Le Bitcoin, après le crash

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(Crédits : DR)
Quels enseignements tirer du "flash crash" du Bitcoin, qui a eu lieu au cœur du mois d'août? Par Nicolas Houy, chercheur au CNRS

Revenons tout d'abord sur les faits. Sur la plateforme d'échange "BTC-e" qui représente, selon les approximations les plus précises, 7% des volumes des échanges entre bitcoins et monnaies traditionnelles, un bitcoin valait 469 dollars le 18 août dernier à 13h35, heure française. A 13h45, le prix d'un bitcoin était passé à 449 dollars, soit une chute de 4% en dix minutes (le prix de 469 dollars n'était atteint de nouveau que le lendemain à 11h00). Mais c'est ce qui s'est passé pendant ces dix minutes qui a beaucoup fait parlé: au plus bas, entre ces deux horaires, un bitcoin pouvait s'échanger contre 309 dollars, soit une baisse de plus de 30%, avant un rebond presque équivalent.

Ce flash crash est passé presque inaperçu sur les autres plateformes. Ainsi par exemple, sur Bitstamp, la plus grande des places de marché hors Chine (environ 10% des échanges), le minimum atteint le même jour a été de 442 dollars par bitcoin. Les clients, même les plus assidus, de Bitstamp ou de beaucoup d'autres places de marché ont donc appris l'existence d'un flash crash dans les médias!

Une importance toute relative...

Revoir les faits nous rappelle donc que le flash crash du bitcoin n'a eu lieu que sur une place de marché et n'a duré que quelques minutes. Autant dire que presque tous les individus possédant des bitcoins n'ont pas été concernés. Cet événement doit donc être vu comme ayant une importance toute relative.

Mais montrer que cet événement n'a pas eu l'impact qui a été décrit dans les médias ne nous dit pas ce qui s'est passé. Aujourd'hui et sans autre information, on ne peut formuler que des hypothèses: tentative de manipulation du marché, algorithme de trading devenu fou, simple vente massive par un acteur important du marché? Une seule chose est sûre, cet
  événementn'est pas le premier de son genre sur la plateforme concernée: le 10 février 2014, les bitcoins avaient perdu 85% de leur valeur avant de rebondir à leur niveau d'équilibre dans un autre flash crash qui avait duré une vingtaine de minutes et, dans ce cas également, les autres plateformes avaient été très peu affectées.


Que nous apprend ce flash crash?

On peut quand même profiter de l'évènement du 18 août dernier pour tirer trois enseignements sur le marché des bitcoins. Tout d'abord, il faut parler de la distribution de la richesse en bitcoins. La quantité de bitcoins détenue par chaque addresse Bitcoin est publique. Mais une même personne peut détenir plusieurs adresses et celà rend donc la
distribution de la richesse par individu assez difficile à évaluer.

Les meilleures estimations donnent les résultats suivants: les 47 individus les plus riches en bitcoins détiendraient 30% des bitcoins en circulation, les 900 individus suivants, 30% également. En bas de l'échelle, ce sont environ un million de personnes qui détiendraient 20% des bitcoins. Autant dire que la richesse en bitcoins est très inégalitaire et ne peut certainement être comparée qu'à la distribution des richesses en Corée du Nord. Pour balayer la question éthique que cela implique, notons seulement que les premiers arrivés, en achetant des bitcoins au moment ou ceux-ci valaient très peu chers, ont contribué à l'expansion de cette technologie qui, espérons, sera un jour source de valeur pour tous.

Quelques acteurs ont un grand pouvoir sur le marché

Cependant, il reste qu'une telle distribution signifie que quelques acteurs ont un grand pouvoir sur le marché. L'événement du 18 août dernier a été provoqué par la vente soudaine de quelques 7.500 bitcoins, soit environ l'équivalent de trois millions de dollars. Il suffit donc qu'un acteur majeur du marché ayant fait fortune grâce à Bitcoin ait besoin de dollars pour acheter une belle maison en Californie ou ailleurs pour qu'une plateforme soit déstabilisée. C'est là une grande source de volatilité.


Un marché dissymétrique

Le second enseignement concerne la dissymétrie du marché des bitcoins. Les récents événements négatifs concernant les plateformes d'échange entre bitcoins et monnaie traditionnelle (faillite de MtGox en particulier) ont poussé les acheteurs et vendeurs potentiels de bitcoins à ne pas laisser dormir d'argent sur ces sites. Cependant, pour des raisons techniques, virer des bitcoins vers un de ces sites demande en moyenne une heure. Pour virer de la monnaie traditionnelle, il faut a peu près trois jours ouvrés.
Plutôt cinq jours sont même nécessaires quand il s'agit de changer de la monnaie dans le processus (des euros vers des dollars ou inversement par exemple) et plus de 10 lors d'une ouverture de compte (les mesures prudentielles étant à l'origine de ce délai supplémentaire). Ainsi, le marché peut très vite mettre des bitcoins à la vente, beaucoup moins vite des euros ou des dollars. Par conséquent, les résistances du marché à la baisse et à la hausse sont totalement différentes. On voit donc beaucoup plus souvent des baisses brutales des cours que des hausses soudaines. La source de cette différence est, assez paradoxalement, la bien meilleure adaptation de Bitcoin comme moyen de paiement moderne que le transfert
bancaire.

Une notoriété sans précédent


Enfin, et c'est le troisième enseignement, l'événement du 18 août illustre le fait que Bitcoin a désormais fait son entrée dans les médias grand public et a certainement atteint un niveau de notoriété sans précédent. Son cours est suivi régulièrement. Plus généralement, pendant cette seule période estivale, un rapport d'information de la Commission des Finances du Sénat français faisait cas des "opportunités à découvrir" de Bitcoin, le ministre des finances, Michel Sapin, dévoilait ses intentions relativement favorables pour réguler Bitcoin et la probable intégration de Bitcoin par Braintree, filiale d'eBay consacrée aux paiements, était rendue publique. Dans ce cadre, la question n'est plus de savoir pourquoi il y a eu un flash crash le 18 août mais pourquoi il n'y a pas eu d'appréciation soudaine du cours des bitcoins?

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Commentaires
a écrit le 10/09/2014 à 17:26 :
à venir .... "le pigeon farci " !
a écrit le 10/09/2014 à 17:16 :
Monnaie qui n'a aucun des attributs d'une monnaie, créée par gâchis énergétique, uniquement dans le but de spéculer sur sa rareté, puisque cette dernière a été organisée dès la création du BT. Ca sent l'arnaque à plein nez, et d'ailleurs c'est utilisé principalement pour des transactions soit elles mêmes frauduleuses, soit de biens ou services frauduleux. Quand il n'y aura plus de nouveau BT possible, le système qui rend aujourd'hui les transactions gratuites n'aura plus de raison d'exister (puisque aujourd'hui c'est ce système qui permet de trouver 'gratuitement' de nouveaux BT en dépensant de plus en plus d'électricité à chaque fois). C'est marqué "Attention pigeon!" en lettres énormes mais tous les jours il y a de nouveaux gogos qui s'y mettent, jusqu'au crash définitif, et l'intégralité des BT sera en possession des créatures grises à plumes.
Réponse de le 10/09/2014 à 17:55 :
" Quand il n'y aura plus de nouveau BT possible, le système qui rend aujourd'hui les transactions gratuites n'aura plus de raison d'exister (puisque aujourd'hui c'est ce système qui permet de trouver 'gratuitement' de nouveaux BT en dépensant de plus en plus d'électricité à chaque fois)"

non, c'est faux. C'est bien de critiquer, mais s'infomer avant, c'est mieux.
un petit détour sur ce site pourrait être utile : https://bitcoin.org/fr/faq#comment-les-bitcoins-sont-ils-crees
a écrit le 10/09/2014 à 17:02 :
Est ce que le bitcoin lave plus blanc?
a écrit le 10/09/2014 à 14:10 :
Le Bitcoin est une "bestiole" étrange souvent mal connue des meilleurs gérants et investisseurs.

Merci pour cet article !
a écrit le 10/09/2014 à 11:24 :
Analyse intéressante, merci.

"un rapport d'information de la Commission des Finances du Sénat français faisait cas des "opportunités à découvrir" de Bitcoin, le ministre des finances, Michel Sapin, dévoilait ses intentions relativement favorables pour réguler Bitcoin".

Et on attend toujours ce que donnent ces fameuses "intentions"... Probablement que nos gouvernants attendent de voir comment pouvoir taxer un maximum en éviter d'être accuser d'étouffer ces innovations technologiques

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