La Tribune

Il faut inventer l'entreprise à quatre dimensions !

Bernard COHEN-HADAD & Philippe CAHEN (DR)
Bernard COHEN-HADAD & Philippe CAHEN (DR)
Bernard Cohen-Hadad & Philippe Cahen  |   -  904  mots
A dix jours de la conférence sociale, Bernard Cohen-Hadad, président de la commission financement de la CGPME, et l'entrepreneur Philippe Cahen reviennent sur les nouveaux défis humains que les PME doivent relever pour assurer leur futur, et l'avenir économique de la France. Des défis qui ne sauraient se passer de la prise de conscience des décideurs politiques...

Les Assises de l'entrepreneuriat ont montré la vivacité de l'esprit d'entreprise, dans quelques jours Planète PME fêtera les entreprises moyennes et dans la foulée la conférence sociale va, sans doute, impacter financièrement les PME dans le cadre de la politique des retraites. Pour sortir de la crise, tout le monde compte sur les PME qui, malheureusement, ne doivent compter que sur elles-mêmes. Dans ce contexte, on continue de parler de l'envie d'entreprendre et, paradoxalement, on a tendance à oublier de « projeter l'entreprise » et d'en garantir les financements.
 
Les PME n'ont plus le temps pour l'humain
Trop souvent encore on pense l'entreprise de manière institutionnelle, administrative et conformiste. L'entreprise, aujourd'hui, mérite autre chose que de l'immobilisme. Elle se trouve devant trois défis humains: le départ à la retraite des baby-boomers, la maturité de la génération Y ou Erasmus et l'arrivée de la génération Z ou 2.0. L'entreprise doit aussi faire face à sa propre mutation, du col bleu au col blanc et maintenant au costume sans cravate. Jamais les paris n'ont été aussi nombreux et simultanés. L'entreprise n'est pas une abstraction, elle est une aventure humaine, un métier, des hommes, des femmes et une relation avec un territoire. Il y a quelques années, on pouvait encore prendre son temps. Désormais, même dans les TPE-PME, le temps nous prend et à défaut d'anticiper l'entreprise, les valeurs humaines que nous défendons et qu'elles portent disparaitront. Il suffit de regarder ce qui se passe autour de nous.

De nos jours, il y a d'abord l'entreprise qui fabrique et (ou) qui vend, les pieds dans le présent. C'est l'entreprise deux dimensions. Leaders, voire pionniers en leur temps, ces entreprises enfermées dans le présent ont manqué internet, le mobile, la proximité, le drive. On pense à Microsoft et Carrefour. L'une et l'autre produisent des efforts considérables pour revenir dans une course qui n'a plus de prix. Il y a ensuite l'entreprise qui assume son présent et avance un pied dans le futur proche. C'est l'entreprise trois dimensions. Elle développe un écosystème. Ces entreprises créent parfois un marché futur et ont la capacité de réagir rapidement si elles prennent du retard. Les regards se tournent vers Apple et E. Leclerc. Communication, médiatisation et effets d'annonces compris. Enfin, il y a l'entreprise quatre dimensions qui assure le présent et prépare le futur. Challengers dans leurs domaines, ces entreprises ont la tête dans le futur et testent sans cesse des produits nouveaux sans craindre la rupture ni l'échec. Tout comme Google et Auchan, elles créent des marchés dont elles deviennent leaders.

Les PME ne doivent pas craindre le défi de la formation
La mutation économique que nous vivons pousse à ce schéma. Et « l'auto formation » des nouvelles générations Y et Z va dans ce sens. Oui, « auto formation » puisqu'avec la rapidité des nouveaux outils du quotidien, la formation, stricto sensu, n'a plus le temps d'exister. Et cette nouvelle génération impatiente et idéalisante a bien raison. L'entreprise peut-elle réagir ? Elle le doit ! Aujourd'hui, les meilleurs enseignements passent par une dose d'opérativité c'est-à-dire des stages ou de l'alternance. Sur le terrain de l'entreprise, au c?ur des métiers, là où se forment justement les compétences.

Et les PME n'ont pas à craindre ce défi. Elles le vivent au quotidien. C'est même leur marque de fabrique. L'idéal est donc d'aider à construire, demain, les PME pour les faire passer à un autre plan. Une entreprise qui travaille, au-delà de sa marque, par son identité employeur et, au-delà de sa communication, par ses valeurs humaines mises en ?uvre au service de la performance économique.

Le contrat social a changé
Sur le papier tout parait simple, encore faut-il accepter de faire sauter quelques verrous. Ceux d'un académisme traditionnel, administratif, normatif, et d'une sous-valorisation de l'entrepreneuriat moyen. Et il faut s'y mettre sans a priori. Dans quelques années 15% de l'économie va tourner en économie latérale, collaborative, participative. Ces entreprises répondent à une attente et font écho à la génération Y ou 2.0 par la valeur de l'échange, la reconnaissance mutuelle et cela au-delà des codes convenus, code du travail et codes sociaux compris. Et l'épanouissement de l'individu est dans sa reconnaissance immédiate pas dans la revendication permanente. Le contrat social a changé. C'est ce modèle d'entreprise, en France ou à l'international, qui capte déjà les énergies et les talents.

Alors ne nous trompons pas d'enjeux, le chômage actuel n'est pas le fait d'un capitalisme obscur ou aveugle. Il est d'abord structurel et de compétence. Et les meilleurs sont partagés entre les modèles anciens sous perfusions et un modèle d'entreprise ouverte, sans hiérarchie préétablie. Ce qui ne veut pas dire sans direction ni sans responsabilités. Pour réussir, cette mutation doit passer d'abord par les esprits, ceux des décideurs politiques, des entrepreneurs et aussi des salariés, puis par toutes les étapes de notre parcours professionnel y compris, bien entendu, l'école de la République.
 

*Bernard COHEN-HADAD est président du Think Tank Etienne Marcel, et président de la commission financement de la CGPME; Philippe CAHEN est un entrepreneur, et l'auteur de plusieurs ouvrages sur les signaux faibles
 

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Commentaires

Psip  a écrit le 24/06/2013 à 12:46 :

J'aimerais bien savoir en quoi Auchan se situe dans le groupe des challengers dans leur domaine. Je ne vois pas trop qu'est-ce ces groupes de distribution ont à voir avec des acteurs comme Google, Microsoft et Apple. La comparaison me semble un peu hasardeuse

Cahen  a répondu le 25/06/2013 à 18:25:

si je n'avais pas cité de marque française et de distributeur, on m'aurait reproché d'être trop américain ou nouvelles technologies ...

el manici  a écrit le 12/06/2013 à 12:57 :

moi j'aurais dit 5 dimensions

cahen  a répondu le 25/06/2013 à 18:26:

Juste ! la 5D est l'économie collaborative ....