La Tribune

Les nouvelles générations, le numérique et la culture : secrets d'une alchimie

par l'Atelier BNP Paribas  |   -  1358  mots
ETUDE - Dans le monde, les jeunes connectés sont une grande majorité à utiliser les réseaux numériques pour des usages culturels. Par exemple plus de 87% des jeunes de notre panel déclarent utiliser Internet pour découvrir des nouveaux contenus culturels et près de 83% d'entre eux utilisent plus particulièrement les réseaux sociaux.

Avoir le choix... mais ne pas choisir
Mais l'adoption massive de nouvelles pratiques fondées sur l'utilisation des réseaux numériques n'implique pas de facto l'abandon des pratiques culturelles plus anciennes. Par exemple, les réseaux de proches (2) sont plus populaires qu'Internet pour découvrir des nouveautés culturelles. Ils ont utilisé en effet par plus de 93% des jeunes de notre panel. Et cela alors même que majoritairement ceux-ci semblent convaincus que les contenus culturels sur Internet sont plus variés que les contenus culturels auxquels ils accèdent par des moyens non digitaux (3).

Popularité : la prime à la nouveauté
Les nouveaux médias numériques qui sont apparus récemment ne remplacent pas nécessairement les médias plus anciens, mais ils peuvent les dépasser en popularité, au moins pour certains usages. Par exemple, pour découvrir de nouveaux biens culturels, Internet, utilisé par plus de 87% des jeunes, est plus populaire auprès des jeunes que la Télévision et la Radio, utilisées par plus de 84% et eux-mêmes plus populaires que les réseaux sociaux, utilisés par plus de 83% des jeunes. Mais ces derniers dépassent déjà en popularité la Presse et les magazines, utilisés par plus de 72% des jeunes.

Découvrir ou partager : à chaque usage sa préférence
Chaque génération d'applications a tendance à se spécialiser pour des usages particuliers : par exemple pour notre panel, si les services Internet de première génération sont plus populaires que les réseaux sociaux pour découvrir de nouveaux contenus, lorsqu'il s'agit de partager les contenus culturels, les réseaux sociaux, utilisés par près de 77% des jeunes de notre panel, sont plus populaires que les applications Internet de générations plus anciennes, utilisées par près de 70% d'entre eux. Pour le partage, les réseaux de proches utilisés par plus de 88% des jeunes, restent plus populaires que les méthodes fondées sur l'usage d'Internet.
L'ordre de ces préférences peut encore changer dans le temps, et à terme la popularité d'Internet ou celle des réseaux sociaux va probablement encore progresser par rapport à celles des autres moyens d'accéder à la culture, ne serait-ce parce que le taux de jeunes connectés va encore progresser. Pour paraphraser Bill Gates (4), si nous avons en général tendance à sous-estimer les effets de la révolution numérique à un horizon de 10 ans, en 2012 nous avons probablement toujours tendance aussi à en surestimer les effets pour nos prévisions à deux ans.

Tout, pour tous, tout de suite... et pas d'histoire d'argent entre nous
Depuis près de vingt ans, les leaders du digital ont sponsorisé à l'échelle mondiale des habitudes et une culture de la « consommation » des biens culturels fondées sur trois principes en rupture avec nos habitudes culturelles « pré-digitales » : l'exhaustivité, la facilité et la gratuité. 86% des jeunes de notre panel estiment que sur Internet tout contenu culturel devrait être accessible par tout le monde. Près de 94% d'entre eux pensent que tout contenu culturel devrait y être facilement accessible. Plus de 82% d'entre eux pensent que tous les contenus culturels devraient y être accessibles gratuitement...
Notre enquête montre que, si ces trois principes, souhaits ou idéaux sont très présents dans la culture digitale des jeunes, ils ne sont pas nécessairement dans leur esprit en contradiction avec le respect des droits des auteurs. Plus de 70% des jeunes de notre panel se sentent en effet concernés (5) par les droits des auteurs. Parmi les 30% d'entre eux qui ne se sentent pas concernés par cette question moins de 10% ne se sentent pas du tout concernés.

Une incidence satisfaisante sur les droits d'auteurs... parce que la règle - ni unifiée, ni expliquée - n'est pas bien comprise
Une majorité des jeunes est satisfaite par les systèmes de gestion des droits actuellement en vigueur. Plus de 60% d'entre eux trouvent en effet ces systèmes bien adaptés. Seuls un peu plus de 9% ne les trouvent pas du tout adaptés, alors que près de 13% les trouvent parfaitement adaptés.
Mais les différences entre les systèmes de gestion des droits actuellement en vigueur ne sont pas nécessairement bien comprises des jeunes. Plus de 20% d'entre eux déclarent ne pas savoir quel système est en vigueur dans leur pays (6) et parmi ceux qui pensent connaître la réponse à cette question, certains se trompent visiblement : en Allemagne par exemple, près de 76% des jeunes pensent connaître le système en vigueur dans leur pays, mais près de 61% des jeunes pensent que ce système est le Copyright. Les efforts produits ces dernières années pour rendre les deux principaux systèmes interopérables, rendent ces derniers difficilement distinguables aux yeux du grand public et de manière très concrète la traduction courante en Anglais du terme français « droit d'auteur » par le terme copyright, contribue un peu plus à rendre les deux systèmes équivalents, ou du moins difficilement distinguables, aux yeux des jeunes(7). Les différences entre ces deux notions s'expliquant essentiellement par des raisons historiques, il est compréhensible que nos jeunes s'y perdent aujourd'hui, quand bien même ils en trouvent les raisons profondes justifiées. Pourtant les deux systèmes n'ont pas les mêmes implications en termes d'usages des oeuvres numériques ou numérisées, notamment lorsqu'il s'agit d'utiliser des contenus existants à des fins de création nouvelle...

 

Note: L'enquête élaborée par l'Atelier avec le Forum d'Avignon et ses partenaires, a été menée en ligne par le Cabinet GfK auprès de 507 jeunes de 15 à 25 ans d'un échantillon international composé de 100 jeunes issus des cinq grandes régions de France (Région parisienne, Nord- Est, Nord- Ouest, Sud-Est, Sud-Ouest), 102 jeunes issus des douze Länder d'Allemagne, 101 jeunes issus de 29 États des États-Unis, 102 jeunes issus des quatre principales régions d'Inde (Andhra Pradesh, Maharashtra, Tamil Nadu, UttarPradesh) et 102 jeunes issus, en Corée du Sud, de Séoul et de la province de Gyeonggi. La parité est globalement respectée avec près de 51,70% d'interviewés de sexe masculin et 49,30% de sexe féminin (1). La répartition par âge est de 50% pour les jeunes entre 15 à 18 ans, et 50% pour ceux entre 19 et 25 ans. Les interviews ont été menées Français, en Anglais et Hindi (pour environ 3% de l'échantillon en Inde). Les jeunes interviewés sont majoritairement des étudiants, mais les actifs représentent plus d'un quart de notre panel, et bien que minoritaires, les chômeurs ou sans emploi représentent environ 7% de l'échantillon. Plus de 67% de l'échantillon sont des étudiants (82 % en Corée du sud, 70% en France et en Inde, 57% aux Etats-Unis et en Allemagne). Près de 20% des interviewés travaillent à plein temps (près de 25% en Allemagne et en Inde vs. 9% en Corée du Sud). Près de 6% travaillent à temps partiel (14% aux Etats-Unis, 2% en France et en Allemagne, 4% en Inde). Environ 7% sont au chômage ou ne travaillent pas (15% en Allemagne, 2% en Inde, 3% en Corée du Sud).

>>> (RE)LIRE L'INTEGRALITE DE L'ENQUÊTE DE L'ATELIER

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(1) La parité n'est pas tout à fait respectée pour l'Inde avec 58,80% d'interviewés de sexe masculin, ni pour la France avec 45% d'interviewés de sexe masculin. La parité est respectée pour les autres pays du panel.
(2) Famille, amis, collègues etc.
(3) Près de 52% pensent qu'ils sont plus variés et près de 42% pensent qu'ils sont aussi variés
(4) Fondateur de Microsoft Corp.

(5) De façon positive ou négative, c'est-à-dire qu'ils jugent cette question importante
(6) Le droit d'auteur, fondé sur un droit civil est le système historique fondateur de la protection des droits des auteurs en Allemagne, en France et en Corée du sud. Le Copyright, fondé sur les textes de Common Law est le système historique en vigueur (au Royaume-Uni,) aux Etats Unis et en Inde.
(7) Au moins pour notre enquête car les questions ont été posées en Anglais pour les jeunes Allemands et les jeunes Sud-coréens

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