Secteur du tourisme : les raisons d'une déchéance, syndrome d'un mal français

Par Jean-Louis Caccomo*  |   |  703  mots
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L'année 2012 s'achève en demi-teinte pour l'industrie touristique française après un été en net repli (-3,4% de réservations hôtelières en juillet et août). Certes, les touristes internationaux sont toujours plus nombreux, mais les budgets ne décollent pas. Jean-Louis Caccomo estime que si la France reste la première destination touristique du monde, elle ne parvient pas à monétiser cette manne. D'après lui, il s'agit d'une tendance lourde qui traduit les difficultés que l'Hexagone rencontre dans son ensemble.

Les professionnels du tourisme de la région Languedoc-Roussillon ont constaté un décrochage persistant entre la fréquentation touristique en hausse dans leur territoire et leur chiffre d'affaires stagnant depuis plusieurs années. Plus récemment, c'est la fréquentation elle-même qui est menacée. En cherchant à analyser les causes de ce décrochage, j'avais observé que le recul de la fréquentation étrangère était compensé en volume par l'augmentation du tourisme domestique. Mais cet apport de touristes domestiques n'a pas empêché le recul en termes de recettes, la clientèle touristique étrangère constituant généralement une part importante de la dépense touristique en France. Ce phénomène n'est pas spécifiquement régional mais il est révélateur d'un syndrome bien français : chaque année, la France bat des records de fréquentation touristique, mais elle peine à en tirer tout son parti. Ainsi, la France réalise des recettes touristiques du même ordre que l'Italie ou l'Espagne alors qu'elle accueille plus de deux fois plus de touristes internationaux. C'est dans ce contexte que le groupe hôtelier français Accor a opéré son désengagement de la Martinique, île considérée longtemps comme un paradis touristique. Mais les faillites se sont multipliées dans le secteur hôtelier aux Antilles françaises alors même que l'activité touristique se développait dans les îles Caraïbes voisines.

L'attractivité française en panne

Cette moindre attractivité touristique des destinations françaises (en outre-mer et dans les régions métropolitaines) est à relier à l'attractivité économique de la France elle-même. Dans des secteurs comme le tourisme, la restauration et l'hôtellerie, où notre pays était considéré comme un leader par vocation, nous sommes arrivés à un point où les entreprises disparaissent, ne seront pas reprises par les jeunes qui trouvent le secteur trop difficile et instable, et où la multiplication des réglementations et des procédures administratives contribuent à asphyxier toute activité, détournant le professionnel de sa mission principale. Chaque année, les rapports officiels continuent de chanter le refrain des «champions du monde du tourisme» mais les recettes touristiques nous échappent en grande partie tandis que les principaux tour-opérateurs (les fabricants de circuits touristiques qui réalisent l'essentiel de la valeur ajoutée touristique) sont aux mains de groupes allemands, anglais et américains.

Une agonie lente

L'asphyxie du tourisme aux Antilles françaises, comme en région Languedoc-Roussillon ou sur la Côte d'Azur, n'est pas un phénomène conjoncturel lié à un aléa climatique (comme a pu l'être la canicule en 2003 par exemple) mais bien un phénomène structurel. Par sa «politique du tourisme», l'Etat a tué un secteur qu'il cherchait à protéger. Il l'a précisément tué en le protégeant, en le coupant de toute réalité concurrentielle. Cette agonie lente, mais certaine, provient de ce défaut de concurrence entretenu par des monopoles publics, des subventions garanties et des lois protectionnistes qui encadrent strictement l'activité des agences de voyage. D'un secteur d'excellence, le tourisme est peu à peu devenu à son tour un secteur d'assistance, dépendants du ministère des Transports, du secrétariat d' Etat au tourisme, des offices de tourisme, des conseils régionaux et autres collectivités locales dont l'ensemble des décisions échappent le plus souvent à tout calcul économique.

Un indicateur de développement économique

Le tourisme est, de ce point de vue, un bon indicateur du développement économique. Quand les Japonais ont reconstruit leur pays et sont devenus une des premières puissances économiques de l'Asie et du monde, le Japon est devenu un pays émetteur de touristes à l'image des Allemands en Europe qui sont devenus après la Seconde Guerre mondiale une des premières puissances économiques d'Europe et une nation de voyageurs. Aujourd'hui, les premiers touristes chinois sillonnent le monde, témoignant d'un dynamisme retrouvé de l'économie de la Chine. Mais les touristes français se feront rares... tant ils seront empêtrés dans d'autres soucis.

 

par Jean-Louis Caccomo, professeur d'économie à l'Université de Perpignan, auteur de "Fondements d'économie du tourisme. Acteurs, marchés, stratégies" (De Boeck).