Quand Zuckerberg investit, il sait ce qu'il paie

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(Crédits : DR)
Pourquoi WhatsApp vaut-elle autant que SFR, entreprise forte de ses investissements en réseaux? C'est plus l'expérience de l'utilisateur qui a de la valeur, que le produit ou le service vendu. Par Manuel Diaz, Président d'EmakinaFR

Certains évènements récents sont révélateurs de la manière dont le digital transforme les modèles économiques et déplacent la notion de valeur. Ainsi Facebook qui rachète WhatsApp à hauteur de 19 milliards de dollars. Bonne ou mauvaise opération ? Tout dépend du point de vue.

 Une valeur subjective

Bien sûr il s'agit d'une somme conséquente, mais en matière d'acquisitions, les choses n'ont d'autres valeurs que celles qu'on leur donne, et la seule limite est celle des fonds dont on dispose. En l'occurrence, la question des fonds n'est pas - aujourd'hui - un problème majeur pour Facebook. Quant à la valeur elle est hautement subjective et dépend du contexte. Par exemple, la valeur d'un ouvre-boite n'est pas la même pour un citadin que pour un naufragé seul sur une île déserte incapable d'ouvrir des boites de conserve sans ce précieux ustensile !

 WhatsApp, SFR, deux valorisations proches, des modèles différents

Au même moment, Vivendi annonce qu'il vend SFR. Aucun lien a priori avec le rachat de Facebook. Cependant, on peut s'interroger sur le fait que WhatsApp vaille 19 milliards de dollars et SFR environ 15 milliards d'euros. Des valorisations importantes, relativement proches l'une de l'autre. Mais une valorisation issue de deux modèles de développement différents. D'une part, dans le cas de SFR, un investissement sur plusieurs années dans des actifs physiques et industriels importants. Et d'autre part, dans le cas de WhatsApp une valorisation fondée sur le génie d'une application devenue indispensable pour des millions d'utilisateurs… Dès lors des questions évidentes se posent. Qui détient l'infrastructure nécessaire à l'utilisation de l'autre ? Qui détient des actifs physiques ? Qui a des clients abonnés relativement captifs fournissant des revenus récurrents ?

 L'important : l'expérience que retire le client d'un service ou d'un produit

Ainsi à l'heure du digital, les modèles de valeur bougent : ce n'est plus le produit ou le service en lui-même, ni l'investissement nécessaire à sa réalisation qui comptent mais l'expérience qu'en retire le client.

En achetant WhatsApp, Facebook a acheté de l'usage. Ainsi en annonçant l'arrivée prochaine de la voix sur WhatsApp, c'est l'expérience qu'on renforce. Un phénomène déjà observé aux débuts de l'iPhone. Bien sûr, l'appareil était révolutionnaire mais plus par l'expérience qu'il entraînait que par sa sophistication technologique.

La fin d'un "business model" fondé sur la rentabilisation de l'infrastructure

 Est-ce pour autant la fin des opérateurs tels que nous les connaissons ? Non mais c'est certainement la fin d'un "business model" fondé sur la rentabilisation de l'infrastructure plus que sur la valorisation de l'expérience. C'est l'infrastructure qui fait fonctionner le système mais c'est l'expérience qui entraine son utilisation. L'essentiel de la valeur d'une entreprise aujourd'hui provient de ses actifs immatériels et les clients qu'on ne tient plus que par l'expérience en sont une partie conséquente.

Aujourd'hui, l'expérience et l'infrastructure sont les deux facettes d'un produit ou d'un service. Mais désormais c'est l'expérience que l'on paye.

emakina.FR

 

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a écrit le 20/03/2014 à 0:27 :
Quand j’achète une voiture , une guitare ou une chaise, l’expérience utilisateur est déterminante , c'est même aussi important que le prix, cela n'a rien à voir avec le numérique et ça a toujours existé. De plus , SFR et facebook ne font pas le même métier. On en reparlera dans 20 ans, les operateurs sont très loin d'avoir utilisé l'énorme potentiel de la fibre optique et il n'y a aucune raison que les consommateurs ne soient pas prets à payer pour de nouvelles infrastructures qui leur permettraient de telecharger un DVD en quelques secondes. Le modèle de rentabilisation des infrastructures n'a aucune raison de faiblir.
a écrit le 17/03/2014 à 12:56 :
> Ainsi à l'heure du digital, les modèles de valeur bougent : [blablabla]

C'est ça.

J'ai l'impression de relire des articles que l'on publiait juste avant l'éclatement de la bulle "dotcom".
a écrit le 14/03/2014 à 0:06 :
J'adore! Tout est dit du fonctionnement du système US de distorsion des prix et de la valeur. Dans un régime obligatoire de bulles, d'argent dont on ne sait ce qu'il représente, de conditions d'exercice qui tiennent plus des échanges de privilèges et de retours d'ascenseur entre le privé et le fédéral au point de rendre l'économie de connivence centrale, on peut bien payer ce qu'on veut. La question est de savoir qui est "on". Car au final on peut se demander si ce qui compte le plus c'est qui paie et acquière ou qui reçoit cet outil d'influence que représente un tel pactole entre des mains susceptibles d'agir sans contrainte.
a écrit le 13/03/2014 à 16:10 :
Cette analyse me parait un peu légère... On est tous d'accord que les autoroutes ont besoin de voiture pour survivre et que les voitures ont besoin d'autoroutes pour aller de plus vite d'un point A à un point B (...). Il me parait peu probable que les autoroutes deviennent gratuites, au contraire....
Je pense que les opérateurs jouent une carte spéciale du type: "allez-y facebook et compagnie, utilisez sans rien payer, on verra par la suite une fois que tous seront dépendant de nos autoroutes des communications....
Il est décevant sincèrement de voir que des sociétés qui n'apportent que très peu de valeur ajoutée, soient plus valorisées que des sociétés comme SFR qui, certe, gagne de l'argent (c'est le premier objectif d'une société) mais qui investissent en masse et créées des emploies directs et indirects par dizaines de milliers...

Bref.... Bravo quand même aux créateurs de WhatsApp
Réponse de le 13/03/2014 à 19:50 :
Un opérateur Télécom fait un métier "bête", dans la mesure où n'importe qui peut le faire ... s'il a les capitaux. De plus nombre d'opérateurs n'opèrent plus leur réseaux qu'ils ont confiés à un NSN ou autre Huawei. Ils sont MVNO sur leur propre réseau, c'est le cas d'Orange partout ailleurs qu'en France. Et ce sera le cas en france d'ici quelques années.
A coté de ça trouver des clients, ce n'est pas une mince affaire, c'est plus compliqué que signer un bon de commande à ALU/NSN/Huawei.

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