L'avertissement des Pigeonnes : "entre la nounou et l'investissement PME, le choix est vite fait"

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Françoise Huguet-Devallet, vice-présidente de Femmes Business Angels - DR
Françoise Huguet-Devallet, vice-présidente de Femmes Business Angels - DR (Crédits : Françoise Huguet-Devallet)
Avant le vote définitif du projet de loi de Finances pour 2013, les "Pigeons" se réveillent. Malgré des concessions du gouvernement, certains entrepreneurs se disent toujours instatisfaits de l'article 6 sur la taxation des plus-values de cession d'entreprise. L'occasion pour Françoise Huguet-Devallet, vice-présidente du réseau Femmes Business Angels, de faire part de son inquiétude. Pour elle, le projet risque de décourager les femmes tentées d'investir dans de jeunes entreprises innovantes.

Veut-on encourager l'investissement productif ou le décourager? Les deux mon colonel! C'est bien ce que l'on constate avec la politique économique actuelle particulièrement ambivalente ou même schizophrène! On veut réindustrialiser la France et développer l'emploi. Ceci passe par l'éclosion de nouvelles entreprises innovantes et on sait qu'au stade de l'amorçage, ni les banques, ni les sociétés dites de capital-risque ne veulent prendre le risque de leur lancement. Ce sont les Business Angels qui investissent leur argent personnel et leur temps. Il y en a environ, et seulement, 6000 en France. Parmi elles: 7% de femmes, dont 90% dans notre réseau Femmes Business Angels Ile-de-France. Nous ne sommes pas sexistes et nous investissons aussi bien sur des projets masculins que féminins...

Les femmes s'intéressent à des projets sérieux apportant une innovation réelle, concrète et véritablement utile

Favoriser la création des entreprises, c'est développer le nombre de Business Angels comme dans les pays anglo-saxons. Il y a un immense réservoir de Business Angels potentielles chez les femmes. Mais l'aversion au risque, qui est générale, est encore accentuée chez les femmes qui sont peu joueuses, naturellement prudentes. Cependant elles s'intéressent beaucoup à l'économie réelle et à des projets sérieux apportant une innovation réelle, concrète et véritablement utile. La loi Tepa, en partageant le risque entre les Business Angels et l'Etat, a convaincu plus de femmes d'investir dans plus de projets. Nous avons, sur ce thème, trouvé une écoute attentive auprès de la ministre Fleur Pellerin et de son cabinet, et nous nous félicitons du maintien de la déduction ISF à 50%. Toutefois, en ce qui concerne la déduction IRPP*  -beaucoup de nos membres ne sont pas redevables de l'ISF-, il faudrait impérativement sortir l'investissement PME du plafond de 10.000 euros, comme pour les Sofica et les investissements d'Outre-Mer. Pour les femmes, le choix entre la nounou** et l'investissement PME sera fait au détriment de ce dernier...

La vocation d'un Business Angel n'est pas de rester indéfiniment dans une société

Mais cet investissement risque fort de se tarir, et on commence à le sentir déjà dans l'ensemble des réseaux de Business Angels, à cause du durcissement de la fiscalité sur les plus-values de cession. Les "Pigeons" se sont largement exprimées sur ce sujet, et nous sommes aussi des "pigeonnes": la valeur d'une société démarre de quasiment zéro. Et son augmentation, quand l'entreprise survit, provient du travail de l'entrepreneur mais aussi de l'aide du Business Angel, de sa prise de risque financier et de son renoncement à la liquidité de son argent... Rien à voir donc avec un revenu, ou une rente! La vocation d'un Business Angel n'est pas de rester indéfiniment dans une société, mais de récupérer du capital au bout de plusieurs années pour le réinvestir dans une nouvelle société.

Alors cet argent va-t-il se réfugier dans l'assurance-vie?

Le Business Angel "normal", appartenant à un réseau, investit un ticket moyen de 11.000 euros dans un tour de table où, évidemment, les Business Angels se regroupent pour investir 50.000 à 300.000 euros, ce qui correspond à un niveau d'amorçage. Ce n'est donc pas un gros capitaliste, mais ce n'est pas non plus un "smicard"! Pour investir, il faut des économies et un certain niveau de revenu, et le taux marginal d'imposition est donc le plus souvent de 41 à 45%. Quand on y ajoute les prélèvements sociaux, cela devient carrément décourageant! Les porteurs de projets l'ont bien compris et les "Pigeons" ont souhaité associer les Business Angels à un débat sur une solution de toute manière déjà alambiquée... Ils sont très inquiets sur un probable tarissement de leur financement. Le gouvernement, par la voix de Jérôme Cahuzac et de Fleur Pellerin, semble avoir compris le danger. Mais, au Parlement, Christian Eckert et Karine Berger campent sur des positions doctrinaires : "les revenus du capital doivent être imposés comme ceux du travail", comme il m'a été répondu quand j'ai évoqué le problème. Sauf que ce n'est pas vraiment du revenu ! Alors cet argent va-t-il se réfugier dans l'assurance-vie? Et les projets entrepreneuriaux resteront-ils sur le carreau?
 

* la loi autorise des déductions d'impôt sur le revenu et sur la fortune en cas d'investissement dans une PME. Le projet de budget pour 2013 réduit à 10.000 euros le plafond de certaines déductions, dont celle-ci. >> Fiscalité des PME : Hollande lâche un peu de lest (NDLR)

** le PLF 2013 conserve à 50% le taux de la réduction ou du crédit d'impôt pour l'emploi à domicile. Le plafonnement de cet avantage fiscal est également limité à 10.000 euros. En revanche, les charges pour l'employeur sur ces emplois seront allégées dans certains cas.

Par Françoise Huguet-Devallet, vice-présidente de Femmes Business Angels

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Commentaires
a écrit le 21/12/2012 à 17:52 :
Créer une entreprise, c'est se lancer au long cours et pas s'attendre à un énorme bénéfice d'amblée. Penser ainsi, c'est avant tout spéculer sur un profit important et rapide.
Autant aller jouer au casino...!
a écrit le 21/12/2012 à 13:54 :
Ça fait radin de choisir entre nounou et placement, car soit on a les moyens, soit on arrête la frime.
a écrit le 21/12/2012 à 13:13 :
Ici depuis 6 mois c'est comme la Corée du Nord, les termes "Business Angels",( les Anges des affaires: les investiseurs) y connaissent pas , ce sont des énarques qui n'ont jamais travaillé dans des PME et pour eux les Business Angels sont des "Business devils"( des diables des Affaires et des profiteurs).
Voilà pourquoi le moral des chefs d'entreprise est en berne.
a écrit le 21/12/2012 à 10:35 :
Pourquoi les business angels existent-ils pour commencer?

Puisque le crédit est un bien commun, et si les banques refusent de risquer des fonds dans les nouvelles entreprises, pourquoi ne pas créer une banque dirigée par des représentants des différentes parties prenantes (patrons, salariés, associations, élus, etc.) et conseillés par des professionnels du crédit?

"Pour un système socialisé du crédit"
http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-socialise-du-credit
a écrit le 20/12/2012 à 12:27 :
Madame, vous connaissez la réponse à votre question car elle est dans votre texte. Les hauts fonctionnaires sont au pouvoir et personne ne prendra de risques désormais.
a écrit le 20/12/2012 à 11:07 :
Des parlements peuplés de fonctionnaires n'ont rien à cirer des business angels (et du business en général auquel ils ne comprennent que couic). Ce ne sont pas eux qui risqueraient leurs itraitements et ndemnités pour participer à des capitaux d'amorçage de TPE innovantes. Il faut donc les dégager, par le vote ou en coupant dans leurs budgets de fonctionnement.
a écrit le 20/12/2012 à 10:51 :
il vaut mieux effectivement mettre son argent en av; cela dit, certains ont deja compris que l'encours de 1400 milliards pouvait servir a financer plein de projets non rentables, en plus des gabegies de la france... claquez votre argent, au moins vous saurez qui en a profite ;-)
a écrit le 20/12/2012 à 10:44 :
"ni les banques, ni les sociétés dites de capital-risque ne veulent prendre le risque de leur lancement. "

Entièrement faux. Ou à tout le moins trop général pour être crédible.

Expérience observée en direct et en ce moment. Une jeune entreprise qui se lance, un projet solide, bien monté, un plan d'affaires sérieux, un entrepreneur sans réseaux particuliers, pas fils à papa, pas né dans la soie, sans moyens propres substantiels. Des propositions de financements bancaires, en capital-risque et de la part d'autres acteurs du marché dont le montant cumulé est au dessus des besoins de l'entreprise. Tous sont prêts à prendre le risque du lancement et à accompagner l'entreprise dans son amorçage
Réponse de le 20/12/2012 à 16:07 :
"le montant cumulé est au dessus des besoins de l'entreprise" : pour combien de centaines de milliers d'euros?
Les fonds ne rentrent généralement pas pour des petits montants (100k? par exemple, entre 50 et 300k? cité dans l'article).
Je pense que cette dame connait très bien l'univers de l'amorçage en France.
Réponse de le 20/12/2012 à 16:57 :
1md'? de proposé de plus que le besoin immédiat. Ce que je voulais surtout dire est qu'il ne faut pas généraliser, ni dans un sens, ni dans l'autre.

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