Le rapport Gallois, un détonateur à mèche lente pour le gouvernement Hollande

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Emmanuel Harlé. Copyright DR.
Emmanuel Harlé. Copyright DR.
Emmanuel Harlé est un spécialiste en investissements depuis 30 ans.

Euro oblige, la France n'a plus de pouvoir direct sur sa monnaie ni sur son taux de change dont le niveau ne correspond pas à notre compétitivité. Il appartient donc aux pouvoirs publics de rétablir les équilibres économiques (balance extérieure et déficit budgétaire) et pour cela remettre en cause notre modèle économique fondé sur la consommation et l?endettement ; cela implique de traiter les sujets qui fâchent tel que la compétitivité de nos industries. La politique suivie ces derniers mois à travers la hausse des impôts et le refus d?utiliser la TVA et la CSG pour ne pas pénaliser la consommation est intenable à terme. Le rapport Gallois est une remarquable analyse mais les décisions qu?en a tirées le gouvernement ne sont pas à la hauteur de cette réflexion. C?est trop peu et trop tard !

Le rapport Gallois avait une mission pédagogique. Sa plume se devait d'être reconnue de la quasi-totalité du spectre politique et des milieux économiques. Son auteur remplit ces conditions. Il pouvait donc dire ce qu?est la réalité et c?est une heureuse surprise tant sur le diagnostic que sur les voies proposées pour redresser la situation. En synthèse ce rapport nous crie que le décrochage est là, que nos entreprises et leurs coûts trop élevés pour des produits de moyenne gamme, ont des marges trop faibles qui interdisent les investissements pouvant améliorer l'offre ; en outre, le tissu des PME est trop lâche et la solidarité interindustrielle est faible. Enfin, ces dernières n'ont pas la taille critique qui leur permettrait de jouer dans la grande cour européenne ou mondiale. Nous manquons d?Entreprises de Taille Intermédiaire (4.600 en France contre plus de 10.000 en Allemagne, mais aussi en Italie et en Grande-Bretagne). Il souligne au final que la formation et les dépenses de RetD ne sont pas assez en phase avec l?innovation et l?industrie.

Quant aux solutions préconisées, elles s'organisent en deux grands chapitres. D'une part, des actions facilitant la montée en gamme à moyen terme des productions françaises (formation, budget publics de recherche, aide à l?exportation, liens entre grandes et petites entreprises, financements appropriés, stabilité des dispositifs fiscaux !) et, d'autre part, des mesures rapides et importantes (30 Milliards d?Euros) d'allègement permettant aux entreprises de retrouver de meilleures marges par transfert de charges sociales vers des impôts à assiette large. Enfin, ce même document insiste sur le fait de ne pas négliger le cout de l?énergie en tenant compte du parc nucléaire et d?une recherche indispensable en matière d?exploitation de gaz de schistes. Le message est clair il devient urgent de s?attaquer aux rigidités françaises.

La réponse du gouvernement est décevante tant sur le fond que sur le rythme d?application des solutions choisies. Cependant, on discerne un début de changement de politique économique et on commence à s?intéresser aux entreprises et pas seulement aux consommateurs et l?on se dit (en sourdine) que les dépenses publiques sont excessives.

Pour passer de la pédagogie intelligente du rapport à l'application politique les pouvoirs publics doivent composer avec trois contraintes : les partenaires extérieurs, l'idéologie de la gauche française (qui n'a pas encore accepte la social-démocratie!) et les marchés (qui font apparemment le pari de la réforme structurelle mais pour combien de temps ?)

L?allègement des coûts sociaux est retenu, mais l?aide passe par un crédit d?impôt sur les sociétés de 20 Milliards avec une montée en charge sur trois ans : oui, mais trop peu et trop long. On soulignera la distance entre la clarté du rapport et la variété trop complexe des mesures politiques prises, témoignant combien notre administration adore les pompes aspirantes et refoulantes et combien nos hommes politiques sont loin du temps « économique ». C?est une habitude typiquement française qui mérite réflexion car qui peut encore croire qu?un ensemble d?incitations aussi précis soit-il puisse être efficace dans un monde ouvert où la segmentation des marchés est non seulement quasi infinie mais surtout perpétuellement changeante. Alors que les leçons du rapport se veulent simples on crée une infinité de mesures compliquées ! Le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l?emploi est peu lisible, il en résulte une absence de choc psychologique ! Le recours à la TVA se fait sur un mode mineur et à terme, et la CSG n?est pas prise en compte. La baisse des dépenses publiques reste une annonce

Le plus étrange toutefois reste ce changement réel mais discret de politique économique (baisse de la dépense publique et restauration des marges des entreprises), peu lisible, probablement par calcul politique (ledit choc reste faible pour ne pas utiliser les impôts à large assiette et remettre à plus tard la réforme de la protection sociale), par peur aussi d?affaiblir la demande des ménages, le seul moteur qui tourne encore un peu, alimenté par un carburant de très mauvaise qualité, celui de la dette !

En clair, le gouvernement parie sur une reprise de l?économie en 2014, repousse la restructuration du système hypercomplexe et non gouverné qu?est notre administration publique, tout en dessinant, il faut le reconnaître, l?esquisse d?un changement de politique économique

L?Europe attend et ce rapport a, sans doute, allumé une petite mèche...

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Commentaires
a écrit le 19/04/2013 à 13:26 :
La solution interdire à l'état d'intervenir dans l'économie. Supprimer les barrières les 35 heures, les allocations de toutes sortes, les subvention, ...
Je n'étais pas favorable au libéralisme mais après 6 mois aux USA on comprend pourquoi ils rebondissent: ils ont les crocs, ils se battent. Les immigrés se battent pour leur carte verte, ils travaillent réussissent apportent à l'économie (de toute façon ici il n'y a pas d'aide sociale ou très peu).
Et il n'y a pas plus de misère que chez nous.
a écrit le 19/04/2013 à 7:58 :
Effectivement,le prix de l'énergie a un role important,mais en permettant de réduire les taxes sur le travail:financer les retraites par une taxe sur l'énergie.Est-ce si difficile à comprendre?
a écrit le 06/12/2012 à 13:00 :
Ce que je retiens de cet article est le poids excessif de l'administration française avec trop d'élus et trop de fonctionnaires qui sont pour la plupart, du moins ceux qui sont inutiles, très grassement payés et bien plus que dans le secteur privé. La conséquence est le taux de prélèvement en impôts qui est un des plus élevés du monde et qui ne cesse de grimper. La création d'entreprise est découragée car dès qu'il y a la moindre création de richesse, l'Etat se précipite tel un vautour toujours plus affamé.
a écrit le 15/11/2012 à 16:42 :
Un prix de l'énergie trop bas par rapport au cout du travail peut inciter à économiser le travail et favoriser le chomage;il faut transférer sur l'énergie une partie des prélèvements qui affectent le travail.Ce commentaire s'applique également à M.Langlois.
a écrit le 15/11/2012 à 14:18 :
Curieux quand même qu'aucun commentateur ne relève que le plan Gallois propose d'instaurer un début de cogestion dans les entreprises, alors que ces commentateurs vantent véhémentement à l'envi les mérites de cette cogestion en Allemagne, et de façon générale, tout ce qui est allemand, comme les relations loyales entre entreprises dans les filières, ce que le plan Gallois propose aussi de faire naître en France .
On a l'impression que tous ces experts français en économie germanique n'y connaissent que dalle, en fin de compte, et que les Allemands les trouveraient tout juste bon à décharger les pommes de terre .
a écrit le 15/11/2012 à 14:03 :
Il me semble que Moiprésident et son équipe de bras cassés s'intéressent surtout à transformer la société : égalitarisme à tout crin, culture de l'état-nounou, etc. L'emploi, le pouvoir d'achat des français ? En fait ils s'en f?
a écrit le 15/11/2012 à 13:48 :
On n'a pas beaucoup entendu ce Monsieur pendant les dix dernières années. Et maintenant lui et ses confrères s'en donnent à coeur joie. Pourtant l'actuel gouvernement ne fait-il pas ce qu'on attendait des précédents ?
Ca manque de mémoire et de décence tout ça.
a écrit le 15/11/2012 à 13:32 :
excellent .
a écrit le 15/11/2012 à 13:15 :
décrochage??celà me rappelle l'affaire de l'airbus...
a écrit le 15/11/2012 à 12:56 :
Malgré les impatiences, les changements sociaux qui doivent produire des changements économiques sont lents à mettre en place, mais ces changements ne sont pas décrétés par les gouvernements. Ils proviennent de la prise de conscience (ou non) de la société. La réforme (très partielle) des retraites a pu passer car l'opinion y était prête. Il en sera de même pour la réduction des dépenses de l'état, et les mesures permettant le développement de toutes les entreprises, et pas seulement des poids lourds du CAC40.
L'action du gouvernement (droite ou gauche) manque surtout de communication, et d'un relais par les médias. C'est vrai que l'habitude nationale est surtout de critiquer, mais il faudra aussi s'habituer à reconnaître les aspects positifs.
Les allemands y sont bien meilleurs : ils sont convaincus que c'est eux qui soutiennent les pays en difficultés, et même les médias français ou espagnols, grecs ou italiens les suivent, alors qu'ils ne participent ni plus ni poins qu'à un effort commun aux 27 en proportion de leur poids, et ils en bénéficient plus (spread d?intérêts et commerce extérieur)
a écrit le 15/11/2012 à 12:23 :
"notre administration adore les pompes aspirantes et refoulantes". En hydraulique, la pompe refoule plus haut qu'elle n'aspire. Dans l'administration c'est l'inverse, au point qu'il serait préférable de laisser le flux s'écouler sans perte de charge et bipasser les pompes inutiles.
Réponse de le 15/11/2012 à 12:59 :
Bypasser et non bipasser...
Réponse de le 15/11/2012 à 15:49 :
Les deux sont inscrits au dictionnaire et ont le même sens. L'un fait plus franglais que l'autre.
a écrit le 15/11/2012 à 12:12 :
votre contribution est intéressante; par contre vous ne précisez pas que la perte de la souveraineté française sur sa politique monétaire a été voulu premièrement par Mitterrand - arrimage au du franc au mark et la politique monétaire de la buba (je pense, qu'il était intellectuellement incapable de comprendre la portée de cette décision) et que la création de la zone euro a été rendu possible en finalité par la France qui a su surmonter les réticences importantes des allemands qui eux, en retour, ont imposé la fameuse clause du "no bail out". Sur ce point, vous mettez trop en avant l'appartenance "passive" de la France à la zone euro, La France ne subi pas cette appartenance et elle a été le principal moteur pour qu'elle y soit. L'abandon du pouvoir monétaire s'est fait AVANT l'euro ET a été voulu. Il ya une forme de déni sur ce point. Vos points forts dans votre analyse, c'est la critique de l'infinité de mesures compliquées en réaction aux leçons simples du rapport Gallois, l'absence d'une vrai volonté de baisse de dépenses étatiques et l'échéance lointaine de 2014 pour restructurer l'administration publique. là-dessus, je vous rejoins entièrement. Je suis également dans l'attente de véritables changements.
a écrit le 15/11/2012 à 12:01 :
Historiquement la France bouge lorsque les populations se revolte.

Le pere Hollande devrait s'en inspirer et relire l'histoire de France si l'on eviter les barricades dans Paris.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Barricade

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