La Tribune

François Dubet : « L'école est en péril »

Selon le sociologue spécialiste de l'enseignement, le système éducatif français est perclus d'incohérences, sclérosé par la machine administrative, les revendications corporatistes... ©
Selon le sociologue spécialiste de l'enseignement, le système éducatif français est perclus d'incohérences, sclérosé par la machine administrative, les revendications corporatistes... © (Crédits : DR)
Propos recueillis par Denis Lafay (Acteurs de l'économie)  |   -  8056  mots
"En panne de projet moral et éducatif". Voilà, selon le sociologue spécialiste de l'enseignement, la principale explication à la déliquescence du système français. Un système perclus d'incohérences, sclérosé par la machine administrative, les revendications corporatistes et la rhétorique doctrinaire, ébranlé par les bouleversements sociétaux, scellé dans son immobilisme, son rejet de l'innovation, et l'indifférence pour ses meilleurs éléments. Un système que particularisent un intellectualisme inapproprié, l'abandon des devoirs, la reproduction des élites, un ostracisme inepte pour le capitalisme et l'entreprise, in fine la relégation au second rang de l'objet même de ce qui fut une vocation : donner aux jeunes les armes de se construire, de trouver une place dans la société, d'être acteurs de la démocratie. Bref, selon le directeur d'études à l'EHESS, "héritier" d'Alain Touraine, un système incompatible avec la double obligation de réformer et de juguler les illégitimes inégalités. Comment, dans un tel terreau malthusien et nihiliste, espérer en France fertiliser l'esprit d'entreprendre ? "Et pourtant, soupire François Dubet, les conditions de l'aggiornamento sont connues". Peut-on espérer les appliquer ?

Au classement PISA qui évalue les systèmes éducatifs au sein de l'OCDE, la France ne cesse de dégringoler. Elle apparaît au 19e rang, et même au 23e rang en compétences scientifiques, et elle est l'un des pays qui affiche le plus haut niveau d'inégalités en matière de connaissances. Par ailleurs, en 1997, le ministre ad hoc Claude Allègre qualifiait l'Education nationale de "mammouth". Le terme désignait des emplois pléthoriques, un fonctionnement sclérosé, une organisation obsolète, un immobilisme et un radicalisme idéologiques qui entravaient toute réforme. De quoi le système éducatif français et "l'entreprise" Education nationale sont-ils malades ?

Qu'il s'agisse de performance, d'égalité et de climat scolaire, ce que révèlent les enquêtes internationales n'est pas flatteur pour la France. Le système souffre en premier lieu de son incapacité à se réformer : alors que tout le monde - parents d'élèves, enseignants, syndicats, responsables politiques, experts - s'accorde à considérer l'école face à de lourds problèmes, nous sommes paralysés par l'incapacité de métamorphoser le système. Certes, ce dernier opère des transformations au gré des évolutions de la société qui lui imposent de s'adapter. Toutefois, ces transformations sont mal vécues, parce qu'elles résultent de contraintes ou de renoncements jugés insupportables. Et toute volonté de réformer - c'est-à-dire sur le long terme à l'issue d'un bilan raisonnable, circonstancié, établi avec méthode et dans la sérénité - échoue. Nous sommes incapables d'aborder sans dogmatisme des problématiques aussi essentielles mais simples que la nature du métier d'enseignant, la méthode de sélection, les cursus de formation, le type de culture scolaire, l'avenir du baccalauréat, etc.

A quelles responsabilités historiques, sociales, syndicales, politiques, sociétales, attribuez-vous cette incapacité à réformer ?

Le système a échappé aux politiques. En soi, ce constat n'est pas négatif, et indique qu'aucun changement ne peut être entrepris sans le consentement des enseignants. En revanche, ce principe du consentement est allé trop loin, au point de figer le champ d'intervention politique. L'école semble appartenir aux professionnels de l'école, attachés en premier lieu à défendre leur double sort professionnel et personnel. C'est sur ce mur que les grands élans réformistes du monde enseignant se sont épuisés ces dernières décennies.

Repère-t-on, dans l'histoire du XXe siècle, le moment où justement l'équilibre vacille au profit d'une corporation qui s'empare du pouvoir alors aux mains des responsables politiques ?

La charnière se situe dans les années 70-80. L'équilibre des deux logiques corporatiste et réformiste qui animait les syndicats enseignants et irriguait leurs travaux et leurs revendications s'amenuise alors au profit de la première. Depuis, tout dans l'environnement politique, économique, social, semble interprété comme une "menace", comme un "danger" face auxquels l'enjeu syndical est d'abord de protéger l'intérêt particulier des enseignants. Dès lors, l'espérance de redéfinir des règles et de réformer le système s'éteint. Exemple symptomatique de ces échecs ? La loi d'orientation du ministre Lionel Jospin en 1989. Consensuelle et de qualité, elle intégrait une sensible augmentation des revenus en contrepartie d'un "travailler autrement" ; la première condition a été appliquée, la seconde a été enterrée...

Etonnamment, cette incapacité à conduire des réformes affecte les ministres indépendamment de leur obédience. Ceux de droite se heurtent à une hostilité doctrinaire, ceux de gauche n'osent pas malmener une frange essentielle de leur électorat...

Absolument. Ce qui d'ailleurs oblige à être indulgent à l'égard de tous les ministres de l'Education. Les profils les plus contrastés se sont succédé, mais les résultats sont presque identiques. Qu'avaient en commun le très modéré et négociateur Jack Lang et le spectaculaire et provocateur Claude Allègre ? Bien peu. Et pourtant, c'est au compte-goutte que l'on recense les réformes dictées sous leur responsabilité. Les réformes cumulées depuis une trentaine d'année, qui ont en commun l'absence d'envergure et une juxtaposition souvent synonyme de retour en arrière, déstabilisent et même démoralisent les enseignants. Pire, aucune d'elles n'aborde les sujets de fond.
Mais l'incapacité à réformer n'est pas seule coupable. Le système éducatif est prisonnier d'un dogme : la société française confie sans limite à l'école la responsabilité de définir le destin social des individus. Presque nulle part ailleurs on observe une telle emprise scolaire, une telle indexation du devenir personnel sur l'envergure du diplôme. Dans ce contexte, la problématique des inégalités et des injustices scolaires devient un enjeu essentiel, et d'autant plus considérable que la situation ou l'opinion des vaincus sont reléguées. Les catégories sociales qui tirent le meilleur bénéfice de la capacité du système à les conforter et à les reproduire n'ont guère de propension à le réformer... Exemple ? Les classes préparatoires. Très sélectives et onéreuses pour le système éducatif, elles visent les grandes écoles qui garantissent de hautes positions sociales et consolident la reproduction des inégalités. On doit aussi s'interroger sur l'efficacité et l'équité du dispositif, et sur la qualité véritable des élites qui en sont issues. Or qui "ose" poser le problème ? Personne. Car la totalité des élites - quelles qu'en soient les orientations politiques - se reproduit dans ce terreau. Chacun défend la culture, la science, la civilisation, la nation... ; la réalité est ailleurs : comment cuirasser mon intérêt et garantir à mes enfants une position sociale élevée.

... Ce que le sociologue Eric Maurin, dans son ouvrage La peur du déclassement (Seuil, République des idées, 2009), avait explicité : le spectre, pour soi et sa descendance, d'abandonner des privilèges décuple la motivation de les sanctuariser au détriment d'une meilleure justice et d'une égalité des chances plus grande...

Tout à fait. Mais comment pourrait-il en être autrement si l'on est convaincu que le destin social de ses enfants se joue sur leurs performances scolaires acquises à l'âge de 16 ans ? Le système des classes préparatoires est particulièrement condamnable car il interroge outre la reproduction des élites, consubstantiellement le devenir des "autres", de tous ceux qui "n'en sont pas". Ce dispositif commande la totalité du système scolaire, c'est-à-dire aussi l'échec et la manière dont sont traités les mauvais élèves.

Dans ce domaine aussi de la mésestime de soi ou de l'auto-déclassement résultant de l'échec face à la sacralisation scolaire, l'Hexagone affiche une grande singularité. Peut-on l'ausculter dans les racines sociales, culturelles, idéologiques du pays ?

L'école républicaine s'est construite comme un substitut de l'Eglise. Elle n'était pas une organisation simplement chargée d'instruire les enfants, mais, au-delà, de façonner les citoyens de la République de la même manière que l'Eglise avait pour dessein de "produire" des chrétiens. Dès lors, elle a connu des formes de sacralisation. Ainsi le certificat d'études faisait office de baptême républicain, et le baccalauréat de rite d'entrée dans la culture. Quant à l'absence de diplôme, elle était source d'indignité, comme le profane aux yeux de l'Eglise.

L'ostracisme, délétère, dont sont frappés les "exclus" du système éducatif, semble produire d'insoupçonnées répercussions. Ainsi, de même que les élites se sentent légitimes à participer au débat scolaire, les "échoués" ne se donnent pas le droit d'intervenir pour le propre compte de leurs enfants et s'excluent eux-mêmes du débat. La logique de "reproduction" affecte toutes les strates...

C'est dramatique. Et les manifestations sont multiples. Pourquoi les grandes confédérations syndicales interprofessionnelles défendant la classe ouvrière et a priori tout à fait légitimes sur le sujet de l'école, se taisent, considérant que ce dernier "appartient" aux enseignants et donc relève des compétences des organisations corporatistes ? C'est incompréhensible, surtout quand l'école ne traite pas très bien les enfants de la classe ouvrière. Mais l'école se voit attribuer un rôle sacré, une fonction de salut : on la charge de résoudre la plupart des problèmes sociaux, d'améliorer les m?urs et l'hygiène alimentaire, de développer l'économie et l'éthique personnelle, d'instaurer la mixité sociale et la tolérance, bref de "sauver" les gens et même le monde. Ceux qui échouent et n'en sont pas dignes deviennent donc coupables de commettre une faute morale.

La chaîne des responsabilités et des complicités est nombreuse...

A entendre les ministres de l'Education citer sans cesse Condorcet ou Jules Ferry, on affirme une tradition qui hypothèque toute remise en question, toute nouvelle perspective, tout débat dépassionné. Chaque réinterrogation du programme scolaire est considérée comme une "atteinte" et fait l'objet, dans les tribunes du Figaro comme du Monde, d'un déversement de tribunes dénonçant l'assassinat de la culture ou de la civilisation. L'enjeu de "l'ambition de la nation" s'est substitué à la seule véritable question qui vaille : qu'est-ce que les élèves peuvent et doivent apprendre ?

Le dogme de l'"ultra" chiffrage, quantification, marchandisation a contaminé l'ensemble des métiers. Y compris ceux qui relèvent du bien public et universel. La dévalorisation du métier d'enseignant et, au-delà, d'éducateur, résulte-t-elle de la perception qu'il n'a pas de rentabilité ? Jusqu'où l'enseignant doit-il être considéré comme un salarié "normal", à partir de quand doit-il être protégé dans ses particularismes ?

L'école est nettement moins marchandisée qu'on ne le pense. Au contraire des universités et des centres de recherche engagés dans une compétition nationale et internationale, les établissements ante-baccalauréat sont plutôt préservés. Evitons de faire porter à une supposée marchandisation la cause de l'incapacité du corps social à engager les réformes. Les effets négatifs des politiques peuvent être mesurés ; mais la rhétorique, commode, attribuant à un vague complot libéral l'origine des maux de l'Education nationale et un dessein destructeur, est fallacieuse. En revanche, les enseignants sont exposés à une mutation profonde, très mal supportée mais qu'il est tout à fait possible d'accompagner : le passage de la vocation à la profession.

Cette vocation, mais aussi la responsabilité et le sens même de l'enseignement évoluent, c'est-à-dire s'adaptent ou ripostent, au gré des mutations sociologiques. Comment celles que traverse la société française (mobilité et autonomisation tous azimuts, multiplication des sources de connaissances, éclatement de la cellule familiale, diversification ethnique et culturelle, etc.) réinterrogent-elles l'enseignement ?

Il est nécessaire, en 2013, d'affranchir le vocable "vocation" d'attributs excessivement romantiques. Autrefois, les enseignants étaient les bénéficiaires de l'autorité que l'institution elle-même exerçait sur la société. Ainsi, tout comme à l'Eglise que représentait le prêtre, c'est à l'Institution - l'école, mais aussi l'Etat et la République - que l'élève faisait allégeance, l'enseignant n'étant "que" l'incarnation, le passeur d'une autorité supérieure symbole de raison et de guide. "Si tu ne me respectes pas, respecte ce que je représente", pouvaient objecter les instituteurs aux enfants indisciplinés. Ce modèle s'est effondré, cet idéal est révolu, dans le sillage du transfert du schéma catholique vers le modèle laïc - tous deux adoptaient des modes de production, des systèmes de formation homogènes : séminaire, séparation des sexes, école normale, etc. Les causes de cette mutation sont multiples : l'autorité de l'institution s'est épuisée, on ne croit plus avec la même innocence ni à la nation ni au progrès ni à la science, le mécanisme de promotion sociale des catégories des élites populaires vers l'enseignement a décliné au profit de classes moyennes qui se "recasent" dans l'appareil éducatif. Résultat, l'enseignant ne se sent plus empli du même devoir et des mêmes investissements à l'égard de la société. La vocation telle qu'elle se définissait n'est plus ; place à une conception professionnelle du métier : "on" ne donne plus sa vie à l'école, on n'exerce plus au nom de sa foi en la République, en revanche on recherche et on éprouve une satisfaction professionnelle. Or, dans ce contexte de mutation, on échoue à définir une "professionnalité enseignante". Et c'est là l'une des grandes manifestations de l'impuissance politique, incapable d'"aider" au passage de la vocation à la profession. C'est cette transformation que le métier d'enseignant doit accomplir.

L'enseignant doit-il porter la responsabilité d'être éducateur ? Jusqu'où a-t-il cette responsabilité ou peut-être le devoir de se substituer aux carences éducationnelles dans une société que caractérisent le morcèlement, la mutation des repères traditionnels, les sollicitations consuméristes, mais aussi la dislocation de l'Etat ?

Le vieux modèle vocationnel républicain s'épuise, et cela affecte de nombreux métiers. Je milite pour que les enseignants soient recrutés à bac +1, formés dans des écoles professionnelles, et pour qu'ils apprennent le métier comme le font les Suédois, les Finlandais, les Japonais ou les Canadiens. De plus, l'école républicaine autrefois avait un projet moral et éducatif : sous-jacent à l'apprentissage de savoirs, il s'agissait de former un individu à se maîtriser, à communiquer, à être responsable, bref à se construire. Ce projet moral a malheureusement disparu. Chacun revendique une école équitable, juste, productrice de bons professionnels, mais personne n'est en mesure de dessiner l'essentiel : le "type d'individu" que l'on souhaite faire éclore. La communauté juvénile est confrontée au monde des savoirs et des évaluations. Le corps enseignant dénonce avec raison la décomposition des liens familiaux, la bêtise médiatique, une anomie généralisée ; mais, dépourvu de projet éducatif, concentré sur la performance et l'apprentissage des enfants, il contribue in fine à ce qu'il dénonce ! La société gagnerait à produire de jeunes adultes intellectuellement curieux, qui ont confiance en eux et dans les autres. Les jeunes sont unanimes : ils confient à l'école le soin de les préparer à être performants, et à leur entourage celui de les former en tant qu'individus. La problématique du contenu de la "mission" des enseignants est endémique. Et les manifestations, comme celles du temps de Claude Allègre ministre, refusant l'étiquette de pédagogues ou d'éducateurs, m'attristent. Comme les enseignants ne sont pas non plus des savants, alors que sont-ils ? Ce refus de la responsabilité éducative est, à mes yeux, inacceptable. Et même sotte, car la plupart des professeurs en réalité l'assument naturellement au quotidien. L'école - et, au-delà, les services publics - ne peut pas ignorer un fait : il lui appartient de participer, même modestement, à colmater la brèche, puisque la société n'assure plus suffisamment ses responsabilités en matière d'éducation. Mais cela exige de ne pas abandonner les enseignants à leur sort et de les armer dans ce sens.

Tout comme l'Eglise à l'endroit de la société, la question doit être posée pour l'école : doit-elle suivre ou résister à l'évolution de la société ? Parce que le monde est dur, doit-elle endurcir ? Parce que le monde est compétition, doit-elle préparer à être compétiteur ? Parce que le monde est individualisme, doit-elle former à vivre son individualisme ? Parce que le monde est travail, doit-elle façonner des travailleurs ? Bref, doit-elle servir la cause intrinsèque et intègre de l'être ou sa faculté à devenir acteur dans la société ?

L'école a vocation à résister, mais aussi à former des résistants. Il ne s'agit, bien sûr, pas d'isoler les jeunes des désordres et des passions du monde, mais simplement de les rendre plus intelligents pour comprendre le monde et y trouver, à partir de raisonnements autonomes, une place. Que voulons-nous que nos enfants sachent et maîtrisent ? Savoir être et savoir penser : voilà à quoi l'école doit former en premier lieu. Il est capital d'apprendre aux enfants à devenir de futurs acteurs de la démocratie. Or comment y parvenir dans un système éducatif à ce point non démocratique et qui n'accorde ni droit ni leçon de vie collective aux apprentis ? Pour cela, encore faudrait-il réintroduire ce qui manque cruellement : la notion de droits et de devoirs. Une bonne école, c'est une "communauté d'adultes" qui prend en charge une "communauté d'élèves" ; ce n'est pas une juxtaposition d'heures de cours saucissonnées sans cohérence ni lien ni sens entre elles. Plus la société se désocialise, plus l'école a le devoir de fabriquer des sujets "acteurs" et responsables.

Dès lors, peut-on "lire" la société dans le prisme de l'école, de l'enseignant, et de l'enseignement ? L'école (et ses particularismes) forment-ils un reflet de la société ?

L'école est un miroir, elle s'adapte à tout ce qui produit la mutation des comportements (nouvelles technologies, internet, téléphones portables, etc.). Mais que fait-on de ces bouleversements ? Comment les intègre-t-on à un projet éducatif ? Ces questions semblent ne pas intéresser grand monde. Prenons l'exemple de la mixité. On ne peut qu'y être favorable, mais des travaux sociologiques font état d'un durcissement des identités sexuelles, garçons et filles renforçant de leurs côtés leurs particularismes et faisant enfler les hostilités. Problème fondamental, qui interroge bien au-delà de son périmètre et devrait faire l'objet d'investigations et de partages au sein du corps enseignant. Il n'en est rien, la plupart des professeurs considérant le sujet extérieur à leur stricte mission d'enseigner. Comment s'étonner alors que dès huit ans des enfants proposent eux-mêmes d'être formés par internet faute de percevoir l'intérêt véritable de l'école ?

Les enseignants sont, légitimement, en crise de reconnaissance. Or, dans une société à ce point ligotée au diktat comptable, est-il encore possible d'évaluer le mérite et la performance selon des critères désindexés de la dictature chiffrée ? Comment reconnaître officiellement et concrètement un enseignant dont l'investissement personnel ou les qualités de pédagogue sauvent un élève de la déscolarisation, éveillent un autre au plaisir de lire ou au goût des mathématiques, révèlent chez un troisième un potentiel de savoir-être et de savoir-faire grâce auxquels il apprend la confiance ?

Le système éducatif s'est calé sur le simple critère de l'ancienneté pour procéder, mécaniquement, aux promotions. Pendant très longtemps, le maître rendait des comptes à l'inspecteur qui rendait des comptes au Ministre qui rendait des comptes à la nation. Cette méthode est révolue. Les parents attendent énormément de l'école, et notamment qu'elle soit capable de dire ce qu'elle fait. Et on ne peut qu'y souscrire. Parce qu'il paie des impôts qui financent l'éducation, chaque citoyen est en droit de savoir ce que le système produit, si les enfants progressent et ce qu'ils apprennent, etc. Le monde éducatif doit rendre des comptes, non seulement à l'institution qui l'héberge mais aussi aux citoyens qui le rétribuent et lui confient leurs enfants. Chaque enseignant a besoin de savoir ce qu'il fait, et doit même accepter, dans le supérieur, d'être évalué par les étudiants. Tout cela est certes dérangeant pour les professeurs habitués à la simple évaluation de leur tutelle, mais c'est pourtant essentiel pour les accompagner dans leur propre progression. C'est aussi une manifestation de la démocratie.
En revanche, dans le primaire ou le secondaire, le raisonnement doit être différent. Evaluer individuellement les enseignants n'est pas opportun. Et d'ailleurs plusieurs études menées aux Etats-Unis démontrent les limites d'un système pervers à la satisfaction duquel les professeurs se consacrent en priorité au détriment de l'éducation des enfants. En revanche, je souscris à l'évaluation de l'établissement. Ainsi pourrait-on récompenser ou sanctionner le projet éducatif dont la qualité résulte de la volonté de chaque enseignant de contribuer à un dessein collectif. Ainsi est-on personnellement concerné par le comportement et l'engagement, positifs et négatifs, de son confrère. Dans ces conditions, toutes les difficultés professionnelles ne pourraient être ignorées et les enseignants pourraient être aidés... Cette dimension permettrait aussi de développer une solidarité entre professeurs, trop souvent anémique. Comment ne pas me remémorer ces collègues rentrant en larmes d'un cours et qui s'isolaient au fond de la salle des professeurs sans que personne ne vienne les secourir... Le monde de l'enseignement est d'une solitude absolue au nom de l'autonomie de chaque enseignant. L'enseignant perfectible ou fragile ne sera jamais aidé ; ses collègues feront en sorte de ne pas placer leurs enfants dans sa classe. A toutes ces conditions, la fonction éducative pourrait être activée, et chacun pourrait se sentir pleinement "responsable". Enfin, alors que le contexte sociétal et notamment la remise en cause des autorités parentale et professionnelle rendent l'exercice du métier d'enseignant de plus en plus difficile, un tel dispositif d'évaluation constituerait une aide précieuse.

Or, paradoxalement, les syndicats enseignants semblent nettement plus enclins à défendre la surface que la racine du problème : les conditions de travail plutôt que l'origine du mal-être. Et in fine l'image et la réputation des enseignants se dégradent dans la société...

Effectivement, et de manière très injuste. La stratégie syndicale cherche seulement à limiter certains problèmes plutôt qu'à s'attaquer au fond. Tout le monde, et en premier lieu les enseignants en pâtissent. Pourquoi les professeurs des lycées parisiens les plus protégés se plaignent - du niveau des élèves, du comportement des parents, de la sclérose administrative, etc. - quand leurs homologues suédois, canadiens, australiens des établissements de quartiers défavorisés affichent un moral qui ne peut que nous surprendre...

Intrinsèquement, la France n'est pas une terre d'entrepreneurs. Les causes sont multiples : histoire politique, administrative, sociale, économique, culturelle... mais aussi ce fonctionnement du système éducatif qui est lui-même la négation entrepreneuriale. N'étant pas encouragés à être entrepreneurs dans leur parcours professionnel, les enseignants peuvent difficilement former les enfants à développer un esprit d'entreprendre...

Là encore surgit un lourd problème. D'une part, le vocable même "d'entrepreneur" est négativement connoté, tout comme l'adjectif et le substantif "libéral" alors qu'hors de l'Hexagone il porte les principes d'égalité, de justice, d'État-providence et de tolérance... La France souffre d'une sorte de "théologie scolaire", similaire à la théologie cléricale, concédant à l'État central la responsabilité d'uniformiser les process et de tout contrôler. L'Eglise a eu son Vatican II, mais le système éducatif n'a, lui, pas fait son aggiornamento. Toute évocation de "formation professionnelle à l'école" suscite la peur et la colère : va-t-on soumettre les enfants au "mal" capitaliste ? semblent dire les contempteurs. Le monde enseignant ne manque pas, loin s'en faut, de sujets qui entreprennent. Malheureusement, l'administration constitue un obstacle, souvent rédhibitoire. Toute tentative d'innover, de proposer des modes alternatifs d'enseignement davantage adaptés au profil des enfants, est une épreuve. Enfin, n'oublions pas le dogme, si spécifique au système français et source de ses blocages : le faux conflit syndicats - administration. Tous deux forment en réalité un couple et se contrôlent mutuellement, dissuadant tout - et notamment les initiatives nouvelles et audacieuses - ce qui peut remettre en question les habitudes et les convictions, aussi dépassées ou inopérantes soient-elles. Ils s'accordent à maintenir le système dans la pesanteur et l'immobilisme. Et ainsi, toute expérimentation réussie est étouffée au lieu d'être essaimée. "Au moins, faites en sorte que la machine administrative ne décourage pas ceux qui entreprennent, bousculent, inventent", ai-je envie de transmettre, comme seule requête, à Vincent Peillon.

Les doctrines anti-capitalistes, anti-marchandes, même anti-entreprises n'épargnent effectivement pas le corps social de l'Education nationale. Et notamment la corporation des professeurs d'économie. Ces derniers doivent-ils être autorisés à teinter leur enseignement d'idéologie, quelle qu'en soit l'orientation ?

Je participais à une commission de réforme des programmes des sciences économiques et sociales. J'en ai démissionné il y a trois ans. La raison ? Le découragement face à des débats qui se concentraient sur le volet théologique ou doctrinaire du programme - "que faut-il enseigner pour que cela profite à la sociologie et à l'économie ?" - au détriment de la seule interrogation qui vaille : qu'est-ce qu'il est utile qu'un élève apprenne ? La rhétorique antilibérale et anti-entreprise au sein du corps enseignant est une réalité, parfois incohérente quand on sait combien l'univers de l'école, obsédé par les classements, soumis aux diktats de l'hyper sélection et de l'hyper compétition, opposé aux choix de carrière des élèves et capable de délaisser les plus vulnérables, est lui-même d'une extraordinaire brutalité ! Et cela, on peut le juger aux maux de ventre des enfants, à leur angoisses devant les notes dès le primaire, à leur peur - conjuguée à celle, souvent motrice, des parents - d'échouer. Cet univers de l'école a, pendant longtemps, revendiqué une sorte de havre de paix, même une leçon de sagesse et d'exemplarité en riposte à la "brutalité" de la société, notamment économique. Ce temps est révolu parce que l'école elle-même est devenue brutale et dénonce la brutalité réelle du capitalisme pour cacher sa propre violence.

En la matière, l'enjeu éducationnel est de placer l'élève dans les conditions de développer un esprit critique sans pour autant orienter ou conditionner ce dernier...

C'est fondamental, mais cela interroge la nature des modes d'apprentissage. Or quels sont-ils lorsque les études internationales établissent que les jeunes Français, pourtant parmi les plus favorisés de la planète, sont les plus pessimistes sur leur propre sort, n'ont pas confiance en eux, ou se jugent massivement en situation d'échec ? Quels sont-ils lorsque 80 % des élèves français en situation d'incompréhension n'osent pas interpeller leur maître alors que 80 % de leurs alter egos américains ou suédois lèvent le doigt dans hésitation ? Comment, dans des conditions aussi peu encourageantes, aussi peu accueillantes développer un esprit critique ? Le drame est que les élèves ont souvent compris que ce qui est vraiment intéressant dans la vie et utile à leur construction d'homme est inaudible dans l'enceinte scolaire. Plutôt que d'esprit critique, l'école développe la résistance à l'école, une forme de désillusion pessimiste...

Ce que chanta merveilleusement Leny Escudero dans Le cancre. Nourrir l'humanisme et l'éthique de son auditoire figure-t-il seulement encore parmi les prérogatives majeures de l'enseignant ? Comment doit-il les traiter pour les affranchir de toute morale ou idéologie ?

La société ne peut pas fonctionner sur le caractère aléatoire de l'héroïsme personnel, surtout dans un environnement autant porté au maintien des arts et traditions éducatifs. Espérer créer une éthique n'est pas raisonnable ; mais on peut aspirer à façonner les conditions d'une responsabilité. Et celle-ci, les établissements doivent l'assurer à l'égard des élèves non seulement dans leur apprentissage technique mais dans leur comportement général - vie collective, ambiance à la cantine, attitude lors des ateliers théâtre ou sport, relations garçons-filles, etc. D'autre part, les maîtres doivent disposer de compétences professionnelles et didactiques plus grandes. Or en France les chiffres sont éloquents : pourquoi un élève sur quatre connait-il de très grandes difficultés de lecture en CM2 ? Les explications dénonçant la paupérisation des conditions sociales ne sont pas totalement acceptables, car d'autres pays occidentaux n'étant pas mieux lotis ont cependant moins d'échecs scolaires précoces. Les pays protestants disposent à ce titre d'un avantage : ils ont su "fabriquer" des établissements scolaires de droit plein et entier sur le modèle de la communauté démocratique des croyants réunie autour du pasteur. En France, les établissements sont à l'image des paroisses : un échelon intermédiaire, asservi à une autorité supérieure - le ministère pour les premiers, le Diocèse pour les secondes - et donc dépourvu de véritables autonomies et responsabilités décisionnelles. Les répercussions sont pléthore. Parmi elles : l'affectation des enseignants, orchestrée par un ordinateur selon des paramètres bureaucratiques et rationnels alors qu'un système de cooptation assurerait de bien meilleurs résultats.

"La France a préféré la méritocratie scolaire à la méritocratie économique", observez-vous. En cause : "Une réussite par l'argent perçue nettement moins digne et honorable que la réussite par les études et les diplômes". Peut-on travailler à rééquilibrer la perception de ces réussites ? Surtout à l'aune d'une conjoncture qui ne récompense plus la méritocratie scolaire, si l'on en juge par l'impressionnante tension du marché de l'emploi des jeunes diplômés...

C'est un chantier considérable. Comme l'a bien détaillé Philippe D'Iribarne dans Le sens de l'honneur, la Révolution française fut certes une formidable affirmation d'égalité démocratique, mais elle répandit aussi le rêve secret, pour chacun, d'accéder au cénacle de l'aristocratie... D'aucuns vivent constamment dans l'ambivalence : notre société est à la fois fondamentalement démocratique et elle défend aussi âprement toutes sortes de rangs et de castes. La méfiance à l'égard de l'argent émane de l'aristocratie et du clergé, de tous temps suspects à l'endroit des réussites ou des fortunes soudaines. Or nous vivons dans un monde pleinement capitaliste, certes pour le pire mais parfois aussi pour le meilleur, car l'argent est moteur d'autonomie et de liberté. Nous devons apprendre à assumer davantage de cohérence. Reconnaissons enfin qu'à l'ère d'une financiarisation extrême et mondialisée qui dénature et défigure dans l'opinion publique l'acte vertueux des entrepreneurs, tisser une relation saine à l'argent devient compliqué. Les "revenus obscènes" et la grande pauvreté n'aident pas à apaiser le rapport à l'argent.

A quels types de fractures, au sein de la société, le double désajustement des diplômes et des emplois, et des mérites scolaire et professionnel, et la perception consubstantielle de l'injustice préparent-ils ?

L'accumulation des fissures peut provoquer une profonde fracture. Le découragement et la résignation devant la possible inutilité de l'enseignement ont gagné les esprits. Le décrochage scolaire est une réalité, puisqu'il affecte chaque année jusqu'à 150 000 élèves. De leur côté, la plupart des recruteurs sont complices, puisqu'ils sont rivés sur les diplômes et participent à l'exclusion des plus vulnérables. Le poids des qualifications scolaires leste le dynamisme du système productif et nourrit une logique de reproduction et de consanguinité à l'intérieur même des entreprises. Jusqu'à présent, on faisait face à des enfants qui découvraient, lors de leur cursus, leur inaptitude au système éducatif : dorénavant apparaissent des élèves qui d'emblée et a priori n'ont pas confiance dans ledit système et se disqualifient. C'est ce qui caractérise les ghettos américains. Et c'est le pire des spectres. Seules solutions : d'une part que l'école soit davantage éducative, c'est-à-dire qu'elle s'intéresse aux individus, à leur personnalité, à leurs champs singuliers, de réalisation ; d'autre part que les diplômes occupent une place moins importante dans la vie sociale. Ainsi les non diplômés auront davantage d'opportunités, et les diplômés seront "allégés" d'une injuste rente.

L'école devait occuper une place centrale dans le dispositif visant à corriger l'inégale distribution des chances, elle a longtemps porté les espoirs de justice sociale et d'intégration nationale. L'échec est total... N'est-ce pas davantage dans l'accès - à un bon enseignement, à un bon établissement, au bon quartier, plus tard aux bons réseaux - que l'on constate à la fois la plus insupportable des inégalités et la pire incapacité du système éducatif ?

Pour l'essentiel, les inégalités scolaires sont le produit des inégalités sociales, et donc diminuent ou progressent proportionnellement à la réduction ou à l'accroissement de ces dernières. Or en France, au contraire du Canada, l'envergure des inégalités scolaires est bien supérieure à celles que laissent supposer les inégalités sociales. En cause : une culture scolaire sélective, et la perception qu'il n'existe aucune autre opportunité de réussite que l'école. Ce qui par ailleurs enjoint de taire définitivement les chimères dorées et récurrentes qui confèrent à l'école un levier d'ascenseur social ou la responsabilité de résoudre tous les maux de la société et de l'individu. Faut-il pour autant abdiquer ? Non. Une meilleure qualité d'établissements et de l'offre éducative serait décisive. Tout comme un plus grand brassage, afin que les meilleurs et les "pires" des élèves ne se concentrent pas dans les meilleurs et les "pires" établissements.

Sans doute. Mais la société est bouleversée. Elle s'est durcie, compartimentée, précarisée. Qui donc ne veut pas le meilleur et le plus sûr pour ses enfants ? Qui donc est déterminé, au nom de cette nécessaire double contraction des inégalités scolaires et sociales, à ne pas placer son enfant dans les établissements les plus performants et les plus protégés des "mauvaises fréquentations" ? Le dessein et l'?uvre républicain, vers lesquels les citoyens ont longtemps convergé, volent en éclats...

... Et c'est bien pour cette raison qu'il faut saisir le problème à bras le corps ! Cela passe en premier lieu par la constitution d'équipes solides, par la fidélisation des meilleurs et des plus entreprenants professeurs, mais également par une stratégie d'implication des parents d'élèves. Les études le démontrent : plus ils sont informés, sensibilisés, mobilisés, responsabilisés à l'égard de leurs enfants et associés aux enjeux, y compris scolaires et pédagogiques, de l'établissement, plus le niveau des élèves progresse. Enfin, il est impératif de fournir les clés pour se déplacer dans les méandres de l'administration, pour simplement obtenir les informations utiles à la compréhension du système comme des enjeux de l'orientation. Pour autant, il faut raison garder : l'école ne va pas sauver le monde.

Certes. Mais elle a le devoir d'apporter une réponse à la parcellisation, à la paupérisation, à la communautarisation, même aux dérives de radicalisation ethnique ou religieuse qui infectent la société et menacent son équilibre. Comment doit-elle travailler à un meilleur vivre ensemble entre des populations de plus en plus cloisonnées et imperméables les unes aux autres ?

Si l'école publique ne s'y emploie pas, qui le fera ?

... L'école privée ?

Le succès des établissements privés - y compris dans les couches sociales très populaires - résulte en premier lieu du mécontentement des parents pour l'école publique, mais aussi de l'assez grande similarité entre ces deux familles. L'école publique a été conçue pour résister à ces forces d'éclatement, et pour cela requiert un support d'équité et une vocation éducative. Si ledit système poursuit sa marche en avant vers une compétition tous azimuts, vers une production de diplômes réservée à un aréopage privilégié et dépouillée de tout projet éducatif, alors il y a de quoi être très inquiet. Car alors la mission première de l'école publique : "faire commun", aura disparu. De 3 à 16 ans, l'école doit dispenser un seul et même enseignement. C'est la condition d'une plus grande égalité. Si ce projet échoue, le privé ne pourra que se développer. Il est temps de rappeler qu'au nom de l'intérêt général, pas plus que l'hôpital aux médecins ou l'armée aux militaires, l'école n'appartient pas à la "machine" - ministère, administration, établissements, enseignants - Education nationale.

La discrimination positive aura constitué aux Etats-Unis un levier capital pour tenter d'inverser l'injustice dont les populations "éthniquement" défavorisées étaient frappées. En France, Richard Descoings avait instauré à l'IEP Paris un système, hautement médiatisé, chargé de contrer l'injustice "sociale" que subissent les jeunes des quartiers difficiles. Ces dispositifs destinés à riposter aux injustices ont eux-mêmes créé d'autres formes d'injustice ou d'autres perceptions de l'injustice. En réalité, on ne corrige pas l'injustice, on doit en revanche attaquer son origine...

Tout dispositif de discrimination positive doit être abordé avec beaucoup de prudence et de retenue. Il n'a de légitimité et d'intérêt que s'il est fondé sur des critères de mérite exclusivement personnels et non sur de supposés mérites de "groupe" : les groupes n'ont pas de mérite. Les membres des "minorités visibles" n'aspirent aucunement à un régime de faveur, synonyme d'atteinte à leur dignité. Les dispositifs visant à saupoudrer dans les prestigieux établissements quelques poignées de jeunes méritants issus des quartiers défavorisés ne sont pas inutiles mais font office de poudre aux yeux et ne résoudront aucunement le problème ; le véritable enjeu porte sur la qualité de l'enseignement dispensé à ceux qu'on envoie en lycée professionnel dès la troisième. Or ils sont chaque année plusieurs dizaines de milliers, et sont dans, leur immense majorité, issus de catégories sociales désavantagées. Il n'est pas difficile de sélectionner une vingtaine de banlieusards ultra-brillants pour les envoyer à l'Ecole Polytechnique ; en revanche, abaisser le taux d'illettrisme de 20 % à 10 % chez les enfants de 10 ans, donner aux adolescents le plaisir d'apprendre et donc la possibilité de se "construire", voilà un vrai et beau défi. Et bien plus difficile à exaucer.

"L'école demeure perçue comme la grande machine à distribuer les inégalités légitimes, et la justice consiste à limiter les effets des inégalités sociales sur la sélection scolaire". Que doit-on circonscrire aux inégalités légitimes et justes ? Au-delà du périmètre scolaire, selon quels critères doit-on distinguer justes et injustes, légitimes et illégitimes, utiles et délétères inégalités ?

Question extrêmement complexe. La pratique des échecs et du tennis vous apprend à endosser seul la paternité du succès ou la responsabilité de la défaite. L'école rêve d'être ainsi : un espace qui a neutralisé toute ingérence, toute influence extérieure pour assurer des conditions équitables de compétition. Mais ce rêve est chimérique car si le mérite est louable, on ne peut rien face au facteur "chance" et à l'influence des inégalités culturelles et sociales. Les études démontrent ainsi que la beauté physique de l'élève n'est pas étrangère à ses performances scolaires, car les professeurs sont davantage attentifs, la confiance personnelle est plus élevée, l'aura auprès des camarades et donc le rayonnement sont plus grands. Est-ce un mérite ? Non, bien sûr. Naître dans une famille stable et cultivée est une chance qui se transforme automatiquement en mérite scolaire. Est-ce vraiment mérité ? La fiction du mérite est utile, mais elle ne doit pas devenir fantasme. La compétition méritocratique est la seule manière d'allouer des individus à des positions sociales inégalitaires. Mais ce mécanisme juste a priori peut engendrer de très grandes inégalités. Il faut donc être méritocratique sans aller au bout de cette logique et ce soucier surtout du sort de ceux qui n'ont pas de mérite.

L'inégalité est "aussi" motrice, elle encourage le dépassement de soi...

Absolument. Contrairement aux idées reçues, toutes les catégories socio-professionnelles sont favorables au mérite et à des inégalités qui sanctionnent l'effort. Ce n'est pas l'apanage des cadres. Ainsi, la population ne revendique aucun égalitarisme, et même reconnait que les écarts de salaires indexés au degré de responsabilité sont normaux...

Mais jusqu'où ? Henri Ford plaçait sur une échelle de 1 à 40 l'écart maximum admissible. Aujourd'hui, quelques dirigeants perçoivent en un seul exercice l'équivalent de 300 années de SMIC. Dans le même temps, l'INSEE rappelle qu'à postes similaires les femmes sont en moyenne rémunérées 28 % de moins que leurs homologues masculins. Et face à de telles injustices, la société est résignée. A quoi attribue-t-on cette atonie ? Ne témoigne-t-elle pas qu'au fond de chacun plus essentielle que l'inégalité apparaît la perspective, même inatteignable, d'être un jour du "bon côté" ?

Ce qui est en cause, ce sont les inégalités excessives et les inégalités non méritées. La société a pour responsabilité de contenir l'amplitude des inégalités de telle sorte qu'elles ne cassent pas le sentiment d'unité. L'inégalité est considérée obscène lorsqu'elle marginalise, lorsqu'elle exclut de l'humanité que l'on croyait encore partager, lorsqu'elle donne le sentiment que "l'on n'est plus du même monde". Cela advient lorsque les grandes richesses deviennent abstraites, que leurs propriétaires ne sont plus accessibles, et que les lieux ou les circuits de production de ces richesses ne sont plus compréhensibles. Dans le vieux modèle de société "communo-gaulliste", le patron était certes riche et puissant, mais il était là, présent, visible, la perception d'inégalité liée aux écarts de rémunération était donc plus acceptable.

L'un des facteurs majeurs de transformation du travail est l'apparition de l'autonomie. Elle devrait être un levier unanimement apprécié de valorisation du travail. En réalité, elle est sous les feux d'une critique multiple : notamment celles de l'aliénation et d'une supposée capture, par les dirigeants d'entreprise et les systèmes managériaux, de la liberté. Elle conditionne le double exercice du pouvoir et des responsabilités. Lequel est de plus en plus diffus, disséminé, parfois même invisible, et est affaibli par le phénomène tentaculaire du principe de précaution. Par la faute de cette dilution de "l'auteur décisionnel" qui affecte principalement les entreprises grandes et mondialisées, mais aussi toute l'administration, a-t-on perdu le sens de la responsabilité ?

Les enquêtes conduites auprès des ouvriers montrent une grande nostalgie pour cette époque du patron reconnu, et simultanément un rejet du néo-management actuel aux ordres de "chefaillons" et d'une hiérarchie invisible et fuyant ses responsabilités. Un néo-management pervers, et qui place les subordonnés dans une incertitude permanente érigée en dogme. Or la routine est tout aussi bonne, y compris pour l'organisation du travail. Laquelle, parce qu'elle est sans cesse remise en question, réévaluée, redimensionnée, est vécue comme une entrave à l'exercice de son métier et apparaît même en tête des motifs de souffrance. Alors on se résigne, on aborde tout changement, toute nouvelle méthode comme ponctuels et voués à être reconsidérés quelques mois plus tard, on se démotive, et on se recroqueville pour ne pas s'exposer.

Dans le domaine du travail, certaines injustices sont condamnables - discrimination, amplitudes des rémunérations hommes/femmes, etc. -, mais la plupart résultent d'un cadre référent extrêmement hétérogène et se soumettent à une appréciation tout aussi plurielle. Il n'empêche, la conjoncture peut objectiver aujourd'hui des injustices hier subjectives. Les exemples ne manquent pas. Notamment l'écart de traitement et de privilèges entre l'artisan et le fonctionnaire territorial, entre l'ouvrier et le cheminot, apparait de plus en plus insupportable "objectivement" et participe à fissurer le "faire sens ensemble"...

Nous évoluons dans un sale climat. S'installent le sentiment que chacun est menacé, la préoccupation de protéger coûte que coûte son acquis et sa position, et donc une haine à l'égard de ceux susceptibles de les mettre en danger. Ce climat est très "Années 30". D'autre part, le monde du travail est très hétérogène. Reconnaître le mérite chez un enseignant universitaire ou un commercial en informatique ne peut répondre aux mêmes critères. Or dans le même temps, nous évoluons dans un univers de comparaison, avec la perception que la reconnaissance des uns menace celle des autres.

Finalement, qu'il s'agisse d'entreprise industrielle ou d'établissement scolaire, les réponses à l'ensemble des maux convergent vers un même vocable : l'exemplarité...

Les acteurs sociaux sont nettement plus consistants, pertinents et responsables qu'on ne le dit. Au sein de l'école, cela signifie qu'on ne peut espérer endiguer les retards, les absences, la discourtoisie, le désintérêt des élèves si les professeurs eux-mêmes ne donnent pas l'exemple. C'est à cette seule condition qu'il sera possible de restaurer un rapport à l'autorité aujourd'hui dénoncé par ceux-là mêmes censés l'appliquer mais qui s'en déjugent ou s'en affranchissent. L'exercice de l'autorité est considéré comme un "sale boulot" alors qu'il constitue en réalité un extraordinaire régulateur et le meilleur rempart aux dérapages. Mais les enseignants ne se sentent guère soutenus et il arrive que le mauvais exemple vienne d'en haut.

Crise d'autorité, crise de responsabilité, crise d'exemplarité, crise de démocratie : la crise que traverse la France est bien davantage "humaine" et sociétale qu'économique et sociale...

Effectivement, le malaise est protéiforme mais trouve sa racine essentiellement dans les comportements.

La société est en proie à une "désarticulation sociale" et à l'éclatement des repères. Déterminer des critères universels, acceptés de tous, récompensant le mérite et la reconnaissance, devient alors impossible. Par ailleurs, les particularismes matérialistes et consuméristes provoquent de nouveaux sentiments d'inégalité ou d'iniquité liés à l'incapacité d'assouvir un souhait ou d'accéder à un produit qui semblent abordables, qui semblent "faire" société et lien social (ex. smartphones). Des injustices hier tolérables sont aujourd'hui intolérables (et vice-versa). Longtemps, le citoyen "de gauche" confia à l'Etat le soin de corriger les injustices et espéra qu'il existait une vision "républicaine et nationale" de la justice. L'érosion des compétences de l'Etat et sa propre inexemplarité, la contestation croissante des organes publics - y compris dans le domaine de l'enseignement - censés assurer la justice, trouvent-ils des palliatifs au sein d'autres organisations de la société ?

Pendant longtemps, les citoyens ont éprouvé le sentiment qu'ils "faisaient société", que leurs particularismes sociaux, professionnels, politiques, religieux, n'étaient pas un obstacle à la solidarité qui avait pour socle la nation, le travail, et pour charpente une souveraineté politique à laquelle tous souscrivaient. L'État commandait, de manière rassurante, la vie sociale et "homogénéisait" la culture nationale. Aujourd'hui, la nation continue d'être une réalité, mais la perception grandissante est qu'elle se dilue, s'échappe. Et se radicalise. Les représentations intermédiaires s'affaissent, libérant les angoisses et enflant les replis, y compris identitaires. Le jeune cadre trilingue rompu aux nouvelles technologies et aux règles de la mobilité n'est pas affecté. Mais toute cette partie de la population exclue des nouveaux paradigmes de la société mondialisée vit dans la peur, et veut confier son avenir aux sauveurs et aux imprécateurs qu'elle croit capables de la protéger de ce qu'elle ne comprend pas. Cette situation est comparable à celle du début du XXe siècle. Nombreux étaient ceux qui, écartés des bouleversements technologiques de l'époque, étaient paniqués par ce progrès qu'ils ne saisissaient pas et par l'irruption de nouvelles inégalités qu'ils ne maîtrisaient pas. Ils ne tombaient pas, mais anticipaient ou simplement redoutaient la chute. La fameuse "peur du déclassement" chère à Eric Maurin.
 

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Commentaires

CRISTOL DENIS  a écrit le 21/11/2013 à 7:08 :

Bonjour et merci pour ce texte brillant, j'ajouterai seulement qu'il ne s'agit pas seulement de se focaliser sur le contenu "la seule question qui vaille", mais qu'il s'agit de sortir de cette représentation d'un "savoir-objet" pour aller vers un "savoir-rapport au monde". Si l'on continue à penser "savoir-objet" alors on restera encore dans le paradigme du "niveau" type PISA qui monte ou qui descend, et on en déduira qu'il faut plus de quelque chose pour compléter une forme, voire même on imaginera que l'autre a un handicap car il lui manque quelque chose, voire même que c'est un handicapé de la connaissance. Si on envisage un "savoir rapport au monde", alors la question quoi apprendre est moins importante, la question avec qui je le fais et comment prend alors une autre dimension et nous invite à poser les choses d'une façon qui peut nous permettre de changer de paradigme. Cela serai un moyen d'éviter la énième modification de programme qui n'est qu'un changement bien marginal.

STONE1  a écrit le 16/05/2013 à 20:00 :

Le savoir est un mille feuille à plusieurs sources : télévision, ordinateur, livre , rue .. L'école ne sait pas canaliser,utiliser tous ces ingrédients pour en faire un bon gâteau faute de moyens, de personnel, d'argent ,de considération ... Les restaurants de l'éducation sont à l'image de la société du profit qui se fiche de l'enseignement car il ne rapporte rien à court terme !

bellini  a écrit le 16/05/2013 à 19:59 :

Sociologue socialiste bienpensant. Surtout ne pas parler de sélection par le talent , elle se fait en douce: centre ville périphérie; public privé; classes prépas ( horrible!) universités...Et c'est toujours les mèmes qu'on interroge...La pravda française ou le tandem Dubet Mérieux! les "spécialistes"!

Amen.  a écrit le 16/05/2013 à 17:57 :

Encore un sociologue spécialiste de l'enseignement qui n'a jamais eu une classe en face de lui. Mais bon, ce n'est pas parce que l'on a jamais joueur de foot que l'on a pas le droit d?être un spécialiste et d'expliquer pourquoi l?équipe de France a des difficultés.

dam  a répondu le 30/05/2013 à 18:23:

Monsieur, est-ce parce que vous ne fabriquez pas de yaourt que vous ne pouvez avoir un avis pertinent sur son goût ?
L'école et le système éducatif ne sont pas le monopole de ceux qui y travaillent mais l'affaire de toute la nation puisque tout le monde y passe jusqu'à 16 ans...sauf pour ceux qui ne répondent pas aux bons critères et dont on se débarrasse ! Cette analyse en vaut d'autres et si les solutions ne vous conviennent pas, le diagnostic est plutôt partagé. Dites-nous donc que faire !

Mika  a répondu le 03/08/2013 à 16:26:

Désolé de vous contredire Amen, mais je vous rappel que François Dubet enseigne à l'université, donc c'est une évidence qu'il a eu en face de lui des élèves, enfin des étudiants, sachant qu'en première année c'est aussi la fabrique de l'exclusion ! Vous êtes donc hors sujet, vous avez certainement du mal à accepter certaines réalités basée sur des études, c'est ce qui vous fait réagir de la sorte... Et puis il est aussi issue d'un milieu populaire, se poser des questions sur les mécanismes de réussite et d'intégration est d'autant plus légitime lorsqu'on est entourées de personnes d'une culture différente, culture qu'on a sûrement dût assimiler pour réussir. Mais assimiler certaines choses ne veux pas dire rejeter sa propre culture, c'est aussi apporter son regard critique sur les systèmes mis en place par ceux qui prennent pour base leur propre culture pour la construire. Exemple extrême : Imaginez qu'un jour des amérindiens prennent une place dominante dans le monde et imposent un système d'éducation basés sur des rituels traditionnels issus de leurs culture, afin de perpétuer certains acquis et qui dirige les autres c'est à dire des gens qui ne sont pas issus de leurs cultures (donc considérés comme moins bons suivant un certain point de vue) vers des tâches qui sont moins valorisantes à leurs yeux, ou synonyme de non réussite... Vous irez vous demander pourquoi devrais-je apprendre à vivre en forêt lorsqu'on habite en ville... Une solution ? Moi j'en ai une, créer u système éducatif basé sur les bases culturelles propres à chaque régions, de par leurs fait historiques, leurs langues, leurs manières d'êtres, avec un échange équitable. C'est à dire que chacun en apprend de l'autre, non pas en se l'imposant, mais en se l'offrant et en acceptant chacun de son coté de perdre quelque chose pour recevoir de l'autre ! Mais pour ça, il faut une politique ouverte et qui elle aussi assimile des pratiques culturelles, ou des savoirs qu'on considère encore aujourd'hui comme illégitimes arbitrairement, car ceux qui décident des programmes ont souvent comme base pour la sélection de ces savoir à transmettre des critères anthropocentriques (même si à de rares exceptions des gens comme François Dubet ou comme Bourdieu existent ou ont existé pour faire pencher la balance autrement ou du moins essayer de le faire.)

michel  a écrit le 16/05/2013 à 10:34 :

J'adore les idées sur l'école primaire ou secondaire quand elles viennent de savants ou de professeurs du supérieur qui ne veulent surtout pas y enseigner. Combien d'heures de cour déjà ? 5 heures par semaine, non ?

Vincentph  a écrit le 16/05/2013 à 9:35 :

Excellent article ; je partage le constat de l'auteur avec seulement deux petites réserves :
- les classes préparatoires aux grandes écoles (que je n'ai pas fréquentées, ce n'est donc pas un plaidoyer pro domo) me paraissent plutôt à sauvegarder ;
- l'administration de l'éducation est comme les syndicats composée d'enseignants, il est donc normal que la vision corporatiste l'emporte ; si l'on ajoute que la plupart des représentants des parents d'élèves sont des enseignants, on comprend la lassitude des élus et personnalités extérieures dans les conseils d'école ou d'établissement.

Ce qui est extraordinaire c'est que plus de 50 ans après l'allongement de la scolarité à 16 ans, on continue à parler de primaire et de secondaire alors que la césure ne passe plus en CM2 mais en 3ème ; qu'effectivement aucune réforme structurante n'a été faite depuis cette date mais qu'on a bombardé le système de prescriptions souvent contradictoires qui affolent ou découragent les enseignants et qui restent incompréhensibles des familles.
Dans ce contexte, il est assez normal que la revendication soit purement quantitative : toujours plus de professeurs qui enseignent de moins en moins devant des classes à effectifs de plus en plus réduits. Les parents croient (à tort) que s'il y a 15 élèves dans la classe, ce sera mieux que s'il y en a 25. Totalement faux : un bon professeur sait faire un excellent cours à 40 élèves, un mauvais professeur sera tout aussi nul avec 15 élèves.

Cela dit, certains commentaires sont révélateurs de l'incompréhension des enjeux. Nous n'avons toujours pas atteint l'objectif de mener 80 % d'une classe d'age au bac alors que la plupart des pays développés approchent les 100 %. Beaucoup de notables rêvent de l'époque où les classes menant au bac étaient réservées à leur progéniture et seulement entr'ouvertes aux enfants les plus doués des autres classes de la société. Ce temps est révolu : dans la société contemporaine, la formation (pas les diplômes, la formation) est INDISPENSABLE pour survivre. Un charcutier français doit comme le charcutier coréen, finlandais, américain avoir de solides notions de comptabilité, de droit, d'informatique, d'hygiène, etc. Les tours de main ne suffisent plus et n'en déplaise aux professeurs, le charcutier peut trouver dans sa vie privée autant de plaisir qu'un prof à avoir une vie intellectuelle.

Une des premières réformes à faire serait de demander aux enseignants des écoles et des collèges d'être présents 35 h dans l'établissement. Pas du tout pour les faire travailler plus, la plupart le font. Mais tout simplement pour créer effectivement une communauté de travail qui n'existe guère et pour avoir une meilleure perception du travail demandé aux élèves. J'ajoute que la société verrait alors que comme tous les cadres, l'enseignant travaille au minimum 35 heures... et ramène du travail à la maison. Au conseil d'établissement dans un collège de décider si ces 35 heures se font en 18 h de cours et 17 h de travail individuel ou en 18 h de cours, en 6 h d'études dirigées et en 11 heures de travail individuel ou tout autre combinaison.

Je crois en tous cas urgent de redonner aux professeurs une reconnaissance pour le travail qu'ils font et de récompenser les excellents professeurs.

Du fond  a répondu le 16/05/2013 à 13:37:

Bonjour,

Je vous rejoins entièrement sur cette idée de communauté de travail ou communauté éducative.
Mettre de la vie dans les lycées, les collèges, associés les profs et les élèves sur des projets de manière systématique dès lors qu'il s'agit d'objets relatifs au vivre ensemble.
Il y a des gens formidable dans l'EN, motivés, dans une vraie relation avec les élèves (en ce point F. Dubet a entièrement raison lorsqu'il évoque que les enseignements sont également éducateurs, ce qui induit la relation) mais ils sont peu nombreux et souvent sans grand relai de la part de certains collègues qui refusent d'investir d'autres temps avec les élèves que les temps de classe.
Au fond, et je n'exprime que mon point de vue, l'EN est devenu l'un des premiers vecteur de la reproduction des inégalités où ceux qui possèdent le capital économique et culturel suffisant tirent leur épingle du jeu.
Mais il ne s'agit pas de tirer à vue, je pense aussi que bon nombre de professeurs sont fatigués, en burning out, ne voient plus le sens de leur métier.
Car l'EN n'est pas une fin en soi, si à un moment donné, en tant que professeur, je pense que l'élève que je forme à 50 pct de chance d'être au chômage ça peut à la longue être démotivant.

fifi62  a écrit le 16/05/2013 à 9:06 :

Comme de très nombreux mandarins commentateurs répétiteurs d'idées, F. Dubet nous ressort des poncifs. Il ignore que de nombreuses sont faites et appliquées souvent en dépit du bon sens, il ignore que l'école n'a plus les moyens de ses ambitions. Au passage, quand un collègue s'effondre en larmes dans une salle de profs, les autres collègues se précipitent car ils savent que cela peut leur arriver à tout moment. Décidément, M. Dubet, vous avez fait d'excellents travaux sociologiques mais là, vous êtes OUT ! Normal, vous parlez du haut de votre chaire bien protégé de la réalité de l'école. Auriez-vous le courage de faire une année de cours en lycée de banlieue ? Allez chiche !

Marcopyr  a écrit le 15/05/2013 à 23:52 :

C'est vrai que la fac de socio est un phare de dynamisme et d'efficacité.

enseignant  a écrit le 15/05/2013 à 23:00 :

En même temps, le problème vient peut être du corps politique qui s'interesse plus aux nombres de voix qu'ils vont obtenir à court terme qu'au bien qu'ils peuvent apporter aux citoyens à long terme (en même temps, c'est leur métier) .
A gauche, si 10% du corps enseignant s'oppose à une réforme, la gauche recule. C'est qu'un réservoir d'1 million d'électeurs, ce n'est pas rien.
A droite, ils considèrent que les enseignants sont de gauche (en même temps ils n'ont pas tout à fait tort) et donc que froisser les enseignants ne changera rien pour eux. Donc il prennent des décisions électoralistes sans aucune concertation, ce qui donne une politique du chiffre bien éloignée de la réalité du terrain.

hubble  a répondu le 16/05/2013 à 4:20:

"politique du chiffre", vous parlez sans doute des 80% de bacheliers décrétés par mitterand en 1985. belle réussite. la vision court termiste des politiques prouve leur irresponsabilité. et des enseignants (supposés évolués) votent pour ces programmes de charlatans. le raisonnement du candidat gauchiste ne tient pas: aucun intérêt de surenchérir à gauche dans des politiques suicidaires pour pas froisser 1 millions d'electeurs déjà acquis. encore un non sens démagogique qui enfonce un peu plus le systeme. rien ne fonctionne. mais un régime de fromage et dessert avec 3 mois de vacances, ça n'a pas de prix quand "on le vaut bien"... misèreux.

Blobulons  a écrit le 15/05/2013 à 18:00 :

François Dubet raconte n'importe quoi: cela fait trente ans par exemple que les mêmes gens sont à la commission des programmes et proposent ces fameuses réformes qu'il appelle de tout coeur. Trente ans!

Et dans une discipline comme les mathématiques, le fruit de ces incessantes réformes, jamais évaluée est là:
http://skhole.fr/de-la-d%C3%A9saffection-pour-les-%C3%A9tudes-scientifiques-par-pierre-arnoux

Il semble que François Dubet, tout mandarin qu'il fusse devenu ne veut plus daigner s'enquérir des humbles réalités de l'école.

Ces fameuses réformes, elles sont bien là, la preuve:
http://eduscol.education.fr/pid26017/programmes-du-lycee.html

Mais l'empirisme est une chose bien vulgaire voyez vous, surtout quand on peut s'en passer pour faire carrière...

ML  a écrit le 15/05/2013 à 17:14 :

Pour nuancer un peu certains propos sur les syndicats : autant pour le syndicat majoritaire du secondaire je suis d'accord qu'il est en position de défense d'acquis et de position, autant il existe des syndicats réformistes qui porte un projet de fond pas seulement de forme sur l'éducation.

Basta cosi  a écrit le 15/05/2013 à 12:11 :

Ce monsieur, prétend que "l'Ecole a échappé au politique", et qu'il n'y a pas eu de réforme. C'est totalement faux. Depuis la loi Jospin et ses fameux "80 pour cent d'une classe d'âge au bac", des politiciens démagogues n'ont cessé de pratiquer la lobotomie à la hache. Cf. par exemple la dernière réforme Chatel-Descoings, qui a achevé de vider ce qui est enseigné en Lycée de tout contenu scientifique. Allez vous étonner après cela de l'effondrement de la France au classement Pisa. La première mesure à prendre serait de cesser d'écouter les élucubrations de gourous autoproclamés, et de rétablir, à tous les niveaux, un minimum d'exigence intellectuelle.

Vincent  a répondu le 15/05/2013 à 16:44:

Bonjour,

Je suis d'accord avec votre constat que des "gourous autoproclamés" ont complètement cassé l'outil de cohésion et de formation qu'était le modèle français d'école républicaine.
Mais je ne crois pas que ce constat soit en contradiction avec celui que "l'Ecole a échappé au politique" : en effet, ces gourous, et leurs adeptes, ont un tel pouvoir que, quoi que les politiques puissent avoir l'intention de faire, ils restent impuissants à infléchir

Ce qu'il faudrait, ce serait un gouvernement vraiment fort, qui soit capable de trancher dans le lard, par exemple, en décidant la dissolution des corps d'inspecteurs de l'EN, qui sont les principaux responsables de cette énorme casse.

Je n'espère que de voir un jour un ministre déclarer :
- qu'il est impossible d'exercer simultanément et correctement à la fois des missions de conseil / formation et d'évaluation (ce qui est le cas des inspecteurs aujourd'hui), et qu'il décide donc dedissoudre le corps des inspecteurs (d'acédémie ou nationaux) ; les inspecteurs seront renvoyés devans les élèves... Et en ZEP, puisqu'ils sont censés être les meilleurs profs !
- qu'il crée, en remplacement, pour la mission de conseil / formation, des postes d'enseignants supplémentaires, en confiant à des enseignants expérimentés une mission de formation, exercée à 1/3 temps, ce qui lui permet de rester aux élèves 2/3 du temps,
- qu'il crée, à la fin de chaque année, une évaluation nationale des élèves, pour que l'EN dispose enfin de statistiques sur le niveau des élèves,
- enfin, l'évaluation des enseignants sera faite par des évaluateurs, sur la base des appréciations des chefs d'établissements, du niveau des élèves constaté lors de l'examen, ou de tout autre élément qui pourrait sembler pertinent,

Les profs qui seront les plus efficaces pour enseigner seront les mieux notés, et ce seront aussi ceux qui seront censé former les jeunes profs et stagiaires.

Ainsi on arrêtera l'abberration actuelle où des inspecteurs pédagogistes imposent la méthode globale d'apprentissage de la lecture, qui fonctionne très mal... Alors même que le Ministre de l'EN essaye d'imposer la méthode syllabique !

Vincent  a répondu le 15/05/2013 à 16:54:

Je suis parti dans quelques divagations dans mon précédent message...

Pour en revenir au coeur de ce que je voulais dire : non, je pense qu'effectivement, les politiques n'ont plus de prise actuellement sur l'EN. Soit ils essayent de freiner l'évolution, et ils n'y arrivent pas (de Robien, Darcos), soit ils se contentent de laisser les inspecteurs et les syndicats se mettre d'accord, de manière passive (Bayrou), soit ils prennent la ligne des pédagogistes en faisant officiellement ce qu'ils auraient de toute manière eu officieusement (Jospin).

Certains laissent faire, certains accélèrent, d'autres renoncent à freiner... Mais au final, si la dégradation, voire l'effondrement, est indéniable, je pense que les politiques n'ont pas le pouvoir, sans une personnalité forte à la tête de l'état, de faire évoluer l'EN.

Malheureusement, une personnalité suffisamment forte pour faire des réformes qui permettraient de changer vraiment quelque chose ne peuvent être que des personnalités prêtes à prendre le risque de sacrifier leur carrière politique à l'intérêt National. Je ne pense pas qu'il en existe dans ce qu'on appelle les "partis de gouvernement"...

BBB  a écrit le 14/05/2013 à 23:53 :

GGGG

Kro-magon  a écrit le 14/05/2013 à 22:27 :

Du blabla sans solution sauf a pointer du doigt comme d'habitude les classes preparatoires qui coutent cher ... Oui mais ouverte a tous car gratuites. Seulement il faut travailler dur pour reussir...
Autre chose, l'ecole ne rend pas plus intelligent, elle instruit, eventuellement, permet de reveler certaines formes d'intelligence. L'intelligence fait partie de l'inne et d'un ane on ne fera jamais un cheval de course. L'ane a d'autres qualites que la vitesse.

guillaume  a répondu le 14/05/2013 à 22:46:

Erreur de votre part, l'intelligence n'est pas que inné, elle se développe. L'intelligence c'est un tout, c'est par exemple l'aptitude à raisonner. Faire des mathématiques stimulent nos neurones et certaines zones de notre cerveau, ce qui nous rend plus "intelligent". Votre vision du cerveau est de l'ancien temps. Lisez les derniers articles scientifiques...

Schope  a répondu le 15/05/2013 à 10:09:

Je suis un peu d'accord avec vous deux. Certes l'intelligence se développe mais je ne trouve pas que l'école soit le meilleur lieu pour la faire fructifier. L'école a beau instruire et même parfois révéler quelques "intellectuels" (à définir), autant elle ne créera jamais de "génie" ; même si je suis convaincu que ce génie n'est pas inné.



Ma gloire et mon fardeau  a répondu le 15/05/2013 à 15:57:

L'on pourrait aussi considérer que la mission de l'école est de fournir des outils que chaque individu utilisera en fonction de ses capacités et de ses choix afin de grandir et de se faire une place dans la société. Reste à savoir quels outils choisir (outre les fondamentaux). C'est peut-être sur cette variable qu'il conviendrait de réfléchir.

Havoc  a écrit le 14/05/2013 à 20:16 :

Un avis de plus sur le système scolaire... pas plus utile que les autres et pas très sociologique, en fait.

Manufuture  a écrit le 14/05/2013 à 20:09 :

Mouais...
Vous avez entendu parler des MOOC, de la blended pedagogy, d'HEC Entrepreneurs, d'Ethires, de 42.fr????

Et de WoW, Minecraft, League Of Legends?

Toutes vos réponses sont la.

Sinon,l'EN et l'enseignement superieur dont la prochaine victime des grands nettoyages dus à internet. Sauf que la il y a 2 millions de profs à recycler en tuteurs. P..., y'a du boulot. Et un tel manque de vision...

Dernier point, comme aux US, nos écoles de management vont faire faillite du fait d'un ratio value for money exécrable et de la baisse de revenus des parents qui n'arrivent plus à suivre une inflation démentielle des frais de scolarité.

Bon courage à tous...

dure la vie  a écrit le 14/05/2013 à 19:04 :

Avec le déclin de l'industrie française, il n'y a plus aucune raison que la basse couche française vive mieux que celle d'un pays du quart monde. Il va falloir s'y habituer...

andre  a écrit le 14/05/2013 à 18:18 :

j ai 58 ans et j en ai baver , maintenant le bon temps terminer . on produit dans les écoles, des machines a frics , ensuite sur le marcher du travail , les patrons regarde d abord combien vous allez lui couter et combien vous allez lui rapporter ,car au jour d aujourd?hui les patrons ont tellement de fric qu ils font les difficiles ils deviennent des sorte de négriers excuser moi l expression, mais l être humain s efface et ne devient plus qu une machine a produire du frics . que vont devenir les gens sans professions

Didier  a répondu le 14/05/2013 à 18:42:

Cela ne va pas s'arranger, cher ami, il y a 2 ou 3 milliards de bouches inutiles et nous sommes en concurrence avec des Roumains et des Chinois payés des clopinettes.

didi  a répondu le 15/05/2013 à 11:44:

à Didier : vous parlez pour vous.

Cinetielle  a écrit le 14/05/2013 à 16:27 :

Les opinions que je partage avec l'auteur sont:

- la société française confie sans limite à l'école la responsabilité de définir le destin social des individus

- La société gagnerait à produire de jeunes adultes intellectuellement curieux, qui ont confiance en eux et dans les autres.

- Savoir être et savoir penser : voilà à quoi l'école doit former en premier lieu.

- donner aux adolescents le plaisir d'apprendre et donc la possibilité de se "construire", voilà un vrai et beau défi

- Crise d'autorité, crise de responsabilité, crise d'exemplarité, crise de démocratie :la crise que traverse la France est bien davantage "humaine" et sociétale qu'économique et sociale...

Ces quelques points sont selon moi des fondamentaux à intégrer dans notre système éducatif le plus tôt possible.

Selon ma perception, notre système éducatif doit trouver un équilibre entre l?inculcation:
- du savoir (connaissances factuelles fondamentales),
- du savoir être (relation équilibré avec soi-même et avec les autres)
- du savoir faire (maîtrise de méthodes et techniques particulières ou communes)

Didier  a répondu le 14/05/2013 à 18:40:

"Ayez confiance dans les autres..." Vous êtes bien naïve. Dieu vous protège des loups à face humaine qui nous entourent. Il ne faut rien attendre des autres, ce qui perment de ne pas être déçu ni pris au dépourvu. Très rarement on a de bonnes surprises.

Loïc  a répondu le 16/05/2013 à 14:00:

Cette réaction est digne d'un autre temps. Notre société mondialisée nous impose une interconnexion avec les autres et ce, tout au long de la vie. La confiance envers les autres n'est plus un choix de l'individu, elle fait partie de la construction de ce-dernier. Celui qui ne croit pas ça en 2013 se leurre sur le monde, ou vit en ermite.

Pief  a écrit le 14/05/2013 à 14:12 :

J'adore le passage sur "l'injuste rente" des diplômés, quand on sait le travail et les sacrifices parfois nécessaires pour obtenir un diplôme, notamment pour ceux qui viennent des classes sociales les moins aisées, certains apprécieront. Sous ses belles formulations, il s'agit encore d'un article destiné à démontrer que l'école républicaine n'est plus à la page, qu'elle ne prépare plus au monde de l'entreprise, qu'elle est à la merci du lobby administrativo-syndicalo-étatique et qu'il faut faire comme les américains. On en arrive tout de même à l'absurdité de dénoncer le fait qu'une élite se soit emparé du pouvoir, et à défendre les recrutements par cooptation dans le même article. Sans parler de la dévalorisation de ceux qui ne sont pas d'accord avec l'ultralibéralisme, accusés de ne plus être à la page ( donc totalement décrédibilisés).
Je suis néanmoins forcé de reconnaître que cet article est juste sur certains points, notamment les notes qui sont une catastrophe à l'école primaire.

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:17:

Il n'y a pratiquement plus de notes à l'école élémentaire. C'était donc mal de les supprimer, apparemment. On peut dire n'importe quoi à ce sujet, comme tout est vrai et faux à la fois.

Phudjitus  a écrit le 14/05/2013 à 13:52 :

Et si on se posait la question des programmes assommants que les enseignants se doivent de respecter ? Un véritable zapping et au final, pour les élèves, le sentiment de ne rien maîtriser.

Asimon  a écrit le 14/05/2013 à 13:16 :

i) Les maths utilisés presque uniquement comme outil de sélection, voire d'exclusion, alors que tout le monde peut faire des maths, et doit pouvoir en faire un minimum, ii) les enfants écrasés par le poids de leurs cartables, c'est au moins deux choses qu'on peut changer sans en faire une thèse (de plus).

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:18:

Pardonnez moi mais le poids des cartables, on s'en fiche.

Asimon  a répondu le 15/05/2013 à 8:35:

Fichez vous du poids des cartables si vous voulez, mais çà montre bien à quel point l'école, fondamentalement, ne s'intéresse plus aux enfants. Ce qui est très gênant.

jpc56  a écrit le 14/05/2013 à 12:04 :

L'école n'a pas vocation à éduquer mais à transmettre du savoir.
L'éducation c'est le rôle des parents.
C'est là où rien ne va plus !

Pief  a répondu le 14/05/2013 à 14:02:

Dans un monde idéal, ça devrait être ça. Mais dans la réalité, les parents ne font plus ce travail, donc si ce n'est pas l'école qui le fait, qui s'en chargera ?

jerome  a répondu le 14/05/2013 à 14:20:

ne faites pas d'enfant si vous n'avez pas les épaules assez larges pour assumer! Pourquoi demander à d'autres ce que vous devez faire naturellement?

jpc56  a répondu le 14/05/2013 à 15:08:

Tout à fait d'accord avec vous jerome !

chrystsakiris  a répondu le 14/05/2013 à 15:14:

C'est notre société qui est à la dérive. Il n'y a plus ni respect, ni valeurs morales. On ne tire plus nos enfants vers le haut et on leur montre (au travers la Tv par ex.) que l'effort ne compte plus pour réussir. Non, tout ne tombe pas du ciel et, oui, le mérite doit payer.
Non, la vie n'est pas si moche que ça, la richesse n'est pas seulement financière

réac  a répondu le 14/05/2013 à 19:06:

Jérôme a tout dit. La politique de natalité française est une catastrophe. Les parents sont trop souvent irresponsables et leurs enfants deviennent des fardeaux pour la société.

Fred  a répondu le 14/05/2013 à 23:13:

L'ignorance de certains adultes célibataires est elle aussi un lourd fardeau pour la société...

réac  a répondu le 15/05/2013 à 14:17:

Un lourd fardeau certes, mais toujours plus léger qu'une famille entière.

Kritik  a écrit le 14/05/2013 à 11:50 :

« La décadence est réelle, elle n?est pas une chimère: il est banal de trouver vingt fautes d?orthographe dans une même dissertation littéraire des classes terminales?Le désarroi de l?école ne date réellement que de la IVe république. » Noël Deska, Un gâchis qui défie les réformes : l?enseignement secondaire, 1956
« Le baccalauréat est devenu dérisoire. » 1936, professeur de mathématiques à Louis-le-grand
« J?estime que les trois quarts des bacheliers ne savent pas l?orthographe. » V. Bérard, maître de conférence à la Sorbonne, 1899
?
citations tirées du livre «Le niveau monte», Baudelot et Establet, 1989

« Le désastre scolaire », de Maurice Loi, éditions Sociales, 1962?

JANE108  a répondu le 14/05/2013 à 12:40:

Il est certain que si l'on tenait compte des fautes d'orthographe ou d'accord dans les épreuves littéraires du bac il y aurait beaucoup de recalés !!!

Sibelius  a répondu le 14/05/2013 à 14:06:

Voici un excellent exemple de sclérose : l'orthographe, qui évolue selon la prononciation dans de nombreux pays, est figée en France au point d'en être idolâtrée. Quand j'ai expliqué en Finlande le temps consacré à cet apprentissage, mes amis ont affiché un sourire condescendant ; et quand j'ai ajouté qu'on organisait même des concours de dictée à la télévision, ils ont pensé que je plaisantais et ne voulaient pas me croire !

Didier  a répondu le 14/05/2013 à 17:28:

L'orthographe anglaise n'est pas moins "sclérosée". L'écriture du japonais est encore plus compliquée. Ce qui est reproché à cet enseignement, c'est surtout qu'il met trop clairement en évidence la difficulté croissante du système scolaire à transmettre des connaissances et qu'il jette un doute cruel sur l'érudition des diplômés de l'enseignement supérieur.

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:20:

Je connais des gens complètement idiots qui ont de très bons résultats en orthographe. Si ça doit devenir l'alpha et l'omega ainsi que le critère suprême de sélection du système éducatif français, au secours !

Blobulons  a répondu le 15/05/2013 à 18:10:

>Havoc

Je vous approuve: pour les petits malins qui sont obsédés par l'orthographe, qu'ils aillent voir les carnets de Lavoisier (ainsi que ces publications officielles): bien des mots n'y ont pas la même orthographes d'une ligne à l'autre...

C'est le genre de choses qui décomplexent...

bravo  a écrit le 14/05/2013 à 11:24 :

bravo, enfin un article long... comme quoi le web ce n'est pas que des articles jetables, de mauvaise qualité et gratuits

Didier  a écrit le 14/05/2013 à 10:17 :

Pour être efficace, il ne faut pas se disperser. L'école n'a pas vocation à elle seule à corriger les injustices sociales. Elle doit avant tout apprendre à tous à écrire, lire et compter, dans des conditions décentes (locaux, non-violence, horaires et services prenant en compte les besoins des familles).

Il y en a marre d'entendre parler sans cesse de Jules Ferry (horrible raciste, d'ailleurs) et d'idéologie.

Nicolas  a écrit le 14/05/2013 à 10:12 :

J'aime beaucoup le passage sur les vertus de la "cooptation" (sic)!

Pief  a répondu le 14/05/2013 à 14:03:

Oui, surtout dans un article qui, ailleurs, dénonce le fait qu'une élite s'accapare des privilèges.

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:21:

Tout n'est pas cohérent en effet, dans cet entretien.

el zorro  a écrit le 14/05/2013 à 9:36 :

Le mammouth n'est certainement pas une espèce en voie de disparition

JB38  a écrit le 14/05/2013 à 9:01 :

Interview trop long, trop politique. L'école est malade de la politique, des politiques qui en font un enjeu électoral.

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:22:

100% d'accord avec votre analyse qui résume tout. Et Dubet en ajoute une couche en ne faisant pas de sociologie, mais encore une analyse politique.

EveN  a écrit le 14/05/2013 à 8:47 :

Un texte catastrophique et méprisant pour les enseignants...
Les classes prépa, pointées du doigt, sont au contraire les derniers remparts de la méritocratie républicaine: je suis rentrée à Henri IV après un parcours en ZEP et suis normalienne! Ce n'était pas vraiment ce à quoi me destinait mon lieu de naissance ou mon milieu social d'origine...
Les classes prépas dispensent un enseignement de qualité et qui ne coûte rien ou presque aux familles, avec à la clé la possibilité d'intégrer une grande école et d'être donc indépendant financièrement à 20 ans (personnellement, c'est d'abord dans ce but que j'ai choisi cette filière) ; la porte d'entrée est bien ouverte pour les meilleurs élèves de TOUS lycées quoi que veuille en dire M. Dubet depuis la tour d'ivoire de l'IUF et de l'EHESS...

Nicolas  a répondu le 14/05/2013 à 10:10:

Votre parcours est louable, mais il n'en reste pas moins que le fonctionnement du système des classes préparatoires favorise les favorisés. L'origine sociale des élèves de ces filières le prouve à l'envi. En même temps, personne ne dit que les élèves qui y réussissent ne méritent pas leur succès. Il faut donc distinguer le parcours de l'individu et les trajectoires de groupe.

Snark  a répondu le 14/05/2013 à 10:55:

Les classes préparatoires, c'est pas de frais de scolarité et plus de présence sur tout le territoire que les universités (donc possibilité de ne pas avoir à se loger hors du domicile familial).

La sélection se fait sur dossier scolaire, pas sur un montant sur un chèque -- le système en lui-même ne favorise pas les favorisés : l'autocensure est un obstacle considérable au recrutement d'élèves d'origine modeste.

Nicolas  a répondu le 14/05/2013 à 11:53:

On ne peut pas dire que "l'autocensure" n'est qu'un problème purement individuel et psychologique, comme vous le sous-entendez. Il me semble que cette réalité, indéniable, est à comprendre comme partie prenante d'un fonctionnement systématique. Si les politiques publiques ne le font pas, on se condamne à la voir se perpétuer.

Pief  a répondu le 14/05/2013 à 14:07:

Bourdieu et Bondon toujours. L'autocensure est un problème, le fait que les classes prépas ( dont je suis moi même issu) soient un moule dans lequel il soit difficile de s'intégrer sans maîtriser certains codes ( ce qui ne veut pas dire impossible) est une autre réalité. Cependant, il faudrait peut être arrêter de fustiger perpétuellement ce modèle pour prendre en exemple celui des anglo-saxons. Est il besoin de rappeler, comme exemple extrême, que l'université d'Oxford demande un compte approvisionné d'au moins 150000 livres pour pouvoir entrer dans certaines filières ?

Dudal  a répondu le 14/05/2013 à 14:18:

Les classes préparatoires sont aujourd'hui les seules où l'on apprend vraiment à travailler et les seules où l'on sélectionne encore au mérite ! Il est marrant de constater que les gens qui veulent les supprimer n'en sont jamais issus.
Vive la médiocratie, vive la FAC, vive le chômage !

Nicolas  a répondu le 14/05/2013 à 14:56:

@Dudal Si votre commentaire m'est adressé, je me permets de noter que je suis "issu" des classes préparatoires. Et c'est d'ailleurs bien la raison pour laquelle je peux parler un peu de leur fonctionnement. Ensuite, dire que ces classes sont "les seules où l'on apprend vraiment à travailler et les seules où l'on sélectionne encore au mérite" est grossièrement faux. Enfin, je ne vois pas en quoi critiquer le fonctionnement d'un système qui a de très grands mérites par ailleurs est le choix de la "médiocratie" et du "chômage". L'université française meurt de votre morgue hautaine.

Dudal  a répondu le 14/05/2013 à 18:00:

Cela ne vous était pas destiné Nicolas (je visais l'auteur de l'article).
J'en ai assez d'entendre que les diplômes s'achètent, que des privilégiés incompétents briguent les meilleurs postes alors qu'ils ne l'ont pas mérité...
Il faut appeler un chat un chat, si l'on veut sélectionner les meilleurs (quel que soit le domaine), il faut organiser des concours (et non des examens type BAC qui ne servent plus à grand chose). Je ne sors pas de polytechnique et pourtant j'ai l'honneteté de dire : les élèves qui y rentrent sont les meilleurs et je n'avais pas leur niveau intellectuel. Ils auront des meilleurs postes que moi, tant mieux pour la France.
Au lieu de faire preuve d'humilité, beaucoup (comme l'auteur du texte) se sentent frustrés et appellent à niveler vers le bas (tous les élèves à la FAC, pas de sélection...)

Manufuture  a répondu le 14/05/2013 à 20:14:

Oui, HIV bien sur mais surtout le sémillant Olivier Coquart qui a tout construit de ses propres mains pour accueillir les meilleurs esprits des banlieues. Comme quoi, l'école réserve encore un peu de place pour les intrapreneurs brillants. Même contre l'avis des fous furieux de La Sorbonne à deux pas qui s'évertuent à casser le très beau modèle qui avait été construit.

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:24:

Supprimons tout ce qui fonctionne pour réformer enfin, on verra bien ce qui arrivera, avec un peu de chance.

Non ?

prépa 87  a répondu le 14/05/2013 à 22:15:

En 1987, en prépa véto nous étions 30% de fils d'agriculteurs, 20% d'ouvriers... Enfants des élites ?
Aujourd'hui HEC intègre 30% de boursiers qui ne payent aucun frais de scolarité et sortent de classe prépa. Enfants des élites?
Même avec des diplômes de "Grande école", il y a toujours ceux qui ont un réseau et ceux qui n'en ont pas. Alors ouvrons les yeux : les classes prépa sont la seule opportunité pour les enfants issu d'un milieu modeste d'accéder à une vie meilleure. Sans grande école le réseau de papa, ou le réseau de votre scolarité dans le sixième arrondissement de Paris permet d'accéder au même poste. Quelle est la voie la plus démocratique? Le piston après de longues années de faculté ou la prépa pour accéder aux bons diplômes?

MANUFUTURE  a répondu le 15/05/2013 à 12:29:

Quelle gloire qu'HEC intègre 30% de boursiers.... quand la population française est à 97% moins friquée que la population des gamins d'HEC...

Et vive l'auto-reproduction des élites, meilleur moyen de parachever ce que nous avons entrepris depuis longtemps: offrir nos ressources et nos talents à la satisfaction des vieux rentiers

Prépa 87  a répondu le 15/05/2013 à 18:07:

Quelle chance a un gamin qui n'est pas né à Paris et qui n'a pas des parents friqués sans les classes prépa? Aucune. Alors si 30% des jeunes entrant à HEC sont issus de famille qui gagne un smic par mois, c'est 30% qui gagne une opportunité qu'ils n'auront plus si les classes prépa disparaissent: réseau HEC pour trouver du travail, prise en charge financière totale, possibilité d'emprunt... Quelle autre voie? la faculté pendant des années à la charge des parents? Voilà la meilleure auto-reproduction des élites: ne font des études que ceux qui peuvent payer pendant des années, ne trouvent un bon job que ceux qui ont papa bien placé... Alors laissons une chance aux talents qui ne sont pas nés dans une famille friquée ou à Paris centre... Quant à nos ressources, HEC est auto financée et ne vous coûte rien, y compris pour financer ses boursiers. Vous ne financez que la classe prépa, coût d'une année de redoublement...

Modèle Finlandais  a écrit le 14/05/2013 à 0:20 :

Les modèles dont nous parle ce "penseur" , comme par exemple le modèle Finlandais mérite qu'on s'y attarde: les Finlandais mettent 3 fois plus de moyens par élève qu'en France.

Quand en France on supprime la formation des professeurs ( quel mépris pour l'éducation!), en Finlande il y a de véritable formation des professeurs avec les moyens qu'il faut. Les classes sont à effectif limité, et il n'y a pas le guettos populaires qu'on trouve en France. Tout y est différents à commencer par la considération des professeurs.
Ce sont les politiques au pouvoirs qui sclérosent toute initiative des professeurs, et non pas les professeurs.

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:25:

Oui mais grâce au courageux monsieur Peillon, la semaine de cinq jours va résoudre tous nos problèmes et suivre ce modèle vertueux.

kro-magnon  a répondu le 14/05/2013 à 22:19:

Moi je prefere le modele US, des prof sous contrat prive. L'ecole recoit des subventions en fonction de ses resultats. Une responsabilistation des eleves: on choisi son parcours mais a la fin il faut un minimum de credit (le niveau HS est vraimant au ras de paquerette), celui qui veut un "Advanced diploma" (niveau bac) peut le faire en plus il grattera des credits pour l'universite. Un systeme de bourse (au merite) assez efficace, les entreprises aussi distribuent des bourses.
Bon pour l'universite le syteme n'est pas parfait et cree des endettes des le debut de leur carriere mais cela les "boostent" pour travailler. Probablement que la solution se trouvent entre les deux exces (FR et US) car peut-on encore accepter que 50% des etudiants sortent du systeme universitaire sans aucun diplome utile?

phileasfog  a écrit le 14/05/2013 à 0:04 :

Quel donneur de leçons ! Ce qui ne fait plus école Mr Dubet, ce n'est pas l'Ecole, ce qui ne fait plus école, c'est le monde alentour: familles, asociations, états, entreprises, médias, syndicats, partis politiques, vous-même peut-être...avez cessé de renoncer à ce temps nécessaire pour tout à chacun pour l'appropriation des articulations entre signes, gestes et représentations. Ca prend du temps, il faut de la patience, etre tantôt éducateur, tantôt tuteur....
Je ne vous donne pas tort sur le constat que vous faîtes, mais là où vous vous trompez c'est d'imputer cela à l'Ecole. L'Ecole est l'un des rares lieux où les enfants trouvent encore à se construire.
Alors bien sûr, certains enseignants ne sont pas la hauteur vus les enjeux...mais comment pourrait-il en être autrement vue la demande qui pèse sur leurs épaules ?
D'ailleurs, vous, Mr Dubet, vous me faîtes parfois pensé à cette dame que j'ai croisée dans un train qui expliquait ce que vous dites là ...mais dont il était manifeste que la condition sociale qui était la sienne, l'avait dispensée d'avoir eu à travailler un jour !
S'il vous plaît, cessez parfois d'observer et prenez le temps de d'exercer le métier...élèves, enseignants et parents sont autant d'acteurs doués d'intelligence qui n'attendent pas forcément leur lumière de vue experte ! Ceci dit, rassurez-vous, j' apprécie la qualité de votre travail même si votre manque de mesure relève du biais de la position qui est la vôtre. Bien à vous.

jpb 69  a écrit le 13/05/2013 à 22:59 :

Il faut simplifier l'enseignement dans le primaire et apprendre aux enfants à lire, écrire et compter ! Ensuite il pourront étudier ce qui leur plait, et cela fera des citoyennes et citoyens fiers de vivre. Mais les psy ne pensent pas pareil. Ils se gaussent in petto car la zizanie sociale est telle actuellement qu'ils tirent leur épingle du jeu.

JANE108  a écrit le 13/05/2013 à 22:18 :

cela fait longtemps que l'école est en danger ! mes petits enfants ont repris l'école aujourd'hui après 3 semaines de vacances : ( 15 jours vacances scolaires + tous les ponts des 8 mai et Ascension ) ; je n'ai jamais vécu ceci durant toute ma scolarité ; lamentable et effrayant pour leur avenir !!!

john108  a répondu le 13/05/2013 à 23:18:

Hé bien, vos petits-enfants ont séché les cours les 6 et 7 mai. Lamentable...

JANE108  a répondu le 14/05/2013 à 10:07:

Non ils n'ont pas séché, il n y avait pas cours !!!

Nicolas  a répondu le 14/05/2013 à 10:16:

Il n'y avait pas cours?? Impossible. Je n'y crois pas une seconde.

JANE108  a répondu le 14/05/2013 à 10:23:

Pour info il n'y avait pas cours car ils font la semaine de 4 jours et demi, mais effectivement c'est quand même lamentable mais nous n'y sommes pour rien !!!!

carine 07  a répondu le 14/05/2013 à 17:24:

En plus, les enfants qui n'avaient pas classe le vendredi 10 mai ont rattrapé ce jour chômé le mercredi 5 septembre toute la journée. Donc le travail a été fait.

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:29:

Cela devrait donc se produire pour vous tous les trois ans, sauf les années où ces jours fériés tomberont les samedis et dimanches. Y a-t-il vraiment des enseignements à en tirer ? Surtout que ce n'est valable que dans votre zone ! Paris et Bordeaux étaient en vacances pendant ces faits.

Transition  a écrit le 13/05/2013 à 21:14 :

Bah oui mais tout cela s'accélérait déjà il y a 20 ans ! Je me souviens que je me disais alors que ma fille, qui avait une dizaine d'années, vivait à la charnière de l'effondrement de l'enseignement tel que je l'avais connu. Je l'avais prévenue et heureusement elle a pu faire ses études au pas de course en échappant au pire qui s'installait et avec une "tête bien faite de préférence à bien pleine" grâce à un milieu familial qui n'avait subi aucun bourrage de crane.
Elle fait encore partie de ces derniers privilégiés qui ne sont pas des pierres alignées dans un mur et que l'on formate à la demande et n'ont besoin d'aucun réseau pour exister. Les derniers veilleurs du futur qui sont prêts à planter un système vampire de l'humain et totalement inique ?
Je n'en sais rien. Je regardais dernièrement une photo de classe de mon CP, datant de 1958. Mes parents m'avaient appris à lire et à écrire. Mon institutrice de l'époque avait suivi l'évolution de chacune des élèves de ma classe. J'étais la seule à avoir fait des études supérieures ... et pourtant mes parents étaient des gens simples avec le certificat d'études seulement. A l'époque les filles étaient encore destinées au mariage. J'avais été élevée pour devenir autonome et bien dans ma peau.

Havoc  a répondu le 14/05/2013 à 20:31:

Rassurez-vous, l?État et ses bienfaiteurs ont encore de beaux projets pour l'école français: enseigner autrement, réformer, enseigner autrement qu'autrement, tout changer, revenir à zéro, réformer enfin, enseigner autrement, tout reprendre, faire des réformes courageuses qui s'imposent, et enseigner autrement...