La transformation digitale passe d'abord par l'humain

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(Crédits : Adrien Dubuisson)
La transformation digitale passe d'abord par la capacité de faire travailler ensemble toutes les entités de l'entreprise, de la décloisonnemer. Par Philippe Le Meau, Directeur Général d'ADLP Digital

 Non, Je ne vous parlerai pas ici de l'homme bionique ou de l'homme augmenté même si ce sujet est passionnant et probablement la nouvelle frontière numérique.

Je voudrais seulement vous parler de la transformation digitale des entreprises qui selon moi repose sur une transformation purement humaine : changer d'état d'esprit individuellement pour faire entrer le digital dans notre réflexion quotidienne au sein de l'entreprise.
Je suis frappé aujourd'hui de voir à quel point les humains qui composent les entreprises, et les comités de direction, font preuve - inconsciemment je l'espère - d'une schizophrénie à l'égard du digital.
En effet, chaque président, chaque directeur général, directeur marketing, etc, est aujourd'hui dans sa vie personnelle totalement utilisateur du digital soit pour lui-même soit via ses enfants ou ses proches, avec une part croissante d'activité digitale dans ses loisirs et dans ses rapports familiaux ou amicaux.

Les décideurs n'ont pas intégré le mobile dans leur stratégie

Mais bizarrement, une fois passé le hall d'entrée de l'entreprise ou le seuil de son bureau, tout ceci semble négligé, oublié, nié. En tout cas, pas suffisamment pris en considération.

Prenons un usage indiscutable car constaté par tous : le smartphone. Tout décisionnaire en possède un. Parfois même quasiment l'ensemble des salariés. Et alors que les usages web mobiles sont en train de prendre le pas sur les usages web desktop, très peu de décideurs ont pris conscience que la manière de penser les écosystèmes digitaux et cross-canaux devait plus fortement intégrer le mobile, véritable extension de nous-mêmes.

Un changement de paradigme nécessaire

Outre l'absence de conscientisation du sujet dans certaines entreprises, le problème dans les entreprises plus matures est que personne n'ose proposer le changement de paradigme. Principalement car tout le monde a connaissance des montants déjà investis (quand on ne dit pas « dépensés ») dans le dispositif web classique sur ordinateur. Celui qui va oser dire qu'il faut désormais faire muter cet écosystème digital vers les usages mobiles prend le risque, s'il est à l'origine du dispositif actuel, de se faire traiter d'incapable dont l'absence de vision va encore accroître stupidement les dépenses digitales.

Dans le meilleur des cas, s'il est nouveau sur le sujet, il héritera d'un sujet complexe - dépassant le digital pour adresser le cross-canal / cross-device - qui va le mobiliser très fortement pendant des mois, et lui faire goûter aux amicales luttes de territoires et aux foisonnements de préjugés hostiles que le sujet va immanquablement causer au sein de l'entreprise.

 Les questions à se poser avant d'aborder le big data

Autre exemple : la data.
Aujourd'hui, tout le monde parle de Big Data. Chacun est plus ou moins préoccupé dans sa vie privée par l'usage fait par les GAFA, par exemple, de nos données personnelles. Par extension, aucun décideur ne peut ignorer ce sujet de Big Data que le monde économico-médiatique évoque ou invoque comme si l'on parlait du Saint-Graal.
Je ne veux décevoir personne, mais avant de s'attaquer à l'Everest, il conviendrait déjà de franchir le Mont-blanc ou peut-être même d'abord le Mont Ventoux. Car au fond, ces mêmes décideurs savent très bien que leurs entreprises disposent déjà depuis de nombreuses années de sources de données qu'elles n'exploitent pas ou mal. Combien de données statistiques ou de données clients n'ont pas été travaillées et sont devenues inopérantes par manque de nettoyage, ou obsolètes faute de rafraîchissement et d'enrichissement ?

Une réponse pourrait effectivement être de mieux agréger les données, et pour cela, il n'y a qu'une prise de conscience et le dialogue interne avec tous ceux qui dans l'entreprise possèdent de la donnée, les little morceaux de la Big Data.
Mais les questions les plus pertinentes sont surtout de définir ensemble QUELLES données doivent être collectées puis étudiées, selon QUELLE méthode objective et QUELLE éthique, par QUI dans l'entreprise et pour faire progresser QUELS KPI ? Or ces sujets sont, à nouveau, sources de craintes injustifiées, de doutes infondés et de frictions défensives au sein de l'entreprise.

Car ils nécessitent de mobiliser beaucoup de compétences allant du juridique au marketing en passant par l'informatique, de convaincre aussi bien les stratèges en haute sphère que les opérationnels du terrain, et surtout ils requièrent des investissements qui ne manqueront pas d'émouvoir la direction générale, la direction financière et la direction des achats.

Réfléchir ensemble à la transformation digitale

Ces deux exemples sont la preuve que la transformation digitale doit passer par l'humain. Mais quand je dis l'humain, je signifie ce que nous avons en nous de plus profondément humain : le bon sens, la pensée, l'intuition, la projection dans l'avenir. Et aussi par nos capacités humaines à échanger, à co-construire, à travailler ensemble. Je le dis, et ce n'est absolument pas naïf de ma part, c'est uniquement par la capacité des hommes et des femmes dans les entreprises à réfléchir ensemble sur les chantiers de transformation digitale que cette dernière s'effectuera. Il est évidemment illusoire de penser que la technologie s'imposera d'elle-même. Il est peut-être encore plus illusoire de croire que, seul, un Chief Digital Officer, aussi brillant soit-il, y parviendra en mettant tout le monde en mouvement.

 Décloisonner les entreprises sclérosées par les silos

C'est au Président, au directeur général d'encourager chaque dirigeant, chaque manager et chaque collaborateur à prendre part à ces chantiers en y mettant son expérience personnelle, son bon sens, son émotion (plaisir ou agacement) liée aux usages digitaux et en travaillant à l'hybridation digitale de ses compétences.

De nombreux chefs d'entreprise ont l'intuition voire la certitude qu'il faut rapidement bouger sur ces sujets digitaux et cross-canaux. Car c'est une course de vitesse à laquelle il est nécessaire de prendre part si l'on veut rester vivant et continuer à se développer. Que ces chefs d'entreprise n'aient pas peur du digital et qu'ils embrassent avec passion ce sujet car il est passionnant et source de vie, de renouveau et de croissance pour l'entreprise de demain ! La peur qui tétanise n'évitera pas les dangers. Alors qu'ils s'emparent avec enthousiasme de ce sujet, car c'est comme cela qu'ils mobiliseront les énergies bien au-delà des profils uniquement digitaux, qu'ils décloisonneront leurs entreprises sclérosées par les silos, les baronnies et les pensées d'un autre temps. Et en hybridant les métiers, ils créeront de la valeur pour l'ensemble de leurs activités, de leurs collaborateurs, et de leurs clients.

Dirigeants, faites appel à votre humanité profonde et à celle de vos collaborateurs pour vous embarquer collectivement dans la merveilleuse aventure de la transformation digitale de vos entreprises !

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Commentaires
a écrit le 31/12/2014 à 15:21 :
Totalement d'accord.
A lire et écouter sur le sujet et en réponse à Bill, Joël de Rosnay
a écrit le 21/11/2014 à 11:13 :
https://www.linkedin.com/groups/Est-ce-que-contr%C3%B4le-qualit%C3%A9-4712908.S.185050772?trk=groups_most_popular-0-b-ttl&goback=%2Egmp_4712908
a écrit le 14/11/2014 à 10:40 :
Pour mener la transformation digitale (ou numérique, peu importe le terme) de son entreprise, le dirigeant dispose de 5 leviers : 1. Organisation, 2. Technologie et innovation, 3. Personnel, 4. Produits et Services, 5. Environnement. A découvrir dans le livre Transformation digitale : 5 leviers pour l'entreprise (qr.net/transdig)
a écrit le 13/11/2014 à 21:23 :
La transformation des doigts ??
a écrit le 13/11/2014 à 18:03 :
Pourquoi utiliser ce terme assez ringard ?
Les montres digitales, l'affichage digital, ca a au moins 30 ans !
On voit apparaitre dans les grandes entreprises des "monsieur Digital" alors que le mot lui même a quasiment disparu ! Les journalistes reprennent le terme...
Ca doit être anglo-saxon ! Tout comme en français on a inventé des mots comme ordinateur ou informatique pour désigner la nouveauté, alors que les anglo-saxons utilisent toujours "calculateur" (computer), et un peu maintenant "technologie de l'information" (IT), il semblerait qu'on reste sur le bon vieux "numérique" (=digital), par opposition à analogique ou mécanique....
Les réseaux sociaux, le big data, et les évolutions qu'ils préparent ne méritent-ils pas d'autres termes ?
Je suis assez surpris qu'aucun mot nouveau ne soit créé pour vendre ça ! Le marketing international fait souvent beaucoup mieux !!!
Réponse de le 14/11/2014 à 12:51 :
@Digital: je partage 100% votre propos!
a écrit le 13/11/2014 à 11:31 :
"La transformation digitale passe d'abord par l'humain"
la transformation ****NUMERIQUE**** passe d'abord par le français...
a écrit le 13/11/2014 à 10:20 :
Le numérique hors entreprise (dont parle l'auteur), n'est qu'un vide fait de "temps de cerveau volé" utilisé pour faire du marketing, de la pub. On en vient à inclure la pub dans le contenu (sans l'annoncer), de manière à mieux tromper le lecteur. On peut comprendre qu'on ne désire pas le faire "entrer" dans l'entreprise...

Le numérique sérieux, c'est une entreprise destinée à remplacer le maximum possible d'humains par des machines. Le moyen? La copie , via l'espionnage. On recopie (modélise..) l'humain en l'espionnant.
On vous vend des tas de trucs, mais une fois qu'une machine sait faire votre travail, c'est fini: " bye bye, adios, merci pour tout ! "

Le fait est qu'après avoir détruit les ouvriers, on s'attaque aux professions intellectuelles. Cela continuera jusqu'à l'effondrement total de ce système qui ne pense qu'à remplir des ventres pleins. Au détriment même de ce qui le fait exister.
a écrit le 13/11/2014 à 8:24 :
le numerique c'est l'opium du peuple, l'équivalent de l'ex-ruée vers l'or qui finira dans la ruine.
C'est le régne de l'escroquerie à grande échelle, anonyme et sans risque car peu de gens en comprennent vraiment les rouages sous jacents
Méfiance d'abord

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