L'Allemagne a la croissance qui flanche !

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'Allemagne a la croissance qui flanche !

L'Allemagne flanche. La croissance est faible, beaucoup plus faible que prévue ce qui pousse à réviser constamment les prévisions à la baisse. Dernière en date, celle de l'OCDE qui misait il y a quelques semaines encore sur une progression de 1,8% du PIB pour 2016 et qui n'anticipe plus maintenant que 1,3%. Le gouvernement allemand a également raboté sa prévision de 0,1 point, à 1,7%, et le FMI a d'ores et déjà prévenu qu'il abaisserait sévèrement ses prévisions de croissance mondiale en avril prochain, l'Allemagne n'échappant pas au mouvement d'ensemble. Notre scénario à Xerfi s'inscrit dans le même mouvement avec une croissance estimée à 1,4%. Or, il ne s'agit pas à nos yeux d'un simple accident de parcours.

L'analyse de la croissance allemande montre que le mal est profond

L'Allemagne, pays vieillissant vit aujourd'hui les vicissitudes d'un créancier dans un environnement de rendements en berne et de prix d'actifs de plus en plus instables. Bref, le pays, qui n'a de cesse de provisionner pour ses retraites, voit sa rente de plus en plus menacée. Pour mesurer l'ampleur du phénomène, il faut passer par la balance des transactions courantes. Cet indicateur décrit l'ensemble des flux monétaires liés aux échanges de biens, de services, aux transferts courants et au versement de revenus. Un excédent signifie dès lors que le pays dépense moins qu'il ne produit. Pour tenir compte de l'importance de l'économie, les données sont exprimées en pourcentage du PIB. A près de 8,5% du PIB nominal, l'excédent courant allemand était à son pic historique fin 2015. C'est même un record parmi les grandes économies. Il est clair que le pays est engagé dans une logique d'accumulation du patrimonial : la fameuse préférence allemande pour l'épargne !

Mais revers de la médaille, créancière du reste du monde, l'Allemagne est de fait exposée aux risques des autres. Risque financier d'abord : les banques allemandes ont subi de lourdes pertes sur les marchés américains lors de la crise des subprimes ou sur le marché immobilier espagnol, qui se complique maintenant d'un risque juridictionnel, lié aux procédures engagée par les clients.

Risque de croissance aussi avec la panne du commerce mondial. Jusqu'en 2014, l'Allemagne avait été servie par l'histoire. L'émergence synchrone de grandes économies en voie d'industrialisation rapide très demandeuses de biens d'équipements comme la Chine ou le Brésil et l'ouverture de vastes marchés à la consommation avides du made in Germany comme la Russie poussaient les exports. Et peu importe la panne de la zone euro, car le jeu s'était déplacé ailleurs. Oui mais le jeu est cassé. Le Brésil et la Russie ont décroché et la Chine a brutalement atterri.

La concurrence s'est aussi durcie avec les industriels japonais qui ont profité de la baisse du yen et les entreprises du Sud de l'Europe devenues plus compétitives avec l'écrasement de leurs coûts de production. C'est un signe qui ne trompe pas : les volumes de marchandises exportés ont reculé de 1% au 4ème trimestre après s'être régulièrement affaiblis au fil des mois. Et faute de relais domestique, l'impact a été immédiat sur l'industrie dont la valeur ajoutée a décroché et coûté 0,3 point au PIB.

Puissance industrielle, aucun secteur ne peut compenser les pertes

Dans le sillage de l'industrie, toute une partie des services aux entreprises est peu à peu tirée vers le bas. Quant à la consommation, élément moteur de la croissance en 2015, la dynamique s'est rompue en fin d'année avec un moral en berne. Une crise de confiance qui peut surprendre avec un taux de chômage historiquement bas, mais qui s'explique en partie par les difficultés d'intégration du million de réfugiés. Bilan : les gains de pouvoir d'achat sont aujourd'hui largement épargnés, d'autant que le pays s'est engagé dans un programme de réduction des retraites publiques. La croissance allemande a nettement marqué le pas fin 2015 et le risque est celui d'un ralentissement accru. En clair, 1,4% de croissance en 2016 est devenue une hypothèse haute.

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Commentaires
a écrit le 16/03/2016 à 10:56 :
"consommation, élément moteur de la croissance en 2015, la dynamique s'est rompue en fin d'année avec un moral en berne " Mais où va t on chercher une telle explication fantasque ????
Car c est tout à fait le contraire ! La consommation chez les allemands n a jamais été aussi forte qu en fin d année 2015 et continue à l´être ! La raison est simple : puisque l´épargne ne rapporte plus rien, les gens préfèrent dépenser leur argent, rénover leurs maisons, acheter de nouvelles voitures .....
L autre verité ce sont avant tout les épargants allemands qui payent l addition de la politique de la BCE : 70 milliards de perte d´interêt en 2015, en fait ce sont les retraites futures qui partent en fumée à cause d une politique irresponsable. Et ca ca va se terminer mal !
a écrit le 16/03/2016 à 7:53 :
Le parasitisme ne dure que par rapport à la santé de ses hôtes! Mais le parasite peut toujours se retourner sur sa propre santé pour progresser! L'Allemagne devrai s'occuper de sa demande intérieure!
Réponse de le 18/03/2016 à 18:12 :
Pourquoi l'Allemagne devrait-elle se retourner sur sa consommation intérieure...
Pourquoi la France ne le fait-elle pas ?
Il serait souhaitable d'avoir des arguments plus quantitatifs et autres que les les emplois à E 1/hr (voir Eurostat).
Cordialement

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