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Stéphane Cossé | 03/08/2012, 16:53 - 686 mots
Toyota a pris cette décision favorable à l'économie française dans le contexte d'un arbitrage mondiale de ses capacités de production. Pourquoi alors qualifier brutalement d' « inacceptable » une décision similaire d'un constructeur français, qu'ils s'agissent de PSA ou Renault, qui met en œuvre une stratégie mondiale? En outre, force est de constater que la décision de Toyota a été prise sans annonce de bonus à la clé. Le choix du gouvernement de renforcer le bonus pour les voitures hybride est en effet intervenu un mois après.
Dans cet esprit, on ne peut que s'interroger sur l'efficacité du mécanisme du bonus. Au cours des dernières années, le bonus a eu des effets négatifs importants. Son bilan écologique n'est pas favorable: comme l'a montré l'INSEE, le bonus a favorisé l'achat de voiture au diesel (un carburant plus polluant), a suscité des besoins supplémentaires auprès de consommateurs (notamment un déclic pour acheter une deuxième, voire une troisième voiture) et a incité les automobilistes à rouler plus souvent et plus longtemps.
Le coût financier du bonus s'est avéré astronomique. Le malus introduit sur les véhicules les plus polluants n'a pas permis de compenser le versement du bonus : en net, le bonus a coûté 1,5 milliard aux contribuables entre 2008 et 2011. En 2013, il pourrait coûter jusqu'à 500 millions d'euros, si le malus n'est pas à nouveau augmenté.
Le bonus introduit donc un effet d'aubaine. Il n'influe pas sur les décisions stratégiques des investisseurs : en témoigne le pari stratégique au-delà des frontières françaises de Renault de construire une voiture électrique ou le choix de Toyota de renforcer son site de Valenciennes. D'un point de vue écologique, la chaîne économique de l'industrie automobile était déjà entrée dans une démarche vertueuse, comme le montre la baisse progressive avant 2008 du taux moyen d'émission de CO² par véhicule mis en vente.
A contrario, tout laisse à penser que le malus est lui une bonne démarche. Selon la même étude de l'INSEE, le bilan écologique est positif à travers une baisse des ventes de moitié des « grandes routières », qui compte parmi les véhicules les plus polluants.
Le malus rapporte bien entendu des recettes supplémentaires (qui peuvent être réinvesties vers la recherche pour la voiture du futur). Mais son objectif premier n'est pas là. Car le malus a avant tout des vertus incitatives. Il permet de modifier nos comportements sans caractère punitif. Il a pour avantage d'inciter les producteurs et les distributeurs à modifier leurs décisions d'investissement. Ceux-ci savent qu'ils doivent s'adapter, innover et proposer des produits non soumis au malus. Le malus sera, il est vrai, d'autant plus efficace qu'il sera accompagné en parallèle par des normes et réglementations nouvelles. Mises en œuvre progressivement et clairement, ces dernières sont acceptées par les industriels.
En outre, le malus n'est pas socialement injuste puisqu'une alternative pour le même usage existe. Il ne peut être accusé non plus d'être protectionniste, comme l'OMC l'a établi, puisqu'il s'applique indifféremment à tous les produits quel que soit leur lieu de production. Il sera toutefois d'autant plus équitable que si, dans le même esprit, il est introduit chez nos partenaires européens.
Enfin, le malus pourrait être généralisable sur tous les produits de grande consommation particulièrement émetteurs en CO2, lorsque, pour le même usage, un substitut existe à un coût raisonnable (pour ne pas être socialement injuste). Des sociologues, Richard Thaler et Cass Sunstein, ont appelé cela le nudging, le « petit coup de coude » de l'Etat dans son rôle incitatif et stimulant. Notons qu'un projet d'introduire un malus sur l'électricité est envisagé: il serait introduit aux heures de consommation de pointe, pendant lesquelles les centrales thermiques, les plus émettrices de CO², fonctionnent activement, notamment en hiver. Ceci inciterait chacun à changer ses habitudes, en déplaçant notamment au cours de la journée ses usages (machines à laver, recharges, ...).
Au total, le malus est nécessaire, pas le bonus. Il envoie les bons signaux aux industriels et aux consommateurs, récompense l'innovation, responsabilise les comportements et contribue à la préservation de la planète.
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Stéphane Cossé est ancien « senior economist » au FMI, maître de conférences à l'IEP de Paris et membre du comité d'orientation d'Europa Nova.
stephane.cosse@rte-france.com
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michel a écrit le 06/08/2012 à 18:13 :
Bonjour à tous, Pourquoi personnes ne parle du pétrole vert obtenu avec des algues qui ont besoin de CO2 pour se développer, qui polluent très peu, qui ont un rapport calorique très interressant, qui peuvent-être transformées en plastic végétal etc ....Une usine expérimentale fonctionne en Espagne avec des résultats étonnants.
CCWH a écrit le 05/08/2012 à 21:59 :
Incroyable passage: "Selon la même étude de l'INSEE, le bilan écologique est positif à travers une baisse des ventes de moitié des « grandes routières », qui compte parmi les véhicules les plus polluants." Comment peut-on oser dire ça ? Il est reconnu que les modèles les plus polluants étaient les petites voitures diesel, celles qui ont profité à plein du "bonus écologique" grâce à un calcul basé uniquement sur les émissions de CO2. Les berlines et grandes routières étaient globalement plus vertueuses car le bilan total des émissions polluantes étaient les plus faibles et elles étaient systématiquement équipées de filtre à particules. Un doute ? Il suffit de voir l'échec des ZAPA car il est impossible à mettre en place à cause de l'écart entre le bonus écologique mis en place par le gouvernement et les règles européennes, elles plus réalistes.
hahaha a écrit le 05/08/2012 à 17:54 :
"pendant lesquelles les centrales thermiques, les plus émettrices de CO²" : En clair çà veut dire qu'il faut inciter les gens à consommer de l'électricité Nucléaire, seule non productrice de C02??? Mais nos amis les Verts et socialistes n'en veulent plus du nucléaire. On fait quoi?
hahaha a écrit le 05/08/2012 à 17:54 :
"pendant lesquelles les centrales thermiques, les plus émettrices de CO²" : En clair çà veut dire qu'il faut inciter les gens à consommer de l'électricité Nucléaire, seule non productrice de C02??? Mais nos amis les Verts et socialistes n'en veulent plus du nucléaire. On fait quoi?
Tell a écrit le 05/08/2012 à 15:01 :
Annuler complètement le système semble irréaliste. Une réduction de moitié du bonus pourrait être une bonne piste, rendant le système positif d'un point de vue des recettes, tout en orientant globalement la consommation dans la bonne direction (les véhicules les moins polluants).
EIFFEL a répondu le 06/08/2012 à 16:07:
Il faut développer l'électricité verte
ttiris a écrit le 05/08/2012 à 08:20 :
C'est parce que nos politiques veulent menager la chevre et le chou qu'ils sont incapables faire de vrais choix strategiques. Le bonus est une absurdite budgetaire visant a piocher dans des contribuables. Le droit de polluer est admis car le malus est insignifiant: vivement le retour de la vignette auto pour ces vehicules pollueurs.
Yves30 a écrit le 03/08/2012 à 22:13 depuis un Iphone :
En France, on a l'habitude de critiquer les autre , la jalousie est reine... Pour ma part je pense qu'il faut interdire d'interdire et qu'il faut encourager la tolerance et le travaiil ... Rien sans rien en somme. Yves
@Yves30 a répondu le 05/08/2012 à 11:25:
La France est malade de sa mentalité qui est de toujours se plaindre pour rien. Je pense ça vient de la mentalité d'enfant trop gâté...La solution ? La pauvreté, ça rendrait les gens humbles et modestes.
cyril07 a écrit le 03/08/2012 à 19:58 :
Il est marrant votre article mon cher mr Cossé, on dirait que vous découvrez le capitalisme et surtout son incompatibilité avec l'écologie... pour favoriser la divulgation d'automobiles efficientes et écologiques, c'est aux constructeurs qu'ils faut donner des bonus et des malus, recompenser les constructeurs qui font des efforts c'est bien plus vertueux. Vous soulevez toutefois un problème essentiel, axer le bonus que sur le CO2 est une erreur, il faut taxer le gasoil au même niveau que l'essence.