Pourquoi les Etats-Unis vont gagner la guerre des prix du pétrole

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(Crédits : DR)
Les Américains se sortent très bien de la guerre des prix actuelle, notamment grâce à une baisse des coûts d'extraction. Par Daniel Gerino, président et directeur de la gestion de Carlton Sélection.

En maintenant sa production, l'Arabie Saoudite, qui a besoin d'un prix de 70
dollars le baril pour équilibrer son budget, pourrait avoir fait un mauvais calcul.
En quelques mois, les Etats-Unis ont repris la main sur le marché mondial du pétrole,
auparavant piloté par l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et l'Arabie
Saoudite. Ce bouleversement, amené par le boom des gaz et pétrole de schiste (les Etats-Unis ont extrait 8,5 millions de barils de brut par jour l'année dernière, contre 5 millions cinq ans plus tôt), a été précipité au printemps 2014 par la progression d'ISIS (Etat islamique en Irak et au Levant) en Irak. A l'époque, on s'attendait à une flambée des prix, d'autant plus que la Syrie, la Libye et l'Iran connaissaient aussi des problèmes de production ou d'accès au marché. Mais la disparition de toute prime de risque géopolitique, la bonne tenue des exportations irakiennes et le retour de la production libyenne ont maintenu le marché en équilibre.

 Affaiblir l'Etat islamique

C'est à ce moment-là que l'Arabie Saoudite a décidé de maintenir sa production à un
niveau très élevé afin de peser sur les cours et de regagner des parts de marché,
notamment en Asie. Son objectif était aussi d'affaiblir ISIS, qui contrôle environ 70.000
barils par jour. Dans un premier temps, les Etats-Unis ont vu la baisse des prix d'un bon oeil. Celle-ci permettait d'une part de soutenir leur consommation (les prix à la pompe sont passés de 3,7 dollars le gallon en juin 2014 à 2 dollars aujourd'hui), et d'autre part de fragiliser la Russie en pleine crise ukrainienne. Mais en novembre, l'Opep a annoncé que son quota de production resterait inchangé, accélérant la chute des cours (le Brent est tombé à 45 dollars le baril mi-janvier, contre 113 dollars fin juin 2014). Les Saoudiens ont cherché à mettre en difficulté les producteurs américains, cassant l'axe qu'ils formaient avec Washington.


Les producteurs américains ajustent leur production

Aujourd'hui, force est de constater qu'ils ont fait un mauvais calcul. A la différence du
Koweït, qui a besoin d'un prix de 45 dollars le baril pour équilibrer son budget, l'Arabie
Saoudite a besoin d'un prix de 70 dollars le baril (alors que son coût de production est de seulement 10 dollars le baril) pour financer ses dépenses. Aux Etats-Unis, non seulement les producteurs ont des contrats de couverture à 80 dollars le baril au moins jusqu'au mois de septembre, mais ils ne cessent de réduire leurs coûts d'extraction (moins de 50 dollars le baril en moyenne). Ils peuvent donc facilement ajuster leur production à la baisse et, à terme, imposer leurs prix.

 C'est ce qui est en train de se passer : sous l'effet de la baisse du nombre de puits en exploitation et des annonces de réduction d'investissements des grandes compagnies (environ 45 % de leurs réserves ne sont pas rentables au-dessous de 75 dollars le baril), les cours ont retrouvé les 55-60 dollars le baril. Toutefois, ils devraient rester à ces niveaux-là car l'offre mondiale reste abondante.


Les trois-quarts des pays émergents sont gagnants

Les Etats-Unis sont donc les grands gagnants de cette guerre des prix, aux côtés des consommateurs comme les pays européens et trois-quarts des pays émergents (Taïwan, Corée du Sud, Inde, Afrique du Sud, etc.). Les perdants, eux, sont les pays de l'Opep et les autres producteurs comme la Russie et la Norvège. Stephen Harper, le Premier ministre canadien, qui déclarait en 2006 que son pays était une « superpuissance énergétique émergente », en est également pour ses frais. Globalement, la chute des cours est évidemment un ballon d'oxygène pour l'économie mondiale. Certains économistes anticipent un surplus de croissance de 0,8 point cette année, mais cela paraît optimiste, d'autant plus que les prix sont un peu remontés. En Europe, la dépréciation de l'euro limite les gains de pouvoir d'achat.
Enfin, d'autres marchés sont victimes de ce nouveau contre-choc pétrolier, comme le gaz, le charbon et même le coton. Même si les corrélations sont différentes en Asie, en Europe et aux Etats-Unis, les prix du gaz naturel ont fini par baisser dans le sillage de l'or noir. Sur le marché du coton, déjà excédentaire, les producteurs sont concurrencés par les tissus synthétiques, fabriqués à partir de pétrole.

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Commentaires
a écrit le 06/03/2015 à 7:46 :
Une baisse du prix de l'énergie risque d'entrainer une hausse du cout du travail, donc du chomage. Il existe un point d'équilibre entre cout du travail et prix de l'énergie que la fiscalité permettrait d'atteindre progressivement.

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