BCE : nouvel échec en vue ?

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(Crédits : DR)
Ce jeudi 10 mars, la BCE doit annoncer de nouvelles mesures pour stimuler l'inflation. Son action risque une nouvelle fois d'être sans réelle efficacité sur les prix. La zone euro ne manque ni de liquidités, ni d'épargne. Elle manque de perspectives de croissance et de développement. Par Stéphanie Villers, économiste, Humanis

Rien à craindre, la Banque centrale européenne (BCE) est aux commandes. Depuis mars 2015, elle s'échine à relancer une inflation invariablement trop faible. Voilà pour le discours. Néanmoins, dans les faits, les résultats restent décevants. Le bilan, un an après le lancement de son vaste plan d'assouplissement monétaire, a du mal à convaincre. Un nouveau recul des prix a été enregistré en février 2016. L'inflation sur l'ensemble de la zone euro repart en territoire négatif avec un repli de 0,2% sur un an. La raison essentielle de ce recul est bien la poursuite de l'effondrement des cours de l'énergie en baisse de 8% par rapport à février 2015.

Importer de l'inflation

Or, la BCE n'a pas de marge d'action pour ajuster les cours des matières premières. Donc, tant que les prix du pétrole baisseront, ils agiront sur l'inflation sans que la Banque centrale puisse intervenir efficacement. Pour autant, en 2015, la BCE a tenu un tout autre discours. Il était, en effet, de son ressort de tout faire pour préserver la monnaie unique et tenter d'extraire la zone euro de la spirale déflationniste. Elle a réussi, contre toute attente, à convaincre l'opinion allemande de l'intérêt d'injecter massivement des liquidités sur les marchés financiers. L'idée de son plan de soutien était en filigrane de relancer l'inflation notamment par la l'inflation importée grâce à la baisse de l'euro.

En effet, lorsqu'une monnaie se déprécie, les prix des biens importés deviennent plus élevés et de fait « ramènent » de l'inflation. Pour autant, compte tenu de la structure de la balance des échanges extérieurs, cet objectif semblait vain. La zone euro dégage des excédents courants grâce en particulier à la capacité exportatrice de l'Allemagne. Ainsi, la zone euro exporte plus qu'elle n'importe. En revanche, un euro faible rend nos produits plus compétitifs. Une bonne chose pour stimuler le commerce et donc in fine la croissance et l'inflation. Mais l'ambition de la BCE ne s'est pas arrêtée là. L'institut monétaire s'est en effet engagé à faire baisser les taux d'intérêt pour relancer le crédit et par ce biais l'investissement et l'emploi pour, qu'ensemble, ils soutiennent in fine les prix.

Les politiques monétaires expansionnistes inefficaces contre la baisse de l'inflation

Aujourd'hui, si les crédits aux ménages et aux entreprises sont repartis à la hausse, force est de constater que sur le front de l'inflation ou même de l'emploi, la BCE n'a pas réussi pour l'instant à transformer l'essai. Et compte tenu de la poursuite de la baisse des prix, elle va devoir de nouveau intervenir et annoncer, lors de sa prochaine réunion du 10 mars, un nouveau programme d'assouplissement monétaire. Or, les expériences menées à l'étranger par les principales banques centrales ont démontré l'inefficacité des politiques monétaires expansionnistes pour relancer les prix. Aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, les mesures des banques centrales ont eu un effet sur la croissance mais n'ont pas pour autant soutenu l'inflation. Au Japon, le constat est plus effrayant, puisqu'en dépit des milliards de yens déversés sur les marchés financiers par la Banque centrale, la bataille sur la croissance et sur les prix a échoué.

Trop d'épargne rend la politique monétaire expansionniste inefficace

En zone euro, les nouvelles mesures prises par la BCE risquent, de même, de manquer leur cible. Pourquoi ? D'une part, en injectant des liquidités supplémentaires sur les marchés financiers, l'institut francfortois va de nouveau gonfler l'épargne domestique. Or, ce supplément d'épargne manque de débouchés et d'opportunités d'investissement. En d'autres termes, la BCE va rajouter de la liquidité à un excès d'épargne qui ne sait pas où se placer. Les taux d'intérêt restent invariablement bas avec des rémunérations peu attractives et les marchés boursiers demeurent bien trop erratiques. Dans ce contexte de fortes tensions sur les marchés financiers et de taux d'intérêt bas, les épargnants risquent de nouvelles sueurs froides.

D'autre part, la politique monétaire de la BCE risque d'être contre-productive. Dans un contexte de taux d'intérêt très faible, l'excès d'épargne devrait, en toute logique, être consommé étant donné que les placements rapportent très peu. Pour autant, compte tenu des piètres perspectives de croissance de la zone euro, il n'est pas certain que les épargnants aient envie de consommer davantage. L'épargne de précaution face à un avenir incertain risque d'être la solution privilégiée. Le manque de visibilité et la crainte d'une détérioration des conditions économiques internationales pourraient amener à favoriser l'épargne au détriment de la consommation.

Ainsi, il est fort à parier que les prochaines mesures annoncées par la BCE ressemblent à un coup d'épée dans l'eau. Pour autant, il faut s'en consoler car ne rien faire amplifierait encore davantage les craintes des marchés financiers. La BCE cherche ainsi à éviter le pire.

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Commentaires
a écrit le 08/03/2016 à 10:51 :
Ce serait vraiment étonnant, elle qui ne nous a jamais habitué au succès...
Réponse de le 09/03/2016 à 11:54 :
Si l'euro existe encore, c'est grâce à elle, reconnaissons le.
Cela dit, d'accord avec l'article, il ne faut rien attendre d'un nouveau QE, c'est aux gouvernements d'agir, chacun dans son pays, en fonction de la situation locale.. Certains le font, mais pas la France qui vient d'être classée parmi les cancres avec le Portugal.
Réponse de le 09/03/2016 à 17:50 :
Pouvez vous me donner un bilan positif concernant notre europe actuelle je vous prie ?

Elle se soumet sans arrêt aux intérêts des seuls milliardaires en négligeant totalement les peuples qui la composent.

Je ne pense pas que l'euro, avec lequel par exemple le peuple français a rapidement perdu du pouvoir d'achat, soit un bon exemple, merci.
Réponse de le 10/03/2016 à 10:59 :
@ Zorro: si nous n'avions pas eu l'Euro, nous aurions toujours notre monnaie de singe qu'on appelait de Franc. Nous aurions continué à dévaluer tous les ans, et même plus souvent comme du temps de Mauroy. Pour arrêter la fuite des capitaux, il aurait fallu mettre en place un contrôle des changes, comme sous Giscard. Notre monnaie serait un torchon de papier dont personne n'aurait voulu, et toutes les transactions internationales se feraient en $. Les riches, n'ayant aucune confiance dans le Franc, achèteraient de l'or ou trouveraient des moyens légaux ou illégaux pour posséder des devises étrangères.
a écrit le 07/03/2016 à 17:10 :
En quoi les épargnants sont ils concernes par les injections de liquidités de la BCE ? ce sont les banques qui profitent de cette manne, pour restructurer leurs bilans et échelonner leurs dettes dans de meilleures conditions, et pouvoir ainsi dire qu'elles sont plus solide que jamais. Ou sont passés les supprimes ét autres dettes pourries ? dans des structure hors bilan bien sûr. On semble avoir oublié que la bonne vielle " trappe a liquidité " fonctionne plus que jamais. Keynes l'a pourtant bien expliquer. À quand la fin de cette politique keneynesienne catastrofique que nos hommes politique aime tant.
a écrit le 07/03/2016 à 10:30 :
Seul l'investissement peut relancer l'économie. Hors les économistes agréés par les institutions financières font l'amalgame entre spéculation boursière et investissement. Un investissement repose sur des faits et des analyses comptables, la spéculation repose sur des hypothèses idéologiques et la rumeur. D'ailleurs, ce sont aujourd'hui des robots qui spéculent en analysant la sémantique des annonces officielles (codes sémantique pour manipuler les marchés). L'épargne sert normalement à financer des crédits aux entreprises pour leurs investissements. Hors cet épargne est détourné pour la spéculation. Les entreprises ne peuvent donc pas financer leurs investissements. C'est pour cela qu'injecter de l'argent frais dans le système financier ne sert qu'à gonfler la bulle spéculative. Et quand les patrons voient les salaires de leurs employés fondre sous une canicule de charges, ils n'ont plus envie de prendre de risque.
a écrit le 07/03/2016 à 10:14 :
Il n'y a pas que la monnaie, il y a aussi l'énergie. Travail, capital, énergie!
a écrit le 07/03/2016 à 10:14 :
Si l'on souhaite "créer" de l'inflation ce n'est pas aux banques qu'il faut donner de l'argent mais aux particuliers, qui même s'ils en épargnent une partie se sentiront plus enclins à faire quelques emplettes !

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