À quoi ressembleront nos musées en 2050 ?

 |   |  903  mots
Laure Kaltenbach, DG du Forum d'Avignon et Olivier Le Guay, responsable éditorial du Forum d'Avignon.
Laure Kaltenbach, DG du Forum d'Avignon et Olivier Le Guay, responsable éditorial du Forum d'Avignon. (Crédits : DR)
25 juin 2050 : événement mondial. À l'occasion des 100 ans de la publication des Chroniques martiennes de Ray Bradbury, rétrospective simultanée dans les 200 pays de l'ONU : un siècle d'arts plastiques pour la science-fiction. Voici les mots-clés pour dialoguer avec les avatars des artistes.

De connecté à virtuel, le musée tient en 2050 un rôle central de compréhension et de transmission de l'histoire esthétique d'une nation. L'enfant des Lumières et de la Nation est devenu un lieu d'apprentissage, le creuset des savoirs artistiques et des imaginaires d'hier et d'aujourd'hui. Il trouve sa place dans la « smart » cité grâce à une promesse d'expériences esthétiques réflexives sur l'identité culturelle de la communauté.

CONNECTÉ

Au coeur des réseaux physiques et numériques de son territoire, le musée utilise tous les accès et techniques pour mettre son patrimoine au service du public, des chercheurs et de la mémoire de la nation qui l'héberge. Appuyé par de nombreuses applications et services, il n'est pas seulement connecté pour faciliter, préparer ou approfondir la visite ou la recherche, il anime son propre réseau social pour partager, conserver et développer les recherches, les avis ou les goûts en lien avec l'expérience des oeuvres.

CONSERVATION

La conservation se fait désormais à travers le temps et l'espace. « Nous sommes des nains sur des épaules de géants » : le beau mot de Bernard de Chartres cerne la mission de sauvegarde d'un patrimoine artistique pour les générations futures. Constituer, analyser et protéger « le miroir de l'Histoire d'un pays et de son avenir » (René Clair) exige un laboratoire de recherches de haute technologie au secours des objets altérés par le temps et la main de l'homme. Toutes les compétences (de l'artisanat traditionnel aux nano et biotechnologies de pointe) sont mises en réseaux pour stocker, préserver, valoriser et diffuser le patrimoine à transmettre.

DIPLOMATIE CULTURELLE

Le prêt et l'échange des oeuvres entre musées nationaux permettront non seulement de constituer des expositions favorisant les rapprochements esthétiques et scientifiques des cultures et des arts, mais aussi de renforcer les liens symboliques entre nations. Par des ambassades ou des prêts, la circulation des oeuvres renforce une logique de patrimoine de l'Humanité. La cohérence des collections nationales contribue à renforcer l'identité, le rayonnement et la créativité d'un continent.

EXPÉRIENCES

Entre diffusion de savoirs et loisir culturel, le musée trouve sa place et son équilibre entre l'école et l'industrie du divertissement, la « culture cultivée » (Élie Barnavi) et la culture populaire. Il nourrit le dialogue nécessaire entre l'imaginaire et l'intuition humaine avec le potentiel de croisement des données et des savoirs disponibles. Au bénéfice des cinq sens des visiteurs qui nouent des liens avec les artistes, en chair et en os, ou leurs avatars incroyablement réels.

IMAGINAIRE

Vis-à-vis de ses visiteurs, le musée taille dans l'histoire de quoi creuser plus avant dans la matière, le patrimoine et le savoir artistiques pour hybrider de nouvelles histoires, de nouveaux imaginaires, des rapprochements, pour de nouvelles communions collectives.

LÉGAT

Fini le temps où les commissaires, personnages centraux de la médiation avec le public, incarnaient - seuls - le savoir de toute collection. Les MOOC (Massive Open Online Courses), apparus dans les années 2010 sont désormais légion dans le domaine artistique : les musées rivalisent pour que les meilleurs les rejoignent. Le « légat » - cet oeil et cette mémoire qu'aucun algorithme ne peut remplacer - se situe au confluent du savoir, de l'artiste, des pôles de recherche, des « rassembleurs » (qui ont remplacé progressivement les entreprises et institutions traditionnelles), des États qui hébergent les oeuvres et des publics, toujours plus impliqués et producteurs d'expériences muséales. Cet humaniste est garant de la politique d'acquisitions et de diffusion pour contribuer au rayonnement intellectuel et patrimonial de la communauté nationale qui lui a confié son mandat.

MARQUE

Plus que jamais les grandes institutions seront des marques interactives avec leur environnement, un contrat social passé avec leurs visiteurs, un pôle d'attractivité et de créativité pour artistes et chercheurs. Plus qu'une stratégie d'internationalisation, le musée constitue une promesse de partage de savoirs (parfois exigeants) à forte valeur ajoutée symbolique et historique.

SOCIAL

À la fois moteur d'attractivité et de développement économique d'un territoire (il participe aussi au partage des données laissées par ses visiteurs), le musée expose à des fins d'études, d'éducation et de sensibilisation. Par ses actions de développement des publics (tarifs, formation et accès), il s'inscrit dans une véritable politique d'émancipation culturelle et d'intégration sociale : dans un monde inondé d'images, il interroge leur pouvoir, leur envoûtement et il constitue un puits d'imaginaires, capable de libérer les esprits de bonne volonté.


VALEUR

Alors que les foires et les ventes aux enchères fixent la valeur du marché de l'art, le musée nourrit la valeur symbolique du patrimoine, la sanctuarise pour en faire un objet collectif et historique. Les artistes viennent s'en nourrir pour, à leur tour, créer de nouveaux symboles. Cette utopie n'est possible que si la collection muséale reste inaliénable.

VIRTUEL... RÉEL

Par des technologies puissamment interactives, puisant dans les données abondées par la communauté, chaque visite permet grâce à l'infinie variété des objets connectés de rentrer dans la connaissance des oeuvres, de les contextualiser dans leur histoire et dans l'Histoire... « Le musée est un des lieux qui donnent la plus haute idée de l'homme », dit André Malraux.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/08/2014 à 12:14 :
Quel verbiage...Et bien loin de la réalité idéalisée où la culture des musées serait le ciment social d'une nation consensuelle sur ses valeurs et ouverte sur le monde. Ce n'est hélas pas ce qui se passe. Au point que les visites virtuelles patrimoniales in situ que nous organisons sont actuellement un échec du fait de l'insécurité qui règnent sur les lieux...
Il serait temps que les structures subventionnées s'interrogent sur leurs fonctions et leur rapport au peuple
a écrit le 03/08/2014 à 2:38 :
A rien vue que la vérité c'est qu'il ne reste pas longtemps avant le retour du Christ.
a écrit le 01/08/2014 à 23:46 :
CONNECTÉ

Au coeur des réseaux physiques et numériques de son territoire, le musée utilise tous les accès et techniques pour mettre son patrimoine au service du public, des chercheurs et de la mémoire de la nation qui l'héberge....

Me suis arrêté là. On croirait lire les publications mensuelles des conseils généraux et autres romans payés par nos deniers. Nul et grotesque d'emphase. Creux et vide de sens. Ces gens ne savent plus rien produire que la coercition et l'emphase pour se croire exister. Et ça nous parle culture? A vomir.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :