Non, la métropole n'est pas une ville

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(Crédits : DR)
Qu'est-ce qu'une métropole? Ce n'est pas simplement une grande ville, comme les débats actuels pourraient le donner à penser. La métropole ne regroupe pas des habitants, c'est d'abord un pôle regroupant des emplois de haut niveau. Par Jacques Godron, Président du club des entreprises du Grand Paris

Métropole, métropole … Qui n'a le mot métropole à la bouche ?! Et voilà que la Loi s'en mêle et ajoute cette nouvelle couche à un Millefeuille déjà bien gras! Effet de mode, emphase sémantique, manie coupable consistant à coller des noms nouveaux sur des réalités trop usées? Pourquoi appeler métropole ce qui ne serait qu'une grande ville ?

La question est d'importance car de deux choses l'une : si la métropole est une grande ville, alors son organisation, ses objectifs, son rôle, son projet stratégique et sa gouvernance doivent être ceux d'une ville. En plus grand, soit. Mais si la métropole est autre chose qu'une grande ville, il faut le savoir, car alors tout change… Au risque, sinon, de faire un grave contresens.

Tout le contraire d'une grande ville!

Le dictionnaire d'ailleurs nous alerte, qui pour dire grande ville dit tout simplement megapole. Alors autant l'annoncer tout de suite : la métropole n'est pas une grande ville, c'est même tout le contraire !

La ville ? C'est ce qui permet à un grand nombre d'habitants, parce que serrés les uns contre les autres, de bénéficier de services urbains (biens collectifs de centralité) dont ils partagent à la fois le financement et l'usage : administration et services, réseaux et équipements publics, infrastructures etc. Tout cela est bien connu.

Dans l'économie fordiste, celle qui se termine au 20ème siècle, la plupart des emplois, agricoles et industriels, étaient situés en dehors des villes. Rappelez-vous, on parlait alors de zones d'activité et même de zones industrielles…? Si ce modèle avait perduré nous aurions aujourd'hui (simplement) des grandes villes, des mégapoles…

La métropole, un pôle où s'entassent des emplois de la "classe créative"

Où est l'erreur ? C'est que la fin des années 1970 marque sans retour en arrière possible le remplacement définitif de ces emplois agricoles et industriels par des emplois tertiaires. Mais qu'ils soient marchands ou administratifs ces emplois tertiaires (80% des emplois déjà en 2010) ne peuvent fonctionner que collés les uns aux autres et -si possible- logés au plus près de centres urbains névralgiques. Et c'est là que naît la métropole. La métropole n'est pas une ville d'habitants, c'est un « pôle » où s'empilent les emplois métropolitains supérieurs (EMS), la fameuse « classe créative » mise en évidence par Florida.

La métropole sur la ville a remplacé l'usine hors la ville. Mais bien entendu pas question pour les habitants de l'hypercentre de laisser la place à ces emplois sans leur en faire payer le prix ! Du coup il faut empiler au même endroit de plus en plus d'habitants métro-compatibles et de plus en plus d'emplois. Dans des immeubles polyvalents dont rien ne dit plus si derrière leur façade se cachent des bureaux ou un hôtel, une clinique ou un hypermarché, une banque ou une résidence d'étudiants ! C'est la double densité…, inévitable.

La ville s'habite, la métropole s'active

Mais pour autant la ville se confond-elle avec la métropole ? Voire… La ville s'habite? La métropole s'active. On planifie la ville en 2D? On spatialise la métropole en 3D. La ville centrifuge s'étale? La métropole centripète s'élève (a-t-on déjà vu une fourmilière plate ?). La ville est drainée par ses tram-bus-trains? La métropole par ses ascenseurs! La ville se dilate? La métropole se compacte. L'habitant rêve d'un pavillon isolé? Le métrosalarié (c'est le même !) adore l'open-space du 56° étage. La grande ville se la joue capitale? La métropole essaie de faire sa vie ailleurs : voyez Rome-Milan, Barcelone-Madrid, Canberra-Sidney, Washington-New York, La Défense-Paris… Non décidément, la métropole n'est pas une ville… !

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Commentaires
a écrit le 07/04/2014 à 17:55 :
je trouve ce commentaire pertinent, et il met en perspective une dimension souvent négligé ;
pour autant on aimerai voir encore un peut plus loin car si la métropole n'est pas "la ville", la donne urbaine qui (re)fondera notre démocratie est une condition déterminante de son efficacité autant de de notre survie;
a écrit le 05/04/2014 à 9:55 :
beaucoup( trop ?) de baratineurs professionnels dans ce pays
a écrit le 04/04/2014 à 17:10 :
Et ? Tout ça pour dire quoi ? C'est bien vague et creux. Si c'est pour dire que vous êtes contre la Métropole du Grand Paris, dites le. Mais alors assumez d'être un conservateur qui refuse de donner à Paris la taille administrative nécessaire pour gérer les problèmes de l'agglomération.
a écrit le 04/04/2014 à 16:36 :
Une métropole est une ville capable d'être un centre de commandement général et surtout d'impulsion (économique, culturel, politique) sur un territoire donné.

Le seuil de 100,000 habitants est donné pour une "petite métropole" (200,000 pour une moyenne et 500,000 pour une grande), en effet le seuil de 100,000 habitants dans l'unité urbaine permet d'établir une université, et donc de posséder l'ensemble du processus scolaire.
Réponse de le 07/04/2014 à 15:57 :
ne nous énervons pas; cette définition de la métropole n'est pas conservatrice, elle est dépassée tout autant que la ville par la réalité. aujourd'hui, nous fabriquons tous ensemble, qu'on le veuille ou non, du TISSU URBAIN qui est un phénomène dépassant sans retour les concepts de centralité liés à ville ou métropole. c'est la fabrication du village planétaire à vivre au quotidien; alors, il y a beaucoup à inventer pour le rendre encore plus humain...

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