Un audit pour la Fed ?

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Le débat est vif aux Etats-Unis en cette fin de campagne présidentielle avec des attaques du camp républicain contre la Réserve fédérale accusée de faire courir des risques gigantesque à l'économie en raison de la détérioration de son bilan, qui a triplé depuis la crise financière de 2008. Qui doit contrôler la Fed ? et comment ?

Le programme que le parti républicain a adopté lors de sa convention nationale comporte plusieurs points remarquables. Ainsi pour un spécialiste des questions monétaires, la proposition de restaurer une sorte d'étalon-or est tellement bizarre qu'elle constitue une cible de critiques presque irrésistible.

Par contre la proposition d'un audit annuel de la Réserve fédérale américaine est plus sérieuse. Comme l'idée de l'étalon-or, elle est destinée notamment à attirer les libertariens qui soutiennent Ron Paul, le député texan candidat permanent à la présidence, très populaire auprès du courant "Tea Party" au sein du parti républicain qui serait disposé à aller plus loin et à abolir la Fed. Or le Congrès a déjà voté plusieurs textes prévoyant un audit annuel et au début de l'année la Chambre des représentants (mais pas le Sénat) a adopté un projet de loi sur ce thème.

L'idée de l'audit permet d'attirer les libertariens qui intrinsèquement se méfient de l'Etat. Mais la Fed suscite la méfiance pour des raisons plus précises, et ce, bien au-delà des rangs du Tea Party. Selon ses critiques, la Fed a utilisé le pouvoir étendu dont elle dispose pour intervenir comme elle ne l'a jamais fait auparavant en faveur de grandes institutions financières. Ils en déduisent que les autorités monétaires sont entre les mains de banquiers tout puissants.

Il est certain que du point de vue de la démocratie, les responsables des banques centrales doivent être responsables devant l'opinion publique. Si cela passe par un audit confié à des parlementaires, cela pourrait être l'occasion pour ces derniers de l'utiliser à leur profit et d'infléchir la politique dans une direction qui les arrange. Pour faire pression sur les dirigeants politiques, il leur suffirait de laisser fuir des informations confidentielles. Confier la politique monétaire à des bureaucrates indépendants n'est pas satisfaisant, mais confier son contrôle à des parlementaires qui ont l'?il rivé sur la prochaine élection serait pire.

D'après le programme des républicains, l'audit devra être "mis en ?uvre très soigneusement" pour éviter que la Fed ne soit soumise à des pressions politiques. En réalité elle le serait !

Un audit révélerait également beaucoup de détails quant aux interventions de la Fed sur les marchés financiers, comme en 2008 quand elle a acheté des titres hypothécaires à Bear Stearns et à AIG. Mais dévoiler trop d'informations en temps réel sur les titres que la Fed achète et les institutions qu'elle soutient pourrait déstabiliser les marchés.

Ce risque n'a rien d'hypothétique. On en a eu un exemple lors de la dernière intervention massive de l'Etat sur les marchés financiers américains - je veux parler de la Grande dépression. En 1932 la Fed ne voulait pas participer à la stabilisation d'un système bancaire en voie d'écroulement. Mais quelqu'un devait agir. Aussi le président Hoover a-t-il crée la RFC (Reconstruction Finance Corporation), une agence gouvernementale indépendante, pour soutenir les banques saines en manque de liquidités.

Durant l'été 1932, la RFC a accordé son prêt le plus important à une banque dirigée par l'ancien vice-président Charles Dawes. Or non seulement Dawes était comme Hoover un républicain connu, mais c'était aussi un ancien responsable de la RFC. Bien qu'il ait refusé d'utiliser ses relations politiques quand sa banque s'est trouvée au bord de la faillite, on a accusé la RFC de favoritisme. Comme on pouvait s'y attendre, les parlementaires populistes ont été indignés et ils ont réagi en demandant un audit, accompagné de la publication de la liste des banques qui ont bénéficié d'une aide de la RFC.

La publication de cette liste en janvier 1933 a conduit à une crise de confiance à l'égard des banques qui ont obtenu des prêts publics, d'où presque aussitôt une panique bancaire qui a fait des ravages à travers le pays. Cela a conduit à la fermeture de toutes les banques américaines (Bank Holiday) durant quelques jours.

Un audit ne doit donc pas se limiter à déjouer les pressions politiques, car il ne doit pas déstabiliser les institutions et les marchés financiers. Il faut un délai convenable entre le rassemblement de l'information et sa publication. Pouvons-nous attendre des élus qu'ils comprennent et tiennent compte de cela, notamment lors d'une année d'élection ? Ce n'est pas par hasard que le Congrès a demandé la liste des banques ayant reçu des prêts de la RFC en 1932 : c'était une année d'élection présidentielle.

Les responsables de la Fed savent que leur institution ne peut rester indépendante que si elle est responsable devant le tribunal de l'opinion publique. C'est pourquoi elle a pris des mesures en faveur de la transparence : elle publie les minutes des réunions de son Comité d'Open market (FOMC) et leur contenu après un délai approprié, tandis que les membres du Comité explicitent leur point de vue. Par ailleurs, la Fed publie depuis peu les prévisions en matière d'inflation et de taux d'intérêt des membres du Comité et des présidents des banques de la Réserve.

Il est presque sûr que la Fed ira encore plus loin sur la voie de la transparence. D'autres banques centrales font de même. C'est le minimum pour concilier indépendance et responsabilité dans une société démocratique. Mais un audit contrôlé par des élus n'est pas la bonne méthode.

Barry Eichengreen est professeur d'économie et de sciences politiques à l'université de Californie à Berkeley. Son dernier livre s'intitule Exorbitant Privilege: The Rise and Fall of the Dollar and the Future of the International Monetary System..

Copyright: Project Syndicate, 2012.
 

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Commentaires
a écrit le 12/09/2012 à 16:49 :
Comment ça, les représentant du peuple n'aurait pas droit de regard sur ce bien commun qu'est la monnaie ?
Avec le même raisonnement, il faut arrêter de laisser aux parlements les decisions budgetaires car il pourrait l'utiliser a des fins electorales...
De tel raisonnement plaide clairement pour la fin de la democratie et l'avénement d'une oligarchie de bien pensants qui pensent a la place du bon peuple qui ne comprend decidement rien... Un despotisme eclaire en quelque sorte !
a écrit le 12/09/2012 à 12:31 :
Parce que les BC sont politiquement indepandante???? Elles sont politco mafieusement controles et pillent les contribuables car aucun compte a rendre et politiques et voleurs meme combat : apres moi le deluge....mais moi les poches pleines
a écrit le 12/09/2012 à 9:43 :
C'est l'abolition de la reserve federal l'unique solution ! "Toutes les banques centrales servent uniquement à piller la population au profit de cartels d'intérêts politiquement organisés. "
Guido Hülsmann
a écrit le 12/09/2012 à 8:36 :
Les américains ont tenté de mettre l'Europe à genou en détournant l'attention du monde vers nous. Seulement la santé financière des Usa est bien pire que celle de l'Europe. Ils commencent à s'en rendre compte maintenant.
Réponse de le 12/09/2012 à 10:52 :
et c est sans compter la gigantesque bulle inflationiste qui petera bien un jour ou l autre a force de produire de la monnaie papier.Je suis peut etre idiot mais je ne comprends pas pourquoi la proposition de recreer un étalon (or argent aluminium peu importe) lié aux monnaies est tellement "risible" ca serait quand meme un excellent moyen de ramener sur Terre les politiques monétaires et ramener la finance en régle générale à une économie réelle
Réponse de le 12/09/2012 à 12:11 :
Enfin des hommes politiques courageux font entendre leurs voix aux USA. Oui l'étalon or pour la monnaie papier est la solution pour la fin des manipulations des politico-banksters contre les citoyens. Seul l'or garanti à toutes les monnaies papiers une stabilité durable, et la fin de l'inflation qui vole jour après jours les détendeurs du papier, et rétablit la confiance de tous envers les monnaies papiers. Ainsi il ne serait plus possible de faire gonfler une bulle financière qui finira par exploser, en ruinant les économies mondiales et en plongeant les citoyens vers une grande pauvreté, comme ce fut le cas en 1929. Il faut que les états récupèrent leurs souveraineté monétaire et rétablissent l'étalon Or, car l''or a toujours était une monnaie stable, internationale et en dehors de toute magouille possible, ce qui amène une croissance durable et réelle. Les libertariens ont raison sur tout, et cantonner les états dépensiers à leurs fonctions purement régaliennes est la seule voie raisonnable et profitable aux peuples. Vive l'or et vive le libéralisme humaniste. en attendant achetez rapidement de l'or physique car l?effondrement des monnaies papier est inéluctable à terme si rien ne change. Et si l'étalon or revenait celui ci verrait sa valeur décupler, et il reviendra avec ou sans écroulement total des monnaies papiers. Protégez vos économies et vos familles en achetant de l'or au plus vite.
a écrit le 11/09/2012 à 23:49 :
"dont elle dispose pour intervenir comme elle ne l'a jamais fait auparavant en faveur de grandes institutions financières": ce n'est pas vrai car la FED a été créée en 1913 par et pour les banques suite à la panique de 1907. C'est donc une affaire privée qui régit le monde, sans aucun élu et qui s'auto entretient dans le seul intérêt des banques. Pour ça, le microcosme n'hésite pas à sacrifier l'un de ses membres pour assurer sa pérennité (faillite de Lehman Brothers). Les gouvernements élus sont les marionnettes du système, on le voit bien avec la nomination par Obama du même Secrétaire au Trésor qui a sévi pendant la période Bush. La FED prétend à la transparence, en fait la progression de la masse monétaire qui montrerait le taux de dépréciation réel du dollar (et donc l'inflation réelle) est tenue secrète depuis 2001. Les QE successifs ne font qu'alimenter artificiellement les marchés actions et le déficit abyssal du gouvernement US, alors que les profits sont en berne et que l'économie ne repart pas. Tout ceci ne serait pas grave et ne regarderait que les américains si le dollar n'était pas LA monnaie de réserve mondiale. En fait, cette histoire d'audit n'est qu'une mascarade électoraliste des Républicains soutenus plus volontiers par les milieux financiers que les Démocrates. La preuve en est que Romney dispose déjà d'un budget électoral nettement supérieur à celui d'Obama. CQFD.
"un audit contrôlé par des élus n'est pas la bonne méthode": affirmation péremptoire qui sort de la réserve dont un journaliste sérieux devrait se prévaloir. Si vous avez lu ça dans le bouquin que vous citez, ça veut dire que celui-ci ne vaut pas un clou. Je vous conseillerais plutôt la dernière sommité de J. Stiglitz "Le prix de l'inégalité", qui montre que les USA sont plutôt à la veille d'une Grande Dépression que de la prétendue sortie de crise dont on nous rebat les oreilles.
a écrit le 11/09/2012 à 19:49 :
Les gouverneurs des banques centrales régionales aux USA sont élus par les banques privées (véridique) !!! La Fed est controlée par les gouverneurs, donc indirectement par les banques privées. Faut-il s'étonner, alors, que la Fed ait arrosé généreusement les banques privées, et qu'elle leur ait racheté la plupart de leurs actifs pourris, les subprimes et les produits titrisés correspondants (CDO etc), pour 1450 milliards de dollars ? Je n'aime pas les républicains, mais sur ce point, je ne peux que leur donner raison.
a écrit le 11/09/2012 à 15:58 :
Ah on commence à voir que les politiques conduites sont insensées et inefficaces...
a écrit le 11/09/2012 à 15:17 :
C'est ça qui m'éclate... Regardez bien leur cercle vicieux de paniers de crabes : les Républicains, c'est "Vive les Riches". Par contre, les "dont elle dispose pour intervenir comme elle ne l'a jamais fait auparavant en faveur de grandes institutions financières", là, ça les gênent... J'adore les bagarres entre crabes. :-)
a écrit le 11/09/2012 à 14:51 :
L article oublie un point crucial. La FED est un organisme independant qui n a pas de compte a rendre a l administration americaine quand bien meme ils travaillent de concert, ce qui n est pas le cas des banques centrales europeennes. De fait, les actions menées par la FED sur les marchés n ont pas obligation a etre publique et donc la FED peux aider ou intervenir sur les marchés comme bon lui semble. Revert de la medaille, si la planche a billet tourne trop vite, la FED tombe et sera remplacé illico ce qui permet a l administration americaine de s en "laver les mains" en cas de catastrophe. Dans le cas de l europe, ce sont les gouvernements les responsables.
Réponse de le 11/09/2012 à 15:21 :
Certes, Simply. L'administration américaine se laverait les mains de la chute du dollar.. Essayez de revoir certains de vos raisonnements, parfois...
Réponse de le 11/09/2012 à 15:57 :
La FED est à la botte du gouvernement...
Réponse de le 11/09/2012 à 16:21 :
Euh, Simply c'est de la fausse naïveté rassurez moi !
Réponse de le 12/09/2012 à 10:56 :
regardez l excellent film "too big to fall" vous verrez a quel point la FED est indépendante Les autres banques centrales aussi sont sensés être indépendantes Vous avez une vision un peu trop "simpliste" des choses sans vous offencer mais c est peut être du second degré
a écrit le 11/09/2012 à 14:38 :
ça leur ferait les pieds
a écrit le 11/09/2012 à 14:33 :
un audit contrôlé par les représentants du peuple n'est pas la bonne idée ?!
je vais l'encadrer celle-là ;)

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