Les Allemands instaurent un smic : faut-il vraiment s'en réjouir ?

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Sofiane Aboura, maître de conférences à Paris Dauphine, défend l'idée de différents smics, instaurés selon les secteurs
Sofiane Aboura, maître de conférences à Paris Dauphine, défend l'idée de différents smics, instaurés selon les secteurs (Crédits : Reuters)
Le smic national, comme viennent de l'instaurer les Allemands, a beau être coûteux, il ne réduit pas le taux de pauvreté. Mieux vaut un smic prenant en compte les spécificité de chaque secteur. Par Sofiane Aboura, maître de conférences à l'université Paris Dauphine

Si l'annonce d'Angela Merkel d'instaurer prochainement un SMIC fédéral est confirmée dans les faits, cela mettrait en partie fin à la décennie des réformes structurelles dites « Hartz » lancées par le Chancelier Schröder en 2002-03. Ces réformes étaient axées sur la flexibilité du marché du travail afin de relancer la compétitivité de l'économie allemande. Cette politique conduite par le Chancelier Schröder a permis à l'Allemagne d'entamer une expansion économique de 2004 jusqu'à 2011 et de traverser la crise financière de 2008 et celle de la Zone Euro de 2011 sans que son leadership économique international ne soit remis en cause. Faut-il se réjouir de cette annonce pour la Zone Euro ?

Trois arguments en faveur d'un smic fédéral

Les principaux arguments avancés par les soutiens de cette mesure phare sont nombreux. Tout d'abord, le principal argument concerne la réduction du taux de pauvreté où le salaire horaire peut tomber en théorie à 1 euro de l'heure. Il va de soi que personne ne peut vivre avec une telle rémunération auquel cas, il faudrait cumuler plusieurs 'petits' emplois afin d'assurer les moyens de sa subsistance.Qui peut se désolidariser d'un pareil argument ?

Ensuite, l'idée qu'une croissance économique davantage soutenue par la consommation privée intérieure, passe par une redistribution de pouvoir d'achat aux ménages sous la forme d'un salaire minimum plus élevé, semble répandue. Le SMIC est en effet une subvention aux bas salaires que la loi impose aux entreprises. Ainsi, il est donc normal que les études empiriques relève l'impact positif du salaire minimum sur la croissance économique.

Enfin, l'Allemagne est souvent pointée du doigt comme étant le pays qui profite le plus de la Zone Euro au point d'accumuler des excédents macro-financiers au détriment de ses partenaires. La situation a atteint son paroxysme lorsque la Commission Européenne a récemment ouvert une enquête pour comprendre comment le pays additionne les excédents commerciaux au point de constituer une menace pour la stabilité de la Zone Euro !

Des arguments discutables

Chacun de ces trois arguments est convaincant lorsque le raisonnement est effectué 'ceteris paribus'. Mais, si l'on ne raisonne plus "toutes choses égales par ailleurs",  il est possible de montrer que les conclusions relatives au bénéfice du SMIC fédéral sont discutables à plus d'un titre lorsque l'on considère plusieurs dimensions en même temps.

Moins de pauvres dans les pays nordiques... sans smic national

Tout d'abord, le taux de pauvreté, en 2012, est de 16,1% en Allemagne contre 14,1% en France, alors que dans le même temps, le taux de chômage de l'Allemagne est de 5,3% contre le double pour la France. A titre de comparaison, le taux de pauvreté dans les pays nordiques est voisin de celui de la France comme la Suède (14,2%), la Finlande (13,2%), le Danemark (13,1%), la Norvège (10,1%) et l'Islande (7,9%), alors que leur taux de chômage varie entre 3,5% pour la Norvège et 8,1% pour la Suède.

Mais cette comparaison puise sa pertinence dans le fait qu'aucun de ces pays n'a de salaire minimum! Ainsi, il apparaît réalisable de baisser le taux de chômage et la pauvreté sans recourir au SMIC national. De plus, dans les pays où il existe un SMIC national, apparaît la problématique du coût du travail pour lequel des aides publiques sont réservées aux entreprises. Cela pourrait passer comme étant naturel, si l'on ne rappelait pas le coût exorbitant de ses aides.

Des aides coûteuses pour compenser le salaire minimum

Par exemple en 2013, l'Inspection Générale des Finances, estime ces aides à 110 milliards d'euros annuels en France. Autrement dit, l'Etat demande aux entreprises de subventionner les bas salaires par l'intermédiaire du SMIC et en contrepartie, il subventionne lui-même ces entreprises. Mais alors pourquoi ne le fait-il pas lui-même, si l'on considère qu'un intermédiaire induit des coûts de transaction ?

En fait, le SMIC a une contrepartie fiscale qui coûte très cher aux finances publiques, non seulement du fait des milliers de dispositifs d'aides, mais aussi au regard sans doute, du manque à gagner en recettes fiscales lié au fort taux de chômage. En outre, si le SMIC soutient la consommation intérieure en subventionnant les emplois plus ou moins qualifiés, il ne semble pas favoriser les demandeurs d'emplois ou les industries consommatrices de main d'œuvre peu ou pas qualifiée.

Pour un smic par secteur, couplé avec une politique de redistribution

Ainsi, il faut comparer le gain de croissance induit par l'instauration d'un salaire minimum national avec la perte de revenus fiscaux pour l'Etat, ainsi qu'aux dépenses publiques consenties pour faire baisser le coût du travail. L'alternative au SMIC fédéral est simplement de maintenir le SMIC sectoriel couplé à une politique de redistribution plus ciblée en faveur des travailleurs dits précaires afin d'augmenter leur rémunération horaire.

Enfin, s'il est légitime qu'un rééquilibrage macro-financier se fasse entre des nations qui partagent la même monnaie, il semble moins évident qu'il se fasse en demandant aux pays dont le modèle économique est le mieux adapté à la mondialisation de se brider volontairement. Certes, cela profitera aux partenaires commerciaux de l'Allemagne dont le coût de la main d'œuvre est plus élevé dans certaines industries comme l'agroalimentaire. Néanmoins, l'affaiblissement de la capacité d'exportation d'un pays de la Zone Euro par rapport au reste du monde, ne profitera pas pour autant aux autres Etats membres. Ce n'est pas un jeu à somme nulle.

 

Sofiane Aboura

Maître de conférences

 

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Commentaires
a écrit le 03/12/2013 à 14:01 :
Comparer des pays entre eux pour essayer de trouver des bonnes idées, pourquoi pas. Vouloir en déduire des vérités économiques est ridicule, en particulier quand on prend d'un côté un mini-pays pétrolier comme la Norvège et de l'autre un grand pays sans pétrole.
a écrit le 03/12/2013 à 10:23 :
Monsieur, votre article est intéressant. Toutefois je trouve que la problématique du SMIC allemande devait être mise sur la table par les parties concernées. Il s'agit d'une bonne chose que cette mesure sociale soit mise en place. Je me rappelle notamment qu'un article avait été publié, critiquant violemment la rémunération des jeunes prometteurs en Allemagne. La différence de rémunération entre la France et l'Allemagne était notoire. Voilà donc une mesure qui fera revenir de nombreux allemands vers leur pays d'origine... Aussi, M. Aboura, avez-vous corrigé nos copies en taux d'intérêt? Nous attendons avec impatience!
a écrit le 03/12/2013 à 10:13 :
Sil les employés allemands à 1€ de l'heure sont considérés comme travaillant, peut-être faut-il corriger le taux de chômage de l'Allemagne à la hausse...
D'autre part, je suis déçu de cet article qui est écrit dans un français confus, et qui ne justifie pas son titre: comment, après l'avoir lui, conclure qu'il faut ou non se réjouir?
a écrit le 03/12/2013 à 9:55 :
M. Aboura, il faudrait corriger nos copies s'il vous plaît! Nous attendons nos notes avec impatience!
a écrit le 03/12/2013 à 7:49 :
Les jobs à un euro sont réservé aux bénéficiaires d'un équivalent Allemand du RSA. Un peu comme si on disait, vous voulez toucher des aides de la société, vous devez aussi vous intégrer à la société par le travail.
Réponse de le 03/12/2013 à 8:06 :
Faux. C'est à l'interessé de decider s'il veut augmenter ses revenus.
a écrit le 03/12/2013 à 6:12 :
salaire maxime aussi désirable
Réponse de le 03/12/2013 à 9:20 :
Une emigration vers la coree du nord ne vous tente pas ?
a écrit le 03/12/2013 à 2:46 :
Une chose est sûre, l'économie administrée pratiquée en France engendre de la pauvreté, car l'état créé des travailleurs pauvres, mis à part les fonctionnaires qui ont la garantie de l"emploi à vie
a écrit le 02/12/2013 à 22:51 :
Le SMIC est contraire au libéralisme beaucoup plus que le revenu de base et même plus que l'échelle des salaires de 1 à 20 dans chaque entreprise que réclame le front de gauche. Ceci est vrai en France comme en Allemagne. En réalité il existe un gisement d'emploi marchand considérable en dessous du SMIC. Le débat sur la compétitivité de l'industrie porte sur une minorité d'emplois bien mieux payés et ne concerne que la balance commerciale. Le vrai enjeu est de mettre au travail une personne à qui on doit déjà donner de toute façon 500 euros pour survivre...En ajoutant 500 euros venant du secteur marchand aux 500 euros que la société lui donne de toute façon, ce sera nécessairement mieux pour lui car de plus il vaut mieux travailler que ne rien faire.
a écrit le 02/12/2013 à 21:59 :
Vous spéculez sans savoir ce dont il s'agit ... Vous devriez creuser sur les salaires moyens des allemands qualifiés ... Bien supérieurs aux 8.50 €/h annoncés ... Mais aussi creuser le fait que ce SMIC ne serait applicable qu'aux allemands en CDI et pas aux précaires et encore moins aux travailleurs détachés. Autant dire que cela ne changera rien ... Je peux vous en parler puisque je suis quasi tout le temps en Allemagne.
a écrit le 02/12/2013 à 20:00 :
En somme, l'économie c'est très simple...j'en doute.

A chaque fois que l'etat interveint dans le domaine économique ça a des conséquences qu'on n'imagine même pas.
On peut ajouter que désormais toute prise de decision à une echelle nationale sans prendre en compte ce que font les pays avec qui on échange n' est pas loin d'être absurde.
a écrit le 02/12/2013 à 19:28 :
"Tout d'abord, le principal argument concerne la réduction du taux de pauvreté où le salaire horaire peut tomber en théorie à 1 euro de l'heure. Il va de soi que personne ne peut vivre avec une telle rémunération auquel cas, il faudrait cumuler plusieurs 'petits' emplois afin d'assurer les moyens de sa subsistance." On peut quand même attendre de quelqu'un qui se reclame digne du nom analyste de ne pas repeter des contre-verités. Les fameux jobs à 1 euro sont reservés aux chomeurs qui souhaitent completer leur allocation sociale avec un salaire complementaire. Il n'y a pas question de cumuler pluseurs jobs à 1 euro. Renseignez-vous qnand même !
a écrit le 02/12/2013 à 17:03 :
Et si, en dehors de toute question économique, il s'agissait d'une question de choix de société? Si la question était simplement: une personne travaillant à plein temps doit-elle pouvoir au moins se nourrir, se chauffer et se loger ?

Les raisonnements purement économiques appliqués aux sociétés ne sauraient légitimer les congès payés, la protecion sociale ou même la fin de l'esclavagisme...

N'en déplaises aux croyants en l'homo economicus, réduction simpliste de néolibéraux
a écrit le 02/12/2013 à 16:15 :
S'en réjouir non...! il sera surement globalement plus performant ..donc.. moins imposé que le SMIC Made In France....
a écrit le 02/12/2013 à 16:10 :
L'idée que la croissance économique est soutenue par la seule consommation est fausse. De toutes façons, les allemands (personnes, entreprises, États) dépensent TOUT ce qu'ils gagnent ! Ce qui n'est pas dépensé en consommation l'est inévitablement en INVESTISSEMENT ! Dans ce cas, l'effet est même DOUBLE, car non seulement l'investissement tire le marché, mais en plus, il prépare l'avenir.

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