Indonésie : la lutte contre la déforestation est en bonne voie

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Sous la pression d'ONG, l'Indonésie a fait de gros progrès dans l'arrêt de la déforestation. Mais il faut prendre en compte la réalité du pays. Par Catherine PROCACCIA, Sénateur UMP du Val-de-Marne et Présidente du groupe interparlementaire d’amitié France-Indonésie et Timor-Est

Le Sénat examine actuellement, en première lecture, le projet de loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt qui précise notamment, à l'article 33, l'application du Règlement sur le Bois de l'Union européenne (RBUE), entré en vigueur le 3 mars 2013. Deuxième volet du plan d'action européen FLEGT (application des réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux), celui-ci vise à bannir du marché communautaire le bois et les produits dérivés issus d'une récolte illégale.

En tant que Présidente du groupe interparlementaire avec l'Indonésie, je me félicite de cette avancée et rappelle que l'Europe et l'Indonésie ont signé le 30 septembre 2013 un Accord de Partenariat Volontaire (APV) pour lutter contre le bois illégal. Cet APV est une étape importante dans la lutte contre la déforestationdans cet immense archipel de1 919 440 km2 et 240 millions d'habitants.

Un potentiel considérable

Membre du G20 et de l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), ce pays dispose depuis plus d'une décennie d'institutions démocratiques et d'un régime politique stable qui ont favorisé sa forte croissance, 6% en moyenne par an, croissance essentiellement interne tirée par l'émergence d'une classe moyenne qui devrait doubler d'ici 2020, passant de 70 à 140 millions d'habitants. L'Indonésie est désormais la première économie du Sud-Est asiatique et la 16ème économie internationale.

Pays émergent, à fort potentiel de ressources naturelles, l'Indonésie a pris conscience qu'elle devait faire face aux défis et exigences internationales en matière environnementale en partie dans ses pratiques d'exploitation des forêts et des terres agricoles.

D'une superficie de 240 millions d'hectares, soit 17% du couvert forestier mondial, la forêt tropicale humide indonésienne est le troisième bassin forestier au monde. Elle représente une des grandes richesses de l'archipel indonésien à la fois pour sa diversité biologique, sa contribution à l'équilibre éco-systémique planétaire et les activités économiques qui en dépendent.

 Deux secteurs clé mis en cause, l'industrie du papier et de l'huile de palme

Mais le mode de production des deux secteurs clefs de ce développement économique, l'industrie de la pâte à papier et celle de l'huile de palme, a été mis en cause avec raison par les associations environnementales. On peut en effet estimer que la déforestation dont souffre l'archipel leur est en partie due, encore que l'importante croissance démographique y a participé aussi pour beaucoup et continuera à peser puisque la population devrait atteindre 340 millions d'habitants en 2030, population qui devra se loger, travailler et accéder à de nouvelles infrastructures. Le grand mérite du Gouvernement indonésien a été de réfléchir sur ce que devait être un développement économique plus durable en particulier de ses deux productions phares.

 Vers une gestion durable du secteur forestier indonésien

Le Président de la République d'Indonésie, Susilo Bambang Yudohoyono, a pris des engagements fermes concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Un décret signé en septembre 2011 met en application un Plan national d'action qui doit les réduire de 26% d'ici 2020. Des mesures contre la déforestation, les feux de forêts ou encore la pollution y sont intégrées et commencent à être mises en œuvre.

Un groupe de travail s'est constitué avec le gouvernement norvégien, lequel s'est engagé à verser un milliard de dollars afin de préparer les institutions compétentes à la mise en œuvre du « REDD + » (programme onusien visant à limiter le réchauffement climatique provoqué par les émissions de GES induites par la dégradation et la destruction des forêts).

 Une exploitation réduite des forêts

Selon la FAO, le gouvernement indonésien actuel a nettement réduit l'exploitation des forêts qui serait passée de 1 914 000 hectares par an entre 1990 et 2000 à 498 000 hectares par an de 2000 à 2010. La signature, en septembre 2013, de l'accord de partenariat volontaire FLEGT - évoqué en introduction - constitue une nouvelle preuve de cet engagement.

Consciente de ces défis, j'ai accepté l'invitation de l'Ambassadeur d'Indonésie en France, son Excellence Rezlan Ishar Jenie, et me suis rendue quelques jours en Indonésie afin d'échanger avec les acteurs de terrain. Hormis les ministères concernés, j'ai naturellement rencontré des ONG, des chercheurs français du Cirad et de l'IRD (Institut de Recherche pour le Développement), les acteurs du secteur (Golden Agri Ressources et Asia Pulp & Paper) et je me suis rendue sur place à Sumatra.

 Le deuxième producteur mondial de pâte à papier cesse la déforestation

Lors de la visite des usines et des plantations de ces deux grandes entreprises, on mesure l'impact des objectifs gouvernementaux sur les modes de production et d'exploitation. La lutte contre la déforestation se concrétise d'ores et déjà par le développement de méthodes de cultures plus respectueuses de l'environnement telle la replantation des palmiers sur des terres déjà exploitées ou dégradées et par l'augmentation du rendement sans extension des surfaces cultivées (sélection des arbres) chez Golden Agri Ressources (GAR).

Et en février 2013, Asia Pulp & Paper (APP) en décidant de ne plus utiliser pour son approvisionnement que des fibres de bois provenant exclusivement d'arbres issus de plantations a participé, à son niveau (deuxième producteur mondial), à un arrêt immédiat de la déforestation, allant même au-delà des exigences gouvernementales.

A ma demande, j'ai pu rencontrer de tous petits exploitants (près de la moitié des plantations de palmiers sont privées). Eux aussi étaient conscients des enjeux environnementaux, du risque d'épuisement de la forêt. Ils acceptent les conseils des agronomes, en particulier du Cirad, pour une exploitation durable pour préserver leur avenir et celui de leurs enfants. Tout ceci prouve que l'Indonésie, grâce à la mise en œuvre durable de bonnes pratiques, pourrait continuer à accroître sa production sans déforestation, afin de répondre à la demande internationale en forte croissance.

 Prendre en compte la réalité économique des pays émergents

Les médias occidentaux, les ONG et l'opinion publique exigent un niveau d'efficacité immédiat difficilement compatible avec une jeune démocratie, avec des engagements récents et une population qui aspire à une amélioration de ses conditions de vie. Il est certain que cette pression a été utile à la nécessaire prise de conscience du Gouvernement et des producteurs indonésiens.

Pour ma part, je regrette les anathèmes encore aujourd'hui lancés contre ce pays qui depuis une dizaine d'années a pris conscience de l'impact de l'exploitation incontrôlée des forêts et mis progressivement en œuvre des mesures significatives de lutte contre la déforestation.

Des progrès restent à faire... mais sans oublier la réalité de l'Indonésie

Bien entendu, tout n'est pas encore acquis et d'importants progrès restent à faire sur la voie de l'excellence environnementale…

Il est aussi impossible d'oublier que 60% de la population vit dans des zones rurales où l'agriculture et la sylviculture sont les principales sources de revenu (5,5% du PIB indonésien) et que 3 millions d'emplois sont liés à la sylviculture, dans un contexte où 35 millions d'indonésiens demeurent dans la grande pauvreté.

In fine, si Victor HUGO écrivait que « c'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l'écoute pas », il serait aujourd'hui bien triste qu'une attitude dogmatique et la bonne conscience écologique fassent que l'Occident reste sourd aux réalités économiques des pays émergents et aux progrès indéniables réalisés par l'Indonésie sur le plan environnemental.

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Commentaires
a écrit le 23/04/2014 à 17:02 :
Madame Procaccia,

Tout d’abord nous nous réjouissons à la lecture du titre de l’article « Indonésie : la lutte contre la déforestation en bonne voie ». Vous reconnaissez enfin pour la première fois qu’il existe une déforestation en lien avec la culture industrielle du palmier à huile. Nous constatons aussi que vous avez changé de stratégie de défense de l’huile de palme industrielle en mentionnant un grand écrivain, et en faisant part soudainement de vos voyages au contact des petits paysans locaux ...

Cependant, à l’heure du « Greenwashing » tapageur des grandes multinationales, à grands coups de publicités servies à toutes les sauces aux concitoyens occidentaux, vous mentionnez une sorte de nouvel accord défendant les nouvelles bonnes intentions des lobbies, un Accord de Partenariat Volontaire (APV) pour lutter contre le bois illégal datant du 30 septembre dernier entre l’Indonésie et la France.
Alors que penser de l’écolabel indonésien LEI (The Indonesian Ecolabelling Institute – crée en 2009) et partenaire du FSC (Forest Stewardship Council), garantissant soi-disant la culture durable, la traçabilité des bois coupés et exportés ? Doit-on en conclure que celui-ci n’est pas efficace ? Que penser aussi de l’écolabel le TFT (crée en 1999) opérant également en ce moment même en Indonésie. Sont-ils tous efficaces ? Combien de labels et accords « écrans de fumée », vont être encore inventés ? Qui les finance ? Où va l’argent ?

Le programme REDD+ auquel vous faites référence a déjà eu lieu(1), le contrat ayant été négocié en 2010, avec l’amer constat d’un non engagement du gouvernement indonésien. Notons aussi l’absence de transparence des 35 millions de dollars de transaction entre les deux parties censées aider à faire une réforme, avec paradoxalement dans les faits, durant les deux années qui ont suivi ce contrat, un taux de déforestation qui a doublé. A qui profite cette somme astronomique ?

La forêt primaire indonésienne continue à être rasée toujours au profit des industries du bois, de la pâte à papier et enfin de l’industrie de l’huile de palme, étant pour beaucoup détenues par une seule et même société. Comment croire en la bien-pensance des gouvernements français et indonésien ?
Par ailleurs, d’après votre témoignage, cela fait une décennie que l’Indonésie a pris conscience de l’impact de l’exploitation incontrôlée des forêts. Et pourtant, dix années que rien n’a été fait. Dix longues années où le couvert forestier indonésien a perdu 8,8 millions d’hectares entre 2000 et 2010. Les plantations de palmiers à huile sont directement responsables de 57% des déforestations entre 2000 et 2010 au Kalimantan (partie indonésienne de Bornéo) soit 15 949 km²- une région comme la Franche-Comté.
De 1990 à 2010, 90% des terres converties en palmiers à huile étaient des terrains boisés dont 47% étaient des forêts intactes, 22% des forêts destinées à la production de bois et de papier, 21% étaient sous forme d’agroforesterie. (2)

Ces terribles chiffres poussent l'Indonésie dans le flop cinq des plus grands émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre. Il est stupéfiant que 80 % de ces émissions proviennent de la déforestation. (3)
En ce début d’année la justice indonésienne a démontré qu’elle était capable d’appliquer les lois du pays avec la condamnation d’une société d'huile de palme pour déboisement illégal. (4) Nous encourageons le gouvernement à poursuivre ses efforts, car ce genre d’évènement qualifié « d’historique » dans l’article reste en effet encore trop rare. De leur côté les citoyens indonésiens s’organisent face à l’éternel trafic d’influence ambiant entre le gouvernement et les lobbies. Par exemple, le culte musulman a été contraint de lancer une fatwa (5) contre le commerce d'espèces protégées. Le peuple est prêt au changement devant l'inaction de leurs représentants censés défendre leurs droits, avec pour symbole fort le rassemblement de paysans du monde entier à Jakarta en juin 2013. Émergeant des organisations paysannes du monde entier, les vraies problématiques se posent : la souveraineté alimentaire, l’agro-écologie, la justice sociale et climatique, la solidarité, les semences, l’eau, la lutte des femmes, des jeunes, des peuples autochtones, des migrants, la réforme agraire et la terre à ceux et celles qui la travaillent. (6)

Vous, en tant qu’actrice de la production d’huile de palme industrielle, comment voulez-vous assurer la survie de ces peuples en cautionnant la destruction de leurs ressources naturelles et de leur économie locale au profit d’une poignée de privilégiés indonésiens et de patrons européens ?
Posez-vous la question: le PIB reflète-t-il vraiment la qualité de vie humaine et la satisfaction des habitants d’un pays dans une perspective citoyenne personnelle et collective ?

Comme le dit Masanobu Fukuoka, Microbiologiste et philosophe japonais "Si nous avons une crise alimentaire elle ne sera pas due à l'insuffisance du pouvoir productif de la nature, mais à l'extravagance du désir humain. "

L’association L’Huile de Palme : NON !
a écrit le 05/04/2014 à 11:51 :
240 millions ha de foret tropical, tiens, ça fait à peu près 125 % de la surface, ils ont trop bien réussi
a écrit le 04/04/2014 à 19:34 :
A QUI LE TOUR ????
a écrit le 04/04/2014 à 19:32 :
il était temps il reste pratiquement plus rien a couper !!!! Quel foutage de gueule!!!
Réponse de le 05/04/2014 à 16:12 :
@dudu : A lire votre commentaire vous n'etes surement jamais venu en Indonesie

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