Cinq idées pour ne pas avoir peur de la révolution numérique

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Pourquoi Uber fait-il couler autant d'encre, jusqu'à générer le substantif effrayant d'« ubérisation ? Par Anne Albert-Cromarias, Docteur en Sciences de gestion - Professeur de Stratégie et Management - Groupe ESC Clermont, et Lionel Pradelier, Docteur en Sciences économiques

Pourquoi Uber fait-il couler autant d'encre, jusqu'à générer le substantif effrayant d'« ubérisation » ? Il n'est pourtant pas le premier, après les GAFA, les Airbnb, et autres Booking, à bouleverser un paysage et des pratiques établis, proposant un nouveau modèle économique mais aussi des services renouvelés. Pourquoi ne pas avoir parlé d'« amazonisation » de la culture, puis aujourd'hui de celle des croquettes pour chiens ou des couches culottes ? Étions-nous naïfs ou crédules à l'époque, face à sa capacité de réussite et aux impacts du changement ? Quelle est donc cette peur et où se trouve le danger, si danger il y a ?

Un levier

La révolution numérique a eu lieu ; nous pouvons l'ignorer ou le regretter, mais c'est ainsi. Pourtant le numérique n'est qu'un outil. En tant que levier, il peut soulever le monde ou assommer nos sociétés, c'est selon... Et il est de notre responsabilité d'avoir une juste prise de conscience pour définir avec clairvoyance ce que nous en ferons. Refuser de s'en servir serait accepter de rester dans une forme de Préhistoire.


Idée #1.Une révolution, mais avec moins de croissance

Bien que présentant quelques similitudes (notamment la destruction créatrice de Schumpeter), la révolution numérique reste peu comparable à la révolution industrielle. Cette dernière avait généré des emplois en nombre, proposant des outils nouveaux, complémentaires au travail de l'homme et manœuvrés par ce dernier. Elle promettait d'inventer des biens nouveaux améliorant le confort de vie et de développer la croissance. Mais n'oublions pas qu'elle a aussi prôné une organisation scientifique du travail profondément ancrée dans la culture de nos entreprises. La révolution numérique, quant à elle, transforme en profondeur ce qui existait, générant de nouvelles façons d'accéder et de consommer, de s'organiser et de travailler, inventant principalement de nouveaux usages, réduisant le temps et l'espace, détruisant, par l'automatisation, la valeur de la main d'œuvre quand celle-ci est répétitive. Elle offre une moindre croissance.


Idée #2.La logique de la multitude

La transformation numérique aplatit les hiérarchies et rapproche les acteurs autour de plateformes qui deviennent génératrices de valeur, par leur capacité à relier d'une façon quasi parfaite l'offre et la demande, dans la logique de la « multitude » décrite par Nicolas Colin et Henri Verdier. L'acteur qui n'ajoute pas de valeur ne trouve alors plus sa place.


Idée #3.Les modèles établis sont inopérants

Sous l'influence de la poussée numérique, la transformation de nos sociétés ne pourra se réaliser correctement en conservant nos anciennes pratiques, nos vieilles structures et surtout nos colossaux protectorats (métiers réglementés, acquis sociaux hérités d'un autre âge, etc.). Tous les modèles établis, rassurants et bien rodés, sont inopérants car dépassés.

Idée #4.L'Etre plutôt que l'avoir

L'accroissement de la richesse matérielle des individus ne peut plus être la (seule) mesure de l'évolution ou de la réussite de nos sociétés. Bien qu'il y ait encore des questions de misère profonde et un risque majeur d'accroissement des inégalités, les besoins d'existence (survie et sécurité de la pyramide de Maslow) sont pour la plupart satisfaits au niveau collectif. L'élévation doit désormais se concevoir à un autre niveau, celui de l'Etre plus que celui de l'avoir.


Idée #5.La richesse des données

L'exploitation des données représente la nouvelle richesse faisant de la multitude d'acteurs sur les plateformes un gisement infini pour l'analyse des comportements, des besoins, des tendances, offrant un coup d'avance dans l'anticipation des produits et services à venir. La nouvelle guerre économique sera celle des plateformes ; la part de marché se lira en nombre d'abonnés.
En intégrant ces cinq idées, nous pouvons dépasser cette peur viscérale, archaïque et sclérosante, afin de tracer un cap. Que faut-il accepter d'abandonner et sous quelles conditions au profit de nouvelles pratiques ? Qu'est-ce qui représente pour nous et nos valeurs sociétales des éléments peu négociables ? Tout en gardant à l'esprit que le nuage numérique ne s'arrête pas à nos frontières nationales ou européennes tel celui de Tchernobyl...

L'ubérisation peut être brandie comme une menace ravivant les peurs d'un changement profond, bouleversant le confort de nos réflexes et de nos schémas mentaux issus de l'ère industrielle. Mais cette ubérisation peut être également non subie et anticipée. Accompagnée d'une vigilance socio-économique, elle peut permettre la transformation et la création de nouveaux emplois conformes à nos valeurs, et délivrer des services plus en phase avec les attentes mettant « d'Uber dans les épinards ».

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Commentaires
a écrit le 13/02/2016 à 11:50 :
Remplace ma réaction précédente :
Le numérique va constituer la fin de l'humanité. Des systèmes d'information autonomes prendront bientôt la place des hommes et seront des utilisateurs bien plus performants qu'eux des réseaux numériques. Ces systèmes auront accès directement par le WEB à l'ensemble des connaissances et des données de l'humanité. Ceci conduira non seulement à l'exclusion des plus faibles mais aussi à l'asservissement de l'ensemble des hommes à une pensée numérique globale fondée sur le Big Data. Ces chers collègues gestionnaires pensent être bien à l'abri car ils pensent faussement maîtriser ces systèmes. Mais ils ont une vision LIMITEE et très INCOMPLETE des capacités des systèmes informatiques actuels et en particulier du développement actuel de capacités cognitives qui dépasseront très largement celles du cerveau humain.
a écrit le 13/02/2016 à 11:44 :
Le numérique va constituer la fin de l'humanité. Des systèmes d'information autonomes prendront bientôt la place des hommes et seront des utilisateurs bien plus performants qu'eux des réseaux numériques. Ces systèmes auront accès directement par le WEb à l'ensemble des connaissances et des données de l'humanité. Ceci conduira non seulement à l'exclusion des hommes mais aussi à l'asservissement de l'ensemble des hommes à une pensée numérique globale fondée sur le Big Data. Ces chers collègues gestionnaires penses être bien à l'abri car ils ont une vision limitée et très complète des capacités des systèmes informatiques actuels et en particulier du développement actuel de capacités cognitives qui dépasseront très largement celles du cerveau humain.
a écrit le 13/02/2016 à 11:42 :
Le numérique va constituer la fin de l'humanité. Des systèmes d'information autonomes prendront bientôt la place des hommes et seront des utilisateurs bien plus performants qu'eux des réseaux numériques. Ces systèmes auront accès directement par le WEb à l'ensemble des connaissances et des données de l'humanité. Ceci conduira non seulement à l'exclusion des hommes mais aussi à l'asservissement de l'ensemble des hommes à une pensée numérique globale fondée sur le Big Data. Ces chers collègues gestionnaires penses être bien à l'abri car ils ont une vision limitée et très complète des capacités des systèmes informatiques actuels et en particulier du développement actuel de capacités cognitives qui dépasseront très largement celles du cerveau humain.
a écrit le 03/02/2016 à 12:13 :
Les compositions de dialogues débattus dans des : "c'est dans l'air"ou"des paroles et des actes" dépassent la dissertation d'une logique monolithique ; un Daniel Cohen au milieu de ce sujet n'aurait pas appauvri la logique et d'abord la raison.
Cette dissertation part de l'idée d'un outil pour en faire le maître, timidement appelé
à être conforme à nos valeurs grâce à un appel à la vigilance socio-économique.
"L'emmerdant" est bien plu que la rose ; c'est ce qu'on entend par ce mot < valeur >.
Valeur est un chiffrage < hoc much > quantitatif tuant le qualitatif de nos valeurs sociétales. La culture de la multitude enfermée dans des plateformes systémiques
uniformes fournit ce bluff d'une satisfaction de la plupart des besoins d'existence au niveau collectif. Les plateformes seraient des génératrices de valeur aplatissant les hiérarchies ce qui revient à dire disqualifiant la valeur pour la quantifier.
Avec la réduction du temps et de l'espace, tout ce raisonnement de logique impose l'uniformité et impose aussi l'immédiateté au lieu du temps au temps. Fatalitas !

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