L’Internet européen : une belle idée, mais utopique.

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(Crédits : Reuters)
Pour se prémunir de l'espionnage américain, Angela Merkel souhaite créer un réseau internet européen. Une utopie, qui n'empêche pas de réfléchir à des solutions pour protéger l'écosystème numérique européen... Par Jean-François Beuze, Président et Fondateur de SIFARIS.

Après le souhait du Brésil de créer une constitution du numérique répertoriant les droits fondamentaux des citoyens du monde concernant l'utilisation et la conservation des données numériques, l'Allemagne souhaite créer un réseau Internet européen avec l'appui de la France. Ce projet soulève quelques interrogations quant à la souveraineté nationale et aux droits individuels. Mais il s'avère aussi peu probable, car économiquement, techniquement et politiquement difficile à mettre en place.

L'idée de Madame Merkel de vouloir créer une révolution des usages afin de mieux protéger les données des européens reste compliquée, voir irréaliste, et ce sur plusieurs points :

  • Economique :

Construire un réseau 100% européen représenterait un lourd investissement : pouvons-nous nous le permettre en cette période de fragilité économique ?

  • Technique :

Promouvoir les fleurons technologiques européens favoriserait une autonomie en termes de matériels, réseaux et logiciels : il aurait fallu le faire il y a 15 ans, et nous n'avons pas su.

  • Politique :

Il serait nécessaire d'obtenir l'adhésion de l'ensemble des pays membres pour valider un projet global de gestion du numérique européen : bon courage...

 

En bref : un constat amer pour l'Europe

Nous sommes en perte de vitesse dans le secteur des nouvelles technologies. Le monopole des Etats-Unis et de l'Asie sur le monde numérique est incontestable. Seules huit entreprises européennes figurent parmi les 100 plus grands acteurs des technologies de l'information et de la communication. A ce jour, nous subissons une forme de pauvreté technologique malgré les vœux pieux de l'Union Européenne qui prétendait, lors du traité de Lisbonne, devenir d'ici 2010 « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ».

 L'ONU pour protéger l'UE

L'idée d'une constitution du numérique placée sous l'égide de l'ONU semble plus réaliste et moins coûteuse. Elle permettrait de répertorier les droits fondamentaux des citoyens du monde, en introduisant une notion de « cyberespace public ». En outre, elle donnerait à l'Europe la possibilité d'imposer certaines règles : conserver les emails et autres données concernant les Européens en Europe, contraindre Facebook, Google, Skype, DropBox et autres sociétés américaines à stocker toutes les données produites par les Européens sur des serveurs et data serveurs installés en Europe, etc.

Soutenir l'innovation

L'intégrité de l'écosystème européen du numérique est primordiale. Mais il est tout aussi important de renforcer le rôle des Etats et de l'Union Européenne sur des points cruciaux tels que l'innovation.

Rappelons-nous des entreprises françaises comme Caramail, leader de portails webmail, et son CaraMail Messenger, l'un des précurseurs des échanges courts entre internautes. Ou encore, les moteurs de recherche 100% français : Lokace, nomade.fr ou voila.fr, développés par France Telecom. Nous avions tout pour réussir, avec en prime la possibilité de conserver une certaine indépendance numérique.

Aujourd'hui la France est à la pointe de la recherche dans certains domaines, comme par exemple les objets connectés. Ne répétons pas les mêmes erreurs. Il nous faut mettre en place un protectionnisme intelligent au niveau européen, et repenser notre façon de soutenir les startups dès le début de leur phase de R&D.

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Commentaires
a écrit le 28/02/2014 à 8:48 :
Dans le genre moteur de recherche français, on a Qwant.com qui est pas mal...
a écrit le 27/02/2014 à 20:07 :
Si elle était sérieuse, elle bloquerait la négociation du traité en cours. Le reste c'est des mots.
a écrit le 27/02/2014 à 18:19 :
Le réseau internet (i.e. le réseau des réseaux) européen existe déjà et les opérateurs en sont propriétaires. Le problème est plus politique que technique car le fait qu'une puissance étrangère puisse avoir accès au contenu des messages transmis uniquement sur le réseau internet européen suppose une complicité interne ou des failles de sécurité (involontaires ou non) dans le matériel et cela n'échappe à personne que l'essentiel du marché électronique est produit en Asie. Même produit en Europe il n'est pas garanti que les états (et les politiciens) ne chercheraient pas à contrôler l'information qui circule sur le réseau internet. Des solutions de protection de la vie privée existent et exigent des efforts des utilisateurs afin de maîtriser les outils correspondants (liés au chiffrement des messages sur un canal non sécurisé).
Réponse de le 27/02/2014 à 18:25 :
Cela pose le problème de la Démocratie. Et c'est un gros problème. Surtout en France.

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