Redonner ses lettres de noblesse à l'apprentissage

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Le gouvernement veut soutenir l'apprentissage. Il a engagé une campagne de communication, et a fait en sorte que les régions le soutiennent. Mais les mentalités changent lentement. par Aurélien Broncard, AMB Office

 A la croisée des chemins entre des enjeux sociaux et économiques, l'apprentissage, à quelque niveau scolaire que ce soit, représente une réelle chance pour les jeunes, les entreprises et, in fine, l'économie. Force est néanmoins de constater que ce mode de formation en alternance souffre aujourd'hui d'un manque de représentation, pâtit d'une politique économique peu attractive et, surtout, semble déconsidéré. Afin de lui redonner ses lettres de noblesse, certaines actions de sensibilisation voient le jour et ne sont pas toujours le fait des politiques.

 Une volonté gouvernementale, mais...

« L'apprentissage, c'est votre avenir ». Tel est le message que le ministère du Travail entend diffuser grâce à sa toute dernière campagne d'information lancée en octobre 2014. Tous les moyens semblent réunis pour faire de ce spot - d'abord télévisuel, adapté à la radio ensuite - une réussite communicationnelle ; son rayonnement d'action est total : télévision, radiodiffusion, affichage - organisé - dans les rues et, bien sûr, réseaux sociaux. Cependant, si une telle surabondance d'instruments traduit une volonté gouvernementale forte, elle n'en est pas moins significative des maux dont souffre l'apprentissage aujourd'hui en France.

D'après une enquête réalisée en décembre 2013 par la chambre du commerce et d'industrie (CCI) de Paris-Ile-de-France, seuls 67 % des jeunes et 48 % des entreprises estimaient ainsi bien connaître les filières de formation en apprentissage. Plus inquiétant encore, la faible part des jeunes déclarant avoir connaissance des débouchés offerts - 30 %. Pourtant, ce mode de formation en alternance est un réel vivier d'emplois : 60 % des apprentis signent un CDI à l'issue de leur formation. Dès lors, l'objectif est clair et martelé par François Rebsamen, le ministre du Travail : « nous nous mobilisons pour redonner du dynamisme à l'apprentissage » ; à terme : 500 000 apprentis en 2017 - contre 426 000 aujourd'hui.

"Inquiets de la situation économique, les chefs d'entreprise hésitent à prendre des apprentis"

La volonté politique est forte ; tout comme l'est la pente à redresser. Car la courbe de l'apprentissage, d'année en année, ne cesse de décroitre. Tandis qu'elle avait chuté de 8 % l'an dernier, elle affichait au début de l'année 2014 un écart de -15 % par rapport à la même période en 2013.

Si la crise apparaît généralement comme la principale coupable de bien des affres contemporaines, il semblerait qu'elle ne puisse être reconnue comme telle en l'espèce. Au plus fort de la récession mondiale, en 2009, l'apprentissage n'avait en effet diminué que de 3,4 %. Pour le patronat, la responsabilité de ces chiffres peu glorieux incombe au Gouvernement et à lui seul. En cause, principalement, des politiques publiques inadaptées et des réformes fiscales allant à l'encontre des souhaits affichés. Le ministre du Travail annonce une politique de communication ambitieuse ? Les syndicats allèguent la coupe de 20 % dans le budget de l'apprentissage. « Inquiets de la situation économique, les chefs d'entreprise hésitent à prendre des apprentis », note Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de la Confédération générale du patronat et des PME (CGPME).

Une communication nécessaire

Si les remontrances du patronat se basent sur des données économiques réelles - et force est d'admettre que, comme dans toute politique, l'argent est le nerf de la guerre -, l'action engagée par le ministère du Travail en octobre, en vue d'une meilleure communication sur l'apprentissage, est éminemment nécessaire. Sans compter le faible pourcentage de jeunes qui ont connaissance des débouchés, la formation en alternance est trop souvent, en France, mésestimée, voire dévalorisée.

Le sondage réalisé par l'institut OpinionWay et publié lundi 24 novembre dernier par la CGPME est extrêmement révélateur : si 91 % des sondés en ont une bonne image et 87 % la recommanderaient, ils sont 51 % à reconnaitre ne pas la valoriser assez. Une faute qui incomberait également aux parents d'élèves - 75 % - et même au système éducatif lui-même - 69 %. Aujourd'hui, alors qu'il n'a jamais été aussi difficile de trouver un emploi au sortir des études, les jeunes regrettent de ne pas avoir suivi la voie de l'apprentissage - 52 % -, surtout lorsqu'ils se retrouvent au chômage - 73 %.

Les entreprises se mobilisent pour sensibiliser les jeunes à l'apprentissage

Mésestimée et dévalorisée donc, la formation en alternance est souvent perçue comme une « voie de garage » ou un système D. Pourtant, si l'on sort du cadre très réducteur de la psychologie pour se cantonner aux effets matériels bénéfiques de l'apprentissage, il apparaît opportun de grandement sensibiliser les jeunes, mais également les familles, à la voie de l'alternance.

Les entreprises, qui ont un intérêt tout particulier à accueillir des apprentis dans leurs structures - et vice versa -, sont d'ailleurs les premières à promouvoir ce type de formation. Lorsqu'il intègre un apprenti au sein de son équipe, le dirigeant fait un pari sur l'avenir. Après une formation pratique, le jeune - qui, tout en gardant le statut étudiant, perçoit un salaire - devient un collaborateur potentiel déjà acclimaté au quotidien de l'entreprise. C'est la démarche intellectuelle qu'a suivie Jean-François Blanchet, directeur général du groupe BRL - qui intervient en appui des projets de développement des collectivités locales -, en doublant ces deux dernières années le nombre d'apprentis au sein de son entreprise, dont l'actionnariat est majoritairement public.

EDF joue le jeu

L'action d'EDF, géant français de l'électricité, est également à souligner. L'entreprise publique dirige depuis de nombreuses années maintes actions de sensibilisation à l'égard des enjeux industriels et économiques de demain. En Corse, par exemple, où elle s'appuie sur des partenariats avec le milieu éducatif, elle propose une offre d'alternance dans de nombreuses filières. Depuis 2009, ce sont ainsi 139 contrats qui ont été signés. Également tournée vers l'enseignement supérieur, EDF vient entre autres de reconduire son partenariat avec l'académie de Lille, où 170 contrats d'alternance devraient être paraphés en 2014, en plus de la conduite d'une politique de sensibilisation des étudiants aux enjeux du secteur de l'énergie.

500.000 apprentis d'ici 2017?

Le Gouvernement espère pouvoir compter sur ce dynamisme entrepreneurial pour atteindre la barre des 500 000 apprentis d'ici à 2017. Et parce qu'il a entendu la gronde qui montait - des syndicats patronaux notamment -, François Hollande a judicieusement assuré aux entreprises un coup de pouce en 2015 pour tout recrutement d'apprenti.

Versée par les régions, une aide financière de 1000 euros par contrat s'adressera à toute société en dessous de 250 salariés et, surtout, ne tiendra pas compte du nombre d'apprentis déjà engagés. Si ce geste de la part du président de la République - qui avait fait, faut-il le rappeler, de la jeunesse une priorité lors de sa campagne -, a été bien accueilli par le patronat, il ne s'agit que du volet économique de l'apprentissage. Autrement problématique est celui, psychologique, de sa valorisation en France. A ce titre, la campagne d'information lancée par le ministère du Travail en octobre dernier ne doit être qu'un début. En France, le changement des mentalités vis-à-vis de l'apprentissage, c'est maintenant, souhaite-t-on dans les couloirs de l'Elysée.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2014 à 15:31 :
Deux remarques :

- la réglementation tatillonne et stupide, en particulier pour les mineurs
- le constat que s'occuper d'un apprenti, hors taches répétitives et productivistes, prend du temps, de l'énergie... et que les équipes sous pressions n'ont plus forcément le temps

De quoi décourager .

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