La Tribune

Aidons les PME françaises du numérique à s'exporter

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Alexandre Zapolsky, PDG de LINAGORA (*)  |   -  914  mots

Les temps, économiques notamment, sont durs. La crise est toujours là, la croissance est en berne pour ne pas dire pire, le chômage au plus haut et notre solde commercial n'offre pas de perspectives plus réjouissantes. Plutôt que de céder à la faciliter de l'abattement et du défaitisme, c'est dans ces périodes difficiles qu'il est plus que nécessaire de sonner la mobilisation générale, de fédérer les énergies et de jouer collectif pour faire mentir ces grands patrons étrangers qui méprisent nos entreprises et nos salariés.

Face à cette situation dégradée, le gouvernement semble vouloir faire feu de tout bois. Les annoncent s'enchaînent pour doper la compétitivité de nos entreprises, pour retrouver des horizons plus sereins en matière d'exportation, pour relancer les embauches.... et la prochaine feuille de route gouvernementale pour le numérique devrait compléter très prochainement le tableau.

Alors qu'il est de bon ton dans les milieux entrepreneuriaux de dégoiser sur les initiatives gouvernementales dans ce domaine, c'est à dessein que je souhaite adopter ici une position tout autre : celle d'un PDG d'une PME numérique, prêt à partir à la conquête du monde, pourvu qu'on l'y aide un peu. Je rassure immédiatement, il ne s'agit pas de demander, en ces temps de disette, un déversement de deniers publics. Il s'agit de faire des propositions opérationnelles, à
fort effet de levier et peu mobilisatrices de fonds publics. Pour rester dans le domaine du raisonnable, je me limiterai à trois.

Contre toute idée reçue, il faut avoir conscience que pour se projeter à l'international les PME numériques ont des besoins, somme toute, très élémentaires à satisfaire : avoir accès à des locaux peu onéreux, pouvoir disposer de ressources humaines hautement qualifiées, motivées et dynamiques et bénéficier d'un soutien qui sécurise la prise de risque.

Pour régler la question des locaux et de l'hébergement des PME, je propose que soit créé un réseau international d'incubateurs dans les régions du globe « où  se construit le futur » qui aurait une double vocation: accueillir les PME numériques exportatrices et constituer la vitrine de l'excellence du « made in France » numérique. Si la Suisse a réussi à le faire avec son réseau Swissnex, je suis persuadé que notre pays peut aussi y arriver.

Ce réseau, qui pourrait s'appeler #FRANCE_Innov, irait de San Francisco à Singapour en passant par Boston, Montréal, São Paulo, Bangalore, le Vietnam, Pékin, Shanghai, et Hong-Kong. Sa constitution doit se faire, via un système de labellisation, en se basant sur des structures ou des organismes français déjà présents à l'étranger.

Il y a bien entendu notre réseau diplomatique mais il faut également y inclure les implantations à l'étranger des collectivités locales et de nos grandes écoles. En ce qui concerne les besoins en compétences, le dispositif des Volontaires Internationaux en Entreprises (VIE) porté par Ubifrance est a priori particulièrement adapté aux besoins des PME numériques. Cependant, dans certains pays, les conditions requises pour la délivrance des visas limitent fortement l'accès à ce programme pour les PME numériques alors même que ces conditions restrictives sont parfois imposées par les structures françaises chargées de superviser la délivrance des visas sans que cela ne corresponde à une demande spécifique des autorités du pays d'accueil.

C'est le cas aux USA, pays qui demeure leader dans le domaine des technologies de l'information et de la communication, et où pourtant le nombre de VIE est anormalement faible. Ma deuxième proposition consiste donc à homogénéiser les conditions de recours aux VIE dans l'ensemble des pays. Dans des phases initiales d'implantation à l'étranger, les PME numériques devraient pouvoir envoyer deux VIE sans avoir d'autre salarié dans le pays de prospection. Il est par ailleurs nécessaire d'inciter les candidats étudiants à privilégier les PME pour leur VIE. J'ajoute que le réseau d'incubateurs constituerait la structure d'accueil
« naturelle » de ces VIE.

Pour l'accompagnement de la prise de risque à l'export, les dispositifs foisonnent. Un première axe d'amélioration pourrait être d'en simplifier l'accès avec la création d'un véritable guichet unique incluant les dispositifs des collectivités locales. Dans ce domaine, la Banque Publique d'Investissement devrait, à mon sens, jouer un rôle central. Mais je crois surtout qu'il est nécessaire de faire le tri dans le maquis des dispositifs de soutien. La création d'un véritable « Crédit d'Impôt Export » qui se substituerait à plusieurs d'entre eux constitue certainement une piste. Son régime devrait être calqué sur celui du « Crédit Impôt Recherche ».

Cependant, à la différence du CIR, le CIE serait exclusivement réservé aux PME. Après avoir fait ces trois propositions, je crois qu'il est temps, en guise de conclusion, de passer aux « travaux pratiques ». En mettant en oeuvre les trois mesures que je propose, le coût total de la création d'un bureau à l'étranger avec deux VIE tomberait autour 40 000 euros par an. L'effet de levier est manifeste !

Surtout si on considère qu'il ne devrait pas être trop difficile de mobiliser, sur les deux prochaines années, 500 nouvelles PME numériques exportatrices. Et ainsi, l'ambition du gouvernement, de faire du numérique l'un des 4 leviers de la reconquête du commerce extérieur, deviendrait accessible !

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Commentaires

Alexandre Zapolsky  a écrit le 01/03/2013 à 15:33 :

Bonjour,

merci à tous pour vos commentaires et observations. Vous avez été nombreux à réagir sur Internet et sur Twitter concernant mes propositions. Je vous en remercie. Cela démontre, s'il en était besoin, de la nécessité de mettre en place une grande ambition pour l'export des PME du numérique.

Je me réjouis aussi que le gouvernement vienne de reprendre l'idée de ma première proposition. En effet le Premier Ministre vient d'annoncer la création de French Digital House dont la première sera à San Francisco !

C'est donc un premier pas en avant et nul doute qu'avec l'aide des réseaux tels que ceux des CCI à l'étranger -avec lesquels je viens de prendre contact, suite à leur lettre ouverte- nous allons rapidement accélérer les choses.

Merci à vous,

Alexandre

CCI Françaises à l'Etranger  a écrit le 28/02/2013 à 17:00 :

Nous souhaitons apporter une réponse officielle à cette tribune sous forme de lettre ouverte : http://www.francemondexpress.fr/points-de-vue/article/n/lettre-ouverte-a-alexandre-zapolsky-pdg-de-linagora-les-ccife-accompagnent-deja-a-lexport-le/

Les incubateurs français à l'étranger existent déjà!

Greensandrine  a écrit le 27/02/2013 à 13:02 :

"les annoncent" ?!? (deuxième paragraphe)
Il y a quelqu'un qui relit les articles avant de les mettre en ligne ?

marine  a répondu le 27/02/2013 à 21:39:

On s'en fiche de la forme, ce qui compte c'est le fond. A moins que c'est tout ce que vous avez retenu

Guillaume  a répondu le 11/04/2013 à 11:13:

Je pense qu'avec autant de fautes de Français dans la même phrase, tout est dit...Marine.

A travailler  a écrit le 26/02/2013 à 19:04 :

Article positif, peut être, idéaliste, surement. Je suis actuellement en VIE pour une PME au Brésil, où le taux de VIE est également "anormalement" faible. Mais Ubifrance et la France ne font pas tout ce qu'elles veulent. Il y a un pays d?accueil, qui a son mot à dire. Et le Brésil n'a que faire de ces "VIE" aux avantages fiscaux outrageux pour le pays d?accueil, et bien sur très intéressant pour le VIE et la société qui l'envoi. Le Brésil impose également que seul une entreprise déjà implantée peut faire appel à de la main d'oeuvre étrangère. Autrement une PME française n'ayant pas de filiale à son nom au Brésil ne peuxtpas faire appel aux VIE. Il y a donc des contraintes juridique qui sont pas du recours de la France, et donc encore moins d'Ubifrance et des PME. Et une fois ces barrières franchises, un bureau avec deux VIE à SP pour une opération de 40000 euros. laissez moi rire!!!! Rien que le salaire d'un VIE à SP est de plus 28800. Le prix d'un bureau est très cher également, sans même parlé du fait qu'il faudra un représentant légal, payant des impôts, et donc pas un VIE!!! Vos propositions sont justes, mais elles doivent être travaillées pays par pays et sont trop bonifiées.

bribri46  a écrit le 26/02/2013 à 14:45 :

désolé,un seul moyen dévaluer (donc retour au franc) !un peu de taxe a l'importation et l'affaire est réglée.
et si l'europe actuelle n'est pas capable de comprendre,ciao!

Ben  a écrit le 26/02/2013 à 12:14 :

Très bon article avec des propositions concrètes qui évitent le déclinisme ambiant des personnes qui ne travaillent pas en France et ne connaissent pas vraiment le tissu économique numérique français. Je travaille pour une société numérique française qui veut accélérer son développement à l'international et ces mesures pourraient aider beaucoup les entreprises et participer au rayonnement français.

silopolis  a écrit le 26/02/2013 à 11:15 :

Amen !

Franchies  a écrit le 26/02/2013 à 11:14 :

On ne peut pas parler "d'exportation" quand il n'existe pas de frontières! Comme il n'y a pas d'émigration sans passage de frontière!

jean marie  a répondu le 27/02/2013 à 21:37:

drole de rapprochement

jefferson  a écrit le 26/02/2013 à 10:09 :

Cet article et son auteur me semblent bien optimistes Connait il un peu les résultats de la zone euro ? Il me semble que sortir de cette Europe là est la seule solution raisonnable !

Philjeudy  a écrit le 25/02/2013 à 22:44 :

Je trouve la proposition d'un réseau pertinente, mais par contre l'utilisation de VIE dans l'aide au développement des PME à l'étranger ne me parait absolument pas la solution qu'il faut à une PME, qu'elle soit digitale ou pas. C'est une belle expérience pour le VIE, mais une ressource généralement inadaptée pour des entreprises qui ont besoins de profils expérimentés. Quant à Swissnex, cela fait bien longtemps que je les cite en exemple à San Francisco. Une très belle vitrine pour la Suisse, et je ne suis pas le seul à le dire ici.

Manufuture  a écrit le 25/02/2013 à 21:53 :

Bravo. C'est simple efficace sans bavures.

J'espère que vous serez entendu. Vite.

jl  a écrit le 25/02/2013 à 21:21 :

La "faciliter" ? Bien...

Laurent d'iGoMatiK  a écrit le 25/02/2013 à 20:53 :

Y'a toujours de l'optimisme dans le numérique, quatre ans sans soutien pour notre cas, on attend encore les investisseurs !!
www.igomatik.com !

AWI1  a écrit le 25/02/2013 à 20:10 :

Les résultats d'un certain nombre de PME et ETI innovantes montrent que la carte export est un bon passeport. La webradio indépendante AWI a d'ailleurs récemment proposé une chronique intitulée : "PME ET ETI INNOVANTES PERMETTENT DE GARDER ESPOIR DANS LE MADE IN FRANCE" qui demeure consultable

churchill  a écrit le 25/02/2013 à 18:19 :

c'est dans les tuyaux... a priori il va etre vote une taxe sur l'utilisation du numerique... il n'y a rien a attendre de la france, pour monter des boites ft les monter directement ailleurs, ca evite les ennuis et les pertes de temps

Scoubidou  a répondu le 03/03/2013 à 23:41:

En Lorraine, c'est l'hécatombe. Les PME ferment à tour de bras, les TPE déménagent au Luxembourg, on est passé de 70 à 100 000 travailleurs qui s'expatrient au Luxembourg en 4 ans et c'est un début. Idem dans les régions frontalières avec la Suisse. C'est trop tard, il y a 30 ans qu'on aurait dû aider les PME au lieu de donner tout l'argent de l'Europe aux collectivités et aux grosses entreprises qui délocalisent.