Patriot Act, victoire du terrorisme sur la liberté

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(Crédits : DR)
Le Patriot Act , que certains réclament à droite, existe déjà, dans les faits. La police dispose de moyens juridiques immenses, pour intercepter toute information. par Aurélien Véron, président du parti libéral démocrate

La tuerie de Charlie Hebdo a déclenché une vague d'émotion sans précédent en France. Quatre millions de Français sont descendus dans la rue le 11 janvier en mémoire des victimes et pour défendre la Liberté, cette Liberté chérie magnifiée sous la plume de Paul Eluard et qui triomphe dans la 6ème strophe de la Marseillaise. Les réactions en faveur de la liberté d'expression se sont multipliées dans le monde entier. Cette victoire des symboles n'a pas duré. Le même jour, Valérie Pécresse a appelé à l'instauration d'un Patriot Act à la française. Et les (très) mauvais esprits qui ont cédé à la tentation de la provocation, par haine du système ou par simple irrévérence, ont été systématiquement poursuivis et, pour certains, placés en garde à vue.  Nous ne pouvions imaginer pire hommage au très irrespectueux Charlie Hebdo !

La liberté, se sentir en sécurité?

Les Français craignent d'autres attentats, ils ont sans doute raison. Les signaux ne manquent pas. Le terrorisme islamiste est perçu comme une menace exceptionnelle qui appelle des mesures exceptionnelles. Sous l'effet de la peur, il est tentant de croire qu'en sacrifiant un peu de liberté, le pays aurait plus d'atouts pour l'emporter dans cet obscurantisme meurtrier. La liberté ne consisterait alors plus à penser et agir dans les limites de ce qui ne nuit pas à autrui, mais à se sentir en sécurité. Pas si simple. Ce travestissement de la liberté est dangereux. L'objectif de la terreur, c'est de diviser les communautés, miner la confiance et affaiblir les fondements démocratiques d'un pays. Chaque fois que nous renions nos valeurs, c'est donc la nébuleuse terroriste qui marque des points.

Une dangereuse addiction des pouvoirs publics américains

D 'autant que les lois d'exception engendrent une dangereuse addiction des pouvoirs publics. Le Patriot Act devait durer quatre ans lors de sa mise en place en 2001. Dix ans plus tard, cet arsenal sécuritaire est toujours en place. Et il ne sert plus, pour l'essentiel, à lutter contre le terrorisme. Guantanamo, le recours à la torture, l'assassinat sans jugement de citoyens américains par des drones hors du territoire et les exactions commises par les services secrets au nom de la lutte contre le terrorisme marquent d'une tâche bien sombre l'histoire des Etats-Unis.

Ces atteintes graves et répétées aux principes démocratiques laisseront des séquelles. Au prix d'un recul sans précèdent des  libertés civiles aux Etats-Unis, ces dispositions n'ont pas amélioré sensiblement la sécurité des Américains : 152 attentats (39 morts et 363 blessés) ont eu lieu sur le territoire américain depuis le 11 septembre 2001 selon le Global Peace Index.

 La France a déjà son Patriot Act

 En réalité, la France dispose déjà de son Patriot Act avec la Loi de Programmation Militaire du 18 décembre 2013 venue renforcer la LOPPSI 2. La police n'avait pas attendu cette loi pour mettre en place un programme illégal de géolocalisation et de surveillance téléphonique, baptisé « Pergame ». En livrant 70.3 millions de conversations téléphoniques collectées entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013 à la NSA, la DGSI va un peu plus loin qu'une simple coopération. Dorénavant, la DGSI peut pénétrer légalement chez n'importe quel suspect en son absence pour perquisitionner et pirater ses ordinateurs.

L'enregistrement des conversations téléphoniques, la géolocalisation des portables à l'insu de leur détenteur, la lecture des mails privés, le suivi des opérations bancaires, tout est à portée de clics sur simple décision administrative, sans passer par un juge. Les FAI et les hébergeurs sont devenus des indics malgré eux. La loi sur le renseignement est en passe d'autoriser la pose de balises et de caméras dans des lieux privés. Toujours sans magistrat. Cette ingérence dans la vie privée des Français n'est pas plus concluante que le Patriot Act aux Etats-Unis.

Nos libertés ont déjà trop reculé

La DGSI fait d'abord un travail minutieux d'enquête sur le terrain. Sa contrainte pour suivre ses suspects, ce sont les moyens. C'est la raison qui a poussé la DGSI à abandonner la piste des frères Kouachi 6 mois avant l'attentat. Rien ne sert d'ajouter de nouvelles mesures intrusives et répressives. Nos libertés ont déjà trop reculé, ne perdons pas notre âme en allant plus loin dans le dépeçage de l'état de droit. Exigeons de l'Etat qu'il renforce les moyens budgétaires destinés à lutter contre la menace terroriste, mission régalienne au poids encore très modeste. Ne fermons pas les frontières au sein de l'Union Européenne mais encourageons la coopération déjà largement en œuvre entre pays européens.

Nous devons être déterminés à préserver nos libertés pour ne céder en rien à la terreur. La victoire viendra de la supériorité de nos valeurs démocratiques et libérales.

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Commentaires
a écrit le 23/01/2015 à 11:31 :
"La liberté viendra de la supériorité de nos valeurs démocratiques et libérales".Vous êtes bien optimiste. voire angélique. Cela a été le discours de BHL lors des révolutions de Lybie, de Tunisie et d'Egypte. On a vu ce que cela a donné. Il ne faut pas condamner les méthodes policières en soi, mais l'usage qui en est fait et l'absence de contrôle judiciaire, lequel peut exister a posteriori. On ne parviendra pas à vaincre les djiadistes avec des méthodes de bonnes soeurs !
a écrit le 23/01/2015 à 7:40 :
et comme le disais Benjamin Franklin : "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."
a écrit le 23/01/2015 à 7:37 :
"L'état de droit" d'accord !
Mais qu'en est il de "L'état de devoir" ?
a écrit le 23/01/2015 à 2:36 :
Très bonne analyse !
a écrit le 22/01/2015 à 23:57 :
C'est ce que je préfère des vrais libéraux : la défense des libertés individuelles.

Pour information, le patriot act américain laisse toutes les libertés aux agences de sécurité et de renseignement d'agir comme bon il leur semble. Cela a donné Abu Graib, Guantanamo, les écoutes de Merkel, ...

a écrit le 22/01/2015 à 17:33 :
Quelqu'un de la partie disait que 70 tentatives avaient été évitées/déjouées/bloquées/... en 14' ans. Comme quoi le savoir faire existe et doit peut-être être amélioré, augmenté en effectifs, adapté au contexte moderne des gens "isolés".
a écrit le 22/01/2015 à 17:02 :
assez des nouvelles lois à chaque fait divers même terrible comme celui de charlie.
Passons aux actes et pour commencer DÉMISSIONS des responsables et en particulier de CAZENEUVE qui n'a pas respecté les procédures de protection de charlie.
Au minimum il fallait 5 hommes fortement armés, un sas d'entrée et des horaires aléatoires des réunions de journaliste. Et en tout cas pas un arrêt de cette surveillance peu de temps avant sans faire la réunion de concertation obligatoire.( dixit l'ex-commissaire en charge de la sécurité renforcée des personnalités !)
Réponse de le 25/01/2015 à 9:38 :

Absolument d'accord, il n'est plus à sa place avec 14morts sur la conscience (s'il en a une ? )
a écrit le 22/01/2015 à 13:31 :
+ 1... je crains que la machinerie mise en route ne soit malheureusement surpuissante.. le bulldozer médiatique du conditionnement et de la lobotomisation sous lequel vont se faire écrabouiller tout les lanceurs d' alerte.. voyez comment sont catalogués les " complotistes " et la curée des sachants, savants, bien pensants sur toutes les ondes ( vu qu' ils accaparent et squattent le journal papier, la radio, la télé, le net leur échappent en partie mais le net ayant été déclarer complotiste l' affaire est faite ).
a écrit le 22/01/2015 à 13:29 :
Visiblement ce n'est pas une réussite et cela ne le sera jamais, on ne lutte pas contre "le terrorisme" on en faisant la promotion! A moins de vouloir manipuler l'opinion!

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