que la croissance est essentielle : on peut trouver les sources de la croissance dans la théorie OGDG (offre globale, demande globale) : la création - en l'absence de réelles marges de manœuvre de la politique publique - d'un choc d'offre pour faire baisser les prix et augmenter la production des entreprises. Pour cela deux canaux : augmenter les taux de marge des entreprises, la production et les salaires en même temps. Pour limiter les risques inflationnistes sans faire augmenter le chômage, il faut restreindre les négociations salariales avec les syndicats, et remettre à plat le code du travail pour lui apporter plus de flexibilité. Coté demande, les politiques monétaires de la BCE doivent aider la situation portugaise, par le biais d'une politique monétaire certes laxiste, mais non annoncée pour éviter que les anticipations inflationnistes ne dérapent en une spirale infernale, pour le moins à court terme. Enfin, la théorie de la croissance endogène nous dit que priorité doit être faite à l'éducation, la recherche et développement, la réforme globale des institutions.
Malheureusement aujourd'hui, le problème est celui des montants en jeu, les montants colossaux des niveaux d'endettement et le rattrapage sacrificiel en nombre d'années à réaliser pour retrouver ne seraient-ce que les critères de Maastricht (3% de déficit rapporté au PIB, 60% d'endettement). Autant proposer une solution définitive : dans l'immédiat, il est vrai que la généralisation d'un système de décotes pour tous les pays du sud constitue à nos yeux la seule solution viable. Prendre sa perte, accepter le défaut est la seule solution tenable faute de quoi on s'oriente vers une vingtaine d'années d'austérité et de sacrifice. Les désaccords sur cette solution sont bien naturels lorsqu'ils proviennent de ceux qui sont à l'origine de la crise.
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jeff a écrit le 30/05/2012 à 15:12 :
Il reste deux solutions en effet: ou le défaut de paiement pur et simple, comme cela est souvent arrivé dans l'Histoire (les emprunteurs sont échaudés mais finissent toujours par reprêter), ou la planche à billet (quitte à subir une petite décennie d'inflation).
T137 a écrit le 29/05/2012 à 23:52 :
De toute façon cet argent n'est que virtuel, il apparait sur le bilan de la banque, dans le passif et l'actif, en le faisant disparaître des deux cotés on règle le problème.Tout ceci n'est qu'un moyen d'échanger les vrais richesses, l'argent ne devrait jamais être un problème, c'est un outil d'échange !!!
Grouic grouic a écrit le 29/05/2012 à 11:10 :
"Les défauts généralisés sont les seules solutions" : le vol comme solution à la crise, la spoliation institutionnalisée ardemment souhaitée, la collectivisation comme perspective ultime et pourquoi pas, demain, le meurtre pour réguler la démographie ou les retraites ? Quand on est immoral, il n'y a plus aucune limite aux crimes, ni à leurs pénibles justifications tautologiques. Comme les petits cochons, ScPo se complaît dans la fange, avec plein de petits grognements satisfaits. Fermeture urgente nécessaire !
K a répondu le 29/05/2012 à 15:45:
Et que proposes-tu à la place ? Quand tu ne peux plus rembourser, tu ne peux plus rembourser ... On peut bien essayer de les forcer, comme les Grecs, mais ça mène à la récession qui creuse le trou de la dette plutôt que de le combler. Ce qui va inéluctablement mener au défaut, après une forte récession. Malheureusement, je ne vois pas vraiment d'alternatives à une succession de défauts par tous les insolvables (dont la France fait sans doute partie, comme de nombreux autres Etats, US compris d'ailleurs ...). Si tu as mieux à proposer, je suis preneur !
J a répondu le 29/05/2012 à 16:52:
L'alternative au défaut : rembourser ! Ou trouver l'argent pour rembourser ? Précisément là où on l'a mis par erreur : dans les dépenses publiques. Il n'y a pas d'alternative honnête, civilisée, pacifique, à la baisse massive des dépenses publiques non régaliennes.
K a répondu le 29/05/2012 à 18:06:
pour J : pas de chance, ça ne marche tout simplement pas. Va demander à Kerviel de rembourser 4 Milliards ... C'est pareil, les Grecs ne peuvent pas rembourser, et il est à craindre qu'on découvre dans les mois à venir que c'est aussi le cas des Espagnols, des Italiens, et sans doute aussi des Français, des Américains et de pas mal d'autres ... L'austérité ne suffira pas à nous remettre en selle (mais la relance par la dépense publique et donc plus de dette non plus, je tiens à le redire !). Donc il faut sortir de cette alternative austérité / relance : les 2 sont voués à l'échec. Une troisième voix s'imposera ! Reste à voir laquelle (défauts, inflation, les 2, autres ... ?)
J a répondu le 29/05/2012 à 18:38:
Pour K : si on prend l'exemple de la France, une simple stabilisation des dépenses publiques au niveau des dépenses de l'année 2007, sans aucune augmentation pendant 5 ans, permettrait de dégager plus de 300 milliards de marges de manoeuvre : largement de quoi équilibrer les comptes et arrêter la cavalerie sur la dette publique, sans voler qui que ce soit. Les pays les plus en difficultés peuvent y arriver également, compte tenu des aides qu'ils reçoivent, en réduisant leurs effectifs de fonctionnaires et les prestations sociales versées trop généreusement. Ne pas oublier que les Grecs n'ont même pas entamé leur programme de privatisation : il y a toutes les marges nécessaires.
K a répondu le 29/05/2012 à 19:13:
Pour J : suite à la crise de 2007, nous n'avons pas eu le choix ... Soit l'Etat laissait le système s'effondrer, soit il mettait la main au portefeuille. Je ne vois pas franchement comment il aurait pu économiser 300 milliards ... En Grèce, les fonctionnaires gagnent 30% de moins qu'avant, donc plein d'économies, mais pourtant, la dette explose. Pourquoi ? Simplement parce que cela provoque de la récession, qui diminue les recettes ! Et en effet, ils n'ont pas privatisé ce qui est anormal, mais personne ne veut acheter à un prix décent, donc brader les actifs n'est pas la solution ... En bref, l'austérité provoque la récession, qui diminue les recettes et augmente la dette ... Mais là encore, la relance de la consommation par la dette n'est pas non plus possible ! Cornélien, mais cela montre qu'il faut sortir de l'étau par une troisième voix. Reste à choisir la moins pire.
J a répondu le 29/05/2012 à 20:16:
Pour K : en Grèce, malgré les baisses récentes, les salaires des fonctionnaires ont augmenté de 100% depuis 2000, avec des effectifs en hausse constante : voilà de quoi faire toutes les économies nécessaires. Le défaut est la pire des solutions, parce qu'il ne règle rien, ruine la population et ne supprime pas ce qui est le coeur de la crise : l'Etat-providence obèse. Il ne sert à rien de traiter les symptômes si on n'éradique pas la maladie.
K a répondu le 30/05/2012 à 09:35:
Pour J : on est d'accord sur la maladie à traiter, "l'Etat providence obèse", mais la solution Grecque ne semble pas en être une : si l'austérité brutale amène au chaos, à la révolution (nazie ?) et en passant à un défaut sur la dette, on aura tout perdu ... Il faut garder Keynes en tête : l'amplificateur PIB existe, une réduction forte des dépenses publiques provoque une forte récession, qui réduit encore plus les recettes ... D'où l'idée de monétiser : l'Etat imprime de l'argent pour continuer à dépenser raisonnablement (sans augmenter ses fonctionnaires, c'est un vrai risque), et l'inflation fait le travail ... Bref, pas simple dans tous les cas.
J a répondu le 30/05/2012 à 22:39:
Pour K : la stabilisation en volume de tous les budgets publics sans exception permet d'économiser la part de la croissance en valeur du PIB consacrée au financement du secteur public, soit au minimum 40 milliards chaque année. En 5 ans, la simple stabilisation des budgets publics correspond à 200 milliards d'économies au minimum, sans doute même plus, largement de quoi équilibrer les comptes (70 milliards de déficit) et entamer la décrue de la dette publique (110 milliards de cavalerie). Mais il faut accepter de stabiliser les dépenses pendant au moins 5 ans : salaires des fonctionnaires et contractuels des trois fonctions publiques, investissements publics, aides sociales ou familiales, chômage, sécurité sociale, retraites. Tout sans exception ! Mieux même : pas un seul centime de hausse d'impôts n'est nécessaire ! Au contraire, on peut les baisser de 20 milliards au terme de la période de 5 ans. L'austérité n'est donc pas indispensable, contrairement à ce qu'on raconte. Sortir de la crise, sans catastrophe ni chaos, est tout à fait envisageable. Il ne manque que la volonté politique : les politiciens de droite comme de gauche sont entièrement responsables de la crise de l'Etat providentiel obèse.
Milou a répondu le 01/06/2012 à 17:50:
Pour J : Entièrement d'accord avec toi. Le pb est que les hommes et les systèmes qui nous ont amenés là où nous sommes ne changeront rien à la structure du léviathan. Personne n'a envie de finir pendu à un lampadaire. Il vaut mieux s'attaquer aux "riches", un peu comme avec AlQuaida,pas de noms, pas de visages, mais un ennemi rèvé. Ils n'auront pas non plus le courage de faire défaut, et feront tout pour imprimer. Avec les conséquences du type Weimar d'ici une vingtaine d'années.