35 ans d'évolution de l'emploi public : où en est on vraiment ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, 35 ans d'évolution de l'emploi public : où en est on vraiment ?

Quelle est la vérité sur l'évolution de l'emploi public ? Pour être rigoureux, quelques précisions sont indispensables. L'emploi public, ce ne sont pas seulement des fonctionnaires recrutés par concours, ce sont aussi des contractuels. Tous relèvent cependant de la fonction publique dans ses trois versants : la fonction publique de l'Etat (qui regroupe les ministères mais aussi les établissements publics administratifs, comme Pôle Emploi), la fonction publique territoriale (les régions, les départements, les communes, les syndicats intercommunaux...), et la fonction publique hospitalière.

Plus d'un emploi sur cinq

La fonction publique, c'est aujourd'hui un peu plus de 5,5 millions d'agents, soit plus d'un emploi sur cinq. Et ce calcul ne comprend pas les emplois aidés.

Notre courbe commence au début des années 80 avec l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir. L'emploi public  représente alors 17,5% de l'emploi total. Il s'envole en deux ans : 165.000 nouveaux postes sont créés et la barre des 4 millions est franchie.

La hausse se poursuit jusqu'en 1984. Elle connaît une brève pause avec l'arrivée du gouvernement Chirac. Mais dès 1988, l'ascension reprend. La fonction publique d'Etat, la territoriale et l'hospitalière participent toutes à l'inflation de l'emploi public. L'escalade se poursuit après 1996 puis s'accélère, que le gouvernement soit de droite ou de gauche. Le nombre d'agents publics saute la barre des 5 millions en 2002 et atteint un premier sommet en 2007 à près de 5,4 millions.

Sur près d'un quart de siècle, les effectifs publics ont ainsi grimpé de 1,4 million pour représenter 20% de l'emploi total en France. Et pourtant, l'Etat a commencé à freiner. En effet, dans les administrations centrales, les créations de postes décélèrent, et n'augmentent que de 0,3% par an. A partir de 2003, les effectifs centraux se stabilisent et l'Etat central ne contribue qu'au 5ème du gonflement des effectifs publics.

Report des effectifs dans la fonction publique territoriale

L'Etat peut sembler plus sage, mais c'est une sagesse de façade. En réalité, il transfert de nombreuses compétences à la fonction publique territoriale. Vous l'avez compris, ce sont les collectivités locales qui ont pris la relève. Les lois successives sur la décentralisation sont à l'origine de l'explosion du nombre de postes : +71% sur la période soit un rythme annuel de 3,1%. La fonction publique territoriale représente plus de la moitié de la hausse totale.

La création d'une fonction publique hospitalière va provoquer une autre prolifération de postes : +54% pour les hôpitaux, soit +1,8% l'an. Mouvement qui contribue pour plus d'un quart à la hausse globale des effectifs publics jusqu'en 2007. C'est en 2007, justement, qu'intervient  une inflexion très nette, une stabilisation qui va durer jusqu'à 2012.

Le remplacement d'un retraité sur deux a entrainé une baisse de 11% des effectifs

Et c'est une nouvelle fois au niveau de l'Etat central que tout se joue avec le principe du remplacement d'un retraité sur deux. Cela entraîne une réduction de 11% de ses effectifs, même si se poursuit le redéploiement des effectifs vers d'autres administrations. Mais la tendance de fond n'est pas inversée.

Cette stabilisation va faire long feu car le principe du remplacement d'un fonctionnaire sur deux est remis en cause. De plus, nous sommes en 2013, un an avant les élections municipales, et l'emploi accélère du côté des collectivités locales : 16.300 emplois créés sur un an. La fonction publique hospitalière recrute aussi : +15.700. La hausse se poursuit après, même si elle devient moins rapide. Et ce sont finalement près de 5,5 millions de personnes qui sont directement employées dans la fonction publique.

Pour être concret, la part des fonctionnaires s'est stabilisée au voisinage de 20 % de l'emploi total depuis 2004. Il n'en reste pas moins que c'est un record historique en termes absolus.

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Commentaires
a écrit le 19/05/2017 à 11:09 :
un article du Figaro du 17/03/2016 montrait que la France est 9e en Europe pour le rapport emploi public/population et qu'elle est loin du podium pour le rapport emploi public/emploi total.
a écrit le 19/05/2017 à 10:18 :
A force d'empiler des entités administratives et d'obliger les collectivités locales à réaliser de plus en plus de missions qui étaient auparavant dévolues à l'état central, on crée des emplois de fonction publique. C'est mécanique donc non-négociable.

Il serait idiot de penser que réduire les effectifs publics réduit les coûts de fonctionnement globaux.
Quand on supprime 30 000 agents de la police nationale et gendarmes, les mairies se retrouvent obligés d'embaucher autant de policiers municipaux. Maintenant que les mairies sont obligées à leur tour de réduire leurs effectifs de police, c'est le marché de la sécurité privée qui explose.

Double effet, le budget sécurité devient un vrai souci pour ceux qui peuvent se le permettre, et pour les autres c'est leur sécurité personnelle qui est en jeu.... et ils votent FN.

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