Changer notre regard sur l'innovation

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Paul-François Fournier et Daniel Kaplan
Paul-François Fournier et Daniel Kaplan (Crédits : DR)
La France est plutôt mal classée en Europe s'agissant de l'innovation, alors que son effort de recherche est parmi les plus élevés. Cela tient au fait qu'elle confond innovation et R&D. par Paul-François Fournier, directeur de l'innovation, Bpifrance et Daniel Kaplan, délégué général, Fondation Internet Nouvelle Génération - FING.

Une nouvelle génération d'innovateurs et d'innovations émerge en Europe et particulièrement en France. Les produits, les services ou les modèles économiques qu'ils proposent changent le monde. Pourtant, jusqu'ici, les systèmes publics d'aide à l'innovation, trop centrés sur le soutien à l'innovation technologique, ne disposaient pas des moyens d'en comprendre les ressorts et par conséquent, de les soutenir de manière efficace. Or l'innovation d'aujourd'hui puise sa valeur à bien d'autres sources.

Depuis un an, Bpifrance et la Fing travaillent à rapprocher les outils qu'utilisent les acteurs qui financent l'innovation, de la réalité des projets. L'outil issu de leur collaboration, avec la participation de dizaines d'entrepreneurs et d'acteurs du financement de l'innovation, est désormais publié. Bpifrance le met d'ores et déjà en application. Nous souhaitons également en faire un bien commun, évolutif, au service de tous les innovateurs et de ceux qui les soutiennent.

 L'innovation n'est plus seulement une question de technologie et de R&D

Chacun connaît aujourd'hui Blablacar, leader européen du covoiturage. Son succès repose en premier lieu, non pas sur la technologie, mais sur sa capacité à créer de la confiance entre des individus qui ne se connaissent pas. Circonscrire l'analyse du potentiel des projets tels que Blablacar à la seule dimension technologique est justement réducteur et limite ses possibilités de financements en innovation. Il en est de même en ce qui concerne Poult, second biscuitier français, qui vient de rafler cinq points de part de marché en transformant son organisation de manière, par exemple, à permettre à ses salariés de prendre des décisions stratégiques sans en référer à une hiérarchie. Même situation, encore, pour Sushi Daily, dont les bars à sushis installés au sein d'hypermarchés ont créé 1500 emplois en 4 ans.

Ne pas privilégier seulement l'innovation technologique

 Nos systèmes d'aides à l'innovation ont privilégié l'innovation technologique, généralement assimilée à la "R&D" (recherche-développement) : pour être considérée, une innovation doit lever un ou plusieurs "verrous" technologiques, ceci fait, il faudra ensuite l'industrialiser, la vendre, la rentabiliser. Mais ensuite seulement.

Or bon nombre d'innovations récentes qui ont transformé le monde, ou au minimum leur marché de référence, ne reposent pas sur une percée uniquement technologique : mentionnons les réseaux sociaux, le microcrédit, le low cost, les plateformes d'"économie collaborative" telles que La Ruche Qui Dit Oui ! ...

 Changer notre regard sur ce qu'est l'innovation

Le manque d'ouverture de notre système de financement déforme tout le paysage de l'innovation. Si la France n'apparait qu'en 11ème place du "Tableau de bord de l'innovation" de la Commission européenne, alors que son effort de R&D se situe bien plus haut, c'est précisément parce qu'elle confond innovation et R&D. Elle le fait trop souvent au détriment de l'effort sur la conception des produits et des services, la commercialisation, la relation clients, les modèles d'affaires. Il fallait donc changer la manière dont les acteurs du financement de l'innovation appréhendaient les projets des entrepreneurs. C'est ce qu'ont souhaité faire les équipes de Bpifrance en travaillant avec la Fing, des entrepreneurs et  un groupe d'acteurs clés de l'innovation.

 Des outils pour lire l'innovation...

L'outil issu de ce travail invite tous les acteurs à réorienter leurs outils d'analyse des projets innovants qui leur sont présentés autour de la réponse à deux questions simples, mais qui n'apparaissaient pratiquement jamais dans les grilles existantes : qu'est-ce que le projet apporte de neuf à ses destinataires ? Et en quoi différencie-t-il l'entreprise de sa concurrence ?

Sur cette base, toutes les sources d'innovation doivent être considérées sur le même plan, celles issues de la technologie bien sûr, mais aussi celles qui trouvent leur origine ailleurs : dans le management (Poult), le design (les "livres augmentés" des Editions Volumiques), le cycle de vie des produits (les gobelets réutilisables d'Ecocup), la transformation des modèles d'affaires (les services financiers low cost du Compte Nickel, le microcrédit), la satisfaction de besoins sociaux (le "Recommerce" de téléphones mobiles...).

Ce travail collectif est incarné aujourd'hui dans un livret Innovation Nouvelle Génération pour que chacun puisse se l'approprier et le faire évoluer.

 Des financeurs aussi agiles que les innovateurs qu'ils financent.

Quand l'innovation change, les besoins des innovateurs changent aussi. Le développement de beaucoup de jeunes entreprises d'aujourd'hui reposent sur des cycles extrêmement courts, un contact immédiat et direct avec le marché et une capacité à "pivoter" très rapidement pour prendre en compte les retours des premiers utilisateurs.

Leurs besoins portent autant sur le recrutement de compétences-clés ou l'accès aux premiers marchés, que sur le développement technologique. Ils évoluent en outre très rapidement.

Leur rentabilité n'est généralement pas assurée par un solide portefeuille de brevets, mais plutôt par une capacité à se confronter très tôt au marché, à innover en continu pour avoir toujours quelques longueurs d'avance sur les concurrents.

Les financeurs et accompagnateurs de l'innovation, devront ainsi inventer et adapter sans cesse des outils souples, ouverts et efficaces qui répondent aux problématiques évolutives de ces entreprises. C'est le cas de Bpifrance, parvenu à la fois à simplifier sa gamme d'outils financiers tout en attribuant plus d'un milliard d'euros aux projets innovants en 2014, en hausse de 40% par rapport à 2013.

 Éclairer les acteurs

Grâce à la collaboration des acteurs de l'innovation, nous disposons aujourd'hui d'un outil pour reconnaître et "lire" l'innovation nouvelle génération.

Mais cet outil ne révèlera toute sa valeur que si les autres les acteurs clés du financement de l'innovation l'adoptent également et acceptent, eux aussi, de changer de regard : l'Europe, les administrations (en particulier l'administration fiscale), les partenaires territoriaux, mais aussi les banques et les investisseurs. Le travail réalisé est bien sûr à leur disposition. C'est avec eux et avec les innovateurs de terrain que nous le ferons évoluer dans l'avenir.

Les nouveaux innovateurs sont là. Ils sont chance pour notre économie. Montrons-nous à leur hauteur, sachons les soutenir !

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Commentaires
a écrit le 26/03/2015 à 15:40 :
BPI qui la ramène après avoir été le garant de l'ordre innovation = technologie=brevet.
Voir le rapport de l'OCDE sur la définition de l'innovation en 2005 ou 2006 . A peine 10 ans de retard et ils osent encore la jouer comme si c'était eux qui donnait le ton.
Un seul mot : lamentable
a écrit le 29/01/2015 à 18:54 :
Le Progrès ne crée pas de richesse. Il crée un gain de temps qui n'est de l'argent que par la Plus-value qu'entraîne une plus grande production ou une moins grande quantité de travail à payer par licenciement d'une partie de la main d'oeuvre employée, gain partagé avec les consommateurs par baisse du prix de vente. D'où l'expression «  Le temps c'est de l'argent»
L'innovation, souvent, ne fait que déplacer du pouvoir d'achat, c'est un facteur de compétitivité dans la concurrence, mais on voit trop les emplois créés et pas assez les emplois perdus.
Le grand problème est une insuffisance de la demande globale et c'est là qu'il faudrait innover dans la fiscalité, en remplaçant les cotisations sociales par la TVA pour que le travail existant ne soit pas marginalisé et que le consommateur ne puisse échapper aux charges ou salaires différés en achetant des produits importés sans charges et produits par une main d'oeuvre payée dérisoirement, donc sans pouvoir d'achat.
C'est pour cela que la dette de la France et de l'Europe augmente sans cesse.
La concurrence serait ainsi freinée et licencier rapporterait 2 fois moins.
Augmenter les salaires serait facilité car ce ne serait pas augmenter les charges. Les banques trouveraient enfin des emprunteurs solvables car le vrai moteur de l' Économie est le crédit, et il est en panne ! comme l'actualité du jour le signale !
a écrit le 28/01/2015 à 23:59 :
qui a fait 400ke de benef en 2013(1ere annee) et 1me en 2014. Un type de la bpi m a explique pendant une heure comment il pouvait m aider à financer un projet innovant à hauteur de ..... 20ke. Ma societe n a pas trois ans! Du coup, droit a rien. Et on nous cite blablacar en exemple. Quel grand carnaval! Je retourne bosser et "chasser" des clients ( et pas l'argent issu de l'impot de mes concitoyens). Vraiment un grand coup de pied dans cette fourmiliere lui ferait le plus grand bien.
a écrit le 28/01/2015 à 22:47 :
Un des gros problèmes en France, c'est le "Crédit Impôt Recherche" : 6 milliards d'euros versés par l'état sous forme de crédit d'impôt soit disant pour de la "recherche" des entreprises; en pure perte selon la Cour des Comptes... Une horreur !!! Pourquoi tant de gachis ? Pourquoi aucune réforme de cette énorme niche fiscale qui plombe le déficit qui fait l'objet de tant de critiques de toutes parts ???
a écrit le 28/01/2015 à 10:49 :
si nous sommes 1ers du Deloitte Fast 500 EMEA depuis quelques années, c'est qu'il doit y avoir de l'innovation quand même...

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